Le drongaire de la flotte (en grec : δρουγγάριος τοῦ πλοΐμου/τῶν πλοΐμων, droungarios tou ploïmou/tōn ploïmōn ; après le δρουγγάριος τοῦ στόλου, droungarios tou stolou), est le commandant de la flotte impériale, la composante centrale de la marine byzantine, positionnée à Constantinople. Elle se différencie des flottes provinciales ou thématiques. À partir de la fin du , quand les différentes flottes sont rassemblées en une seule force dirigée par le mégaduc, le poste de drongaire de la flotte, désormais connu sous le nom de megas droungarios tou stolou (μέγας δρουγγάριος τοῦ στόλου, grand drongaire de la flotte), devient le commandant en second du mégaduc jusqu'à la chute de Constantinople en 1453.
Histoire
Pour faire face aux conquêtes musulmanes, la majeure partie de marine byzantine est rassemblée au sein de la grande flotte des Karabisianoi durant la deuxième moitié du . À l'image des thèmes terrestres qui apparaissent au même moment, cette flotte est commandée par un stratège (stratēgos tōn karabōn/karabisianōn, général des navires/des marines). Toutefois, la flotte des Karabisianoi s'avère inadaptée. Au début du , elle est remplacée par un système plus complexe, composé de trois éléments, qui survit sans grands changements jusqu'à la fin du . Une flotte centrale est positionnée à Constantinople ; quelques commandements régionaux de grande envergure, qui sont soit des thèmes maritimes comme celui des Cibyrrhéotes, soit des commandements indépendants dirigés par des drongaires (se transformant ensuite en thèmes), comme celui de l'Égée ou de Samos et un nombre plus important d'escadres locales rattachées à des thèmes terrestres, dont les missions sont purement défensives, agissant souvent comme forces de police et subordonnées aux gouverneurs locaux.
La flotte basée à Constantinople, au moins depuis le , a joué un rôle central lors des deux sièges musulmans de Constantinople, en 674-678 et en 717-718). Toutefois, la date exacte de la constitution de la flotte impériale (βασιλικὸς στόλος, basilikos stolos, ou βασιλικὸν πλόϊμον, basilikon ploïmon) comme commandement indépendant n'est pas connue avec certitude. Selon J. B. Bury, suivi par Rodolphe Guilland, il n'est pas improbable que la flotte impériale existe comme commandement subordonné au stratēgos tōn karabisianōn dès le . Le drongaire de la flotte apparaît avec certitude dans le Taktikon Uspensky écrit vers 842-843. Quant à Hélène Ahrweiler, elle s'appuie sur le manque de preuve attestant de l'existence de flottes importantes opérant depuis Constantinople au cours du , pour dater la création de la flotte impériale au début du . Par la suite, elle constitue la principale force de réserve et fournit le cœur des expéditions maritimes. thumb|Le drongaire Nicétas Oryphas châtiant des prisonniers de l'émirat de Crète. Chronique de Skylitzès de Madrid. Dans le Taktikon Uspensky, le drongaire de la flotte est positionné relativement bas dans la hiérarchie, venant après les grands titres militaires et les offices civils les plus importants. Il est situé entre le protostrator et l' des thèmes. Toutefois, vers 899, date de la rédaction du Kletorologion de Philothée, il a fortement gagné en importance, puisqu'il est placé alternativement immédiatement avant ou après le logothète du Drome et, à la ou dans la hiérarchie d'ensemble, devant les domestiques des régiments de la garde (tagmata) des Hikanatoi et des Noumeroi. En outre, il n'est pas classé avec les autres commandements militaires, qu'ils soient provinciaux (thèmes) ou nationaux (tagmata) mais parmi les postes militaires spéciaux que sont les stratarques, où il est en deuxième position, derrière l'hétériarque qui dirige l'Hétairie. L'importance plus grande conférée au titre de drongaire de la flotte est directement liée au regain de la marine byzantine, commencé sous Michel III et poursuivi sous Basile Ier le Macédonien et Léon VI le Sage.
Le Klétorologion liste aussi ses subordonnés, dont son adjoint ou topotèrètès, son secrétaire ou chartulaire, son messager en chef ou protomandator et les autres messagers (mandatores), les commandants d'escadres ou komētes (κόμητες; sing. κόμης, komēs) et les centurions sur les navires (κένταρχοι, kentarchoi ; sing. κένταρχος, kentarchos). En outre, il existe aussi un Comes des hétairies (κόμης τῆς ἑταιρείας), dont la fonction est discutée. Selon Bury, il dirige probablement les mercenaires étrangers, notamment les Rus' ou les Scandinaves, servant comme fantassins de marine. Cependant, Nicolas Oikonomidès considère qu'il s'agit du chef de la garde personnel du drongaire. Selon le De Ceremoniis écrit par l'empereur Constantin VII au , il a aussi un rôle lors des cérémonies impériales, souvent avec le drongaire de la garde. Les dignités associées au poste de drongaire de la flotte sont celles de protospathaire, patrice et d'anthypatos.
Le poste de drongaire de la flotte atteint son apogée au , quand plusieurs personnages de grande envergure le détiennent. Parmi eux figure Romain Ier Lécapène, qui s'en sert comme d'un tremplin vers le trône impérial. Si le poste existe encore au , la flotte est alors moins active et son détenteur commande la flotte constantinopolitaine plus qu'il n'est à la tête de grandes expéditions. De plus en plus, le titre est connu sous le nom de droungarios tou stolou. Avec l'accession sur le trône d'Alexis Ier Comnène, une grande réforme de la marine byzantine intervient. Les thèmes maritimes, qui ont connu un long déclin, disparaissent et Alexis rassemble les vestiges des flottes provinciales pour les amalgamer avec la flotte impériale de Constantinople. De cette nouvelle flotte naît un nouveau poste de commandant en chef, le mégaduc. Si le poste de drongaire de la flotte ne disparaît pas, il se voit ajouter le préfixe de megas (grand), ce qui ne l'empêche pas de désigner désormais le commandant en second de la marine. En dépit de ce relatif déclin, le poste de grand drongaire reste important, étant classé à la dans la hiérarchie impériale telle qu'elle est décrite par le Livre des offices de Georges Kodinos (milieu du ). Selon cet ouvrage, la tenue cérémonielle est la suivante : un kabbadion (caftan) de soie, un skaramikon (chapeau bombé) recouvert de soie dorée et décoré de fils dorés ainsi que d'images de l'empereur à l'avant (sur le trône) et à l'arrière (à cheval).
Titulaires connus
Les titulaires incertains sont indiqués en italiques.