François Malcourant (Ébreuil, - Rouen, .) est un professeur (certifié) de lettres, responsable syndical national de la Fédération de l'éducation nationale (FEN) de 1971 à 1983. Chargé du secteur revendicatif, il joue un rôle important sur les dossiers « Fonction publique » et notamment les négociations salariales qui se mettent en place à partir des années 1970. À l'issue de son mandat syndical, il devient secrétaire général puis président de l'association d'éducation et d'information du consommateur de la FEN (ADEIC-FEN).
Jeunesse, formation, premiers engagements
François Anet Gilbert Malcourant, fils d’un marqueteur, naît à Ébreuil. Il fait ses études au lycée de Clermont-Ferrand ((Puy-de-Dôme), puis à Paris à la Sorbonne, où il obtient une licence de lettres classiques. Maître auxiliaire à Paris et à Reims, il obtient le certificat d’aptitude au professorat de l’enseignement du second degré et est nommé professeur certifié au collège de Darnétal, près de Rouen (Seine-Maritime).
La crise de détermine l’engagement syndical de François Malcourant: la Fédération de l'éducation nationale (FEN), à laquelle appartient son syndicat, le SNESLa majorité du SNES s'inscrit alors dans la majorité fédérale, comme celle du Syndicat national des instituteurs, même si les divergences sont déjà forte entre les deux syndicats. La conquête du SNES par la tendance « Unité et Action » n'intervient que plus tard, en 1966. Cf. Guy Brucy, Histoire de la FEN, p. 300-306. s'oppose en effet au coup de force du et à ce qu'elle considère être une remise en cause de la République«Au soir de la manifestation de la nation à la République du 28 mai, le Bureau fédéral a décidé une grève générale des enseignants pour le vendredi 30 mai. Par ce geste, [indique le Bureau de la FEN], La FEN entend protester avec force contre les atteintes portées au régime républicain et au libre fonctionnement de nos institutions. [...] Par sa grève du 30 mai, seule grève nationale lancée par une organisation syndicale au cours de cette période dramatique, la FEN se place à la pointe du combat pour la sauvegarde des libertés publiques» (Robert Chéramy, FEN, 25 ans d'unité syndicale, préface de [James Marangé], Épi, Paris, 1974. La grève est très largement suivie par les enseignants. Denis Forestier, secrétaire général du Syndicat national des instituteurs qui représente à l'époque les trois quarts des adhérents de la FEN, la justifie ainsi a posteriori : «les libertés syndicales s'inscrivent dans un contexte de liberté dont elles sont inséparabbles et sans lequel leur propre exercice ne peut être garanti» (École libératrice, 6 juin 1958).. François Malcourant appartient lui-même au courant majoritaire de la FEN et du SNES d'alors, ultérieurement connu sous le sigle UID. Cette réaction au « coup du » (1958) à son éthique républicaine et marque d'ailleurs durablement la mythologie militante de la FENSur l'intensité de cet engagement, voir Guy Brucy, Histoire de la FEN, Belin, 2003, p.219-227.
Militant du SNES, il devient secrétaire pédagogique adjoint, puis secrétaire pédagogique de la section académique (S3) de Caen du SNES, dont dépendait alors la Seine-Maritime. Sa prise de position sur le latin en le fait remarquer du SNIDictionnaire biographique du mouvement ouvrier français («Maitron»), série de la (1940-1968) notice de Guy PutfinLa remise en cause de l'enseignement du latin dès la est posée. Bien qu'il soit lui-même enseignant de langues anciennes, François Malcourant se situe parmi les «progressistes» dans une période où le SNI (syndicat du primaire) et le SNES (syndicat de l'enseignement secondaire «long» continuent à s'affronter sur la conception du collège. Voir Guy Brucy, Histoire de la FEN, p. 275-278). François Malcourant devient secrétaire départemental de la FEN de Seine-Maritime en 1964.
Parallèlement à son mandat de secrétaire départemental de la FEN de Seine-Maritime, François Malcourant est élu, au titre de la majorité fédérale, membre suppléant à la Commission administrative nationale de la Fédération de l'Éducation nationale de 1966 à 1969L'Enseignement public (bulletin de la FEN), , , janvier 1967).La CA nationale de la FEN comptait pour un tiers environ des représentants des courants de pensée élus à la proportionnelle sur la base du vote d'orientation du congrès et représentant théoriquement le collègue des sections départementales. Les autres membres étaient répartis entre les syndicats nationaux de la Fédération., dans la période même où sa tendance devient minoritaire dans son Syndicat. En 1967, il est membre, au titre de la majorité fédérale, de la commission d’études des problèmes de la vie fédérale mise en place par le congrès de . En 1968, secrétaire départemental de la FEN lors des évènements de mai, il s'oppose aux communistes «qui avaient la majorité au SNES, dirigeaient la section locale du SNESup et contrôlaient l’UNEF. Pour éviter l’UNEF locale opposée à la ligne de Jacques Sauvageot, il se tenait en relation avec un comité étudiant»Voir aussi Guy Brucy, Histoire de la FEN ..
Le responsable national «Fonction publique» de la FEN
C'est au congrès de la FEN de que François Malcourant devient membre titulaire de la CA nationaleL'Enseignement public, , ; décembre 1969. En , le secrétaire général de la FEN James Marangé, secrétaire général, lui demande de venir à Paris, comme secrétaire corporatif de la FEN. À partir de septembre, François Malcourant vient travailler au siège de la Fédération à Paris, mais il continue d’habiter Rouen. François Malcourant l'évoque ainsi dans son témoignage du : «À la C A de juin , James [Marangé] me confia la présidence. J'étais donc à côté de lui, et, tandis que la C A se déroulait, il me demanda à brûle-pourpoint et sans aucune préparation si je voulais bien venir travailler avec lui à Paris... À vrai dire je tombais des nues... Je n'avais jamais imaginé qu'une telle proposition pût m'être faite, tant elle sortait à l'époque des schémas traditionnels. Je demandais un délai de réflexion, car j'avais à régler le problème de ma succession en Seine-Maritime et à prendre quelques aménagements familiaux. Mes camarades de Seine Maritime m'encouragèrent à accepter et organisèrent mon remplacement. Ma femme accepta certaines contraintes, et la FEN certaines autres: pendant sept ans j'allais faire le trajet quotidien Rouen Paris/Paris Rouen, ce qui rendait sans doute mes horaires un peu moins souples que ceux d'un résident parisien.»Au congrès FEN de , il présente la motion d’orientation au nom de la majorité fédérale. Il est élu membre du Bureau fédéralLe Bureau fédéral (national) de la FEN, composé de 12 membres, est son exécutif «homogène» de la FEN. Y siègent à l'époque les trois ou quatre «permanents de la FEN» et les responsables des principaux syndicaux nationaux. par la nouvelle Commission administrative, installée le . Il anime la commission de révision des statuts fédéraux, et en présenta les conclusions au congrès de 1973, en défendant, contre les syndicats à direction « Unité et Action » (SNES, SNEP, SNEsup et SNCS) le Manifeste pour l’unité et la responsabilité de la FEN »Voir notamment Guy Brucy, Histoire de la FEN, et suivantes.. 1971-1974 : Fonction publique, relations avec les syndicats et les sections de la FEN
Il est chargé des relations avec les syndicats nationaux et les sections départementales, mais suit également (mais pas exclusivement«Cependant, le contour d’un secteur revendications se dessine de plus en plus nettement autour de l’activité du secrétaire corporatif», note Guy Putfin, Le Secteur revendication de la FEN (1968-1994), 2006-2010, .) les dossiers corporatifs. À ce titre, il participe aux négociations salariales qui se déroulent désormais dans la Fonction publiqueLes premiers accords sont discutés dans la foulée de 1968: il n'existait auparavant que des «consultations préalables». Le premier accord négocié remonté à novembre 1971. En 1970 un «constat de la négociation» avait été acté par les fédérations de fonctionnaires, CGC exceptée mais non signé». Voir G. Putfin, Le secteur revendications de la FEN, 2006-2010, ).: première fédération des fonctionnaires de l'État (le cadre de la négociation, alors). La FEN y joue un rôle déterminant et François Malcourant est généralement regardé comme l'un des «inventeurs» de la négociation salariale dans ce secteur, alors qu'elle était inexistante avant 1968.
Militant initialement plus intéressé par les questions pédagogiques, François Malcourant, comme le lui a déclaré James Marangé, «apprend». James Marangé, a longtemps été le responsable corporatif du SNI et connaît parfaitement les questions de Fonction publique dans lesquelles il joue un rôle de premier plan depuis mais 1968 et les négociations de Grenelle auxquelles il a participé. La délégation fédérale peut s'appuyer aussi sur Robert Dernelle, responsable corporatif du SNI et membre du Bureau fédéral, réputé pour sa maîtrise des dossiersRobert Dernelle (1921-1973) trésorier et responsable corporatif du SNI était membre du Conseil supérieur de la Fonction publique. Il avait participé, dans la délégation de la FEN, aux négociations de Grenelle en 1968. Voir sa notice biographe dans le Dictionnaire Maitron en ligne: https://maitron.fr/spip.php?article22363 (URL consultée le ).. Au décès brutal de Robert DernelleDans son témoignage au séminaire FEN/Centre d'histoire sociale (Paris I/CNRS), François Malcourant évoque cette personnalité: «Robert Dernelle, qu'une cruelle maladie devait emporter peu après, était une sorte de «monstre sacré». Monstre de travail, monstre de compétence. Ses articles corporatifs, d'un niveau exceptionnel, s'ils passaient parfois un peu au-dessus de la tête du syndiqué de base, faisaient autorité dans les milieux de la fonction publique. Plusieurs années après sa mort, de hauts fonctionnaires le citaient encore en référence.» Sur Robert Dernelle, voir aussi la notice de Gérard Boëldieu dans le Maitron en ligne: , ce dernier est remplacé au SNI par Jacques Pommatau avec lequel François Malcourant va travailler étroitement de 1973 à 1983Jacques Pommatau devient secrétaire général de la FEN en 1981, au départ d'André Henry.
FEN et Fonction publique: le tandem Malcourant-Pommatau
Au sein de la délégation de la FEN, dans les négociations comme au Conseil supérieur de la Fonction publique, un véritable «tandem» se forme entre François Malcourant et Jacques PommatauJacques Pommatau y représente, au sein de la FEN, le Syndicat national des instituteurs, premier syndicat de la FEN. Jacques Pommatau évoque ainsi leur collaboration: « Nous étions sur la même longueur d'onde dans la plupart des domaines et nous sommes vite devenus inséparables »J. Pommatau, Au temps de la force tranquille, l'OURS, Paris, 2011 p. 51-55. Voir aussi André Henry (syndicaliste), Conquérir l'avenir, éd. CIEM, Paris, 1992, p. 259 et suivantes. Il en va de même pour François Malcourant : «Avec Jacques [...], nous fîmes nos classes ensemble, sous la direction du même maître, James Marangé, à qui nous vouions amitié et déférence. De ce compagnonnage naquit une amitié et une confiance qui ne se sont jamais démenties. Mieux, grâce à cette communauté d'expérience, nous nous trouvions spontanément en accord sur la quasi-totalité des problèmes. [...] Nous agissions, Jacques et moi, dans une parfaite complicité de cœur et d'esprit, sans que jamais l'un cherchât à dominer l'autre.»Témoignage de François Malcourant (4 décembre 1991) devant le séminaire d'histoire sociale FEN/Centre d'histoire sociale du (CNRS/université Paris I)..Au plan interne, c'est François Malcourant qui est en première ligne pour défendre, notamment dans la presse syndicale, le bien-fondé d'accords très critiqués par les tendances minoritaires de la FEN. Parallèlement à ses activités de négociateur, et jusqu'à la fin de son mandat fédéral, François Malcourant siège au Conseil supérieur de la Fonction publique, et à ses commissions spécialisées (statuts, recours).