Les Ordonnances de 1311 sont une série de règlements imposés sous Édouard II par la pairie et le clergé du royaume d'Angleterre afin de limiter le pouvoir du roiLe Oxford English Dictionary définit une ordonnance comme « une portée plus étroite, moins permanente ou moins constitutionnelle qu'une loi ou un statut ». L'emploi du mot « nouveau » (novo) ne doit pas être compris dans le sens où les Ordonnances ont remplacé un ensemble d'ordonnances antérieures.. Les vingt-et-un signataires des Ordonnances se nomment Seigneurs Ordonnateurs, ou simplement OrdonnateursLe terme « Ordonnateur » est utilisé par les contemporains simplement comme un nom descriptif et non comme un titre. Le terme « Seigneur Ordonnateur » est introuvable jusqu'aux travaux constitutionnels du .. Les défaites anglaises durant les guerres d'indépendance de l'Écosse, combinées à des politiques budgétaires royales perçues comme extorsionnaires, déclenchent l'écriture des Ordonnances dans lesquelles les prérogatives administratives du roi sont en grande partie réattribuées à un conseil de barons. Les Ordonnances reprennent les Provisions d'Oxford et les Provisions de Westminster instituées à la fin des années 1250, mais contrairement aux Provisions, les Ordonnances soulèvent la question des réformes budgétaires, et en particulier la redirection des impôts de la cour du roi vers l'Échiquier.
La conception instrumentalisée des Ordonnances soulève également d'autres questions, notamment la mésentente avec le favori du roi, Pierre Gaveston, que les barons bannissent en conséquence du royaume. Édouard II n'accepte les Ordonnances que sous la contrainte, et une longue lutte pour leur abrogation s'ensuit, qui ne s'achève que lors de l'exécution de Thomas de Lancastre, chef des Ordonnateurs, en 1322.
Contexte right|thumb|300x300px|Édouard bénissant son fils, le futur Édouard II, alors prince de Galles. Quand Édouard II succède à son père Édouard , le , ses sujets présentent une attitude plutôt bienveillante envers leur nouveau roi. Cependant, le mécontentement couve sous la surface, en partie à cause de problèmes antérieurs déjà présents sous Édouard , mais surtout en raison des choix d'Édouard II. Trois raisons expliquent ce mécontentement. Tout d'abord, il existe un désaccord sur la politique royale du financement des guerres. En effet, pour financer la guerre contre l'Écosse, Édouard s'est appuyé de plus en plus sur la « prise », ou pourvoyance, pour ravitailler ses troupes. Bien que perçue comme une méthode tout à fait légitime de levée de fonds, les sujets estiment que la pourvoyance est devenue beaucoup trop lourde à assumer et que sa compensation est dans de nombreux cas inadaptée voire inexistante. En outre, ils n'apprécient pas le fait qu'Édouard II utilise la pourvoyance au bénéfice de la cour, tout en interrompant l'effort de guerre contre l'Écosse. Alors qu'Édouard a passé la dernière décennie à se battre sans répit contre les Écossais, son fils abandonne quasiment la guerre. Au regard de cette situation, Robert I d'Écosse saisit l'occasion de reprendre ce qui a été perdu. Ceci expose non seulement le nord de l'Angleterre aux attaques écossaises mais menace en plus les possessions du baronnage anglais en Écosse.
La troisième et plus sérieuse raison concerne Pierre Gaveston, le favori du roi. Gaveston est un Gascon d'origine relativement modeste, avec qui le roi a développé une relation particulièrement procheBeaucoup d'historiens ont spéculé sur la nature des relations entre Édouard et Gaveston et si elle avait un caractère sexuel. Une discussion approfondie sur cette question – et une alternative à la vision prédominante – est étudiée par Pierre Chaplais.. Entre autres honneurs qu'il fait à Gaveston se trouve la remise du titre de comte de Cornouailles, une distinction autrefois réservée aux membres de la famille royale. Le traitement de faveur réservé à un parvenu comme Gaveston, ajouté à son comportement vu comme arrogant, provoque du ressentiment parmi la caste dirigeante du royaume. Ce mécontentement prend d'abord forme dans une déclaration écrite à Boulogne par des magnats qui accompagnent le roi en France lors de son mariage avec la fille du roi de France. L'agrément de Boulogne est vague, mais il exprime clairement des problèmes au sein de la cour. Le , le roi est couronné. Le serment qu'il fait lors de son couronnement est différent de celui des rois précédents à la quatrième clause : Édouard doit promettre de maintenir les lois que la communauté « aura choisi » (aura eslu). Bien que la signification de ces mots soit peu claire sur le moment, le serment est tout de même utilisé plus tard dans le rapport de forces entre le roi et ses comtes.
Au Parlement d', il est décidé que Gaveston sera banni du royaume sous la menace d'une excommunication. Le roi n'a d'autre choix que d'obtempérer et, le , Gaveston quitte le pays, ayant été nommé Lord lieutenant d'Irlande. Le roi commence immédiatement à comploter pour le retour de son favori. Au parlement d', il suggère un compromis selon lequel certaines requêtes des comtes seront accordées en échange du retour de Gaveston. Le plan échoue mais Édouard a renforcé sa position pour le Parlement de Stamford qui se réunit peu après en juillet de la même année en recevant une annulation papale du traité d'excommunication. Le roi approuve la loi de Stamford (qui en essence est une réédition de l'Articuli super Cartas que son père avait signé en 1300) et Gaveston est autorisé à revenir en Angleterre. Les comtes qui ont accepté le compromis espèrent que Gaveston a compris la leçon. Pourtant, à son retour, il se comporte de manière encore pire, conférant des surnoms insultants à certains des plus grands noblesSelon les chroniques de l'époque, il traite le comte de Warwick de « chien noir des Ardennes ».. Quand le roi rassemble un grand conseil en , plusieurs comtes refusent d'y participer à cause de la présence de Gaveston. Au Parlement de , Gaveston est sommé de ne pas y assister. Les comtes désobéissent à l'ordre royal de ne pas venir armés au Parlement et viennent en tenue militaire complète demander au roi la nomination d'une commission de réformes. Le , le roi accorde la nomination des Ordonnateurs, qui sont chargés de réformer la cour.
Les Seigneurs Ordonnateurs Les Seigneurs Ordonnateurs sont élus par une assemblée de magnats, sans représentation du communLes Ordonnateurs sont choisis par élection indirecte : les barons élisent deux évêques tandis que les évêques élisent deux barons. Les quatre Ordonnateurs choisis élisent ensuite deux autres barons et les six cooptent finalement les quinze autres. Le processus s'appuie sur les Provisions d'Oxford de 1258.. Ils forment un groupe hétérogène de vingt-et-un Seigneurs, comptant huit comtes, sept évêques et six baronsLes Ordonnateurs sont : les comtes de Lincoln, de Pembroke, de Gloucester, de Lancastre, de Hereford, de Richmond, de Warwick et d'Arundel ; l'archevêque de Cantorbéry, les évêques de Chichester, de Londres, de Salisbury, de Norwich, de St. David's et de Llandaff ; et les barons Hugh de Vere, Hugues de Courtenay, Robert FitzRoger, John Grey, William Marshall et William Martin, ainsi que Robert de Clifford, qui remplace FitzRoger à sa mort. May McKisack et Michael Prestwich ne fournissent pas de liste complète : tandis que Prestwich omet les évêques de Chichester et de Norwich, McKisack oublie quant à elle d'inclure Grey et FitzRoger en tant que Ordonnateurs originaux.. Dans leurs rangs se trouvent aussi bien de fidèles royalistes que de féroces opposants au roi. Le leader naturel du groupe des Ordonnateurs est le comte de Lincoln, non seulement un des hommes les plus riches du pays, mais aussi le plus vieux des comtes, qui a prouvé sa loyauté et ses aptitudes en étant resté longtemps au service d'Édouard . Lincoln a une influence modérée sur les membres les plus extrêmes du groupe, mais à sa mort en , la direction des Ordonnateurs est donnée à son gendre et héritier, Thomas de Lancastre. Lancastre, cousin du roi, est désormais en possession de cinq comtés, ce qui fait de lui l'homme le plus riche, et de loin, après le roi. Il n'existe pas de preuve de l'opposition de Lancastre au roi pendant les premières années de son règne, mais au moment des Ordonnances, il est clair que quelque chose a affecté de manière négative son opinion d'ÉdouardLe point de vue traditionnel est que la rupture entre le roi et son cousin est causée par l'expulsion de la cour de l'un des membres de la retenue de Lancastre, à l'instigation de Gaveston. Maddicott souligne que même si cet événement est plausible, il survient après la défection de Lancastre dans le camp des barons mécontents.. Le principal allié de Lancastre est le comte de Warwick. De tous les comtes, Warwick a toujours été l'opposant le plus fervent au roi et le restera jusqu'à sa mort précoce en 1315.
Parmi les Seigneurs Ordonnateurs considérés fidèles à Édouard II se trouve le comte de Richmond qui, à cette période, est l'un des plus vieux comtes. Richmond a servi son oncle Édouard et est le cousin germain d'Édouard II. D'autres comtes sont plus maniables. Le comte de Gloucester est le beau-frère de Gaveston et reste loyal au roi. Le comte de Pembroke devient plus tard l'un des soutiens les plus importants du roi, mais à ce moment-là, il trouve plus prudent de se ranger auprès des réformateurs. Concernant les barons, au moins Robert de Clifford et William Marshall semblent avoir des penchants royalistes. Au sein des évêques, seulement deux s'avèrent être des figures politiques notables, le plus connu étant Robert Winchelsey, archevêque de Cantorbéry. En plus d'une forte présence dans la vie publique anglaise, Winchelsey a mené la lutte contre Édouard pour le maintien de l'autonomie de l'Église, ce qui lui a valu l'exil et la destitution de ses fonctions. Un des premiers gestes d'Édouard II en tant que roi a été de rétablir Winchelsey. Mais plutôt que de répondre par une loyauté reconnaissante, l'archevêque reprend rapidement son rôle de meneur dans la lutte contre le roi. Bien qu'il tente de calmer Winchelsey, le monarque traîne une vieille rancœur contre un autre prélat, Walter Langton, évêque de Lichfield. Édouard destitue Langton de sa position de Lord Trésorier et confisque ses biens. Langton a été un opposant de Winchelsey durant le règne précédent, mais la décision du roi à son encontre rapproche les deux ecclésiastiques.
Les Ordonnances