thumb|right|Maisons à colombages à Colmar.

L'Alsace est une région dont l'histoire est marquée par de nombreux tiraillements entre la France et l'Allemagne. Sa situation géographique, à la frontière de la Suisse, l'Allemagne et de la France explique son affirmation d'une identité régionale spécifique.

L'architecture alsacienne constitue un élément essentiel des traditions culturelles de la région. La maison alsacienne traditionnelle repose sur un soubassement en pierre, ce qui la rend surélevée. De forme généralement Carrée, massive, basse de plafond, ses murs comportent des colombages. Le chauffage y est assuré par un poêle de masse, comparable à ceux utilisés en Europe orientale.

La langue régionale, l'alsacien, transmise de génération en génération et encore parlée au , témoigne de sa singularité culturelle, ainsi que de la volonté de ses habitants de pérenniser ses coutumes.

Les fêtes en Alsace L'Alsace est une terre de fête. Aux festivités nationales s'ajoutent les nombreuses manifestations locales. Les traditions de carnaval sont devenues une affirmation de l'indépendance régionale, en réaction à la politique d'assimilation culturelle allemande post-1870, ou française post-1918.

De 1902 à 1947, aucun carnaval ne se déroule à Strasbourg, centre de la culture alsacienne. Seul, le Wakes Fassenag, ou « Carnaval des Voyous », s'y tient de 1973 à 1978. Il devient le symbole du conflit entre la vie moderne et un mode de vie traditionnel.

Dans les villages, le Messti ou la Kilbe, qui a lieu une fois par an, est la fête familiale par excellence. Après le culte puis un repas copieux, les familles se retrouvent à la foire-kermesse. Des produits du village ou du hameau voisin sont exposés par les artisans. Les réjouissances se terminent par un bal. Le folklore se manifeste par les costumes, musiques et danses traditionnelles.

Gastronomie

thumb|right|Choucroute alsacienne garnie. thumb|Tarte flambée. thumb|left|70px|Un verre de vin alsacien traditionnel. thumb|right|Baeckeoffe traditionnel. thumb|right|100px|Maennele, petit bonhomme brioché traditionnel de la Saint-Nicolas. La gastronomie est une part de sa culture. L'Alsace est connue pour son vin, sa bière et sa choucroute. Mais d'autres spécialités rappellent les plats traditionnels et se dégustent dans les Winstubs, restaurants typiquement alsaciens.

Bière et vins La production de produits locaux est importante : la bière et le vin.

La brasserie alsacienne utilise le houblon et l'orge de la plaine de Basse-Alsace. Sa production correspond à plus de la moitié des ventes françaises.

Le vignoble occupe une grande partie de la région. Un itinéraire, nommé « route des vins d'Alsace », est créé en 1953. Le vignoble d'Alsace, cultivé sur les collines sous-vosgiennes, bénéficie d'un microclimat chaud et ensoleillé, et produit de nombreux cépages. Les vins d'Alsace se consomment tout au long du repas.

Le sylvaner, vin léger, peut être servi avec la charcuterie, les hors-d'œuvre ou le poisson. Le riesling ou les pinots, gris ou blanc, accompagnent la choucroute, la volaille ou le rôti ; le pinot noir préfère les petits plats régionaux. La gewurztraminer ou le muscat accompagnent la pâtisserie alsacienne.

La charcuterie La charcuterie alsacienne est faite à la pure graisse d'oie ou de porc : le jambon, le gendarme, la saucisse viennoise et la knack.

Les charcuteries sont souvent employées en potée. Dans ce pot-au-feu, le bœuf est remplacé par du lard salé et des saucisses. Un chou blanc est ajouté. La choucroute est le plat alsacien par excellence, la plus appréciée est cuisinée au vin d'Alsace.

Spécialités Le Baeckeoffe est à base de porc, mouton, bœuf et pommes de terre. La tarte flambée (Flammekueche), avec fromage blanc (Bibeleskaes), est additionnée de crème, oignons et lardons. Les pâtes aux œufs (Spaetzle) sont agrémentées de crème fraîche et de croûtons.

LAlsace produit du foie gras renommé, ou le sandre, un poisson.

Le Viergewuerzmischung, est un mélange de quatre épices : girofle, poivre noir, muscade et gingembre.

Pâtisseries L'Alsace compte une grande variété de tartes. Le Kougelhopf ( ou Kugelhopf, et non Kouglof ; il existe des formes comme Köjlhopf/Keüjlhopf (Strossburi/Strasbourg) et Kugalupf (Milhüsa/Mulhouse) est le gâteau traditionnel, mais aussi le gâteau au vin blanc et le gâteau au vin rouge. Décembre et janvier, sont des mois festifs.

Le jour de la Saint-Nicolas, le , une multitude de petits bonshommes briochés aux yeux de raisins, appelés Maennele ou Mannala et de pain d'épices avec une image du saint, envahissent les vitrines. Les pâtissières confectionnent une quinzaine de variétés de petits gâteaux, appelés Braedele ou Bredala, dégustés durant les fêtes de Noël.

Le petit déjeuner de l'année nouvelle est célébré avec le Stolle (Christstolle), petit pain en pâte levée, et le bretzel géant. Les festivités se terminent avec la galette des Rois.

La Winstub La Winstub, littéralement pièce à vin, est, à l'origine, une salle ouverte au public, analogue au bar à vin. Le vin était servi en pichet toute la journée, accompagné de plats simples, comme le jarret de porc braisé. La législation de l'Alsace, subdivision administrative territoriale de l’Empire allemand autorisait les vignerons à faire restaurant chez eux, pour concurrencer les brasseries allemandes. Elle sera prorogée pour les vignerons alsaciens lorsque leur région est réintégrée à la France en 1919Alain Marty, « spéciale Alsace », émission In Vino BFM sur BFM Business, 12 mai 2012. L'équivalent pour la bière est la Bierstub.

La Winstub est devenu le restaurant typiquement alsacien, avec ses plats tels que les galettes de pommes de terre (Grumbeerekiechle) et les quenelles de foie (Lewerknaepfele) ou le baeckeoffe et la choucroute. Les tables en bois sont, en général, recouvertes de nappes à carreaux rouges.

Les repas peuvent se finir autour d'un Stammtisch : les habitués se retrouvent et débattent. Autrefois, certaines Winstubs étaient le refuge des artistes : ils y discutaient, récitaient des poèmes, faisaient de la musique.

Les brasseries seront prospères à partir du . À l'époque, les fabriques étaient installées dans la cité, un bâtiment annexe permettait la dégustation. D'abord lugubres et fréquentées par des habitués, les brasseries vont s'ouvrir à un public plus large. Elles adoptent le style des brasseries bavaroises et accueillent des orchestres. Chaque établissement possède sa clientèle, qui varie selon la catégorie sociale et la tendance politique. Peu de grandes brasseries subsistent à Strasbourg, elles ont été remplacées par les Bierstubs, plus intimes.

Langue

thumb|150px|Plaque de rue bilingue à Ensisheim. L'alsacien est toujours utilisé et reste une langue véhiculaire. Son usage s'amenuise, surtout en ville, en raison de l'aspect cosmopolite des populations urbaines. Ce parler, ni de l'allemand standard, ni du français, fait partie de l'allemand supérieur. Il est issu du groupe alémanique parlé en Alsace centrale, comme dans le pays de Bade voisin, et la Suisse alémanique limitrophe.

Une frontière linguistique le sépare du français (indépendante de la géographie). Certaines vallées du versant alsacien des Vosges ont depuis des siècles une culture romane (pays welche). La langue-support, le welche, semble aujourd'hui en voie de disparition.

Au cours des alternances politiques qui ont attaché l'Alsace à la France ou à l'Allemagne, le français et l'allemand ont, tour à tour, bénéficié d'un régime de faveur : ces langues étaient enseignées et imposées de manière à éliminer l'alsacien, assimilé à la langue du vaincu.

L'alsacien provient des Alamans. Ces peuples germaniques ont investi la région en 406, lors des invasions barbares dans l'Empire Romain. Le vocabulaire issu du latin ne disparaît pas entièrement : l'alsacien devient alors une langue spécifique. La géographie linguistique de l'Alsace se divise en deux zones principales. Outre le français standard, se parlent encore couramment le bas-alémanique de Basse-Alsace, ou bas-rhinois, le bas-alémanique de Haute-Alsace, ou haut-rhinois ; la limite est poreuse et se situe entre Sélestat et Colmar. Puis, se distinguent des zones particulières comme le haut-alémanique du Sundgau, le bas-alémanique strasbourgeois, qui comprend du francique, le francique rhénan lorrain de l'Alsace Bossue, le francique rhénan palatin dans la région de Wissembourg, quelques régions romanes à Orbey et dans la vallée de la Bruche, à Montreux et aux environs de Courtavon-LevoncourtMatzen (Raymond), Proverbes et dictons d'Alsace, Rivages, Paris, 1987..

L'alsacien s'écrit, au même titre que les autres alémaniques, à l'exemple de ce proverbe alsacien : Au d'schwàrze Hiehner läje wissa Eier, « les poules noires aussi pondent des œufs blancs. »

Architecture traditionnelle

thumb|right|Maison à Betschdorf, et son faîtage tranché d'une Wàlm. thumb|right|Mise en œuvre de torchis sur palançons tressés, écomusée d'Alsace. La maison à colombage, ou Fàchwarikhüs, constituée d'une structure en bois démontable (assimilant ainsi traditionnellement ce type de bâtiment à un bien meuble) et de remplissages en torchis, est un des symboles de l'Alsace. Le mode de couverture traditionnel est la tuile en écaille (dite Biberschwánz, soit « queue de castor », en raison de sa forme). Il a souvent été remplacé par l'emploi, moins coûteux et plus pratique, de la tuile mécanique inventée au par Gilardoni à Altkirch. Le colombage, encore nommé pan de bois apparent, disparaît à partir de 1870 ; les maçons transalpins apporteront l'habitude de dissimuler la structure sous un crépi. Le colombage alsacien se distingue par sa disposition oblique ; la triangulation des pans, utilisée de façon poussée, permet d'affronter les séismes du fossé rhénan. Le toit, à charpentage triangulaire, présente une pente prononcée, atteignant souvent 60°, et se redresse légèrement avant la gouttière. De structure à deux versants, leur faîtage est parfois tranché par une autre pente, la Wàlm. Les pans et poutrages sont emboîtés entre eux, et fixés par des clavettes et des chevilles de bois. Le torchis, Laehme ou Wickelbodde, est appliqué par pressage ou par superposition contre un tressage en bois souple, les palançons (Flachtwàrik). Le crépi à base de chaux sera soit laissé blanc, soit coloré en rouge, bleu, vert, jaune ou mauve, ou bien peint de motifs.