Les faïences de Marseille ont d'abord été produites à partir de 1677, dans le quartier de Saint-Jean du Désert, à l'est de la ville. Au début du , de nouvelles faïenceries de plus en plus nombreuses s'installent dans les quartiers de la porte d'Aix, au nord de la ville, ou de la porte de Rome et de la porte de Paradis au sud. Toutes les faïenceries de Marseille disparaîtront peu après la Révolution française, pendant la période 1796-1806. Marseille partage avec Nevers et Rouen, la renommée d'avoir été pendant plus d'un siècle l'un des principaux centres de fabrication de faïence en France.
Les faïenceries de Saint-Jean-du-Désert Origines Une première fabrique de poterie est créée en 1526 par Charles de Forbin, seigneur de Saint-Marcel, qui demande à Jean Angeli, natif d'Offida, de construire sur son domaine un four de potier pour la fabrication de petits ouvrages en terre cuite.. Cette fabrique disparaîtra rapidement. C'est au banquier Joseph Fabre (1634-1717) que revient le mérite d'avoir créé la première faïencerie sur le territoire de Marseille ; il achète en 1674 des terrains agricoles (vignes, terres labourables, pins) situés à l'est de Marseille au quartier de Saint-Jean-du-Désert, dénomination qui remplace celle de Saturnan à la suite de la construction dans ce quartier d'une chapelle et à sa consécration la à saint Jean-Baptiste dans le désertMarguerite Desnuelle, « Notes pour servir à l'histoire des faïences de Saint-Jean-du-Désert » dans Revue Marseille, N° 116, 1979, .
Ces terrains étant riches en argile, Joseph Fabre décide d'y faire construire une faïencerie et, pour en assurer l'exploitation, fait venir en 1677, de Moustiers-Sainte-Marie, un maître faïencier Joseph Clérissy (1643-1685), fils aîné d'Antoine Clérissy (1599-1679). Jean Pelletier, ouvrier faïencier de Nevers et Raymond Verdelay sont également embauchés. Après les essais et mises au point nécessaires, la fabrique produit de magnifiques faïences à décor de camaïeu bleu. Après la mort de Joseph Clérissy survenue le , sa veuve Anne Roux épouse le peintre François Viry (1659-1697), artiste de grand talent, qui dirige l'atelier et développe une production exceptionnelle en élargissant les sources d'inspiration. Trois apprentis travaillent auprès de lui : Antoine Clérissy (1672-1750), fils de sa femme, puis Étienne Arnaud et enfin Joseph II Clérissy (1675-1758), frère d'Antoine Clérissy .
À la mort de François Viry en 1697, Antoine Clérissy prend la direction de la fabrique : un plat du musée Adrien Dubouché à Limoges porte à son revers Antoine Clérissy, 1697, Saint-Jean-du-Désert, ce qui atteste que ce jeune homme de vingt-cinq ans est bien le chef de l'entreprise. Sa production est plus facile à authentifier, car il appose un petit monogramme AC sur les pièces.
Les formes des pièces produites Les pièces produites sont de formes très variées. Les plus nombreuses sont les assiettes circulaires ou très rarement octogonale à bord uni ou contourné avec une aile plate ; elles peuvent avoir un petit talon percé de deux trous de suspension. On trouve également de grands plats à bord uni et aile plate ainsi que des plats de baptême de forme circulaire à bord chantourné et aile godronnée ou (et) gaufrée avec des palmettes en relief.
Les pièces de forme sont des porte-perruques sur piédouche, des vases, des bassins ou des aiguières. Les vases sont souvent à deux anses torsadées sur piédouche avec un col évasé à large bord, les aiguières également sur piédouche sont à anse torsadée et un bec verseur pouvant être en forme de coquille.
Les faïenciers de Saint-Jean-du-Désert ont également exécutés des pots de pharmacie aux formes variées mais fonctionnelles : cruches et cruchons, chevrettes, pots canon avec ou sans piédouche, vases, pots piriformes etc. Ces pots renfermaient essentiellement quatre préparations : la Thériaque, le Mithridat, les compositions d'Alkermès et celles d'Hyacinthe. Les pots produits sont parfois des œuvres de prestige achetées par les maîtres apothicaires de Marseille qui constituaient un corps influent et défendaient avec âpreté leurs prérogatives ; ils s'opposèrent en effet à la possibilité qu'avaient les recteurs de L'Hôtel-Dieu de Marseille de donner aux garçons apothicaires qui avaient exercé pendant six ans dans leur établissement, le titre de maître apothicaire. Il est regrettable que les hôpitaux de Marseille n'aient pas conservé les pots à pharmacie de leur apothicairerie alors que plusieurs villes du midi Pont-Saint-Esprit, Carpentras, Tarascon et Narbonne possèdent de remarquable collections exposées respectivement au musée des arts sacrés du Gard, à l'Hôtel-Dieu de Carpentras, au château de Tarascon et au musée des beaux-arts de Narbonne. Marguerite Desnuelle avait estimé dans les années 1980 que les plus belles pièces de l'apothicaireris de Pont-Saint-Esprit sortaient des ateliers de Saint-Jean-du-Désert. Or des travaux récents (analyse de la terre de ces faïences) et la découverte de nouveaux ateliers de potiers à Montpellier à la suite des travaux réalisés pour la mise en service du tramway montreraient que ces pots à pharmacie auraient produits à Montpellier.
En revanche les faïenciers de saint-Jean-du-Désert n'ont pas produit les pièces suivantes : soupière, tasse avec soucoupe, saucière, saladier, pot-pourri ni objets de la vie quotidienne (encrier, bougeoir..).
Les décorations Les décorations sont réalisées presque exclusivement en camaïeu bleu sur fond blanc bleuté sans doute inspiré par la Chine par l'intermédiaire de Delft. L'usage du manganèse permet parfois de souligner de violet ou de noir le bleu réalisé par des oxydes de cobalt. Ceux-ci offrent aux faïenciers des variétés décoratives de bleu infinies : bleu clair, bleu sombre, bleu profond, bleu cuivré etc. D'aspect crémeux, l'émail se présente généralement en couches assez épaisses et permet de distinguer cette production de celles de Rouen ou Moustiers-Sainte-Marie..
Les décors sont très variés : armoiries, décor chinois, scènes mythologiques, religieuses, décor Bérain... ainsi que les encadrements décoratifs : fleurons, rinceaux, cartouches...
Le décor d'armoiries est utilisé surtout pour les assiettes et les plats. Les armoiries, parfois présentées par deux personnages ou deux animaux héraldiques accotés, sont placées au centre de la pièce. Cet usage de frapper les pièces aux armes du possesseur est emprunté à l'orfèvrerie. Les mêmes armes sont souvent reportées sur plusieurs pièces, ce qui suppose une fidélité de la clientèle. Décor chinois : cette source d'inspiration provient non seulement de l'influence des artistes de Delft, mais aussi de la connaissance des faïenciers de Saint-Jean-du-Désert des céramiques chinoises importées à Marseille en provenance des échelles du Levant. Un tableau de Meiffren Conte exposé au musée des beaux-arts de Marseille datant de la fin du montre qu'il y avait à Marseille des amateurs de la belle céramiques chinoises. Scènes de chasse : elles sont souvent inspirées des gravures du florentin Antonio Tempesta et ornent des plats de grandes dimensions circulaires ou ovales ainsi que des aiguières. Les animaux poursuivis sont divers : cerf, lièvre, taureau, ours, autruche, lion, léopard etc. Scènes mythologiques sont nombreuses et variées : Eurydice piquée par un serpent, Hercule terrassant l'hydre de Lerne, Hésione et Hercule, Hercule vainqueur de Diomède, Persée et Andromède... Les scènes religieuses, utilisées rarement, sont empruntés à la bible : adoration des mages, Christ apaisant la tempête, Bethsabée au bain sous le regard de David, Suzanne et les vieillards... Les pièces à décor Bérain reproduisent plus ou moins fidèlement les dessins de Jean Bérain et de son fils prénommé également Jean. D'autres gravures réalisées par des artistes de l'époque servent également de modèle comme celles de Sébastien Leclerc ou de Bernard Toro. Les peintres faïenciers de Marseille mais aussi ceux de Moustiers-Sainte-Marie eurent probablement connaissance des œuvres des Bérain grâce à leurs contacts avec les peintres de l'arsenal des galères.
Galerie
Les autres faïenceries du Au les faïenciers de Marseille sont de plus en plus nombreux à s'installer à proximité immédiate de la ville à l'extérieur des remparts dans les faubourgs situés au nord et au sud de l'axe principal qui traverse la ville de la porte d'Aix à la porte de Rome. À cette époque, certaines industries ne pouvaient s'installer qu'à l'extérieur de ces remparts qui ont été construits par Nicolas Arnoul sur ordre de Louis XIV donné par lettres patentes du . Il est très probable que les faïenciers furent soumis à cette contrainte pour deux raisons essentielles : la première est le risque d'incendie provenant des fours de cuissons et de sa propagation dû au stockage du bois employé comme combustible pour le chauffage de ces fours. La seconde raison est le dégagement d'odeurs provoqués par les produits employés pour la fabrication des faïences..
Faïencerie Héraud-Leroy Anne Clérissy (1664-1710), fille d'Antoine Clérissy (1599-1679), suit son frère Joseph Clérissy à Saint-Jean-du-Désert où elle épouse en 1682 Étienne Héraud qui travaille dans la faïencerie. Après la mort de son beau-frère en 1685, Étienne Héraud s'associe en avec son neveu Sauveur Carbonel époux de Geneviève Clérissy et loue à Joseph Fabre une autre faïencerie à Saint-Jean-du-Désert. Cette association est rapidement dissoute et Étienne Héraud s'installe à Marseille même où il loue une faïencerie qu'il exploite jusqu'à sa mort survenue en 1706. Anne Héraud liquide la production de son défunt mari et achète en 1709 un atelier au quartier Saint-Lazare, mais meurt peu de temps après en 1710. Sa fille Madeleine Héraud n'étant pas en âge de prendre la direction de la fabrique, Anne désigne dans son testament Joseph Fauchier comme directeur.. Ce dernier assurera cette fonction jusqu'en 1727, date à laquelle il s'installe à son compte. En effet la faïencerie est expropriée par des arrêts du Conseil d'État de et ordonnant le percement de la rue Royale-Saint-Lazare qui deviendra le grand chemin d'Aix puis actuellement la rue Camille Pelletan.
Madeleine Héraud qui a épousé Louis Leroy, transfère ses ateliers rue de la Calade au quartier Fongate dans la zone sud de la ville mais à l'intérieur des remparts, ce qui est exceptionnel, tandis que Joseph Fauchier reste dans le quartier Saint-Lazare et fait construire une nouvelle fabrique de faïence.
Faïencerie Joseph Fauchier La nouvelle faïencerie que Joseph Fauchier fait construire à la suite de l'expropriation de celle de Héraud-Leroy où il travaillait comme directeur, a deux entrées : une située sur la place Pentagone, actuellement place Marceau, et une sur la rue Royale-Saint-Lazare actuellement rue avenue Camille Pelletan. Dès 1720 Joseph Fauchier joue un rôle prépondérant au sein des fabricants de faïence qui le choisissent à plusieurs reprises pour syndic de leur corporation ; une autre marque de sa supériorité reconnue est les commandes qu'il reçoit de la ville de Marseille, de la chambre de commerce ainsi que de la cour royale de Naples et des deux Siciles..
Pour les travaux délicats Joseph Fauchier utilise les services d'excellents peintres tels que Jean Rome ou Joseph Viry fils de Gaspard Viry travaillant chez Pierre Clérissy à Moustiers-Sainte-Marie.. Il agrandit ses installations en 1735 et, n'ayant pas de descendance, il fait venir à Marseille le fils de son frère Jean-Pierre s'appelant comme lui Joseph Fauchier. En 1742 il agrandit encore sa faïencerie qui est alors la plus importante et la plus prospère de Marseille.. À la mort de son oncle en 1751, Joseph Fauchier II continue la production jusqu'à son décès survenu en 1789 et c'est son fils, Joseph-François-Marie qui verra la fermeture de la fabrique en 1795.
L'activité faïencière des Fauchier a donc duré pendant près d'un siècle.
Faïencerie Veuve Perrin