Pierre Garcia-Fons, né le à Badalone et mort le à Paris ., est un peintre, lithographe et sculpteur français d'origine catalane Benezit.

Pierre Garcia-Fons a gardé son indépendance artistique toute sa vie : « [Je me décris comme] un peintre de sentiment ».

Marié avec Olga Caprani i Cufi, ils ont 2 garçons : Tristan né en 1953 qui est devenu pédopsychiatre et psychanalyste et Renaud né en 1962, contrebassiste et compositeur. Le couple est installé à Paris dans la cité Montmartre-aux-artistes, au 189, rue Ordener. Ils conservent néanmoins et entretiennent leurs racines catalanes à Villeneuve-la-rivière (Pyrénées-Orientales). « Pour un artiste, trouver une solution de qualité et des moyens pour loger la famille, peindre et présenter son travail en cours est un impératif ».. vignette|Pierre Garcia-Fons écrivant Voir citations de l'artiste dans Wikiquote.

Biographie

Famille Le père de Pierre Garcia-Fons, Pedro García y Martínez, est natif de Carthagène dans la région de Murcie en Espagne. En 1918, avec son père et son frère, ils tentent de rejoindre en bateau la France alors en pleine reconstruction grâce au service d'un passeur. Abandonnés par ce passeur qui a filé avec l'argent, c'est comme exilés de l'intérieur qu'ils s'installent maçons à Badalone. Sa mère Amparo Fons y Aguilella vient de La Vall d'Uixó du pays valencien. Né le , Pere (Pierre en français) est l'aîné et a trois sœurs.

Pedro García y Martínez est un militant de la Confédération nationale du Travail (CNT). En 1936, il rejoint l'armée républicaine lors de l'insurrection franquiste qui sonne le début de la guerre civile espagnole. Après avoir vécu la retraite des forces républicaines et l'exil forcé des populations des territoires vaincus (Retirada), Pedro García y Martínez ne reste pas longtemps interné au camp de concentration d'Argelès-sur-Mer (Pyrénées-Orientales). Il décide d'intégrer une compagnie de travailleurs étrangers afin d'éviter une reconduite à la , synonyme d'enfermement, de tortures et de mort. Il part travailler dans un camp de prisonniers situé dans les Alpes jusqu'en 1943.

Jeunesse : l'exil, la guerre, les débuts Compte tenu de la situation politique et militaire courant 1938, la mère obtient pour elle et leurs enfants (Pierre est âgé de dix ans) les visas nécessaires pour quitter Badalone et rejoindre la Catalogne Nord en France. Ils s'installent à Perpignan. Les deux garçons sont placés au pensionnat du financé par les sympathisants de la république espagnole. Pierre va à l'école Lavoisier rue de la cloche d'or à Perpignan, y apprend rapidement le français, et obtient son certificat d'études. En 1939, Pierre Garcia-Fons, âgé de 11 ans commence un apprentissage dans le garage Rière du Bas-Vernet, puis travaille comme livreur pour un épicier en gros à Perpignan. En 1945, sur les conseils de l'artiste andalou Manolo Valiente, ami de captivité de son père (camp de concentration d'Argelès-sur-Mer), il pratique chez lui le modelage de la terre glaise et la sculpture sur bois. Il trouve du travail comme sculpteur de meubles chez un ébéniste. Comme élève de Valiente, il côtoie d'autres peintres comme André Fons-Godail (professeur), Balbino Giner, Germain Bonel, Roger Mauréso, Louis Portet, Henri Frère ou le poète Gumersind Gomila.

Pierre Garcia-Fons s'inscrit en 1946 au cours du soir de l'école municipale de dessin du quartier saint-Jacques de Perpignan. Il fait ses armes avec le peintre catalan André Fons-Godail. Ce cours sera dirigé plus tard par Jean-Jacques Prolongeau.

En 1948, il s'installe à son compte comme sculpteur sur bois (quelques bustes et plusieurs nus d'une profonde gravité), en argile et en pierre et il commence à peindre des sujets de « la vie de tous les jours » sous influence alors grandissante du misérabilisme de tous les jeunes peintres de cette époque. Il visite les grands musées de Paris qui rouvrent leurs portes à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Au mois de , Pierre Garcia-Fons présente ses premières sculptures en tant qu'invité à l'exposition d'André Fons-Godail à la salle Arago de Perpignan. La première exposition de ses œuvres a lieu un an plus tard dans le même lieu. Sa période de peinture misérabiliste reflète toute cette ambiance. Le poète Gumersind Gomila signe une critique : .

Eric Forcada, historien de l'art, ajoute : « Davantage que mystique, la peinture du jeune artiste fait le constat brut de la réalité qui l'entoure » et « L'art du peu, une économie d'effets plastiques délibérée [.]. Les tons paraissent comme neutralisés [. Tout] semble exprimer cette impuissance [.] que ressent toute une génération d'artistes après les événements que le siècle vient de vivre [.] et qui devient [.] expression artistique d'une classe sociale. [.] Il s'obstine à témoigner du réel comme le ferait un survivant ». Dans la querelle qui sépare les réalistes vs les abstraits, il s'est rangé dans un réalisme empreint du malaise d'une société traumatisée par la barbarie fasciste.

Il s'installe à Paris dans le petit hôtel de la rue de la Lune, et pour vivre, il travaille comme sculpteur de cadres à l'atelier de Jaume Vidal à Montparnasse. Nombreux sont les artistes catalans et espagnols en exil qui ont choisi cet atelier pour s'y rencontrer. Il y travaillera jusqu'en 1953.

En 1949 il fréquente régulièrement l'académie de la Grande Chaumière de Paris ainsi que les peintres : Antoni Clavé, Henri Cueco, Oscar Dominguez, Xavier Valls (père de Manuel Valls), Joaquin Peinado, Orlando Pelayo, Emile Grau-Sala, etc.

Il est admis en 1950 au Salon de la Jeune Peinture, avec sa toile Le Bœuf Écorché. Ce salon va jouer un rôle crucial car les meilleurs éléments de la jeune peinture d'après-guerre s'y retrouvent annuellement : Paul Rebeyrolle, Henri Cueco, Guy Bardone, Bernard Buffet, André Minaux, Eduardo Arroyo, René Génis, Weisbush, Gilles Aillaud, Paul Guiramand, Daniel Buren, etc. Pendant plus de 15 ans, il fera partie des organisateurs, puis deviendra membre du jury, enfin vice-président (1956 - 1967). Il démissionne du comité du Salon de la jeune peinture en 1967 et cesse d'y exposer ses toiles.

Il est sélectionné en 1951 pour le prix de la critique.

Olga Caprani i Cuffi et Pierre Garcia-Fons se marient en 1952. Ils se sont connus à l’école municipale de dessin de Perpignan. Elle est née en 1932 à Terrassa (Catalogne) et elle est étudiante à l’École nationale des beaux-arts.

Lors de la du salon de la jeune peinture (1952), l'artiste présente la toile L'Apprenti, qui « en bleu [de travail] rapiécé, évoque avec bonheur, le travail ingrat et sans lumière d'une jeunesse à laquelle notre société n'a rien à promettre que la guerre »

Naissance de son fils Tristan en 1953 et cette même année, Pierre Garcia-Fons fait son service militaire au du génie à Versailles durant 18 mois. Ils habitent une chambre dans un hôtel minable rue des Pyrénées en attente d'un logement dans une cité d'artistes.

Il adhère au Parti communiste français (PCF) en 1953. Il le quittera en 1965. Eric Forcada rapporte : « Malgré les violents débats esthétiques [.], Garcia-Fons n’assujettira jamais sa peinture au politique. Il préfère se reconnaître dans l'apport de ses maîtres » . Et notamment, durant cette période, Paul Cézanne pour « sa rigueur, sa justesse du ton de la lumière »DVD Au-delà des Frontières, Alex Jeanpierre.

Grâce à Michel Thompson, peintre de la Ruche, il squatte un atelier de la cité d'artistes de la rue Vercingétorix qui devait être démolie. Défendu par l'avocat Moro-Giafferi et avec le soutien d'un comité dans lequel plusieurs artistes célèbres se sont engagés (Picasso, Cocteau, Giacometti), il obtient de la Ville de Paris un atelier de travail au d'un HLM rue Emile Blémond à Montmartre.

En 1956, par concours, il obtient une bourse de voyage décernée par le secrétariat d’état au arts et aux lettres : Grâce à cette aide il peut travailler à l'abri du besoin, lors de son séjour à Uzerche, en Corrèze, avec Henri Cueco notamment. Au retour, il présente une série d’œuvres exposée en 1957 au salon de la jeune peinture (La Tannerie, Les Outils, Les Cuves) : Il montre une évolution de son art vers « un formalisme plus synthétique, une composition structurée plus directe et moins subjective [... et] une utilisation d'une gamme colorée plus vivante ». Il reçoit le prix Antral pour une nature morte marquée par l'influence de Cézanne.

Cette période se clôt sur une série d’œuvres consacrées aux conditions de vie des travailleurs en milieu urbain et logés en HLM.

Il part sur le chemin de la lumière brute.

Maturité : les voyages En 1958, âgé de 30 ans, Pierre Garcia-Fons obtient le prix Fénéon décerné par un jury composé de George Besson, Jules Supervielle, Francis Jourdain, Louis Aragon, Jean Paulhan, Charles Vildrac, et le peintre Jean Fautrier. George Besson, critique d'art, découvre son travail et commence à suivre sa carrière. Au Salon de la jeune peinture se déroulent tous les ans de féroces luttes de tendances où alternent passions esthétiques et opportunisme politique. Eric Forcada dit que « George Besson s'attaque au sein de la gauche à la ligne dure du réalisme socialiste défendue notamment par Louis Aragon pour lui opposer une vision de la réalité moins dogmatique, davantage basée sur l'empirisme personnel qui laisse toute sa place au charnel, en sensuel, à l'intuitif : la peinture s'énonce comme une mise en ordre des sensations par transposition du réel ».

Il se dégage de l'influence de l’œuvre de Cézanne et adopte des aspects du travail de Bonnard. Ses toiles laissent place à une interprétation plus sensible de la réalité. En 1959, une œuvre est présentée à la section française du Musée national d'Indonésie, à Jakarta.

1960 : Toute la famille voyage aux Pays-Bas au volant d'une Citroën 2 CV. Ils visitent les musées et découvrent Rembrandt, Vermeer, Van Gogh

Voyage familial en Italie en 1961 qui lui permet de voir les grands vénitiens (Titien, Tintoret et Véronèse) et où il trouve des conditions de création jubilatoire et sensuelle loin des querelles de chapelle et des luttes d'influence des sphères artistiques parisiennes.

Naissance de son second fils Renaud en 1962. Il reçoit le prix de la ville de Chartres et y reste en résidence du mois d'avril au mois de mai. Pierre Garcia-Fons commence à peindre la série de toiles Océans à la suite des vacances sur la côte sauvage du Croisic, en Loire-Atlantique.

Nouveau voyage familial en Italie. La confrontation avec les primitifs siennois, de Simone Martini, Masaccio, Piero della Francesca, Giotto, Ghirlandaio, mais aussi Carpaccio, Fra Angelico le font douter de sa démarche Effusion d'un moment de son premier voyage en Italie. Des contradictions se révèlent engendrant les résonances d'abstraction lyrique, toiles de face à face avec la nature dépouillée des Corbières, de la Bretagne (série Océans) ou dans l'obscurité des forêts de Cerdagne. Pierre retraduit son émotion éprouvée par ces paysages naturels dans un style abstraction lyrique. Des critiques d'art diront que « sa peinture s'apparente à de l'action painting ».

Il est élu membre du jury du Salon de la Jeune Peinture à partir de sa quatorzième tenue, s'y trouvant aux côtés de Simone Dat, Gérard Tisserand, Hélène Girod de l'Ain et Élisabeth Dujarric de la Rivière Francis Parent et Raymond Perrot, Le Salon de la Jeune Peinture - Une histoire, 1950-1983, éditions Jeune Peinture / Les Imprimeurs libres, 1983..

En 1964, Pierre Garcia-Fons fait la connaissance du poète catalan Jordi Pere Cerdà (Antoine Cayrol). Ce dernier écrira plusieurs textes et ouvrages sur l’œuvre de Garcia-Fons.

Débute alors une expérience de lithographie chez l'imprimeur Fernand Mourlot où il côtoie Chagall, Estève, Buffet, Soulages, Baudin, Delvaux, Cottavoz, Fusaro notamment.

1965 : Pierre et son épouse s'installent à la cité Montmartre-aux-artistes dans un atelier avec appartement au 189 rue Ordener dans le 18.