thumb|400px|Carte de 1930 de la région du lac Majeur. Les communes où ont eu lieu les meurtres sont soulignées en rouge Le massacre du lac Majeur, qui s'est déroulé à l'automne 1943, est le premier massacre nazi de Juifs en Italie. Avec 57 victimes identifiées, il est le second en importance par le nombre de victimes juives après celui des fosses Ardéatines où 75 Juifs ont été assassinés parce que juifs, en même temps que 260 autres otages. Neuf localités sont concernées, toutes situées dans la province de Novare (maintenant répartie entre la province de Novare et la province du Verbano-Cusio-Ossola). La présence juive autour du lac En , on estime le nombre de Juifs à un peu plus d'une centaine dans l'Alto-Novares. On peut les classer en trois catégories : les Juifs italiens possédant une propriété et résidant habituellement dans la région ; les Juifs italiens de Milan et d'autres villes de Lombardie, fuyant les attentats et les bombardements et réfugiés dans la région, et logeant soit en location soit à l'hôtel ; et enfin les Juifs de l'étranger, avec un passeport italien ou autre, et vivant principalement à l'hôtel. Parmi ce dernier groupe, on trouve une majorité en provenance de Thessalonique où depuis le printemps a commencé la déportation massive de l'importante communauté juive. Ceux possédant un passeport italien ont eu la possibilité, avec l'aide du consulat italien, de fuir vers Athènes avant de rejoindre l'Italie: G. Galli: 400 nomi. L’archivio sulla deportazione novarese: un progetto in corso; in “I sentieri della ricerca. Rivista di storia contemporanea”; numéro: 6; décembre 2007; pages 21 à 62.

L'arrivée des SS Peu de temps après l'armistice du 8 septembre 1943, les forces allemandes occupent la province de Novare. La région du lac Majeur est occupée le par la 1re Panzerdivision SS Leibstandarte-SS-Adolf Hitler (division blindée des gardes du corps SS d’Adolf Hitler), connue pour ses exactions sur le front de l'EstUne carte du sentiers opérationnel de l'I-Pz-Gren.Rgt.2, Leibstandarte Adolf Hitler, 12.1941-6.1944, y compris l'Italie, a été publiée par Raphael Rues (2019):Breve storia del I battaglione Panzer-Grenadier Regiment 2 della divisione Leibstandarte SS Adolf Hitler prima e dopo gli eccidi di ebrei sul Lago Maggiore. Insubrica-Historica, 13. October 2019; consulté: 2 novembre 2023. Le commandement s'installe à l'Hôtel Beaurivage de Baveno et les principales communes de la côte piémontaise du lac et du val d'Ossola sont occupées. Ils resteront environ un mois, puis se déplaceront à Casale Monferrato. Les ordres sont, en plus de l'occupation du territoire, la saisie des armes et le contrôle des frontières, notamment pour empêcher la fuite des soldats italiens démobilisés, mais aussi indiquent la mise en sécurité des Juifs: L. Picciotto Fargion: Il libro della memoria. Gli ebrei deportati dall'Italia (1943-1945); éditeur: CEDEC-Mursia; Milan; 1991.

Chronologie du massacre La rafle des Juifs commence entre le 13 et le à Baveno, pour se poursuivre les jours suivants. Ils arrêtent toute la famille de Mario Luzzatto, ancien directeur du siège londonien de Pirelli, et habitant villa del Castagneto, ainsi que celle d'Emil Serman, un riche commerçant d'origine autrichienne habitant la villa Fedora. Sont aussi arrêtés, un rabbin âgé d'origine lettone avec sa femme, ainsi que deux autres femmes. Au total 14 personnes, qui sont dans un premier temps amenées à l'Hôtel Ripa, avant d'être assassinées sur le rivage puis jetées dans le lac: M. Nozza: Hotel Meina. La prima strage di ebrei in Italia; éditeur: Mondadori; Milan; 1993; . Les deux villas sont pillées et servent de lieu pour l'organisation de fêtes et banquets. Après les assassinats, les SS décident d'organiser une mise en scène. Le maire de Bavero, Columella, entouré d'officiers SS, lit à la population deux fausses lettres, sans adresse, annonçant que les disparus étaient en sécurité et qu'ils faisaient don d'une partie de leur argent aux pauvres du pays.

Le , les SS poursuivent leur rafle dans d'autres localités. À Arona, ils arrêtent le comte Vittorio Cantoni Mamiani Della Rovere avec sa vieille mère, et ensuite dans son magasin, la femme du photographe Penco, à l'hôtel, des membres de la famille Modiano en provenance de Salonique et dans une villa louée la mère et le fils Rakosi d'origine hongroise. En tout 9 victimes qui disparaissent sans laisser de trace: A. Toscano: L'olocausto del Lago Maggiore (settembre-ottobre 1943); in “Bollettino Storico per la provincia di Novara”; numéro: 1; année: 94; pages: 1 à 111; éditeur: Società storica Novarese; Novare; 1993: A. Toscano: Io mi sono salvato. L'olocausto del Lago Maggiore e gli anni di internamento in Svizzera (1943-1945); éditeur: Interlinea; Novare; 2013; . Cette nouvelle édition contient également le Diario dell'internamento en Suisse et des textes d'introduction d'Alberto Toscano et de Mauro Begozzi. La nombreuse famille de l'industriel milanais Federico Jarach, qui résidait dans une villa en dehors d'Arona, réussit à échapper aux Allemands en traversant le lac en bateau, avertie juste à temps par téléphone. thumb|200px|right|L'Hotel Meina après la guerre À Meina, seize Juifs logeant à l'hôtel Meina, sont détenus pendant plusieurs jours dans une chambre, avant d'être tués pendant les nuits du 22 au et du 23 au 24. Leurs corps lestés de pierre sont jetés dans le lac à quelques centaines de mètres du rivage. Certains corps refont surface quelques jours après et sont reconnus par la population locale. Le propriétaire de l'hôtel et sa famille, juifs, mais de nationalité turque, sont sauvés par l'intervention directe du consul de Turquie, alors pays neutre. Ce massacre a été décrit après-guerre par Becky Behar, la fille du propriétaire de l'hôtel, âgée de treize ans au moment des faits, dans une chronique Il diario di Becky Behar. Devenue écrivaine, elle a fait de nombreuses conférences et réunions publiques pour sensibiliser le public: Becky Behar: Il diario di Becky Behar in La strage dimenticata. Meina settembre 1943. Il primo eccidio di ebrei in Italia. Con la testimonianza della superstite Becky Behar; édition: Interlinea; Novare; 2003; .

À Orta, l'oncle et le cousin de Primo Levi, Mario et Roberto, sont arrêtés à leur domicile, où ils résidaient depuis plusieurs mois avec leurs épouses. Comme en témoigne dans son journal la femme de Roberto, Elena Bachi, elle cherche vainement à avoir des nouvelles des disparus auprès du commandement SS du lac, mais réalise rapidement qu'elle est aussi en danger et va réussir à se cacher. Elle ne saura jamais ce qui est arrivé à son époux et à son beau-père: S. Bachi: Vengo domani, zia; éditeur: Genesi Editrice; Turin; 2001; .

À Mergozzo, toujours dans la matinée du , les SS prennent d'assaut la maison de Mario Covo Abraham et s'y installent toute la journée, sans doute dans l'attente du retour de la fille Lica et de son mari, le graphiste Albe Steiner. Le soir, ils embarquent Covo et deux de ses neveux qui résidaient là temporairement. Maddalena Stramba, la femme de Covo, va pendant des années, sans succès, essayer de connaitre la vérité. Ce n'est qu'après sa mort que des témoignages locaux vont émerger sur leur meurtre dans un champ pas très loin du village. En 2003, un monument avec une plaque à leur mémoire est érigé sur le site: Mauro Begozzi et Luisa Steiner: Un libro per Lica. Lica Covo Steiner (1914-2008); éditeur: Istituto Storico della Resistenza e della società Contemporanea nel Novarese e nel Verbano Cusio Ossola "Piero Fornara; Novare; 2011; .

Le est le jour du raid à Stresa. Ils arrêtent et transfèrent à la villa Ducale, siège du commandement SS local, l'ancien avocat de Vérone, Tullio Massarani et sa sœur, puis le marchand Giuseppe Ottolenghi avec sa fille, qui s'étaient enfuis de Gênes et séjournaient dans un appartement dans le centre de la ville. Il n'y aura plus aucune nouvelle de ces quatre personnes arrêtées. D'autres Juifs, présents dans les hôtels de la ville, ainsi que la famille de Salvatore Segre, propriétaire d'une villa au bord du lac, prévenus du danger, réussissent à échapper à l'arrestation: L. Klinkhammer: Stragi naziste in Italia. La guerra contro i civili (1943-1944); traducteur en italien : S. Meyer; éditeur: Donzelli; Rome; 1997; .

À Pian Nava, hameau situé sur les hauteurs de Intra, près de Premeno, s'étaient réfugiés dans une auberge locale, en provenance de Salonique, Humbert Scialom, âgé de cinquante-cinq ans, et sa femme. À la suite d'une possible dénonciation d'un cuisinier, employé temporairement à l'auberge, le matin du , un camion de SS vient les arrêter et les embarquent avec leurs bagages. On ignore leur destinée.

Le , à Novare, le commandant Rudolf Flot procède à l'arrestation de Giacomo Diena, ancien officier et invalide de la Grande Guerre qui, bien que prévenu du danger, se croyait à l'abri en raison de son passé militaire. Il arrête en même temps son vieil oncle et une femme de 31 ans, Sara Berta Kaatz Furono, réfugiée de Turin. On ne dispose d'aucune information sur leur sort.

Quelques jours plus tard, Flot lui-même se fait remettre les clefs des coffres-forts de la Banco Popolare de Novare appartenant à des Juifs, et s'empare de leur contenu: Rossella Bottini Treves et Lalia Negri: Novara ebraica. La presenza ebraica nel Novarese dal Quattrocento all'Età contemporanea; Novare; 2005.

Le dernier épisode se déroule une vingtaine de jours plus tard, le à Intra. Le jeune Riccardo Ovazza est arrêté à Ossola, en essayant de prendre des contacts pour fuir vers la Suisse au Tessin. Il est conduit à la direction de la SS locale, installée dans une école élémentaire de jeunes filles. Après avoir été interrogé et torturé pour qu'il révèle où se cache sa famille, il est tué le soir même. Son corps est ensuite brulé dans la chaudière de l'école. Le lendemain, son père, le banquier important Ettore Ovazza, est arrêté avec le reste de la famille dans un hôtel de Gressoney, et transféré à Intra. Malgré son passé fasciste de la première heure et sa propagande pour le Duce au sein de la communauté juive, il est assassiné avec sa femme et sa fille dans le sous-sol de l'école. Leurs corps déchiquetés sont ensuite brulés dans la chaudière de l'école: Alexander Stille: Uno su mille. Cinque famiglie ebraiche durante il fascismo; traduction en italien par: D. Panzieri; éditeur: Garzanti Libri; Milan; 1991; . La vie et le destin d'Ettore Ovazza sont également racontés sous forme romancée par son petit-fils Alain Elkann dans Piazza Carignano; éditeur: Bompiani; collection: Tascabili. Romanzi e racconti; Milan; 2002; Eva Holpfer: „L’azione penale contro i cimini Nazisti in Austria. Il caso di Gottfried Meir, una SS Austriaca in Italia. La Rassegna Mensile di Israel, terza serie, Vol. 69, No. 2, Saggi sull'ebraismo italiano del Novecento in onore di Luisella Mortara Ottolenghi, Tomo II (Maggio - Agosto 2003), pp. 619-634. Verlag: Unione delle Comunitá Ebraiche Italiane. Stable URL: http://www.jstor.org/stable/41287555 . Consulté : 20 juin 2014. Voir également le CV détaillé de :de:Gottfried Meir, Untersturmführer..

Ceux qui ont pu se sauver thumb|200px|Document falsifié d'Elena Bachi Le nombre de victimes confirmées est de 57, mais on peut estimer que le nombre réel de victimes est plus élevé, car la région du lac Majeur était un lieu de passage pour les réfugiés juifs qui espéraient fuir au Tessin en Suisse.

De nombreux Juifs ont réussi à échapper aux arrestations, conseillés et parfois aidés par la population locale, en se réfugiant en Suisse ou en se cachant. Parmi les cas les plus connus, la famille Jarach, qui s'est enfuie de justesse en bateau sur l'autre rive du lac grâce au gardien de la villa, Luciano Visconti, et de sa femme, et qui ont été hébergés chez leurs parents à Dumenza au-dessus de Luino: Ilaria Pavan: Il comandante. La vita di Federico Jarach e la memoria di un'epoca 1874-1951; éditeur: Proedi; Milan; 2001, .