Coq hardi est un périodique français s'adressant à la jeunesse, fondé par le dessinateur Marijac de son vrai nom Jacques Dumas. Le premier numéro paraît le et le journal prend fin en 1963. Il est publié par les éditions SELPA. Le lieu de rédaction et d'administration du journal des deux premières années était le 21 rue Blatin à Clermont-Ferrand, l'adresse change ensuite pour le 10 rue des Pyramides à Paris () à partir de la troisième année de parution en 1946.

La fréquence de publication du journal s'intensifie progressivement (bimensuel puis hebdomadaire). La première série, qui connaît 243 numéros de à , est l'une des publications jeunesse les plus populaires de la France d'après-guerre, tirant jusqu'à . Le sous-titre du journal de la première année est : Les auteurs français les plus populaires de l'époque y participent. Les séries les plus célèbres publiées dans le journal sont : Les Trois Mousquetaires du maquis, Colonel X, les Desperados, Poncho Libertas, Chasse au corsaire et Tonnerre sur le Pacifique. Le journal ne propose pas uniquement des bandes dessinées car une place importante est laissée au rédactionnel dans les premières années de parution, place qui tend à réduire au fil des numéros.

Le journal rencontre un vif succès, ce qui entraîne la création d'un autre journal par Marijac, Baby journal, s'adressant à un public plus jeune.

Il connaît toutefois quelques interruptions avec des relances difficiles dans les années 1953-1956 et 1962-1963 en raison de la concurrence de la presse enfantine notamment le journal Tintin pour les années 1950 et Pilote pour les années 1960.

Seconde Guerre mondiale 1940-1944 : diminution drastique des publications Le journal Coq hardi apparaît pour la première fois en 1944 au moment de la Libération. Durant la Seconde Guerre mondiale, le marché de la presse française avait connu un ralentissement important, sa diffusion était inégale et de nature différente en zone occupée et en zone non-occupée. La presse est alors particulièrement surveillée de par son influence importante sur les populations et pour paraître, les journaux devaient avoir une autorisation préalable. Des éditeurs rencontrent des difficultés du fait de leur origine ce qui ralentit davantage le développement du marché de la presse française. C'est le cas des frères Offenstadt, dont l'entreprise d'édition est aryanisée. Une autre personnalité est touchée par ses arrestations, il s'agit de Paul Winkler le fondateur et directeur de la maison de presse Opera Mundi chargé de vendre aux journaux français des bandes dessinées étrangères majoritairement américaines. C'est ainsi qu'un processus de dés-américanisation de la presse française s'instaure.

La libération de la France en 1944 avec le soutien des États-Unis marque un tournant dans l'histoire de la presse enfantine. Les bandes dessinées américaines commencent peu à peu à être réintroduites directement ou indirectement sur le marché de la presse enfantine française puis ce sont les bandes dessinées belges qui font leur apparition en masse dans les années 1950. Ainsi, la presse française, et donc le journal Coq hardi, est malmenée en raison d'une concurrence en hausse. En effet, les bandes dessinées étrangères sont moins chères à acheter pour un directeur de journal car le seul coût important est la traduction du texte. Ainsi les journaux publiant des bandes dessinées étrangères sont vendus à moindre coût.

Difficultés du marché de la presse enfantine à la fin des années 1940 Au moment de la Libération, sous le Gouvernement provisoire de la République française (GPRF), une attention particulière est portée à l'éducation et au devenir des enfants. En effet, la restriction et la surveillance de la presse enfantine se poursuit sur le territoire français. Le marché français est inondé par la presse catholique avec Lisette des éditions Fleurus, ou encore Âmes vaillantes et Cœurs vaillants, ou communiste avec Vaillant. Ces journaux sont en situation de forte concurrence pour accaparer la part la plus importante du marché de la presse enfantine. La restriction de papier se poursuit quelques années après la guerre et Coq hardi est limité par cette contrainte. En effet, dans un premier temps, le GPRF privilégie davantage la presse adulte et la presse d'information que la presse enfantine.

Le journal Coq hardi affirme une production entièrement française. En effet, les couleurs du journal sont celles du drapeau français, un coq tricolore est dessiné sur la première page et la majeure partie du contenu du journal est une création purement française.

À la fin des années 1940, une vague de critique se lève contre la violence exaltée dans les bandes dessinées pour les jeunes. Le contenu proposé par les journaux est jugé trop violent et dangereux pour la jeunesse (apologie de la violence, du banditisme). Ces critiques touchent Coq hardi dès l'année 1948 et aboutissent à la Loi de 1949 (loi de censure de la presse enfantine).

1946-1948 : des années phares L'apogée du journal Coq hardi se situe dans les années 1946 à 1948. En effet, c'est dans ces années-là que le tirage est le plus important atteignant , et que le journal se développe le plus. L'équipe rédactionnelle est composée d'auteurs jeunes et encore peu connus comme Claude Marin, mais aussi de célébrités comme Alain Saint-Ogan ou Calvo.

Place prépondérante de la bande dessinée Entre 1946 et 1948, la place de la bande dessinée est centrale au sein du journal Coq hardi et tend à supplanter le rédactionnel. Elle représente dans ces années-là, plus de la moitié des planches.

Surreprésentation des bandes dessinées à caractère humoristique Une grande partie du journal Coq hardi est consacrée à la bande dessinée humoristique. La bande dessinée phare du journal est Les Trois Mousquetaires du maquis dessinée et scénarisée par Marijac. Elle occupe la première page à de multiples reprises. Cette série est créée spécialement pour le journal Coq hardi en 1944. Elle met en scène trois personnages engagés dans la Résistance, plus précisément dans le maquis d'Auvergne tout comme Marijac. La série est peu violente et les trois personnages combattent l'occupant allemand dans les scènes absurdes qui visent davantage à ridiculiser qu'à haïr. Le dessin n'est pas réaliste ce qui contribue à la caricature qui y est faite des soldats allemands. Une page ou demi-page en couleur lui est consacrée à chaque numéro. Cette bande dessinée s'inscrit dans le retour de Marijac sur la scène éditoriale après s'être engagé dans la Résistance. Cette série est originale car Marijac en est le dessinateur alors qu'il est avant tout un scénariste à cette période. En raison du succès de cette bande dessinée, six albums-magazines sont édités. Il s'agit véritablement de la bande dessinée la plus importante du journal car elle incarne l'idéologie patriotique du journal par une glorification de la Résistance. Elle met en exergue la solidarité qui doit régner entre les Français.

D'autres séries sont publiées dans le journal :

Flipette par Flip Les petites histoires de Saint Ogan par Saint-Ogan qui fait une apparition succincte alors qu'il dirige Benjamin. Bobichon par Claude Marin qui est alors très jeune. Né en 1931, il est propulsé par Marijac qui lui laisse progressivement plus d'espace dans le journal. Kid Tom Pom par Claude Marin Baby Baluchon par Mat, un auteur aux participations multiples dans d'autres supports de presse tel que L'Epatant, Vaillant ou dans Junior. Pat'folle Capitaine corsaire par Calvo et Marijac. Calvo est alors un auteur célèbre pour La Bête et morte publié en 1944. Totoche le Vagabond par Jac Mandrago le super magicien par Jac Bill de Clown par Claude Marin Tribacil par Erik qui travaille pour de multiples journaux en parallèle de sa collaboration pour Coq hardi et disparaît assez vite. Ce personnage apparaît dans deux séries au fil des numéros : Tribacil contre Herr Doktor Klorat et Tribacil chez les Astériens. Lariflette par Laborne surtout connu pour cette série qui continue à être publié dans Ouest-France jusque dans les années 1980. Les Petits Tracas de Séraphin Poiplume par Piersoim, son unique production connue.

Toutes ces bandes dessinées prennent souvent la forme de récit à suivre, bien que cela ne soit pas stipulé. On trouve une continuité au fil des numéros. Parfois, des petites illustrations humoristiques, sous la forme de texte sous image, sont présentes dans les coins gauche et droit de la page 2. Ces dessins se limitent à une case et servent à combler l'espace. Elles sont dessinées par Claude Marin, Flip et Brio. Les deux premiers se voient par la suite confié la rédaction de bandes dessinées complètes sur une demi-page ou une page complète marquant ainsi leur ascension au sein du journal.

Bandes dessinées réalistes La bande dessinée présente dans Coq hardi se subdivise en différents thèmes relevant du récit d'aventure. Il s'agit presque exclusivement de bandes dessinées françaises originales.

Guerre et espionnage Le premier thème mêle guerre et espionnage en lien avec l'exaltation de la Résistance. La bande dessinée Colonel X illustre bien ce thème. Initialement sous le nom de Maquis contre SS, elle est créée en 1947 par Poïvet (dessinateur) et Bornet (scénariste). Par la suite, les auteurs se succèdent puisque Marijac prend la place de Bornet la même année, Poivet est remplacé par Mathelot de 1949 à 1951, puis par Gloesner de 1952 à 1953 et enfin par Kline. Cette bande dessinée explore le thème de l'espionnage durant la seconde guerre mondiale mettant en scène le personnage de Colonel X un officier des forces françaises libres. Il n'y a donc pas que les Forces françaises de l'intérieur qui sont exaltées mais également les Forces françaises libres. Cette bande dessinée témoigne du soutien porté par le journal au gouvernement du général de Gaulle. Raymond Poïvet a travaillé en 1944 pour le Téméraire (journal collaborationniste) avant de travailler pour Vaillant et Coq hardi au moment de la libération. Cette collaboration avec Coq hardi s'inscrit dans le cadre de la politique d'amnistie générale.

D'autres séries sont publiées dans le journal : Tonnerre sur le Pacifique par Marijac et Dum's ; 20 000 Volts par Ferrari ; Grand Cirque par Christian Mathelot et Clostermann ; Géants du ciel par Christian Mathelot et Marijac ; Drago par Burne Hogarth. C'est une bande dessinée étrangère américaine traduite et reprise par Marijac. Une des seules bandes dessinées étrangères du journal, elle est achetée au New York Post Syndicate, pour 54 planches.

Westerns : intérêt pour la culture et l'histoire américaine Le second thème est celui des Western en lien avec l'influence américaine qui s'accroit en Europe occidentale après la Libération. La bande dessinée Poncho Libertas est une collaboration d'Étienne Le Rallic et Marijac. Dans le Far West, trois acolytes défendent les paysans exploités. Cette bande dessinée incarne les valeurs que défend le journal qu'est la défense de l'opprimé par exemple. Ce récit prend sens dans la politique du journal de consacrer une place importante à l'histoire et à la culture des États-Unis. Par la suite, deux autres séries sont publiées dans Coq hardi, les Desperados (1947) et Les justiciers du Sonora (1948), mettant en scène les mêmes personnages que dans Poncho Libertas. Étienne Le Rallic est un auteur connu du public à ce moment-là de par sa collaboration avec de grandes maisons d'éditions (Fayard, Offenstadt et Fleurus). Il a également travaillé pour le Téméraire et pour le journal Ololê.