Michèle Lalonde est une écrivaine québécoise née à Montréal le et morte dans la même ville le .
Poétesse, elle publie son premier recueil à la fin des années 1950. Membre du comité de rédaction de la revue Liberté de 1961 à 1965, elle écrit des textes engagés à gauche, portant notamment sur les questions sociales et linguistiques. Prenant position contre le capitalisme, pour la décolonisation et pour l'indépendance du Québec, elle compose en 1968 le poème emblématique Speak White. Elle marque les mémoires par la récitation de ce poème durant la Nuit de la poésie du 27 mars 1970.
Dans les années 1970, elle collabore régulièrement à la revue Maintenant et au journal Le Jour, avant de devenir professeure à l'École nationale de théâtre. En 1982, elle fonde la Fédération internationale des écrivains de langue française, qu'elle dirige également jusqu'en 1986. Plus discrète à partir des années 1990, jusqu'à la fin de sa vie, elle mène un combat pour préserver la pérennité de son œuvre et pour la défense des droits d'auteur.
Par ses contributions à la littérature et aux débats politiques et linguistiques au Québec, Michèle Lalonde demeure l'une des voix les plus marquantes de la poésie québécoise du XXe siècle.
Biographie
Jeunesse Michèle Lalonde vient au monde dans une famille de classe moyenne aux origines modestes. Son père, Hector Lalonde (1906-1980), était un entrepreneur dans le domaine du textile, né à Plantagenet, en Ontario. Sa mère Clairette Sénécal (1910-1990) était originaire de l'est de Montréal. Michèle Lalonde grandit aux côtés de son frère Robert dans une maison de la rue Kent, dans le quartier Côte-des-NeigesCatherine Bertho Lavenir, Denis Monière, Michèle Lalonde : Penser l'émancipation, L'Action nationale Éditeur, 2025, p. 19-22..
Durant son enfance, dans les années 1940 et 1950, Michèle Lalonde observe la transformation de son quartier. À la suite des nombreux conflits armés qui marquent cette période, Côte-des-Neiges voit s'implanter sur son territoire de nouvelles communautés d'immigrants. Ainsi, ce quartier traditionnellement canadien-français s'anglicise progressivement, ce qui amène la future écrivaine à prendre conscience très tôt de la fragilité de la langue et de la culture des QuébécoisCatherine Bertho Lavenir, Denis Monière, Michèle Lalonde : Penser l'émancipation, L'Action nationale Éditeur, 2025, 22-24..
Même si ses parents ont peu d'instruction, Michèle Lalonde évolue dans un milieu sensible aux arts. Son père et son oncle avaient déjà joué de la musique dans des clubs de jazz de Boston. Ses oncles maternels étaient également des pianistes. Ainsi, en parallèle à son cursus scolaire, elle suit des cours de diction au Conservatoire Lassalle.
Études Élève brillante, Michèle Lalonde saute deux années d'école primaire. Poursuivant ses études secondaires, elle fréquente la section lettres-sciences du pensionnat du Saint-Nom-de-Marie, un collège classique pour filles du chemin de la Côte-Sainte-Catherine à Outremont. Elle se démarque particulièrement en composition française, en anglais, ainsi qu'en géométrie et en catéchèse. Malgré ses grandes capacités intellectuelles, elle est également une enfant solitaire qui se mêle peu aux autres. Se sentant à l'étroit dans le cadre strict des écoles catholiques, afin d'échapper aux rigueurs imposées par la discipline de son collège, elle préfère se réfugier dans la lecture. Toutefois, son choix se limite à celui que lui autorisent les autorités religieuses, qui voient notamment les auteurs du XVIIIe siècle comme trop sulfureux. Elle apprécie en particulier Charles Péguy, Paul Claudel, Antoine de Saint-Exupéry, Daniel-Rops, Guy de Larigaudie et d'autres auteurs découverts hors de l'écoleCatherine Bertho Lavenir, Denis Monière, Michèle Lalonde : Penser l'émancipation, L'Action nationale Éditeur, 2025, p. 21-24..
Durant l'adolescence, Michèle Lalonde produit ses premiers textes; des dialogues et des poèmes, pour l'essentiel. Elle hésite alors entre devenir écrivaine ou comédienne. Naturellement portée vers la réflexion critique et l'introspection, elle est également habitée par une grande soif d'absolu. Ce désir lui donne le goût de l'engagement, porté par toute l'intensité et la sincérité intellectuelle et morale dont elle se sent capable. C'est ainsi qu'elle opte finalement pour la philosophie. À l'automne 1954, Michèle Lalonde commence une licence dans cette discipline à l'Université de MontréalCatherine Bertho Lavenir, Denis Monière, Michèle Lalonde : Penser l'émancipation, L'Action nationale Éditeur, 2025, p. 25.. vignette|Michèle Lalonde étudie en philosophie à l'Université de Montréal de 1954 à 1957.|gauche À cette époque, l'enseignement de la philosophie au Québec était largement dominé par le thomisme. Cette école de pensée prédominait non seulement dans les collèges classiques, mais aussi dans les universités. De plus, l'Université de Montréal, qui possédait alors une charte canonique, voyait le choix de ses professeurs et le contenu de ses programmes soumis au contrôle de l'Église et de l'archevêque de Montréal. C'est donc dans ce contexte que Michèle Lalonde reçoit une formation philosophique traditionnelle. Elle est initiée à la pensée de saint Thomas d'Aquin, Aristote, Platon, Descartes, aux scolastiques, ainsi qu'aux « disciplines traditionnelles de la philosophie que sont la logique, l'épistémologie, l'éthique, la philosophie de la natureCatherine Bertho Lavenir, Denis Monière, Michèle Lalonde : Penser l'émancipation, L'Action nationale Éditeur, 2025, p. 28. ». Tandis que certains cours présentent la position de l'Église dans son rapport au monde contemporain, d'autres offrent une orientation plus moderne, notamment la psychologie rationnelle. Cette dernière lui permet d'ailleurs de se familiariser avec la psychologie expérimentale. Enfin, d'autres de ses cours portent sur l'éthique familiale, les vertus cardinales, la philosophie sociale et la philosophie moderneCatherine Bertho Lavenir, Denis Monière, Michèle Lalonde : Penser l'émancipation, L'Action nationale Éditeur, 2025, p. 27-28..
Pour terminer sa licence, Michèle Lalonde doit produire une thèse. Elle choisit de faire un travail sur La République de Platon, en prenant pour problématique la recherche des fondements philosophiques de l'engagement intellectuel. Dans ce travail, elle réfute une interprétation courante au sujet de Platon, le voyant comme un penseur détaché des nécessités terrestres. Elle affirme que le philosophe est un être sensible au monde réel et qui, par souci des choses humaines, s'engage à les transformer pour les améliorer. Prenant le cas du philosophe rejeté par la cité, tiré de l'histoire de Socrate, elle affirme également que le philosophe ne doit pas renoncer à sa conception de la Justice lorsque celle-ci n'est pas partagée par les foules. Le désaveu du public n'est que la preuve de son aveuglement, et l'approbation par la multitude n'est pas synonyme de raison. Le philosophe engagé doit donc persévérer dans sa recherche du Bien, malgré les échecs et les déceptions qui l'attendent sur sa route. Ce travail donne un aperçu des motivations au cœur de l'engagement de Michèle Lalonde et de son attrait précoce pour la politiqueCatherine Bertho Lavenir, Denis Monière, Michèle Lalonde : Penser l'émancipation, L'Action nationale Éditeur, 2025, p. 28-30..
Premiers textes vignette|La poésie d'Anne Hébert est une grande source d'inspiration pour Michèle Lalonde. Michèle Lalonde publie ses premiers textes dans le journal étudiant Le Quartier latin. À l'automne 1955, elle publie ses poèmes Ils n'ont plus de paumesCe titre est sans doute une référence à Péguy : « Le kantisme a les mains pures, mais il n'a pas de mains ». Charles Péguy, Œuvres complètes, Nouvelle Revue Française, 1916, t. 4, p. 496. Consulté le 7 octobre 2025., Paysage, ainsi que Le jour halluciné en . Ses premiers poèmes sont grandement marqués par le style d'Anne Hébert. Michèle Lalonde confiera à plusieurs reprises s'être initiée à l'art poétique par la lecture de cette autrice. Dans un texte consacré à son recueil Le Tombeau des Rois, la jeune étudiante réfléchit tout haut à sa conception de la poésieCatherine Bertho Lavenir, Denis Monière, Michèle Lalonde : Penser l'émancipation, L'Action nationale Éditeur, 2025, p. 31-36. :
Elle trouve ainsi chez Anne Hébert l'expression d'un désir de pureté dans lequel elle se reconnaît pleinement. Si cette poésie demeure exigeante pour le lecteur, non seulement par sa forme épurée, mais aussi par ses thèmes (le songe, la mort), elle constitue tout de même une invitation à s'engager à son tour dans une quête d'absolu et d'authenticitéMichèle Lalonde, « Pourquoi écrivez-vous des poèmes? », Situations, vol. 1, no 7, septembre 1959, p. 80-87..
Théâtre Michèle Lalonde est également une passionnée de théâtre. Formée en diction au Conservatoire Lassalle, elle suit également des cours d'art dramatique avec Lucie de Vienne, une actrice d'origine française établie à Montréal. Puis, en 1955, elle est costumière pour Bleu et Or, le spectacle de revue de l'année organisé par les étudiants de l'Université de Montréal. Elle met en scène également une pièce de son cru, Ankrania ou Celui qui crie, en . Elle raconte l'histoire d'un jeune garçon très idéaliste nommé Ankrania qui veut se donner la mort. Dans un décor dépouillé à l'extrême, il fait face à la gardienne du temps (Nivance). Tandis qu'il doit choisir entre la vie et la mort, un géomètre, sa fiancée et l'un de ses amis viennent tour à tour pour le pousser vers l'un ou l'autre. Déchiré, incapable de faire un choix, Ankrania finit par mourirCatherine Bertho Lavenir, Denis Monière, Michèle Lalonde : Penser l'émancipation, L'Action nationale Éditeur, 2025, p. 42-43..
Cette pièce est mise en scène dans le cadre des cours de Lucie de Vienne. Elle permet à Michèle Lalonde de faire la rencontre de jeunes comédiens et comédiennes en début de carrière (dont Claude Préfontaine, Marthe Mercure, Jacques Zouvi, André PagéComédien et professeur d'interprétation à l'École nationale de théâtre de 1962 à 1965. et Michelle Rossignol), et aussi de se faire remarquer par la critique. En effet, Ankrania est choisie parmi cinq pièces pour le Festival d'art dramatique de l'Ouest du Québec. Elle est montée sur la scène du Gesù, en Catherine Bertho Lavenir, Denis Monière, Michèle Lalonde : Penser l'émancipation, L'Action nationale Éditeur, 2025, p. 43-46.. Bien que cette expérience soit heureuse et qu'elle permette à Michèle Lalonde de s'entourer d'artistes de sa génération, elle finit par laisser tomber son projet de devenir comédienne pour se consacrer pleinement à l'écriture. Néanmoins, la dimension de l'oralité demeurera très présente dans ses créations. C'est pourquoi elle prendra d'ailleurs l'habitude d'écrire ses poèmes en position debout, afin qu'ils soient aussi lus de cette manière (à voix haute)François Rochon, « Michèle Lalonde », L'Encyclopédie canadienne, 29 août 2007. Consulté le 29 septembre 2025..