La conquête du royaume de Serbie achevée à l'automne 1915, les responsables de la double monarchie mettent en place les modalités de l'occupation des territoires serbes occupés par l'armée austro-hongroise. Dans l'attente de statuer définitivement sur le sort du royaume de Serbie, les territoires qui le composent sont partagés entre Bulgares et Austro-Hongrois. Dans les territoires dévolus à l'Autriche-Hongrie, la politique menée vise à réduire durablement la Serbie, afin qu'elle ne constitue plus un danger pour la cohésion de la double monarchie. Une administration militaire est mise en place à partir du début de l'année 1916.
Contexte thumb|left|Bombardement de Belgrade lors de la prise de la ville, 1914-1915. thumb|Soldats austro-hongrois visitant les boutiques abandonnées après la prise de la ville, place Terazije, Belgrade, 1915.|alt=Soldats La conquête de la Serbie
thumb|Šabac, où une partie de la population a été massacrée par les Austro-Hongrois le 17 août 1914.
Dès le début de la guerre, les troupes austro-hongroises ont commis des atrocités comme le massacre de Šabac, le .
À l'issue de la campagne de 1915, le royaume serbe est totalement occupé par les armées des puissances centrales.
En effet, à l'issue d'opérations menées depuis le nord par les forces allemandes et austro-hongroises et depuis l'est par les forces bulgares, l'armée serbe est écrasée par des moyens militaires largement supérieurs.
Le partage des dépouilles L'Allemagne ne souhaitant pas maintenir de grandes unités dans les Balkans, ceux-ci sont partagés entre les Austro-hongrois et les Bulgares.
Ainsi, conformément aux accords du , la Morava borne le territoire serbe placé sous administration austro-hongroise à l'Ouest et celui placé sous administration bulgare à l'Est. La Bulgarie revendique les régions de Pirot et la Macédoine serbe, tandis que l'Autriche-Hongrie, devant l'hostilité des Hongrois Istvan Tisza et Stephan Burian à toute annexion de nouveaux territoires peuplés de SlavesLa renonciation à toute annexion significative de territoires dans les Balkans avait été la condition de l'accord hongrois pour l'entrée en guerre de la double monarchie en 1914., ne se prononce pas sur le sort définitif des territoires qu'elle contrôle.
Buts de guerre de la Triplice en Serbie Dès 1914, l'Autriche-Hongrie souhaite contrôler étroitement les populations serbes, soit en les annexant, soit en s'assurant une forte tutelle politique et économique sur la Serbie et le Monténégro. En 1915, la conquête de la Serbie modifie les objectifs austro-hongrois dans la région : le conseil de la couronne austro-hongroise du formule ainsi les objectifs de la double monarchie en Serbie et au Monténégro.
L'Autriche-Hongrie en annexe une petite partie, privant non seulement le Monténégro de tout accès la mer, mais aussi la Serbie d'une frontière sur le Danube. De plus, les responsables politiques de la double monarchie aspirent à la mise en place d'une nouvelle dynastie en Serbie. Au printemps 1917, à Kreuznach, la double monarchie propose la constitution d'une Serbie nominalement indépendante, mais en réalité totalement inféodée à la double monarchie.
Les accords entre la Bulgarie et les puissances centrales, si elles permettent de défaire rapidement la Serbie, stipulent également de larges annexions bulgares en Macédoine, serbe et grecqueLa Macédoine grecque serait dévolue à Bulgarie dans le cas où Athènes rejoindrait les Alliés.. Cependant, si les traités mentionnent l'annexion de la Macédoine au royaume de Bulgarie, jusqu'à la ligne de la Morava, la rivalité austro-bulgare autour de la délimitation des zones d'occupation en Serbie oblige l'Allemagne à intervenir et, en , à se faire le parrain d'un accord de partage de la Serbie entre la double monarchie et la Bulgarie. De plus, en 1918, lors des négociations devant aboutir à la dévolution définitive de la Serbie, les responsables allemands imposent l'intégration de la Serbie à l'ensemble économique imposé par le Reich à la monarchie danubienne, rendue exsangue par quatre années de conflit.
Au cours du conflit, il apparaît rapidement que les responsables politiques et militaires allemands se montrent intéressés par le contrôle à distance de la Serbie. Ainsi, le gouvernement allemand se montre partisan de la création d'un État regroupant la Serbie et le Monténégro. Ainsi, plus lointain, mais tout aussi présent, l'Empire allemand aspire à exercer une tutelle économique et politique sur la Serbie redécoupée. Ainsi, dès la fin de l'année 1915, l'Allemagne affirme ses prétentions sur le contrôle des voies de communication et des richesse minières serbes ; cependant, face à ces prétentions, les Austro-Hongrois et les Bulgares s'opposent à un contrôle allemand total de la région. Les accords signés en 1916 n'en garantissent pas moins la mainmise allemande sur les richesse minières serbes.
Contrôle politique et économique thumb|Péniche et policiers d'occupation sur le Danube à Belgrade, v.1914-1915. thumb|« La fin de la Serbie » : affiche de propagande des Empires centraux, 1915.
Pour gérer les territoires qui leur sont dévolus, les responsables austro-hongrois, divisés sur le sort des territoires serbes dévolus à la double monarchie, mettent en place une administration militaire, le Gouvernement militaire général de Serbie.. Dans le même temps, les richesses minières et les voies de communication sont mises au service des puissances centrales.
Mise en place de l'administration
L'Autriche-Hongrie prend officiellement le contrôle des régions serbes qui lui sont dévolues le . Elle entretient une force d'occupation de . Le , l'administration en est placée sous la direction d'un gouverneur général, le major général Johannes Salis von Seewischen. Le territoire du gouvernement général de Serbie est redécoupé en Cercle. selon le modèle austro-hongrois.
La Serbie austro-hongroise est ainsi divisée en 12, puis 13 , eux-mêmes divisés en 57, puis 64 arrondissement.. À ce maillage territorial s'ajoute le maillage des services de renseignement de la double monarchie : dès 1916, ces services mettent en place un filet sur l'ensemble du territoire du gouvernement général de Serbie de nature à exercer un contrôle strict de la population. La langue officielle de l'administration est l'allemand.durant le mois de , après une visite en Serbie occupée, le premier ministre hongrois, István Tisza juge l'administration . Il obtient le remplacement de Salis von Seewischen par un militaire jugé plus énergique, le General der Infanterie . L'administration établit alors un recensement de la population et un cadastre pour faciliter la collecte des impôts.
Vassalisation économique Ayant conquis la Serbie, les responsables des puissances centrales ne se contentent pas d'une simple tutelle politique. En effet, les responsables allemands utilisent au mieux la prépondérance du Reich au sein de la quadruplice pour contrôler étroitement l'économie et le territoire serbe serbe, stratégique dans la poursuite de la guerre.
En effet, dès le de début de l'année 1916, les ingénieurs allemands s'activent pour remettre en état les lignes de chemin de fer, sabotées par les Austro-Hongrois en 1914 puis par les Serbes dans leur retraite, reliant directement l'Allemagne à la Bulgarie et à l'Empire ottoman.
Dénationalisation L'armée commune, responsable de l'administration, mène sur le territoire du gouvernement général de Serbie la politique de dépolitisation et de dénationalisation du peuple serbe. Cette politique reprend les ordres précis édictés depuis Vienne afin de soumettre définitivement et totalement la Serbie à la double monarchie.
Toute activité politique ou associative, même culturelle, est interdite aux citoyens serbes. L'alphabet cyrillique est interdit. L'université de Belgrade, le Musée national de Serbie et la Bibliothèque nationale de Serbie sont fermés.
La presse, florissante dans la décennie précédente, est limitée à la publication d'un seul titre, les Les Nouvelles de Belgrade., rédigé en allemand.
Dans l'enseignement, les manuels scolaires de la période antérieure, mettant en avant l'histoire de la Serbie, sont interdits. De nouveaux manuels les remplacent, utilisant l'alphabet latin, mettant l'accent sur l'acquisition de savoirs de base (lecture, écriture, arithmétique) et de valeurs garantissant la paix politique et sociale.
Les Serbes sous le joug La politique austro-hongroise vise à faire de chaque civil serbe une victime possible des autorités d'occupation austro-hongroises.
Une population exsangue La population serbe habitant à l'intérieur des territoires contrôlés par les militaires austro-hongrois apparaît comme fortement affaiblie par les épreuves du conflit. Entre les pertes dues à la guerre et aux épidémies, et l'exode de l'armée serbe et d'une partie de la population civile vers Corfou, la population tombe de 1,8 million d'habitants avant la guerre à 1,4 million d'habitants en 1916 : le recensement mené par l'autorité d'occupation austro-hongroise estime le déficit à personnes. La ville de Belgrade, par exemple, a perdu 85 % de sa population d'avant guerre. Faute d'hommes, c'est le travail des femmes qui permet d'assurer la production agricole, de nourrir le pays et l'armée d'occupation, et même d'assurer des livraisons de céréales à la métropole austro-hongroise.
De plus, la politique menée vise clairement à terroriser la population, à obtenir son obéissance, afin de passer à la seconde étape programme que les autorités militaires austro-hongroises se sont assignées en Serbie : l'éradication de l'identité serbe.
Les cadres serbes Pour les autorités d'occupation, il s'agit également de massivement priver le peuple de ses cadres, enseignants, fonctionnaires, intellectuels. Ces personnes sont donc internées, exclues de la fonction publique, interdites d'enseignement.
L'enseignement est sévèrement contrôlé, les enseignants serbes étant évincés et remplacés par des militaires ou des civils originaires de la double monarchie, de préférence des Croates, à même de se faire comprendre par leurs élèves.
Déportation Durant l'occupation, entre et Serbes, y compris des femmes et des enfants, ont été déportés dans des camps d'internement et de concentration en Autriche-Hongrie, notamment Mauthausen en Autriche, Doboj en Bosnie, Nagymegyer, Arad et Kecskemét en Hongrie, ce qui représente 10 % de la population serbe. En , le Saint-Siège est intervenu contre l'internement des femmes et des enfants âgés entre 10 et 15 ans.
Le camp de Neusiedl (Nežider) était prévu pour internés. Il en a accueilli , surtout des Serbes, mais aussi des Monténégrins et d'autres Slaves. On y trouvait des enfants dès l'âge de neuf ans. internés y sont morts des mauvaises conditions de logement et d'hygiène.
Les minorités musulmanes Les musulmans serbes font bon accueil à l'occupant austro-hongrois et se montrent prêts à coopérer. Des notables musulmans du Sandjak de Novipazar s'offrent à lever une milice ; les Albanais musulmans du sud de la Serbie (Kosovo) sont également favorables aux Empires centraux, d'autant plus que le sultan ottoman Mehmed V, calife de l'islam, a proclamé le djihad contre l'Entente. Au total, volontaires musulmans s'enrôlent dans les milices dans les territoires serbes sous administration austro-hongroise, plus autres en Monténégro, mais le commandement militaire austro-hongrois arrête leur recrutement et exclut leur emploi hors des territoires occupés.
Résistance thumb|Soldats austro-hongrois exécutant des résistants serbes, 1917. thumb|250x250px|Autre exécution par pendaison de résistants serbes, vers 1916. Rapidement, des mouvements de résistance, plus ou moins sporadiques s'organisent, dès la fin de la campagne de 1915.