Georges Favre-Jacot, né Georges-Emile Favre-Bulle au Locle le et mort en 1917 à l'âge de 73 ans, est un horloger, entrepreneur et industriel suisse. Il est le fondateur de ce qui deviendra la manufacture de montres Zenith. Georges Favre-Jacot est connu pour avoir rassemblé sous un même toit tous les métiers de l'horlogerie, renonçant à l'établissage alors en vigueur. Il généralise l'interchangeabilité des pièces, ce qui permet de rationaliser la production. Il applique également des techniques modernes pour l'époque en termes de commercialisation de ses produits et livre rapidement dans le monde entier. Ses activités ne se limitent pas à l'horlogerie. Il possède également une carrière et une fabrique de briques de ciment ainsi qu'un hôtel. Il suit les mouvements artistiques et architecturaux de son époque, pour le design de ses produits notamment. Il est à son décès l'un des plus grands propriétaires fonciers du canton de Neuchâtel.

Biographie Généalogie George-Emile Favre-Bulle est le fils de Jules-Louis Favre-Bulle, né en 1816, et d’Albertine Matthey de l’Endroit (actuel Ponts-de-Martel). Le couple, marié à La Chaux-de-Milieu en 1839, donnera aussi le jour à un autre garçon en 1848 : Jämes-Emile, qui sera le mari de Ida Fallet et le père de Jämes-Albert Favre-Bulle. La famille, du côté du père, comptait déjà un horloger de renom, le grand-oncle de Georges, Frédéric-Louis Favre-Bulle (frère du grand-père David-Louis), né aux Ponts-de-Martel en 1770 et mort au Locle en 1849. Fabricant de chronomètres de marine et ancien apprenti chez « Courvoisier et Houriet », il forma à son tours les célèbres Sylvain Jean-Mairet et un descendent de Daniel Jeanrichard, Louis JeanRichard-dit-Bressel. Frédéric-Louis était un maitre horloger connu surtout pour ses instruments de précision et ses chronomètres de marine. Jules-Louis, le père de Georges, est lui aussi horloger. Bien que son histoire demeure aujourd’hui presque inconnue, il existe encore une montre à répétition qui porte son nom sur le cadran. Georges Favre-Jacot s’inscrit donc dans une illustre lignée d’horlogers.

Formation et premiers pas d'entrepreneur Abandonnant l’école à l’âge de neuf ans pour apprendre un métier, le jeune Georges-Emile commence sitôt son apprentissage de pivoteur et planteur d’échappement. Mais le garçon fait déjà preuve de caractère et indépendance et à 13 ans, à la suite d'un différend avec son patron, on raconte qu’il s’installe à son compte, et qu’à 18 ans il forme déjà des apprentis. Pas encore majeur, le , à l’âge de vingt ans, il épouse une horlogère elle-même fille d’horlogers, Louise-Philippine Jacot-Descombes, et c’est alors qu’il change son nom en Georges Favre-Jacot. La dot de Louise, bien que modeste, permet à Georges Favre-Jacot, en 1865, de fonder son propre atelier de fabrication d’ébauchesJean-Marc Barrelet, "Georges (-Emile) Favre-Bulle, Horloger, Industriel, Entrepreneur (1843-1917)" in Biographies neuchâteloises / publ. sous la dir. de Michel Schlup. T. 3, De la Révolution au cap du , Éditions Gilles Attiger, Hauterive, 2001, 355 p., pages 105-112. Le couple mettra au monde trois enfants. En 1904 se célébrera le mariage entre sa fille Fernande-Amélie et Jämes-Albert Favre-Bulle, fils de son frère, qui travaillait avec lui déjà depuis 1896.

Retraite Le Georges Favre-Jacot, après plus de quarante ans à la tête de son entreprise est poussé à prendre sa retraite. Il se consacre à d’autres projets, comme la construction de sa villa qui surplombe d'ailleurs le site de son entreprise, ou aux promenades à cheval auxquelles, malgré son âge avancé, il n’arrive pas à renoncer. C'est justement au cours d’une de ses promenades qu'il contracte une pneumonie, qui l’emportera peu après, le . Il est reconnu par la profession comme un pionnier novateur de l'horlogerie suisse.

De la fabrique de Georges Favre-Jacot aux « Fabriques des Montres Zenith S.A. » La vie de Georges Favre-Jacot est indissociable des premières années de l'entreprise qui prendra le nom de Zenith en 1911.

Les premières années de la fabrique des Billodes Le premier atelier, destiné à la fabrication d'ébauches voit le jour à l’ouest du Locle à la rue des Billodes et est souvent désignée sous l'appellation « Fabrique des Billodes ». En quelques décennies, le petit atelier se transformera en un gros complexe manufacturier,  composés de plusieurs bâtiments, et consacré à une production fondée, en rupture avec l’habitude de l’époque, sur l’interchangeabilité des pièces et sur l’abaissement des coûts de productionJean-Claude Daumas (dir.), Les systèmes productifs dans l'Arc jurassien : acteurs, pratiques et territoires : , Besançon, Presses universitaires de Franche-Comté, 2004, DOI : 10.4000/books.pufc.29702. Georges Favre-Jacot perçoit en effet les changements qui s'opèrent dans l'industrie horlogère, en particulier aux États-Unis où se sont construites des manufactures entièrement intégrées. Il s'informe et lit notamment le rapport de Jacques David lors de sa visite à l'Exposition universelle de Philadelphie en 1876. Il annexe peu à peu les bâtiments autour de son premier atelier et il a hâte de construire une usine correspondant à ses idées. Il doit toutefois atteindre 1881 pour voir le premier bâtiment inédit sortir de terre, prélude d'un complexe industriel qui en comptera plus de 20. Son entreprise prend rapidement une telle extension qu'il occupe le dixième de la population locloise. Il prouve ainsi qu'il est possible de produire toutes les pièces nécessaires à la fabrication d'une montre sous le même toit et crée ainsi l'une des premières manufactures horlogères industrielles de la région. Il fait fabriquer non seulement mouvements de montres et de pendules mais aussi cadrans, en émail et peints, boîtes de montres et même les outils servant à fabriquer les pièces.

La fin de l'indépendance Les débuts de la société en commandite par actions Georges Favre-Jacot & Cie : 1896-1904 Georges Favre-Jacot, malgré les bénéfices engrangés, a besoin d'argent frais pour continuer à assurer la croissance et le développement de l'entreprise. Jusqu'en 1892, il collabore avec la Banque du Locle puis il transfère ses affaires à la Banque Cantonale Neuchâteloise, la Banque du Locle n'arrivant plus à lui accorder les crédits suffisants. Le , il transforme sa fabrique d'horlogerie en Société en commandite par actions qui prend le nom de Georges Favre-Jacot et Cie. Georges Favre-Jacot en est le gérant indéfiniment responsable ayant seul la signature sociale. À ce moment-là, son organisation industrielle est jugée parfaite de même que sa gestion du personnel: les ouvriers le considèrent comme sévère mais juste. Toutefois, il doit désormais rendre des comptes à un Conseil de surveillance composé de 5 membres et, malgré le consensus apparent des débuts, les relations vont peu à peu se tendre ave ses bailleurs de fonds. Georges Favre-Jacot, qui a piloté seul son entreprise pendant 30 ans, a des difficultés à admettre ces nouvelles contraintes. Il va donc souvent omettre de demander l'autorisation du Conseil avant d'engager des travaux d'agrandissement par exemple. Par ailleurs, le Conseil ne se réunissait pas toujours régulièrement et des décisions urgentes étaient repoussées ce qui a probablement poussé Georges Favre-Jacot à se passer de son accord.

En 1898, Georges Favre-Jacot crée le calibre « Zenith » qui remporte très vite un très grand succès. Mais le Conseil de Surveillance demande à son gérant de produire et vendre mais ne lui donne pas les moyens de le faire : il refuse les investissements et insiste que sur le fait que les nouveaux locaux nécessaires à la production du nouveau calibre doivent être financés par la vente du vieux stock, c'est-à-dire les calibres antérieurs au « Zenith ». Pendant près de 10 ans, Georges Favre-Jacot se bat pour pouvoir vendre beaucoup à des prix bas afin de rester concurrentiel, ce en développant les moyens de productions, tout en réformant le système commercial. Il se heurte de plus en plus fréquemment au Conseil de surveillance qui considérait surtout l'aspect financier de l'entreprise. Il est également souvent en conflit avec le Conseil de surveillance concernant la politique du personnel : il préfère garder ses ouvriers même lors des baisses d'activité plutôt que de les voir embaucher par la concurrence.

La période 1896-1904 est une période de croissance modérée. Georges Favre-Jacot, freiné par le Conseil de surveillance, ne peut pas construire de nouveaux bâtiments ni perfectionner l'outillage autant qu'il le voudrait. De même on demande à Jämes Favre de conquérir les marchés non avec des produits nouveaux mais avec le vieux stock à écouler. Ces problèmes, d'abord latents, vont provoquer des tensions croissantes et amener à l'exclusion du fondateur de l'entreprise.

Vers la dissolution de la société en commandite et la fin de carrière de Georges Favre-Jacot : 1904-1911 Georges Favre-Jacot & Cie rencontre de nombreuses difficultés pendant cette période : problèmes de commercialisation à cause de la guerre russo-japonaise, crise économique de 1908-1909 et difficultés face aux mouvements ouvriers. Par ailleurs les tensions internes à l'entreprise vont précipiter la fin de la société en commandite.

En 1904, le Conseil nomme Jämes Favre, son neveu et gendre comme second gérant de l'entreprise. Il collabore déjà comme responsable du secteur commercial et le Conseil de surveillance est satisfait de son travail. Jämes Favre a épousé le la fille de Georges Favre-Jacot malgré l'opposition de ce dernier. Avec le gendre devenu l'égal de son beau-père sur le plan professionnel, les relations se tendent entre les deux hommes et sont l'une des raisons de la dissolution de la société en commandite.

Cependant les affaires sont florissantes dès 1905 et les nouvelles constructions sortent de terre et sont opérationnelles dès 1906.

De nombreux conflits naissent entre Georges Favre-Jacot et le Conseil de surveillance à propos du montant des dépassements des travaux, d'autant que le gérant n'a parfois demandé ni autorisation de construire ni présenté de plans techniques et financiers. De plus, la structure de la société en commandite et le mode de gestion du Conseil de surveillance font que les actions détenues en propre par Georges Favre-Jacot ne sont pas rémunérées pour permettre les amortissements tandis que les dividendes sont versées au reste des actionnaires. L'entreprise fait également face à des difficultés sur certains marchés, notamment en Russie, ce qui conduit à une surproduction et une mise au chômage partiel des ouvriers. Malgré tout Georges Favre-Jacot est l'un des seuls entrepreneurs à accorder des augmentations de salaire à ses ouvriers, préservant ainsi l'entreprise de conflits que d'autres n'éviteront pas. Les périodes de ralentissement alternent avec des périodes où la production n'est pas suffisante pour répondre à la demande, provoquant des tensions constantes entre un gérant qui souhaite développer son entreprise et un Conseil de surveillance qui préfère la prudence.