thumb|Autel d'une chapelle de la Communauté des chrétiens à Helsinki.

La Communauté des chrétiens (en allemand Die Christengemeinschaft) est un mouvement religieux lié à l'anthroposophie de l'occultiste Rudolf Steiner, mais se réclamant simultanément du christianisme. Elle fut fondée le en Suisse et en Allemagne par un groupe de 45 pasteurs et étudiants protestant de l'Église catholique libérale. Un siècle plus tard, le mouvement regrouperait entre et membres, notamment dans les pays germanophones.

Historique vignette|260px|Les fondateurs de la Communauté des chrétiens, 16 septembre 1922. La création de ce culte est due à Rudolf Steiner (1861–1925), également à l'origine de la Société anthroposophique. Entre 1921 et 1924, il donne à Stuttgart et à Dornach, dans de nombreux cours et cycles de conférences, des impulsions pour une « pratique religieuse chrétienne renouvelée ». À l'issue d'une rencontre préparatoire de trois semaines à Breitbrunn am Ammersee, les 45 membres fondateurs se rendent à Dornach où, entre le 6 et le sont accomplies les démarches de fondation. La date de fondation, au sens strict, est le , jour où le pasteur célèbre pour la première fois l', et procède à l'ordination des douze premiers prêtres. Selon le théologien catholique , c'est en fait Rudolf Steiner qui Rudolf Steiner, Waldorf-Pädagogik und Anthroposophie „Da steckt massiv Religion drin“Deutschlandfunk, Monika Dittrich, 06.11.2019.

La communauté des chrétiens s'implante ensuite dans de nombreuses villes allemandes, et bientôt aussi, à Prague, en Suisse, en Autriche, en Norvège, en Hollande, en Suède, et en Angleterre, plus généralement, dans les régions où la Société anthroposophique se trouvait établie. C'est en 1933 qu'est fondé à Stuttgart le premier séminaire des prêtres, et en 1936 que sont construits les premiers véritables bâtiments d'églises à Dresde et à La Haye. Après l'interdiction en Allemagne de la société anthroposophique par la Gestapo en , la Communauté des chrétiens est, elle aussi, menacée, mais peut finalement continuer Uwe Werner: Anthroposophen in der Zeit des Nationalsozialismus (1933–1945), Oldenbourg, München 1999, 142f. Ce n'est que le – un mois après la fuite en Angleterre du dignitaire nazi et sympathisant de l'anthroposophie Rudolf Heß – que la communauté des chrétiens est finalement interdite en Allemagne ; beaucoup de prêtres allemands doivent entrer dans la clandestinité et sont enrôlés dans la Wehrmacht ou mis en détention, ou d'autres aussi, déportés en camps de concentration.

Après la guerre, de nouvelles communautés sont fondées (bientôt aussi en dehors de l'Europe), de nouvelles églises sont construites ainsi qu'un nouveau bâtiment pour le séminaire des prêtres à Stuttgart. D'anciens membres du parti national-socialiste deviennent alors membres de la Communauté des chrétiens : ainsi , qui est ordonné prêtre en 1947 et qui devient directeur du séminaire de Stuttgart entre 1957 et 1967. Il avait été membre du Parti allemand de Roumanie et chef de groupe en Transylvanie ; son passé « brun » reste un non-dit de son vivant, et n'est rendu public qu'en 2004. De même, , ancien dirigeant du Reichsmittelstelle für Volkstumsarbeit du NSDAP, est ordonné prêtre en 1950, mis en congé à partir de 1959 et réintégré dans le cercle des prêtres en 1983, mais mis en même temps à la retraite. Il peut encore publier deux livres aux éditions Urachhaus en 1978 et 1983. Il ne prend jamais, jusqu'à sa mort, de distance avec son passé « populaire », et dans le livre qu'il publie en 1989, intitulé Rudolf Steiner – Anwalt für Deutschland, il apporte sa contribution aux débats qui se poursuivent depuis sur les positions politiques de Rudolf Steiner.

En France, dans les années qui suivent la fin de la Seconde Guerre mondiale, trois jeunes pasteurs protestants, Jérémie Nidecker, Gérard Klockenbring et Pierre Lienhard, décident de se lier à la Communauté des chrétiens. Ils deviennent prêtres à Strasbourg, tout d'abord, puis aussi à Paris, et contribuent à faire connaître en France ce mouvement religieux.

En 1990, un redémarrage est autorisé à Prague. En 2019, il existe des groupes actifs et des communautés en Amérique du Nord et du Sud, en Asie, en Europe, en Afrique et en Australie. Et il y aurait dans le monde entre et membres, dont jusqu'à en Allemagne.

Doctrine Une Communauté sans doctrine? La Communauté des chrétiens affirme vouloir offrir, sans dogme ni doctrine morale, la possibilité de mener sa recherche personnelle, en vue d'une conscience grandissante, dans la vie, de la présence du Christ ressuscité. Pour en être membre il suffit d'adhérer à son credo.

Dans cette optique, la Communauté affirme qu'il n'existe pas de doctrine officielle contraignante : il n'y a pas de et les recteurs n'exercent pas d'autorité doctrinale vis-à-vis des prêtres (dans la mesure où ils sont sacramentellement ordonnés). Tous les prêtres disposent d'une liberté d'enseignement et sont pleinement considérés comme des représentants de la Communauté des chrétiens  aussi longtemps qu'ils ne sont pas en contradiction avec les cultes qu'ils exercentSchroeder, aaO, 74.

Cependant, les textes de la liturgie, avec son credo renouvelé, ont été transmis par Rudolf Steiner, fondateur de l'anthroposophie.

Christologie La Communauté des chrétiens voit dans la mort et la résurrection de Jésus Christ l’événement central et décisif de l'histoire de l'humanité.

Le baptême du Jourdain est considéré comme l’événement par lequel le Fils de Dieu s'est uni à Jésus de Nazareth (Adoptianisme).

Le Christcité ici et par la suite à partir de Synopse von Erik Dilloo-Heidger (Credo S. 5–7) est considéré comme le fils de Dieu – au sein de la Trinité: Père, Fils et Saint-Esprit. L'Esprit-Saint a, selon le Credo – ; Le Christ fut crucifié, puis il ressuscita, et il est et

Le Credo dit du Christ qu'il est celui .

Création et eschatologie Le credo, dès son début, parle de Dieu comme étant le qui

Au lieu d'une création , l'anthroposophie postule un monde en évolution, un processus cosmique permanent, point de vue que partagent en règle générale aussi les théologiens de la communauté des chrétiens. 

Les critiques des Églises chrétiennes L'Église catholique et les Églises protestantes affirment que la « Communauté des chrétiens » n'est pas fondée sur la tradition biblique chrétienne, mais sur la conception du monde gnostique ésotérique de l'anthroposophie et qu'elle se situe de ce fait plus proche des religions mystériales antiques que du christianisme.

Le Conseil des Églises protestantes d'Allemagne dialogua en 1950 avec la Communauté des chrétiens et en tira la conclusion que Et en 1951, elle préconisa que les Églises du pays n'acceptent pas les doubles appartenances et marquent clairement la frontière entre les méthodes spiritualistes et les . Cette coupure est, selon le Conseil, objective et factuelle parce que la Communauté des chrétiens pense en catégories fondamentalement gnostiques et non bibliques. Au lieu d'une foi créationniste, elle propose une conception qui est celle de l'émanatisme. L'histoire est présentée par elle comme le déroulement prévu d'une évolution immanente et non pas comme un dialogue dramatique entre le Créateur et sa créature, comme la lutte entre les commandements de Dieu et les désobéissances humaines, mais bien comme régie par une opposition entre l'esprit et la matière. La personnalité de Dieu disparaît dans une neutralité impersonnelle. C'est pourquoi des concepts comme celui de péché, de grâce, de repentir et de prière, y sont utilisés dans un sens différent. La compréhension que l'on s'y fait du Christ, se trouve submergée par la doctrine mystériale de l'anthroposophie. La vie et l'action du Christ sont considérées comme un processus initiatique qui dilue les faits historiques concrets dans un récit symbolique. La mort sur la croix y est présentée comme l'accomplissement du sacrement originel ; de ce fait, les doctrines fondamentales des Écritures sur la faute humaine, les souffrances expiatoires du Christ et l'action salvatrice de Dieu, seraient éliminées.

Le théologien protestant Jan Badewien établit en 2007 dans une brochure de l'Evangelischen Zentralstelle für Weltanschauungsfragen (centre évangélique sur les questions de conceptions du monde) les points cruciaux sur la base desquels la foi chrétienne des Protestants est incompatible avec l'anthroposophiehttp://ezw-berlin.de/downloads/Flyer_Kompakt-Information_Anthroposophie.pdf. Au lieu du Dieu fait homme en Jésus, on parle d'une entité-Christ éternelle non historique. Au lieu de la grâce divine qui accueille le pécheur et l'absout de sa faute, on parle de la nécessité d'assumer son karma négatif par ses propres efforts. Au lieu d'une promesse de résurrection, on parle de réincarnation, de multiples vies terrestres successives. Au lieu de prendre la Bible comme source pour la connaissance du Christ, on se réfère au « cinquième évangile » anthroposophique, tiré de la Chronique de l'Akasha.

Pour le théologien catholique Helmut Zander, .

Organisation Organisation juridique et fonctionnement économique L'ensemble du mouvement de la Communauté des chrétiens est, du point de vue juridique et économique, régi en tant que fondation soumise au droit hollandais sous la dénomination de Stichting de Christengemeenschap (international) désignée le plus souvent par le terme anglais de Foundation. Elle assume la coordination financière de l'ensemble du mouvement. Au sein de la fondation, il existe dix-huit régions qui fonctionnent comme des entités indépendantes. Le forum principal de la fondation est appelé le Council. Il se réunit tous les deux ans pour élire un Executive Committee choisi parmi les membres du Council. Il gère les affaires économiques entre les sessions du Council. Les affaires pratiques et les décisions quotidiennes sont assumées par la direction administrative qui est établie à Berlin.

En France, la Communauté des chrétiens est organisée en communautés locales et autonomes ayant chacune la forme d’une association cultuelle (loi 1905). C'est aussi le cas en Alsace..

En Allemagne, les communautés sont régionalement regroupées en associations de droit public. La Communauté des chrétiens dispose ainsi des mêmes droits et devoirs que les autres associations religieuses reconnues comme corporations de droit public. Malgré la possibilité qu'elle peut avoir d'en bénéficier, la Communauté des chrétiens refuse expressément toute forme de financement par l'État. Elle est financièrement portée par les contributions libres et par les dons de ses membres et amis. Le salaire des prêtres s'établit selon ses besoins et la situation économique de la communauté sur la base d'un idéal de fraternité sociale.

En Autriche, la Communauté des chrétiens est enregistrée par l'État sous le statut « d'association confessionnelle religieuse ». Des tentatives pour être reconnue par l'État en tant qu'association religieuse ont jusqu'ici été rejetées ; une plainte est déposée en 2009 auprès de la Cour européenne des droits de l'homme pour discrimination Judgement CASE OF VEREIN DER FREUNDE DER CHRISTENGEMEINSCHAFT AND OTHERS v.. À ce moment, le mouvement revendique trois mille fidèles sur le territoire autrichien Menschenrechte: Österreich verletzt die ReligionsfreiheitDie Presse, 22.03.2009.

En Suisse, la Communauté des chrétiens est organisée en association ; dans le canton de Bâle, elle est publiquement considérée comme une association religieuse, bien qu'elle ne soit reconnue ni sur le plan juridique public, ni par un statut particulier Basler Zeitung vom 8..

Toutes les questions juridiques et économiques sont traitées par des responsables issus à la fois de la communauté des membres, et du corps des prêtres. La collaboration entre les communautés et les régions, sur le plan économique, est gérée par ceux qu'on appelle les « coordinateurs ». Les cultes sont donnés sous la seule responsabilité des prêtres.