alt= Chasseur Bambara du Mali de la confrérie des Dozo. Il porte ses amulettes et un fusil.|vignette|Chasseur Bambara du Mali de la confrérie des Dozo. Il porte ses amulettes et un fusil. Fanta Maa (Littéralement, « le fils de Fanta ») est un héros légendaire des contes traditionnels d'Afrique de l'Ouest, émanant essentiellement des populations vivant sur les berges du delta intérieur du Niger. Son histoire prend les allures d'un conte initiatique mais aussi d'un mythe des origines, celui de la confrérie des « chasseurs d'eau » BozoPatrimoine essentiellement de l'ethnie des Bozo, le récit des aventures de Fanta Maa est connu surtout de ces chasseurs-pêcheurs vivant le long du fleuve Niger, dans la partie ouest du delta intérieur du fleuve en République du Mali mais aussi dans l'Ouest de la République du Niger, où ils sont appelés Sorko. Considérés comme une ethnie, avec toutes les précautions mises actuellement à l'utilisation de ce terme issu des administrations coloniales, les Bozo, apparaissent bien distincts des populations environnantes comme les Dogons ou les peuls. "Maîtres des secrets du fleuve" au Niger, les Sorko sont assimilés aux Songhaï, dont ils parlent la langue, voire également aux Djermas : ils sont alors essentiellement considérés comme une confrérie faisant partie intégrante de ces deux ethnies.. Par ses références à de nombreuses croyances préislamiques, la légende de Fanta Maa apparaît également comme une manifestation de l'intégration au sein du monde musulman de traditions et de pratiques animistes. Héros possédant les qualités propres aux groupes des Dogons ou Peuls comme des Bozo, le récit de la vie de Fanta Maa peut se lire comme une des nombreuses formes des pactes intercommunautaires.

Le conte Plus connu sous son nom savant, la geste de Fanta Maa, l'histoire de Fanta Maa est un récit initiatique dans lequel le héros, Fanta Maa, affronte des forces maléfiques et les terrasse soit par sa force, soit par la ruse, soit par ses pouvoirs surnaturels, avant de succomber finalement, entraînant par sa disparition tragique le pays dans une malédiction qui persiste encore.

Fanta Maa naît dans des conditions miraculeuses et de parents hors norme. Sa mère, Baa Fanta, est une femme forte qui impose sa volonté aux hommes du village, qu'elle convoque à volonté, mais aussi à son terrible fils, dont elle doit dompter le caractère ombrageux et les velléités d'indépendance. Le père de Fanta Maa est un djinn aux multiples pouvoirs qui s'unit à Baa Fanta, car celle-ci n'a pas d'enfant de son époux légitime. Fanta Maa manifeste cet héritage par des aptitudes surnaturelles: il parle à sa mère (« [...] - Surtout ne te plains pas./ Sache que je suis un djinn, moi./ Je suis Maa [...] », Vers 58 à 59) tandis qu'elle est encore enceinte, et décide de naître après terme au dixième mois (« [...] Il dit à Fanta : "Rends-toi aujourd'hui au pied du caïlcédrat :/ je dois naître aujourd'hui. [...] » Vers 74 & 75).

Sa vie prend les allures d'une vaste aventure qui va crescendo, comme le lui enseigne d'ailleurs sa mère, qui lui demande d'apprendre à tuer des mouches avant de s'attaquer aux « animaux à sang ». S'ensuit une véritable succession d'hécatombes au cours desquelles Fanta Maa extermine des animaux de plus en plus gros et de plus en plus féroces. Il est accompagné dans ses aventures par deux chiens, Wulaaju et Mananju, nés jumeaux le même jour que lui.

Les animaux finissent par conspirer contre Fanta Maa et lui envoient une gazelle korine transformée par la magie des fétiches en une belle jeune femme. Celle-ci, se faisant appeler Fatoumata, prétendant venir du village de Wulèe (La brousse en Bambara) séduit Fanta Maa et l'épouse. Déclarant ne manger que du chien, elle le conduit à tuer ses deux chiens jumeaux. Mais la mère de Fanta Maa, ayant aperçu Fatoumata se transformer en gazelle korine, garde précieusement les os des chiens de son fils qu'elle conserve dans des jarres de terre cuiteLes traditions funéraires préislamiques sur le rive droite du fleuve Niger consistaient a enterrer les défunts dans de gigantesques jarres de terres cuites encastrées ensuite dans les falaises.. Puis, sous le prétexte de le conduire chez ses parents, Fatoumata l'entraîne à l'écart, le pousse à de séparer de ses armes, de ses fétiches et de ses habits d'homme. Ainsi démuni, Fanta Maa est attaqué par les animaux coalisés. Il est contraint de se changer plantes, en termitière, en « autre chose » (Vers 848). Baa Fanta, pressentant le danger qui menace son enfant, envoie vers lui ses deux chiens de chasse ressuscités par ses soins et porteurs de dege (bouillie de mil), ce qui permet à Fanta Maa de se régénérer. Il se met en chasse et tue tous les animaux conspirateurs, faisant de la tête de la gazelle korine la troisième pierre de son foyer, afin que « [...] Jusqu'à la fin du monde,/ plus jamais femme ne trahira homme [...] » (Vers 1150 et 1151)

Les aventures se poursuivent alors pour Fanta Maa que l'on voit tour à tour tuer un crocodile mangeur de jeunes mariées ou brider un hippopotame comme on le fait d'un cheval. La mort de Fanta Maa reste confuse, on sait juste qu'il fut trahi par les sortilèges d'une vieille sorcière.

Les sources thumb|Le Bani, affluent du Niger dans le delta intérieur du Niger, cadre des aventures de Fanta Maa L'histoire de Fanta Maa est essentiellement connu en dehors du peuple Bozo par le récit qu'en a fait Myeru Baa en devant Shekh Tijaan Hayidara qui l'enregistrait. Le récit, traditionnellement autant dit que chanté ou psalmodié, et accompagné par les exclamations et les encouragements d'un public averti, a été réalisé, cette fois-ci, en privé pour Shekh Tijaan Hayidara, en langue bamanan. Il a été transcrit et traduit par Shekh Tijaan Hayidara qui en fait paraître par la suite une version commentée (1985) et qui en publie une version accompagnée d'une autre légende Bozo, Le fils des sept femmes Bozo, dans un recueil intitulé La geste de Fanta Maa. Archétype du chasseur dans la culture des Bozo.

Issue des langues mandées, le bamanan (Bambara) est une langue déclinée en un ensemble de dialectes marqués de forts régionalismes, dont le bamanan de la région de Ségou dans lequel s'exprime Myeru Baa. Le récit de Myeru Baa comporte également des formules propres aux « chasseurs d'eau », terme par lequel les chasseurs-pêcheurs initiés sont désignés dans les cérémonies BozoCertains noms de peuples s'accordent avec le sujet (Ex. langues mandées), d'autres pas, selon des règles d'usage et d'habitude commune plus que selon des normes préétablies. Nous utilisons ici la règle de Shekh Tijaan Hayidara qui est de ne pas accorder "Bozo".. La transcription (Le passage de la version orale en bamanan au bamanan écrit) utilise les caractères de l'alphabet latin classique utilisé en Français, avec comme seule concession au rendu du parler Bozo l'accentuation des [ò]. En cela, Shekh Tijaan Hayidara suit les règles de transcription du Bambara établies au Mali depuis 1967. Cela pourra étonner certains érudits et universitaires habitués aux règles de transcription de 1982 qui ajoutent quatre caractères phonétiques additionnels pour noter les tons spécifiques des langues mandées.

La version de Shekh Tijaan Hayidara éditée par le CELHTO (1987) propose en pages paires la translittération du récit de Myeru Baa et en pages impaires la traduction en Français, les phrases dites par Myeru Baa étant présentées groupées en strophes et numérotées comme les vers d'une épopée. Les archaïsmes, les mots issus du vocabulaire spécifique des chasseurs Bozo et les formules intraduisibles (car à la signification secrètes) sont laissées par Shekh Tijaan Hayidara telles quelles dans le texte en Français, suivant en cela les indications des chercheurs du Centre Régional de Documentation sur la Tradition Orale (CRDTO), ancêtre du CELHTO.

L'analyse

Un conte initiatique et un conte d'initiation Très riche, le récit se prête à plusieurs interprétations. Considéré comme l'ancêtre des chasseurs, Fanta Maa est le grand ancêtre commun des Bozo et des Bambaras (« [...] Fanta Maa/ C'est l'ancêtre initiateur de tous les chasseurs:/ qu'ils soient Bambara,/ peuples de la terre ferme: ou peuple de l'eau/ il est l'ancêtre de tous [...] » Vers 1282 à 1287). Le conte initiatique qui va présenter un héros qui se découvre en découvrant la vie est donc aussi un conte initiatique, qui renvoie donc à l'existence en Afrique subsaharienne de sociétés secrètes, telles que les qualifièrent les premiers anthropologues, et que l'on appelle plutôt aujourd'hui des confréries, tant le terme de société secrète est connoté péjorativement et lié aux théories du complot.

Les confréries, qui ne sont pas secrètes dans la mesure où chacun, au sein d'une communauté, sait qui y appartient et ce qu'il y fait, sont réservées à des initiés, ayant subi des épreuves d'initiation, et qui deviennent alors porteurs d'un patrimoine culturel spécifique et de techniques qu'ils sont les seuls à pouvoir utiliser de manière licite : ainsi, si tout le monde peut savoir chasser, la chasse comme activité communautaire est réservée à ceux qui sont membres de la confrérie des chasseursCe que Baumgardt et Derive (2008, Littérature orale africaine) appellent les "épopées de type corporatif" (page 239).

Les remarques faites tout au long du récit des aventures de Fanta Maa sur la rouerie féminine, thème récurrent dans les mythes, les épopées et les contes initiatiques d'Afrique de l'Ouest, ne participent pas à une misogynie qui verrait s'opposer des hommes et des femmes, mais apparaissent comme le conseil sans cesse répété de ne pas dévoiler les secrets de la confrérie, y compris au sein de la cellule familiale, y compris à l'épouse. La mère de Fanta Maa déconseille à son fils de se marier, tant sera grande alors pour lui la tentation de livrer ses secrets à FatoumataVers 400 et suivants "[...] Elle dit : "La femme n'est pas un être de confiance./ La femme d'aujourd'hui surtout./ Moi-Même qui t'ai donné le jour,/ je ne suis pas une personne de confiance... Hé! la femme n'est pas une personne de confiance, encore une fois. [...]". Ce qu'il finit par faire. Le même schéma où l'on voit un homme à la puissance surnaturelle dévoiler ses secrets et s'en trouver en danger est un thème qui dépasse les frontières africaines et se retrouve par exemple dans l'épisode de l'Ancien Testament consacré à Samson et Dalila.

Un mythe des origines L'histoire de Fanta Maa apparaît aussi comme un récit des origines : « [...] Ce Fanta Maa [dont je te parle],/ l'origine de la société des chasseurs [...] Les faits de chasse de Fanta Maa/ sont antérieurs/ aux faits de chasse de Sunjata [...] » (Vers 684-685 et 690 à 692). Il pose le cadre de ce qui est licite ou illicite et qui propose des explications pour comprendre l'ordre du monde, en particulier la maladie du sommeil, très présente sur les berges des fleuves et des cours d'eau d'Afrique de l'Ouest. C'est également l'un des piliers de la construction identitaire des Bozo, comme l'ensemble des sociétés sahéliennes constituent leur identité autour de héros légendaires, ou de personnages historiques légendarisés (comme Soundiata Keïta au Mali, Sarraounia Mangu au Niger). Pour Baumgardt et Derive (2008), il ne s'agit pas seulement des thèmes véhiculés par le conte ou l'épopée qui entrent en ligne de compte mais également les conditions de la représentation, qui amènent l'ensemble de la communauté à se réunir pour entendre encore une fois et tous ensemble l'histoire fondatrice.

Les conditions de la conception de Fanta Maa, par exemple, né d'un djinn alors que Baa Fanta était déjà mariée, permettent au récitant de déclarer « [...] Tout enfant conçu dans le mariage/ est enfant légitime/ Même s'il est le produit de l'adultère,/ il n'a pas le statut d'enfant adultérin./ Du moment qu'il est né dans le mariage/ il est l'enfant du mariage. [...] » (Vers 35 à 40).