Thomas Craven est un jeune noble anglais né en 1618 et mort à Paris le . Son corps embaumé, mis au jour à Saint-Maurice (Val-de-Marne) en 1986 lors d'une opération archéologique, fait l'objet d'une étude interdisciplinaire. Il est conservé au laboratoire départemental d'archéologie du Val-de-Marne.
Contexte historique et archéologique
Fouilles à Saint-Maurice La commune de Saint-Maurice (appelée Charenton-Saint-Maurice jusqu'en 1843) offre un important potentiel archéologique, en témoignent les fouilles successives menées, dès les années 1970, par la Société d'histoire et d'archéologie de Saint-Maurice. Celles-ci révèlent plusieurs installations datées du Haut-Empire romain au . Dans les années 1980, les aménagements de la boucle de la Marne font aussi l'objet d'un suivi assuré par le laboratoire départemental d'archéologie du Val-de-Marne. Lors de travaux d'aménagement dans le sous-sol du conservatoire de musique, au 49 de la rue du Maréchal Leclerc, des vestiges du second temple protestant de Charenton sont localisés. Cet édifice constitue au le lieu de culte le plus important de la communauté huguenote du Royaume de France. Il est incendié une première fois par les catholiques en 1621, puis définitivement détruit en 1686 à la suite de la révocation de l'Édit de Nantes. Une partie du cimetière attenant est déjà concernée par la première fouille. Son étude est ensuite reprise en 2005 lors d'une nouvelle opération préventive réalisée par l'Inrap. Elle met au jour 163 sépultures individuelles en pleine terre et 7 ossuaires. Ces campagnes successives éclairent les pratiques mortuaires observées par la population huguenote, mal connues jusqu'alors. Les examens paléopathologiques et génétiques mettent aussi en évidence, au-delà de l'état sanitaire du groupe en question, la présence de la peste dans le secteur au cours du J.-Y. Dufour et C. Buquet, « Temple et cimetière huguenot de Charenton à Saint-Maurice, résultats préliminaires », in : M. Balard (dir.), La vie religieuse dans le Sud-est parisien, actes du colloque Clio94 (Créteil, octobre 2005), Créteil, Clio94, 2006, p. 123-130..
Découverte de la sépulture En 1986, la découverte fortuite d’un cercueil anthropomorphe en plomb en parfait état de conservation dans le sous-sol du conservatoire amena le laboratoire départemental d’archéologie du Val de Marne à suivre cette opération et à en réaliser les premières études. Soudée au couvercle, une plaque en alliage cuivré porte les armoiries de la famille Craven ainsi qu'une épitaphe en latin identifiant formellement le défunt.
Famille Craven thumb|Sir William Craven, père de Thomas Craven. Le texte de l'épitaphe renseigne peu sur la vie du jeune défunt, Thomas Craven, décédé le . Des recherches archivistiques ont par contre révélé des informations sur certains de ses proches parents. Son père, sir William Craven (1548-1618), occupe des fonctions officielles de haut rang. Fils de William et petit-fils de John Craven, du village de la paroisse de Burnsall (Yorkshire), il est admis dans la corporation des tailleurs dont il devient le gouverneur. À Londres, il prend successivement les titres de magistrat municipal du district de Bishopsgate, membre du gouvernement, préfet, et finalement lord-maire en 1610, après son anoblissement en 1603 à Whitehall. Ses deux autres fils s'illustrent également dans les hautes sphères de l'aristocratie anglaise. Très estimé du roi Charles Ier, John est fait baron de Ryton (Shropshire) en 1642. Il est aussi le fondateur des bourses Craven pour les collèges d'Oxford et de Cambridge. William, quant à lui, porte le titre de baron de Hamstead.
Étude du corps embaumé En 1986, l'ouverture du cercueil révèle un corps entièrement enveloppé d'un linceul desséché maintenu par une cordelette. Les membres inférieurs du défunt sont joints, ses mains sont ramenées vers le bassin, et un bouquet de plantes séchées à longues tiges est déposé sur ses cuisses. Un premier diagnostic préliminaire relève le sciage de la boîte crânienne et l'absence des organes internes. Le corps est enduit et rempli d'une matière hétérogène de couleur brune et beige. Ces premières constatations sont confirmées en 1996 par un examen scanographique effectué à l'hôpital Paul Brousse à Villejuif. D'autres observation scanographiques et ostéologiques montrent d'une part que les épiphyses du squelette des membres ne sont pas encore soudées, et d'autre part que les troisièmes molaires de la mandibule ont percé depuis peu, soit des éléments qui indiquent formellement un âge au décès légèrement inférieur à 18 ans, en contradiction avec le texte de l'épitaphe.
Un protocole d'analyse biomoléculaire est également mis en œuvre par l'unité des rickettsies et pathogènes émergents de la faculté de médecine de Marseille. Deux dents sont prélevés sur le corps et l'ADN est extrait de la pulpe dentaire. Deux gènes spécifiques de la bactérie Yersinia pestis sont amplifiés par PCR et leur séquençage présente 100 % d'analogie avec les séquences de référence. Ce résultat apporte un diagnostic de peste avec certitude.
Depuis 2008, une enquête archéobotanique est menée par une équipe interdisciplinaire pour documenter les méthodes d'embaumement, et en particulier les plantes utilisées pour conserver le corps. Des examens carpologiques, palynologiques, et l'observation des phytolithes, ont conjointement mis en évidence que de l'absinthe (Artemisia absinthium) et de la marjolaine (Origanum majorana) constituaient les principaux ingrédients du baume conservatoireD. Hadjouis et R. Corbineau, « Analyses d'une momie d'un protestant anglais mort en 1636 (Saint-Maurice, Val-de-Marne) », in : B. Bizot et M. Signoli, Rencontre autour des sépultures habillées. Actes des journées d'études organisées par le Groupement d'anthropologie et d'archéologie funéraire et le service régional de l'archéologie de Provence-Alpes-Côtes d'Azur (Carry-le-Rouet, 13-14 décembre 2008), Gap, Éditions des Hautes-Alpes, 2009, p. 127-135.D. Hadjouis, R. Corbineau, M.-P. Ruas et P. Verdin, « Techniques d'embaumement sur le corps d'un noble anglais mort de la peste (Saint-Maurice, Val-de-Marne). Etude anthropologique et archéobotanique », in : P. Charlier (dir.), Actes du international de pathographie (Bourges, 3-4-5 avril 2009), Paris, Éditions de Boccard, 2011, p. 31-62.R. Corbineau, Pour une archéobotanique funéraire. Enquêtes interdisciplinaires et analyses polliniques autour de la tombe et du corps mort, thèse pour obtenir le grade de docteur en archéologie de l'Université du Maine soutenue au Mans le 20 novembre 2014, 598 p..
En 2016, une reconstitution faciale numérique du défunt a été réalisée par la société Visual Forensic. et le Service d'archéologie du Conseil départemental du Val-de-Marne...
Tous les examens réalisés sur le corps embaumé de Thomas Craven sont coordonnés par Djillali Hadjouis (Service d'archéologie du Conseil départemental du Val-de-Marne).
Cette recherche pluridisciplinaire qui a duré 34 ans est publiée aux éditions de Boccard sous la direction de Djillali Hadjouis.
Notes et références
Voir aussi
Articles connexes Embaumement Thanatopraxie
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