L'église Saint-Martin est une église catholique paroissiale située à Belle-Église, en France. Contrairement à ce qu'annoncent ses élévations extérieures dénuées de caractère, c'est un édifice d'une surprenante complexité, qui n'est que le résultat des agrandissements et remaniements successifs depuis la fin du . Seulement la base du clocher roman de la fin du ou du premier quart subsiste d'origine. Elle se caractérise par sa voûte en berceau, sa grande profondeur et ses murs très épais. Le reste du chœur et de ses deux collatéraux est gothique. Il n'y a guère deux travées analogues, et la plupart des styles architecturaux sont représentés. Cependant, la plupart des travées a été bâtie avec grand soin, et l'architecture des parties orientales est tout sauf rustique. L'on trouve même des éléments remarquables par leur qualité, telles que les voûtes à six branches d'ogives du chœur et du croisillon nord avec leurs supports, ou par leur originalité. L'édifice n'est pas protégé au titre des monuments historiques, mais plusieurs éléments de son mobilier et quatre vitraux le sont en revanche.. L'église Saint-Martin est aujourd'hui affiliée à la paroisse Saint-Louis en Thelle avec siège à Chambly, et n'accueille plus que deux messes dominicales anticipées par an, ainsi que des célébrations particulières.
Localisation
L'église est située en France, en région Hauts-de-France et dans le département de l'Oise, dans la vallée de l'Esches, sur la commune de Belle-Église, au sud-est de la mairie et des écoles, rue des Écoles. Elle est bâtie en recul par rapport à la rue. La façade occidentale surplombe la rue en raison des accidents de terrain, et il faut gravir deux escalier successifs pour atteindre le portail occidental, mais un accès pour personnes à mobilité réduite existe également par le portail latéral nord. Une pelouse plantée d'arbres s'étend au nord de l'église. Le chevet et l'élévation méridionale donnent sur le cimetière.
Historique thumb|upright|left|Nef, vue vers l'est.
L'église est dédiée à saint Martin de Tours. Sous l'Ancien Régime, elle dépend du doyenné de Beaumont, de l'archidiaconé de Clermont et du diocèse de Beauvais.. La cure est à la nomination de l'abbé de l'abbaye Saint-Martin de Pontoise. L'on ignore si le nom du village a un rapport avec son église. Il apparaît sous la forme de Belaglisa en 1164, et sous sa forme latine Bella-Ecclesia en 1214. Au , la seigneurie appartient à une famille qui porte le nom du pays, et s'est alliée à la maison de Beaumont. Au , elle est partagée entre l'ordre de Malte et l'abbaye de Royaumont. Les hameaux relèvent en partie de seigneuries différentes, dont celui de Gandicourt, qui fut donné à l'abbaye de Saint-Denis en 690, et celui de Montagny-Prouvaire, qui appartient à la baronnie de Persan. La dîme est partagée entre l'abbaye Saint-Martin de Pontoise, le prieuré Sainte-Madeleine de Bornel, le prieuré du Lay (sur l'actuelle commune de Hédouville) et le curé. Il convient de signaler la présence d'un prieuré sur la paroisse, qui est au titre de Saint-Jacques, et constitue une dépendance de l'abbaye Saint-Martin. Ce prieuré est dissocié de l'église, et ses bâtiments se situent près du village, au sud. Au moment du Concordat de 1801, le diocèse de Beauvais est annexé au diocèse d'Amiens, puis il recouvre son indépendance en 1822. Vers 1840, Belle-Église est déjà rattachée à la paroisse de Chambly, mais possède toujours son propre presbytère., et probablement, un vicaire. En 2016, l'église Saint-Martin est affiliée à la paroisse Saint-Louis en Thelle avec siège à Chambly, et n'accueille plus que deux messes dominicales anticipées par an, ainsi que des célébrations particulières. Les habitants ont toutefois la possibilité d'assister à la messe célébrée chaque dimanche à 18 h dans l'église voisine de Bornel., éloignée de moins de deux kilomètres. thumb|upright|Base du clocher, vue vers l'est dans le chœur. thumb|upright|Collatéral sud, vue par la arcade vers le nord.
Aucun document ne renseigne sur la construction de l'église. Elle peut seulement être datée grâce à l'analyse archéologique, et pour deux parmi ses cinq campagnes de construction, par le biais des vitraux, qui ont été étudiés de plus près que les maçonneries (voir le chapitre Mobilier). La nef accostée d'un seul bas-côté au nord rappelle encore l'ancienne nef unique romane, dont il n'est pas certain si des éléments sont encore conservés en élévation. Cette nef aboutit à l'est sur la base du clocher voûtée en berceau, qui constitue la partie la plus ancienne de l'église actuelle, et date probablement de la fin du ou des premières décennies du ., car le voûtement d'ogives s'impose dans la région bien avant le milieu du siècle. Du clocher roman proprement dit, ne restent que des vestiges, dont notamment un rang de billettes visible au-dessus de la toiture de la nef, et sur lequel prenaient appui les deux baies occidentales de l'étage de beffroi, dont restent encore le trumeau et la moitié des archivoltes, qui sont englobés dans le pignon occidental du chœur. L'on ignore tout de l'abside romane. En revanche, il est à peu près certain que la base du clocher était flanqué de deux croisillons voûtés d'ogives, qui ont dû être ajoutés après coup au cas où l'on devait assigner au clocher une date assez haute. Un cul-de-lampe sans emploi dans l'angle nord-ouest du croisillon sud parle dans ce sens. À la fin du , le croisillon nord est reconstruit. Puis, dans un rythme soutenu, l'on édifie un nouveau chœur, qui n'est apparemment pas voûté tout de suite ; l'on rebâtit le croisillon sud et le prolonge d'une travée de collatéral vers l'est ; puis l'on prolonge pareillement le croisillon nord d'une travée de collatéral. La première demi-travée du chœur communique ainsi par de grandes arcades avec des chapelles latérales, tandis que la deuxième demi-travée reste libre. Ces travaux s'achèvent vers 1210 / 1220, comme l'indique la datation du vitrail de la première travée du collatéral nord.. Le profil des ogives et les triplets identiques au chevet et au sud du croisillon sud permettent de rattacher ces différentes étapes de construction à une même campagne. Les tailloirs à bec (en pointe) au nord et au sud du chœur indiquent toutefois une date postérieure à 1230. À en juger d'après les deux baies en arc brisé au sud, la nef est également rebâtie à la première période gothique, bien qu'elle se distingue à peine des nefs uniques romanes de la première moitié du .
Les deux autres campagnes de construction sont postérieures à la guerre de Cent Ans. D'abord, les chapelles qui flanquent le chœur sont prolongées chacune d'une travée de style gothique flamboyant, de sorte que les trois vaisseaux se terminent maintenant au même niveau. Les verrières au chevet des collatéraux sont datées respectivement du premier quart (sud) et du second quart (nord) du .. Bien ultérieurement, à la Renaissance, les piliers des grandes arcades du chœur sont reprises en sous-œuvre, en toute logique depuis la seconde fois depuis le prolongement des collatéraux. Vers la même époque, la nef est munie d'un bas-côté au nord. Si sa construction se situe à la fin de la Renaissance, à la fin du , l'on peut imaginer que la création du portail d'inspiration classique enchaîne sur cette campagne. La description fournie par Louis Graves en 1842 suggère tout à fait autre chose, puisqu'elle signale un triplet en façade, mais Graves confond les élévations latérales nord et sud, et le triplet en façade devrait en réalité être celui du chevet. Quant à la question de l'époque de disparition du clocher et de ses circonstances, elle reste en suspens. Le clocher moderne est déjà signalé par Louis Graves. Les églises voisines de Bornel et Fresnoy-en-Thelle ont également perdu leurs clochers romans, et conservent seulement sa base.
Description Aperçu général thumb|Plan de l'église.
Orientée à peu près régulièrement, avec une légère déviation de l'axe vers le nord-est du côté du chevet, l'église répond à un plan dissymétrique, avec une nette distinction entre nef et chœur. La nef et son unique bas-côté, au nord, ne sont pas voûtés, et communiquent entre eux par quatre grandes arcades de style Renaissance. Le vaisseau central du chœur se compose de la base du clocher romane, voûtée en berceau, et du sanctuaire de deux demi-travées recouvertes ensemble par une voûte sexpartite, et terminé par un chevet plat. De part et d'autre de la base du clocher formant croisée du transept, les deux croisillons du transept sont nettement différentes. Celui du nord se compose de deux demi-travées recouvertes ensemble par une voûte à six branches d'ogives à l'instar du chœur, tandis que celui du sud est munie d'une voûte ordinaire à quatre branches d'ogives. Il abrite une cage d'escalier dans l'angle sud-ouest, ainsi que la sacristie. Dans l'axe des croisillons et à gauche et à droite du vaisseau central du chœur, se situent deux collatéraux, dont la première travée affecte le même style que les croisillons, et dont la seconde travée constitue une adjonction de la période flamboyante. Les collatéraux sont également munis de voûtes d'ogives ordinaires. L'on accède à l'église par le portail occidental de la nef, ou par des petites portes au nord et au sud. La structure des toitures ne reflète pas tout à fait l'organisation intérieure, car les neuf travées orientales sont recouvertes ensemble par une large toiture à deux rampants délimitée par un pignon à l'ouest, et un autre à l'est. Le pignon occidental est formé par les restes du clocher roman. Le clocher actuel est une petite toiture en charpente qui émerge de la toiture.
Intérieur Nef et bas-côté thumb|Nef, vue vers le nord-est. thumb|Nef, grandes arcades. thumb|Nef, vue vers le sud-est.
, dit le chanoine Müller. Ce constat vaut peut-être pour la simplicité de la nef et l'état du mobilier, mais moins pour les parties orientales, dont l'architecture est d'une étonnante complexité, et offre une grande diversité de styles. Cependant, les nefs non voûtées sont davantage la règle que l'exception pour les petites églises rurales du Beauvaisis. On peut seulement déplorer la nudité du plafond, qui est une fausse voûte en berceau brisé en bois plâtré et peinte en faux-appareil, et dissimule une charpente en carène renversée qui donnerait bien plus de cachet à la nef si elle était découverte, ou munie d'un lambris, comme à Bruyères-sur-Oise, Frouville, Hodenc-en-Bray ou Labbeville, par exemple. L'aspect actuel est conforme au goût du et à l'architecture néo-classique, qui privilégie la clarté avant tout. La forme en arc brisé trahit néanmoins les origines gothiques de la charpente, et ses trois entraits et poinçons restent toujours visibles.