Lee Teng-hui (), né le à Sanzhi (Taïwan) et mort le à Taipei, est un homme d'État, un économiste et un agronome de Taïwan.
Membre du Kuomintang, il devient président de la république de Chine en 1988, à la mort de Chiang Ching-kuo. Il se maintient au poste jusqu'en 2000, devenant le premier président élu au suffrage universel en 1996. Il organise la fin de la Loi martiale et la transition du pays vers la démocratie. Il poursuit les efforts de ses prédécesseurs en termes économiques et préside au miracle économique taïwanais.
Après sa présidence, il se révèle un défenseur de l'indépendance de Taïwan. Il rejoint l'Union pour la solidarité de Taïwan et s'engage dans le rapprochement diplomatique entre Taïwan et le Japon, devenant un conseiller et un soutien de la présidente Tsai Ing-wen.
Biographie
Une jeunesse japonaise Lee Teng-hui voit le jour à Sanzhi, dans les environs de Tamsui et de Taipei en 1923. Il naît dans une famille d'ascendance Hakka, originaire du comté de Yongding, dans la province du Fujian. Son grand-père est un chef de village, possédant des terres et vendant du riz, du thé et de l'opium tandis que son père est un policier, travaillant pour les autorités coloniales japonaises. Il a un frère ainé appelé Lee Teng-chin (李登欽) qui suit les traces de leur père et rejoint l'académie de la police coloniale. gauche|vignette|Lee Teng-hui, alors à l'école japonaise Taïwan est à l'époque une colonie japonaise depuis le traité de Shimonoseki en 1895 dans lequel le Japon arrache l'île, ainsi que l'archipel des Pescadores à la Dynastie Qing. Tokyo traite Taïwan comme une « colonie modèle », malgré quelques insurrections comme l'. Dans l'objectif de répondre à ses besoins économiques, le Japon mène donc une industrialisation avec une ouverture démocratique très limitée avant de transformer l'île en base économique et militaire avancée pour organiser sa pénétration puis son expansion en Chine puis en Asie du Sud-Est.
Élevé donc dans un monde japonais, Lee Teng-hui déclare plus tard dans sa vie que le Japon a été sa « mère patrie » et qu'il a été japonais jusqu'à ses 22 ans. Fils de fonctionnaires, il jouit d'une bonne éducation et apprend à la fois la langue japonaise et les caractères chinois. Il subit aussi le processus de japonisation appelé le mouvement kōminka (皇民化運動), organisé par les autorités coloniales pour acculturer les sujets taïwanais. Il chante ainsi l'hymne impérial Kimi ga yo, lève le hinomaru tous les matins et vénère la famille impériale, lit le Dit du Genji, et le Bushido, l'âme du Japon, apprend le judo et le kendo dans un butokuden. Élève modèle, il est préfet de classe en primaire et sort deuxième sur les 144 autres élèves de son école de Tamsui. Rejeté à deux reprises par les collèges publics de Taipei favorisant les élèves d'origine japonaise, il rejoint un collège privé en 1938.
Le Japon est à l'époque, depuis 1937, engagé dans une violente guerre en Chine qui s'étend rapidement au reste de l'Asie et au Pacifique en 1940-1941 après l'invasion de l'Indochine française puis l'attaque sur Pearl Harbor. En réaction et à l'occasion des 2 600 ans de la fondation légendaire du Japon, le mouvement kōminka s'intensifie à Taïwan en 1940. Les familles taïwanaises sont sommées par le pouvoir colonial d'adopter des noms japonais. Comme 10 % des Taïwanais, Lee s'exécute et devient Iwasato Masao (岩里政男) tandis que son frère devient Iwasato Takenori (岩里武則). gauche|vignette|Lee Teng-hui (droite) et son frère Lee Teng-chin (gauche) Diplômé de son collège privé en 1941, il rejoint le , un établissement exclusif où il se retrouve être l'un des seuls taïwanais en cours. Il se spécialise en agronomie et se destine à travailler pour le Société des chemins de fer de Mandchourie du Sud (ou Mantetsu; 満鉄), l'une des principales compagnies japonaises opérant sur le territoire de l'État fantoche japonais du Mandchoukouo. Il termine ses études en 1943 et part pour le Japon où il réussit l'examen d'entrée pour l'université de Kyoto, recevant aussi une bourse d'études. Entré dans la faculté d'agronomie, il y lit Marx, Hajime Kawakami et Thomas Carlyle, mais ses études sont rapidement interrompues par la mobilisation générale de l'entièreté de l'empire du Japon face aux avancées alliées dans le Pacifique. Il est ainsi engagé volontaire dans l'armée, devenant l'un des quelques soldats taïwanais de l'armée impériale japonaise, tandis que son frère s'engage dans la marine. D'abord renvoyé à Taïwan, où il sert dans une batterie anti-aérienne à Takao. Après une formation à l'académie anti-aérienne de Chiba et un court passage par la ville de Qingdao occupée, il est assigné à la défense de Nagoya au grade de sous-lieutenant. Il est dans la ville pendant la campagne de bombardements menés par les États-Unis. Pendant que Lee Teng-hui participe à la défense du Japon, son frère, Lee Teng-chin, est tué par l'aviation américaine dans la baie de Manille le .
De communiste taïwanais à technocrate nationaliste L'empire du Japon signe ses instruments de capitulation le dans la baie de Tokyo. Le sort de l'île de Taïwan, encore indécis, est placé entre les mains des Alliés anglo-américains qui occupent l'île un temps. En octobre, le gouverneur Chen Yi prend le contrôle du territoire pour la république de Chine et, en 1946, les troupes chinoises occupent l'ancienne colonie japonaise. À l'époque, la Chine est dominée par le parti nationaliste, le Kuomintang du Généralissime Chiang Kai-shek, un mouvement autoritaire, républicain et anticommuniste.
Lee Teng-hui, lui, est encore au Japon et retourne à la faculté d'agronomie de Kyoto pour conclure ses études. Comme beaucoup d'étudiants taïwanais dans l'archipel, il s'intéresse de nouveau au marxisme et à la dialectique de Hegel alors que l'idéologie communiste le Parti communiste japonais sont de nouveau autorisés au Japon. Il lit Le Capital et fait ainsi partie de la foule qui accueille le retour du chef communiste Sanzō Nosaka à Tokyo après son exil en URSS et en Chine. gauche|vignette|Lee Teng-hui en 1947, alors étudiant à l'université nationale de Taïwan. Il rentre à Taïwan au printemps 1946 où il rejoint l'université nationale de Taïwan en vertu d'une facilitation permettant aux anciens sujets coloniaux enrôlés dans des universités impériales de rejoindre l'établissement situé à Taipei. Il y suit des cours d'économie agricole et devient ami avec le futur entrepreneur Yang Hongyou (楊鴻游) et avec le futur militant indépendantiste , un survivant de la bombe atomique de Nagasaki. Parmi les autres camarades de Lee à l'université, on compte aussi l'économiste qui sera sa ministre des Finances en 1988. Il produit un mémoire de fin d'études sur « les problèmes du Travail agraire taïwanais », marqué par une lecture marxiste de l'économie et par le concept de plus-value.
Pendant ses études, Lee rejoint une association étudiante marxiste, où il rencontre , un Taïwanais qui a étudié au Japon pendant la guerre avant de partir en Chine où il a agi au profit du Parti communiste chinois (PCC). Sous ses conseils, Lee rejoint le PCC en mais laisse son adhésion expirer l'année suivante. Il se serait réinscrit en et aurait participé à des activités de résistance communistes contre les forces nationalistes. Il reste cependant discret dans ses activités politiques, en particulier alors que la mauvaise gestion nationaliste, la corruption et la raréfaction de denrées primaires provoquent l'Incident 228 en . La mort d'une vendeuse de cigarettes le provoque une manifestation le 27 à laquelle Chen Yi répond par la force. Le gouverneur et des « Comités de Règlement » souhaitant obtenir une autonomie renforcée et la fin de la corruption entrent en négociations pour essayer de régler pacifiquement le conflit mais Chen Yi fait appel à la police militaire pour éradiquer l'opposition. L'île sombre dans un chaos généralisé où l'armée et des groupes soulevés comme la 27e Brigade de Xie Xuehong s'affrontent et où la police militaire commet plusieurs massacres de civils et exécutions sommaires. Lee aurait, selon ses dires, participé à une réunion des Comités de Règlement mais aurait refusé de participer, suspectant la présence d'agents informateurs nationalistes. À cette époque, Lee met fin à ses relations avec le PCC et promet à Wu Ketai de ne pas révéler l'appartenance de son ami au mouvement communiste. vignette|Tseng Wen-hui et Lee Teng-hui lors de leur mariage en 1949 À la fin de la guerre civile, battues sur le continent, les forces de Chiang Kai-shek battent en retraite sur Taïwan. Beaucoup d'amis de Lee Teng-hui ayant participé aux opérations communistes sur l'île fuient vers la Chine, dont Wu Ketai, mais Lee décide de rester. Il finit par se déclarer aux autorités nationalistes en tant qu'ancien communiste. Faisant partie des « communistes réformés », Lee n'est pas emprisonné et le KMT lui permet de reprendre sa vie civile sous surveillance.
Il se marie en 1949 avec , une fille originaire du même village que lui. Le couple a trois enfants: Lee Hsien-wen, né en 1950 et décédé en 1982 d'un cancer, Lee An-na, née en 1952 et Lee An-ni née en 1954.
Il devient un économiste agraire et participe aux travaux de développement de la ruralité à Taïwan. Il remporte en 1952 une bourse d'études du département d'État des États-Unis et part ainsi pour l'université d'État de l'Iowa où il reçoit des cours d'économie, de marketing agricole et de comptabilité. Il soutient un Master of Arts en économie agricole en 1953 et devient professeur à l'université nationale de Taïwan et à l'université nationale Chengchi. Il y enseigne les pathologies végétales, le marketing et la finance et rejoint le ministère de l'Agriculture comme technicien puis la . Il devient ainsi un spécialiste important de l'économie rurale et des questions bancaires et financières dans le monde agricole.
Il participe notamment, à partir de 1957, à la , un programme parrainé par les États-Unis pour moderniser la production agraire taïwanaise et accompagner la réforme des cadastres menée par le vice-président Chen Cheng. Son travail lui vaut une bourse de la fondation Rockefeller qui lui permet de rejoindre l'université Cornell où il passe 3 années à prépare un doctorat en économie agraire et en politiques publiques. Il soutient sa thèse, intitulée Flux de capitaux intersectoriels dans le développement économique de Taïwan, 1895-1960 en 1969. Son travail, publié en 1971, reçoit le prix du meilleur travail de recherche de l'année décerné par l'.
Aux États-Unis, Lee assiste aux manifestations contre la guerre du Viêt-Nam et au mouvement des droits civiques qui influencent largement sa vision politique. Il rencontre aussi , un camarade taïwanais de Cornell, membre de l'association indépendantiste qui tentera d'assassiner Chiang Ching-kuo aux États-Unis en 1970. Cette rencontre et le passé communiste de Lee lui valent une rencontre désagréable avec la justice militaire nationaliste qui lance une enquête non concluante sur le jeune chercheur.
L'ascension au sein du KMT gauche|vignette|Lee Teng-hui, à l'époque de ses recherches en politique agraire À son retour, Lee retourne enseigner à l'université nationale de Taïwan et travailler au sein de la Commission mixte sino-américaine. Il y fait un certain nombre de connaissances, dont l'économiste , un membre du KMT. Reconnu comme une autorité dans son domaine, Lee est rapidement propulsé au sein des sphères dirigeantes qui le consultent. C'est ainsi qu'il rencontre le général , l'un des principaux officiers de renseignement du pays.