Le château de Magny-en-Bessin est un château français de style classique situé dans la commune de Magny-en-Bessin, dans le département du Calvados.
Le domaine appartient à la fin du à une personnalité emblématique, Nicolas-Joseph Foucault, et s'étend progressivement jusqu'à atteindre une superficie correspondant aux trois quarts de la commune actuelle à la fin du siècle.
Le château est bâti au sur des bases plus anciennes que l'état des connaissances ne permet pas de préciser et dont plus aucune élévation n'est visible.
Le château change de propriétaires au début du mais connaît une période de stabilité et de rayonnement local. Une nouvelle cession s'accompagne de mutilations particulièrement brutales aussitôt après la fin de la seconde Guerre mondiale. Il fait l'objet d’une inscription au titre des monuments historiques par arrêté du ..
Transformé pendant un quart de siècle en usine textile, puis abandonné à partir des années 1970, il est partiellement détruit par deux incendies successifs en . Le château a été sélectionné par Stéphane Bern, à la tête de la Mission d'identification et de sauvegarde du patrimoine en péril, en vue de bénéficier d'une aide financière d'urgence issue du loto du patrimoine par deux fois, lors du tirage des 15 et , à l'occasion des journées européennes du patrimoine puis à nouveau en 2021. À la fin du premier quart du , la préservation de l'édifice est en suspens mais la mise en place d'une association active peut donner l'espoir que des travaux auront lieu.
Localisation Le château est localisé dans le bourg de Magny-en-Bessin, dans le Calvados. Il se situe à à vol d'oiseau d'Arromanches et de la côte de la Manche.
Historique Historique du site Le site du château a livré au des haches de pierre polie datées de et conservées au musée Baron-Gérard de Bayeux. Face au château, des artefacts d'époque romaine ont été retrouvés par Arcisse de Caumont, ainsi que des vestiges de bâtiments pourvus d'enduits peints. Le site n'a cependant pas été fouillé de manière scientifique.
Une nécropole mérovingienne a également été fouillée au non loin de là. Ses artefacts ont été datés de la fin du ou du début du .
Historique du domaine : du fief au château actuel Historique du fief du aux Foucault Un château existe peut-être dès 1191. Le fief appartient à la fin du à la famille de Mailloc et passe à la famille de Mannoury à la fin du siècle suivant, peut-être à l'occasion d'un mariage. L'église Saint-Malo conserve une pierre tombale qui est peut-être celle de Guillaume de Mannoury, mort en 1501.
vignette|gauche|alt=Gravure d'un homme aux cheveux longs dans un médaillon muni d'un blason|Guy Chamillard, estampe gravée par Robert Nanteuil en 1664.
Le fief passe aux Saint-Ouen en 1515 et demeure leur possession jusqu'à la fin du troisième quart du . Le fief est vendu par la famille de Saint-Ouen par adjudication en 1673 ; l'acquéreur est l'intendant de la généralité de Caen, Guy Chamillart. Son fils est Michel, conseiller au Parlement de Paris en 1676 puis contrôleur général des finances en 1699 et secrétaire d’État à la guerre en 1701. Michel Chamillard étend le domaine de Magny par achat à Ryes et par échange avec le Roi à Arromanches et Tracy. Le , par lettres patentes signées à Fontainebleau, Michel Chamillard obtient que le fief de Magny possède droit de haute justice s'étendant sur les paroisses de Magny, Ryes, Manvieux, Tracy et Arromanches.
vignette|alt=Gravure d'un homme avec une perruque dans un médaillon muni d'un blason|Nicolas-Joseph Foucault (1698), par Pieter van Schuppen, gravure d'après Nicolas de Largillierre.|gauche
Le fief est ensuite acquis par Nicolas-Joseph Foucault, intendant de la généralité de Caen (1689-1706) le . Le fief devient un marquisat en . Nicolas-Joseph Foucault vient peu à Magny : le domaine sert alors de dépôt pour le résultat de fouilles menées à Vieux et Coutances.
vignette|alt=Façade d'un édifice avec une entrée monumentale|L'hôtel de Magny, propriété de Nicolas-Joseph Foucault à partir de 1758.
Le fils de l'intendant Foucault, Nicolas-Joseph Foucault II, possède le château à partir de 1704 et y vit jusqu'à sa mort en 1772. Il agrandit le domaine en faisant l'acquisition de Bazenville puis de Damigny en 1714. En procès contre son époux pour des raisons financières, la marquise obtient en 1719 , même si elle n'y vient pas.
vignette|alt=Vue d'une église dans un cimetière avec sur la droite des arbres|L'église Saint-Malo conserve la pierre tombale de Nicolas Joseph Foucault.
Le marquis récupère Magny par arrêt du Parlement de Paris en 1728. Il habite le château à partir de 1736. Il crée une avenue d'arbres de l'axe du château à la cathédrale, représentée en 1736. À partir de 1731, le marquis est un des , demeurant l'hiver à Paris en particulier dans l'hôtel de Magny acquis en 1758. Le domaine de Magny est alors vaste d'environ , équivalant aux . Veuf en 1755, le marquis perd ses trois enfants et n'a pas de descendance. Vivant en , il meurt dans son château à le . Sa pierre tombale, martelée à la Révolution en 1794, est toujours présente dans l'église de Magny.
Après les Foucault, le château jusqu'en 1945 Le domaine passe à des cousins qui ne peuvent le conserver et le vendent dès le . Le , le château est vendu au seigneur de Courseulles, le marquis Pierre Charles de La Rivière, né en 1749 à Rouen et militaire, qui commande probablement un nouveau décor intérieur. Il habite peu à Magny. Il meurt à 29 ans seulement de la petite vérole le et sans descendance.
Le domaine passe dans les mains de René Louis Gilles Hervé Clément Dubois de Littry le . Il a un seul enfant, une fille, qui meurt en couches en 1787. Maire de Bayeux en 1790, il n'émigre pas mais n'habite pas le château. La haute justice est fermée en , et les archives sont brûlées le 24 brumaire an II. Le 20 messidor an II la pierre tombale du marquis est abîmée dans l'église et les décors d'armoiries du château retirés. Le château est très souvent réquisitionné pendant les guerres de la Révolution et du Premier Empire, entre 1792 et 1815.
Le petit-fils de Dubois de Littry, Claude Clément Auguste de La Tour du Pin, devient maire de Bayeux mais meurt dès 1812. Sa sœur épouse Eugène-François-Charles Achard de Bonvouloir, le domaine reste dans cette famille jusqu'en 1945. Les différents propriétaires de Magny sont la plupart du temps maires de la commune. Le domaine au , avec une meute de chasse au lièvre jusqu'autour de 1900 et de nombreuses réceptions. Le personnel est nombreux.
vignette|gauche|alt=Photographie en noir et blanc d'un intérieur comportant des meubles et avec des boiseries sur les murs|Le grand salon en 1914.
Vers 1840, le comte Charles de Bonvouloir fait réaménager le parc paysager et les abords. Au sud du château, l'avant-cour, les douves et la cour d'honneur disparaissent, de même que le jardin à la française situé au nord. Un parc en étoile de est créé mais il n'obéit pas aux principes des jardins à l'anglaise. Des travaux de réfection de planchers puis de couverture sont réalisés vers 1900.
vignette|alt=Photographie en noir et blanc représentant une façade d'un château avec une cour munie de parterres fleuris|Façade nord au début du .
Guillaume de Bonvouloir, père de trois filles, devient veuf en 1935 et meurt le . Le château est vidé de son mobilier par une vente qui intervient dès juillet. Pendant la Seconde Guerre mondiale, le château est réquisitionné pour les forces d'occupation dès le . Une Kommandantur s'y installe : l'édifice sert à loger des troupes et pour des réquisitions de matériel nécessaires aux blockhaus de la côte située à . La Kriegsmarine s'installe non loin en et l'édifice ne subit pas de dégradations durant la période. Les soldats de la Wehrmacht sont dans le château, et des Osttruppen sont dans les bâtiments des communs. Des graffiti de l'époque sont conservés, dont deux croix gammées et une caricature d'Adolf Hitler. Magny est libéré le au soir par le du Gloucestershire Regiment, les troupes allemandes ayant auparavant évacué l'édifice . Pendant la bataille de Normandie le château est utilisé comme dépôt. Un aérodrome est installé au sud du château jusqu'en , et .
1945- : des aux initiatives de l'association de sauvegarde 1945-2016 : entre ventes, dégradations et velléités de mise en valeur vignette|alt=Vue d'un grand bâtiment abandonné avec des hautes herbes au premier plan|Le château en 2013, avant l'incendie de 2016.
Le domaine de Magny est vendu par les filles de Guillaume de Bonvouloir en 1945 à Guy Bertrand Marie Joseph Kermerec'hou de Kerautem, un antiquaire qui fait retirer de nombreux éléments en quelques mois, : boiseries, lambris, cheminées, etc. et jusqu'aux qui sont coupés.
À la suite d'un signalement, une instance de classement est ouverte le , aboutissant à une inscription du château et du parc à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques par un arrêté du . En dépit de la protection, .
vignette|gauche|alt=Vue d'un côté d'un bâtiment avec une fenêtre et une installation en fer rouillé|Installation de levage conservée en 2020.
Le , un industriel belge, Josef van Pamel, achète le domaine et fonde la Société linière de Magny. Le château est transformé en filature, plus précisément en usine de teillage (séparation des fibres du lin et du chanvre). Les murs du rez-de-chaussée sont détruits et un plateau de béton long de permet d'installer les lourdes machines. La chapelle devenue gênante pour l'accès à la partie inférieure de l'édifice est détruite. Des installations techniques sont installées dans le parc, dont des hangars.
vignette|alt=Vue du château et de deux hangars sur la gauche|Vue du château et de deux hangars datés de l'époque de l'usine.
José van Pamel, le fils du fondateur de l'usine, reprend en 1973 l'activité qui doit cesser bientôt. Un haras est fondé, mais il cesse vite ses activités. José van Pamel devient maire en 1983.
Après la fin de l’activité, José van Pamel vend ses biens. Le château est vendu en 1989 et les communs en viager le . Il est acquis par un peintre et artiste néerlandais, Krijn Giezen (Noordwijk aan Zee, – Caen, ), et son épouse Martina, éditrice. Ils s'installent au château puis dans les communs. L'artiste néerlandais est fondateur du Land art dans son pays, de l'art écologique en 1950. Le couple semble vouloir rendre vie au domaine en ouvrant un musée consacré à l'art contemporain. Le domaine sert pour des expositions et d'atelier.
vignette|gauche|alt=Vue d'un bâtiment avec des box destinés aux chevaux|Écuries du haras de Magny.
En 1989, les arbres de l’allée des évêques qui mène à la cathédrale de Bayeux sont abattus, (Ouest-France du ). Les relations du propriétaire avec les autorités locales se tendent. Le château est abandonné pendant plusieurs décennies. Un article de La Manche libre évoque en .
Le propriétaire meurt le . Sa veuve occupe depuis lors une dépendance, les vastes communs. Des projets de vente n’aboutissent pas. Des planchers du pavillon ouest s'écroulent avant 2011.
Depuis 2016 : incendies et volonté de sauvegarde Dans la nuit du 16 au , autour de minuit, un incendie se déclare dans l'aile nord et détruit intégralement la charpente et les planchers. L'incendie se déclare dans l'aile de la bâtisse, au ou dans les combles, peut-être du fait de courts-circuits électriques. L'incendie démarre . La charpente et les planchers partent en fumée en dépit de l’intervention d’une cinquantaine de pompiers et une vingtaine de véhicules. Le travail des soldats du feu a été rendu difficile par l’état général des bâtiments en particulier des planchers effondrés par endroits.
En dépit des efforts faits pour parfaire l’extinction, en particulier des poutres, un nouveau sinistre ravage l'édifice le samedi , vers . Deux poutres du premier étage s’embrasent à nouveau.