Ine est roi du Wessex de 688 ou 689 à 726.

Il se révèle incapable de conserver les gains territoriaux réalisés par son prédécesseur Cædwalla, qui avait soumis une grande partie du Sud de l'Angleterre à son autorité. À la fin du règne d'Ine, les royaumes de Kent, de Sussex et d'Essex se sont libérés de la domination des Saxons de l'Ouest. Il parvient toutefois à garder le contrôle de l'actuel Hampshire, et il étend son royaume vers le sud-ouest aux dépens des Bretons de Cornouailles.

Ine est le premier roi du Wessex, et le premier roi anglo-saxon en dehors du Kent, à émettre un code de lois. Son texte offre un éclairage important sur l'histoire de la société anglo-saxonne et illustre la foi chrétienne d'Ine. Le commerce connaît une croissance importante sous son règne, ce dont témoigne l'expansion de la ville d'Hamwic, l'actuelle Southampton. Les premières pièces de monnaie frappées au Wessex datent vraisemblablement de cette période, bien qu'il n'en subsiste aucune portant le nom d'Ine.

Ine abdique en 726 pour se rendre en pèlerinage à Rome, suivant l'exemple de son prédécesseur. Æthelheard lui succède sur le trône du Wessex.

Origines et avènement

La généalogie des rois du Wessex est connue par deux sources tardives : une liste de rois, la , et la Chronique anglo-saxonne, une compilation annalistique réalisée à la cour du Wessex à la fin du . Certaines entrées de la Chronique incluent de brèves notices généalogiques qui entrent souvent en contradiction non seulement entre elles, mais également avec les informations plus détaillées fournies par la liste de rois. En ce qui concerne Ine, toutes les versions s'accordent à en faire le fils d'un certain Cenred, lui-même le fils d'un certain Ceolwald, mais le nombre de générations qui sépare Ceolwald de Ceawlin, qui règne à la fin du , varie selon les textes : il est tantôt son grand-père, tantôt son arrière-grand-père. Ces incohérences semblent résulter des efforts désordonnés fournis par les compilateurs de la Chronique pour rattacher tous les rois du Wessex, y compris certains qui étaient peut-être issus d'autres familles, à la lignée de Cerdic, le fondateur semi-légendaire de la lignée royale des Saxons de l'Ouest sur le sol britannique au début du .

Le prédécesseur d'Ine, Cædwalla, abdique en 688 pour aller recevoir le baptême à Rome. Cependant, la liste de rois attribue un règne de 37 ans à Ine et le fait abdiquer en 726, ce qui situe son avènement en 689 et non en 688. Cet intervalle d'un an trahit peut-être une période de troubles consécutive au départ de Cædwalla. Ine semble avoir partagé le pouvoir avec son père Cenred durant les premières années de son règne : son code de lois, promulgué vers 694, reconnaît l'aide qu'il lui a apporté, et le nom de Cenred figure même avant celui de son fils sur une charte du Sussex de 692, ce qui implique qu'il avait préséance sur lui.

Règne

Relations extérieures

thumb|center|600px|Le Wessex et les royaumes voisins sous le règne d'Ine.

En 694, Ine obtient une compensation monétaire du royaume du Kent pour la mort de Mul, le frère de Cædwalla, brûlé vif par les habitants de ce royaume sept ans auparavant. Plusieurs manuscrits de la Chronique anglo-saxonne indiquent que la somme versée par le roi Wihtred de Kent à Ine vaut . Si ces livres correspondent à des sceattas, alors cette somme correspond au wergild (la valeur de la vie d'un homme fixée par la loi) d'un roi dans le droit mercien.

Le Surrey constitue une région disputée entre le Kent, la Mercie, l'Essex et le Wessex. Il relève du diocèse de Londres, une ville du royaume d'Essex, ce qui semble avoir causé des tensions entre Ine et les rois de Mercie et d'Essex jusqu'au transfert de cette province au diocèse de Winchester en 705. L'introduction des lois d'Ine prouve que le Surrey est très tôt passé sous son contrôle : il y décrit l'évêque de Londres Earconwald comme . Une lettre de l'évêque de Londres Waldhere datant de 704 ou 705 mentionne nées , ces derniers ayant accordé l'asile à des exilés venant du Wessex. Un concile est prévu à Brentford pour résoudre cette crise.

Ine affronte les Merciens de Ceolred à Woden's Barrow en 715, mais l'issue de la bataille n'est pas connue. Woden's Barrow est un tumulus préhistorique, aujourd'hui appelé , situé à Alton Priors dans le Wiltshire. Ine ne reprend peut-être pas les terres au nord de la Tamise que contrôlaient les rois avant lui, mais on sait qu'il contrôle la rive sud : une charte datée de 687 le voit faire don de terres à l'Église à Streatley, sur la Tamise, et à Basildon, située non loin.

Le Sussex, conquis par Cædwalla en 686, reste sous le joug d'Ine pendant un certain temps. Une charte de 692 présente le roi Nothhelm (ou Nunna) de Sussex comme un parent d'Ine, peut-être par alliance. Bède décrit le Sussex comme soumis à Ine pendant , ce que confirme la présence de Nothhelm aux côtés d'Ine lors d'une bataille contre les Bretons en 710.

Cette bataille est rapportée par la Chronique anglo-saxonne, qui précise qu'elle met aux prises les Saxons avec le roi Geraint de Domnonée. Le chroniqueur du Jean de Worcester, qui s'appuie sur des versions de la Chronique perdues depuis, précise que Geraint est tué lors de l'affrontement. Ine conquiert le Devon et repousse la frontière avec la Domnonée jusqu'au fleuve Tamar. Néanmoins, en 722, les Bretons de Cornouailles remportent une bataille à Hehil d'après les Annales Cambriae. Les vaincus de cet affrontement sont vraisemblablement les Saxons de l'Ouest. La localisation du champ de bataille reste inconnue ; plusieurs sites ont été proposés en Cornouailles ou au Devon.

La fin du règne d'Ine semble avoir été marquée par des troubles dynastiques. En 721, la Chronique anglo-saxonne rapporte qu'il tue un certain Cynewulf, sans plus de précisions. On ne sait rien d'autre à son sujet, mais le nom Cynewulf ressemble assez à ceux d'autres membres de la dynastie de Cerdic pour suggérer qu'il s'agissait d'un prince de sang royal, ou ætheling. L'année suivante, un ætheling nommé Ealdberht fuit le Wessex pour se réfugier . Il est possible que cet Ealdberht ait été un fils ou un neveu d'Ine qui aurait cherché en vain à être reconnu comme son héritier. L'historien du Henri de Huntingdon relie à Ealdberht un incident autrement inexpliqué rapporté par la Chronique anglo-saxonne : en 722, Æthelburg, l'épouse d'Ine, détruit Taunton, une forteresse édifiée par son mari. D'après Henri, c'est parce que Ealdberht s'y était réfugié que Taunton connaît ce sort.

Le départ d'Ealdberht pour le Surrey et le Sussex implique que ces deux régions ne sont plus soumises au Wessex en 722. Ine part en campagne contre les Saxons du Sud la même année, puis de nouveau en 725, et parvient à tuer Ealdberht lors de sa deuxième invasion du pays. Il ne semble pas pour autant être parvenu à rétablir l'autorité du Wessex sur les régions soumises par Cædwalla dans le sud-est de l'Angleterre.

Développement administratif et économique

C'est sous le règne d'Ine que l'on trouve la première mention du rang d'ealdorman. La division du royaume en comtés similaires aux actuels Hampshire, Wiltshire, Somerset, Devon et Dorset est peut-être à porter à son crédit, bien qu'elle puisse aussi refléter des subdivisions administratives antérieures. Il est également possible que ces comtés soient issus de la division du royaume entre membres de la famille royale.

L'établissement de Hamwic ou Hamtun se fait sur la rive ouest de l'Itchen, dans l'actuelle ville de Southampton, vers 710. Les découvertes archéologiques témoignent d'une grande activité économique autour de métiers tels que la verrerie, le tissage, la forge et le travail du métal en général, ainsi que peut-être la tannerie, si l'on en croit les nombreux ossements animaux retrouvés sur le site. Divers biens importés y ont également été retrouvés, signe d'une activité commerciale importante : meules, pierres à aiguiser et poteries, ainsi que des pièces de monnaie frisonnes parmi des sceattas anglo-saxons. Le rôle d'Ine dans le développement de Hamwic est inconnu, mais des objets de luxe dont il aurait pu profiter y ont certainement transité, et la protection royale aurait sans doute été profitable aux marchands de la ville. Hamwic compte plus de , une concentration de population particulièrement importante pour l'époque et qui s'explique difficilement sans soutien royal direct.

La croissance du commerce après 700 est à mettre en parallèle avec l'expansion de la zone de circulation du sceat, la pièce de monnaie commune de l'époque, jusqu'à la haute vallée de la Tamise. C'est vraisemblablement sous le règne d'Ine que les premières monnaies du Wessex ont été frappées, bien que l'on n'en connaisse aucune qui porte son nom ; mais les sceattas ne portaient généralement pas le nom du roi au pouvoir.

Développement religieux

thumb|L'actuelle église de Wimborne Minster trouve son origine dans le monastère fondé par Cuthburh, la sœur d'Ine.

Ine est un roi chrétien, qui joue un rôle de patron et de protecteur vis-à-vis de l'Église : . Ainsi, l'introduction de son code de lois mentionne deux évêques parmi ses conseillers, Earconwald de Londres et Hædde de Winchester, et précise en outre qu'elles ont été élaborées non seulement avec l'aide de ses ealdormen et conseillers séculiers, mais aussi des évêques du royaume. Les lois elles-mêmes illustrent les convictions chrétiennes d'Ine : le serment d'un communiant est considéré comme étant davantage digne de foi que celui d'un non-chrétien, et des amendes sont prévues lorsqu'un enfant n'a pas reçu le baptême ou lorsque la dîme n'a pas été versée.

Ine apporte également sa protection à plusieurs établissements religieux, en particulier dans le jeune diocèse de Sherborne, séparé du diocèse de Winchester en 705. Ine s'oppose tout d'abord à cette division, ignorant les menaces d'excommunication de Cantorbéry, mais il finit par l'accepter après la mort de l'évêque Hædde. Les premiers monastères du Wessex sont fondés sous son règne, par deux princesses de la maison royale : Bugga, la fille du roi Centwine, et Cuthburh, la sœur d'Ine, qui fonde l'abbaye de Wimborne après s'être séparée de son époux, le roi Aldfrith de Northumbrie. La Chronique anglo-saxonne attribue également à Ine la construction d'une église à Glastonbury, mais il s'agit vraisemblablement d'une extension ou d'une refondation, puisqu'un monastère breton y existait déjà. C'est également sous le règne d'Ine qu'est organisé le premier synode attesté au Wessex, et le roi en assure la présidence.

Les lois d'Ine

Ine est le premier roi du Wessex à avoir émis un code de lois. Tous les textes législatifs antérieurs connus proviennent du Kent : celui d'Æthelberht (mort en 616), édicté dans les premières années du , celui de Hlothhere et Eadric, émis dans les années 670 ou 680, et celui de Wihtred, à peu près contemporain de celui d'Ine. Leur datation reste incertaine, mais celui de Wihtred semble avoir été promulgué le , tandis que celui d'Ine est rédigé en 694 ou peu avant. 694 est l'année où Ine conclut un accord avec Wihtred au sujet de la compensation à verser pour le meurtre de Mul, et au-delà des dates de composition très proches, la présence dans les deux codes d'une clause formulée en des termes quasiment identiques tend à prouver qu'ils sont le fruit d'une collaboration à un certain degré entre les deux souverainsCette clause figure dans le chapitre 20 du code d'Ine et dans le chapitre 28 de celui de Wihtred. Dans le code d'Ine, on lit : Dans le code de Wihtred, on lit : Voir .. L'utilisation dans le code de Wihtred du terme gesith, caractéristique du dialecte saxon occidental, en lieu et place du terme kentien eorlcund plaide également en faveur de cette hypothèse. Les deux rois sont peut-être poussés par des motivations similaires : le désir de rehausser leur prestige, et de rétablir l'autorité après des périodes troublées dans leurs royaumes respectifs.