alt=Femme de type asiatique souriant et chevauchant sa monture lors d'un concours|vignette|La Japonaise Chihiro Akami, un exemple de femme jockey.

La place des femmes dans l'équitation a connu une nette évolution sociétale. Jusqu'au , dans la plupart des pays eurasiatiques et nord-africains, puis nord et sud-américains, le cheval est un symbole militaire et viril, associé aux hommes tant pour les besoins des guerres que pour ceux du travail quotidien. En Asie, les Scythes, les Sarmates et les Achéménides pratiquent vraisemblablement une équitation mixte durant l'Antiquité, par opposition aux civilisations gréco-romaines. L'accès à l'équitation est ensuite restreint au Proche-Orient et en Asie centrale, en particulier sous les Séfévides.

Les rares mentions de femmes cavalières et combattantes relèvent souvent de mythes, tel que celui des Amazones, ou d'exceptions limitant l'approche des chevaux aux soins à leur apporter, comme celle des « Servantes du Cheval » dans le royaume Bamoun, au . En Europe occidentale, l'accès au cheval est restreint par le statut social des femmes, l'équitation étant réservée à une élite. En Asie centrale, au contraire, toutes les classes sociales accèdent en général au cheval pour les migrations saisonnières. À partir de la fin du Moyen Âge, la monte à cheval avec les deux jambes du même côté, dite « en amazone », s'impose en Europe occidentale, limitant l'autonomie des cavalières. La conquête de l'Ouest américain amène des femmes de toutes conditions sociales à monter à cheval et à conduire des attelages, l'une des plus célèbres étant Calamity Jane ; cela contribue à lever l'imposition de la monte en amazone en occident.

Dans les pays occidentaux, le cheval est uniquement un animal de rente jusqu'au début du . Il se répand dans les milieux féminins et urbains au cours de ce siècle, entraînant une évolution de son statut vers celui d'un animal de compagnie et une forte féminisation de l'équitation. Cette diffusion ne s'est pas traduite par une représentation proportionnelle des femmes aux plus hauts niveaux des compétitions équestres, particulièrement dans le saut d'obstacles, en raison d'une répartition du travail appuyée sur les stéréotypes de genre, et d'une culture dominante axée sur les performances de l'animal plutôt que sur la relation affective. Les peuples cavaliers maintiennent des pratiques équestres avec une faible participation féminine, en particulier parmi les Gauchos sud-américains.

La culture équestre accorde une place croissante aux femmes en parallèle de la féminisation des pratiques, depuis les pony books anglo-saxons dès les années 1920, jusqu'aux productions télévisuelles et cinématographiques récentes. Ces œuvres telles que Le Grand National (1944), Sarraounia (1986), Mulan (1998) et Sport de filles (2012) mettent en scène des jeunes filles et des guerrières cavalières.

Sources et terrain La relation entre femmes et chevaux a été abordée par la sociologie, notamment par des ethnologues et des anthropologues, mais aussi par des psychanalystes.

Les sports équestres forment un terrain idéal pour des études de genre, car ils constituent le seul secteur sportif dans lequel hommes et femmes participent aux mêmes épreuves, les uns contre les autres, jusqu'aux niveaux internationaux et olympiques.. Les compétitions mixtes sont ainsi organisées jusqu'au plus haut niveau depuis les années 1950, dans tous les pays du monde qui organisent des compétitions de saut d'obstacles, de concours complet et de dressage. Cet aspect favorise de nombreuses publications d'études à travers le monde.

En langue française, l'unique travail sociologique de référence consacré à la féminisation de l'équitation est la thèse de l'anthropologue Catherine Tourre-Malen (puis l'ouvrage qui en a été tiré), ne concernant par ailleurs que le cadre européen et occidental. Émilie Maj estime qu'il s'agit d'une . Pour Martine Segalen, cet ouvrage apporte une contribution notable dans le domaine de la féminisation de la société et contient des observations très fines. Catherine Monnot a en revanche déploré un parti-pris de départ, ajoutant que .. Pour la géographe Sylvie Brunel, c'est un , mais Brunel ne suit pas la conclusion de Tourre-Malen, estimant que .

Histoire thumb|left|Femme kazakh en habits traditionnels, montant à cheval à califourchon, vers 1911-1914. La relation des femmes avec le cheval apparaît de façon marginale dans les documents historiques.

Il existe de grandes différences en fonction de la région géographique, du statut social, et de l'époque. La place du cheval avant l'ère industrielle implique que les femmes, en particulier celles des classes sociales les plus élevées, aient toujours eu un accès théorique à l'équitation. Catherine Tourre-Malen identifie trois stades d'évolution dans l'équitation féminine du monde occidental : une équitation de transport passive ne demandant ni apprentissage ni habillement particuliers depuis l'Antiquité jusqu'au ; la généralisation de la monte en amazone allant de pair avec la recherche d'une attitude gracieuse ; l'invention de la troisième fourche des selles en amazone, permettant aux femmes d'accéder aux pratiques équestres (sauts…) jusqu'alors considérées comme dangereuses.

Une féminisation des pratiques équestres s'observe dans tous les pays du monde depuis le milieu du , avec une intensité variable. D'après Jean-Louis Gouraud, ce phénomène (concernant surtout des pays développés et urbanisés tels que la France, la Suède et les États-Unis) est désormais bien connu et très commenté, mais tend à occulter la réalité des pratiques équestres féminines historiques d'autres régions du monde..

Antiquité

Les plus anciennes preuves de domestication du cheval ayant été retrouvées parmi la culture de Botaï (dans le nord de l'actuel Kazakhstan, à ), le cheval domestique et les pratiques d'équitation se répandent progressivement en Eurasie via les interconnexions culturelles..

vignette|centre|upright=3|Portraits équestres de célèbres reines (toutes extérieures à la Grèce et à la Rome antiques), d'après une eau-forte datée de 1644 : de gauche à droite Didon, Tomyris, Sémiramis et Zénobie.

D'après le Dictionnaire des antiquités grecques et romaines, tant chez les Grecs que chez les Romains, la pratique de l'équitation féminine est une caractéristique attribuée à des reines pour eux étrangères, telles que la reine phénicienne Didon et la reine légendaire de Babylone Sémiramis..

Grèce antique et Empire romain

Selon le d'études hellénistiques classiques Louis L'Allier, comme le décrit Xénophon, les femmes grecques ne montent jamais à cheval. Dans cette société patriarcale, l'univers extérieur est décrit comme celui des hommes, et l'univers intérieur (maison) comme celui des femmes. : le cheval relève de l'univers extérieur et n'est donc associé qu'aux hommes.. L'Allier note que dans Le Banquet, Socrate compare le « dressage » de son épouse à celui d’un cheval. La métaphore équestre est aussi employée par Xénophon pour comparer les femmes grecques à des chevaux : .

D'après Paulette Ghiron-Bistagne (Université Paul-Valéry-Montpellier), dans la mythologie grecque, le cheval incarne la violence sauvage ; une légende rapportée par Eschine, Dion Chrysosome et Diodore de Sicile raconte qu'une jeune femme qui avait perdu sa virginité avant le mariage fut condamnée à être enfermée avec un cheval qui la mit à mort.. Les centaures, créatures mi-humaines-mi-chevaux, sont présentés comme des violeurs de femmes : Eurytos tente de violer Hippodamie (dont le nom signifie « dompteuse de chevaux ») ; Nessos fait de même avec Déjanire, l'épouse d'Héraclès.

Scythes et Sarmates Sous le nom de Scythes et de Sarmates, les sources grecques décrivent des peuples nomades cavaliers de l'actuel Kazakhstan, et par extension de l'Asie centrale, établis dès le .. Environ 20 % des tombes sarmates féminines de l'Antiquité contiennent des harnachements et des armes, démontrant que ces femmes guerroient et montent à chevalIaroslav Lebedynsky, cité par . : la pratique féminine de l'équitation, même à des fins militaires, est pour elles ordinaire. Cependant, les sources écrites d'époque, très influencées par le mythe des Amazones, n'aident pas à interpréter la réalité de cette équitation féminine.

D'après le traité hippocratique Des airs, des eaux et des lieux, les femmes Sauromates (Sarmates) sont aussi guerrières que les hommes, montent à cheval, et se font cautériser le sein droit pour que la vigueur se reporte sur leur bras droit.. Cependant, toujours d'après ce traité que cite Alain Ballabriga, la pratique de l'équitation cesse lorsque ces femmes perdent leur virginité ; elles ne remontent à cheval qu'en cas de péril extrême ou de levée en masse.

Empire achéménide Selon Hérodote, la pratique équestre est courante sous l'empire achéménide ; le cheval permet le principal mode de transport de la noblesse perse et rien n'indique une restriction de son usage par les femmes. L'historien romain Quintus Curtius Rufus témoigne que la reine de Perse, la mère du roi et les courtisanes montent à cheval à côté du roi. Le philosophe grec Heracleids mentionne également les courtisanes accompagnant le roi à cheval lors de ses activités de chasse. En revanche, après la chute de l'empire achéménide, les empires pré-islamiques (Séleucides, Parthes et Sassanides) s'associent à un bouleversement de l'ordre social, puis subséquemment à une insécurité extérieure, qui conduit vraisemblablement les femmes à privilégier les activités à l'intérieur du foyer.

Moyen Âge

alt=Image d'une femme chevauchant en amazone, probablement Anne de Bohême (1366-1394) – Gerard Horenbout, .|vignette|Une femme chevauchant en amazone, probablement Anne de Bohême (1366-1394) – Gerard Horenbout, .

En Chine, sous la dynastie Tang, une perte de statut social des femmes coïncide avec le développement de l'équitation, lequel est attesté par la découverte archéologique de nombreuses statuettes de cavaliers.. La littérature pré-islamique de Perse () contient des références à des cavalières participant aux activités équestres à égalité avec les hommes.

Durant le Moyen Âge occidental, de nombreuses corporations acceptent l’adhésion des veuves afin qu’elles puissent continuer l’activité de leurs maris décédés. Certaines femmes exercent ainsi des métiers liés au cheval. Dans les exploitations agricoles, les femmes travaillent souvent avec des hommes (sur leurs propres exploitations ou embauchées comme aides), ce qui leur donne parfois la responsabilité des chevaux de traction et des bœufs, ainsi que la gestion des soins à leur apporter.

Malgré les difficultés posées, de nombreuses femmes occidentales voyagent à cheval sur de longues distances à l'époque médiévale.. Les épouses de la haute société accompagnent leur mari sur les tournois. D'autres prennent des engagements sociaux ou familiaux les poussant à voyager. Les religieuses et femmes de foi effectuent des pèlerinages.. Lorsqu’elles ne vont pas à pied, ces femmes voyagent en général à cheval (le plus souvent sur un palefroi, plus adapté) ou, si elles sont affaiblies ou malades, dans un chariot ou sur une litière. Les femmes de la noblesse possèdent parfois des chevaux avec lesquels elles accompagnent les hommes dans des activités comme la chasse et la fauconnerie.

Jusqu'au , la plupart de ces femmes montent à califourchon (avec une jambe de chaque côté du corps du cheval). Un modèle de selle avec un repose-pied est inventé vers le pour permettre aux femmes de la noblesse de chevaucher en amazone (avec les deux jambes du même côté) tout en portant des robes élaborées, mais ce type de selle n'est pas universellement adopté au cours du Moyen Âge. Une autre technique pour monter à cheval en robe consiste à s'asseoir de côté sur une selle très rembourrée, les deux jambes pendant le long d'un des flancs du cheval : cette monte est dite « en séant », « à la fermière » ou « à la planchette »..