La guerre civile rwandaise (1990 - 1994) opposa l’armée patriotique rwandaise du Front patriotique rwandais (FPR) aux Forces armées rwandaises (FAR) de la dictature rwandaise hutu du président Juvénal Habyarimana, fermement soutenu par l'engagement politique et militaire français.
Cette guerre civile voire ethnique se déroula en deux phases au Rwanda : la première entre et , année des accords d'Arusha, puis, durant le génocide des Tutsi, entre et . Elle prend fin définitivement avec la victoire militaire et la prise du contrôle du pays par le FPR.
Après une montée en puissance de 1990 à 1994 (arrestation de en et massacres de masse successifs sur cette période), le génocide des Tutsis intervient dans cette guerre civile comme solution finale de la deuxième république hutue pour tenter de rester en place. Cette guerre est parfois considérée comme « ethnique » mais l'assimilation des belligérants à des ethnies est aujourd'hui remise en cause . (livret d'exposition au Mémorial de la Shoah)..
Contexte
Les tensions entre les ethnies, menant à des massacres d'envergure variable, se multiplient au Rwanda et au Burundi de la fin de la Seconde Guerre mondiale au déclenchement de la guerre.
Période coloniale
Vers la fin du , le mwami du clan dominant est , qui meurt en 1895. En 1885, la conférence de Berlin attribue le royaume du Rwanda à l'Empire allemand qui l'intègre dans son empire colonial. Les premiers Européens à pénétrer au Rwanda, en 1892 et 1894, sont Oscar Baumann et Gustav Adolf von Götzen. À leur arrivée, les colonisateurs allemands, puis belges trouvent une société qui ne correspond pas aux critères européens et décident de classer les populations en fonction de caractéristiques comme leurs activités ou leur apparence physique. Les Tutsi, les Hutu et les Twa sont trois ethnies différentes au sein d'une même communauté nationale, n'entrant en opposition qu'à la création de distinctions plus profondes par l'historiographie coloniale, qui postule une dimension raciale aux ethnies.
Les colons sont en particulier impressionnés par la monarchie rwandaise tutsi et assimilent les Tutsi en général à la cour royale et à une « race » supérieure. Les colonisateurs décrivent les Tutsi comme plus grands, plus beaux et plus aptes à diriger - Paul Dresse, Le Rwanda d'aujourd'hui, édition Charles Dessart, Bruxelles, 1940.
L'histoire enseignée durant la tutelle belge décrit les Hutu majoritaires comme des fermiers d'origine bantoue, tandis que les Tutsi seraient un peuple pastoral arrivé dans la région au depuis les hauts-plateaux éthiopiens, d'un ADN nilo-hamitique mais des recherches ADN réfutent cette théorie colonisatrice et place leur arrivée vers le . Les Twa seraient les descendants, issus des Pygmées, des premiers habitants de la région. Cette interprétation est fausse et se base sur les visions racialistes de l'époque coloniale, mais imbibe rapidement la société rwandaise.
Ces théories sont désormais fortement remises en cause. On tend aujourd'hui à considérer que les colonisateurs belges des années 1920, négligeant les références claniques, ont interprété de façon ethnique la structure socio-professionnelle de la population, sous l'influence aussi de l'organisation héritée des colonisateurs précédents, les Allemands, et ont ainsi appliqué une politique formellement appuyée par la Société des Nations qui avait confié à la Belgique la tutelle du Ruanda-Urundi.
L'administration coloniale s'appuie donc sur les Tutsi, peuple « conquérant », au détriment des mwami des clans hutu, qui sont des serfs. L'accès aux activités économiques, à l'enseignement et aux postes administratifs est réservé prioritairement aux Tutsi.
Indépendance
En 1945, l'indépendance du Rwanda est prévue dans les décennies à venir et s'accompagne de la mise en place d'institutions démocratiques. Au cours des années 1950, les Hutus alphabétisés expriment pour la première fois lors de consultations électorales le ressentiment d'une grande partie de la population envers l'oppression économique et politique exercée par les Tutsis au pouvoir.
Dans un texte publié le , le Manifeste des Bahutu, neuf intellectuels hutu dénoncent l'exploitation dont les Hutu seraient victimes. La revendication d'indépendance des Tutsi incite les Belges à renverser leur alliance au profit des Hutu.
En , le leader pro-hutu Grégoire Kayibanda est victime d'une agression. Alors éclate la révolution rwandaise, d'importants soulèvements de paysans hutus accompagnés de massacres ethniques qui entraînent le départ en exil du roi et de .
Le royaume du Rwanda disparait ainsi le . La majorité hutu prend le pouvoir lors des élections communales de juin- et du référendum de qui plébiscite la première république et la tenue d'élections législatives, un an avant l'indépendance du pays.
Première république rwandaise
La première République est proclamée le et Grégoire Kayibanda, un Hutu, accède à la présidence de la République le . L'ONU fixe au la date d'indépendance du Rwanda. La passation des pouvoirs et l'évacuation des troupes belges ont lieu le . Dans les décennies qui suivent, les Hutus sont présentés comme le « peuple majoritaire » et les autorités comme le « gouvernement de la majorité » : les Rwandais tutsi deviennent des citoyens de second rang. Son programme n'est pas uniquement de rétablir les privilèges des hutus, mais de leur rendre le pays entier , considérant que les Tutsi ne sont pas légitimes au Rwanda.
À partir de , les tensions politiques s'étendent au Burundi. Des groupes armés tutsi basés au Burundi font des incursions répétées pour reprendre le pouvoir. En , une colonne de combattants arrive jusqu'à Kigali et est arrêtée aux portes de la capitale. Des représailles encore plus meurtrières visent les Tutsis rwandais assimilés aux infiltrés. On estime qu'elles font environ , dont les principaux dirigeants de l'opposition monarchiste, et provoquent une vague de dizaines de milliers de réfugiés. En 1966 et 1967, avec l'appui des officiers tutsi désormais au pouvoir au Burundi, les attaques depuis le territoire burundais suivies de représailles envers les tutsi du Rwanda se multiplient.
Dans la seconde moitié des années 1960, les élites tutsi au Burundi organisent des exécutions de personnalité hutu. S'ensuit le génocide des hutu en , l'ikiza. La population rwandaise lit ces événements comme une menace, pensant que l'armée burundaise tutsi compte déclencher de nouveaux massacres de hutu au Rwanda et possiblement y restaurer la monarchie.
Pour maintenir l'unité politique, Kayibanda instrumentalise les massacres de masse dont furent victimes les Hutu du Burundi en 1972, il justifie la crainte d'une menace des Tutsi rwandais. Les Tutsi, élèves et professeurs, sont systématiquement expulsés de l'enseignement, parfois violemment. Ces événements provoquent une nouvelle vague d'exode des Tutsi.
Deuxième république
Pendant les dernières phases de tension sous Kayibanda, le chef de la Sûreté Alexis Kanyarengwe pousse les tensions ethniques et politiques. Le chef de l'état-major Juvénal Habyarimana renverse le président Grégoire Kayibanda le et peut ainsi facilement justifier la nécessité du coup d'État par le départ des Tutsi, qui affaiblit les cadres du sud du pays (Habyarimana étant originaire de Gisenyi, au nord). Habyarimana ambitionne de rétablir l'unité nationale, et accuse le précédent parti au pouvoir de l'avoir brisée : il met en place des quotas de Tutsi dans l'administration publique et insiste sur le fait de dépasser les divisions nationales par la recherche du développement. C'est la « révolution morale » de 1973.
C'est cette idéologie du développement qui lui fait bénéficier du soutien des pays occidentaux, des bailleurs de fonds internationaux, d'ONG qui voient le Rwanda comme le deuxième paradis africain après le Burkina Faso, et de l'église catholique qui cogère le pays avec le pouvoir en place. Des travaux communautaires, appelés 'umuganda', cherchent à réhabiliter le travail manuel parmi les urbains. Les massacres se raréfient des deux côtés de la frontière burundaise en raison des coups d'État dans les pays concernés : la volonté de réformes et de développement du Rwanda et du Burundi apaisent les tensions.
Très rapidement, le groupe qui a porté Habyarimana lors du coup d'état commence à contester la concentration des pouvoirs entre ses mains. En réponse, le président crée, le 5 juillet 1975, le Mouvement révolutionnaire national pour le développement (MRND).
Tous les Rwandais font obligatoirement partie du MRND pour symboliser l'intégration à la société nationale sans distinction ethnique, religieuse ou géographique. Cette inscription n'exige pas d'engagement idéologique mais un paiement des cotisations, une participation aux travaux communautaires, et le respect de nombreux règlements touchant à tous les domaines de la vie économique et quotidienne.
Le 20 décembre 1978, Juvénal Habyarimana fait adopter une nouvelle constitution qui lui donne d'autant plus de pouvoirs et fait du MRND le parti unique du pays. En avril 1980, une tentative de coup d'État échoue. Le ministre de l'intérieur et ancien allié du président Alexis Kanyarengwe s'oppose à lui et se prépare à se présenter comme alternative : Habyarimana l'exclut du gouvernement et, craignant d'être arrêté, Kanyarengwe part en Tanzanie. Habyarimana le remplace par Joseph Nzirorera, qui prend rapidement beaucoup d'importance dans la vie politique nationale.
Tensions à la fin des années 1980
À la fin des années 1980, le paysage politique régional se transforme perceptiblement. L'Ouganda retrouve un pouvoir stable en 1986, la tutelle étatique centrale du Zaïre se relâche en 1989 et 1990, le régime de Jean-Baptiste Bagaza au Burundi s'effondre fin 1987, et les mouvements revendicatifs rwandais s'affirment à la fin de la décennie.
En est signé l'accord sur la libre circulation des biens et des personnes au sein de la Communauté économique des pays des Grands Lacs. Entre 1986 et 1990, presque tous les réfugiés de la région peuvent rentrer dans leur pays d'origine, y compris burundais arrivés au Rwanda lors des massacres d'. Cependant, les réfugiés rwandais et burundais plus anciens ne sont pas pris en compte par l'accord.
Au Rwanda, la situation est plus complexe et les tensions se multiplient. Elles sont de nature politique et géographique : d'abord, certains groupes de la population, comme les paysans sans terre, les femmes et les jeunes déscolarisés dénoncent les injustices dont ils sont victimes ; de plus, les régions du sud du pays s'élèvent contre l'appropriation des postes prestigieux par les habitants du nord. Ces deux fractures sociales s'aggravent, mais le conflit ethnique n'a jamais été aussi faible depuis l'ère coloniale. Même si les tensions ont presque disparu, les inégalités persistent : le système des quotas limite le pouvoir tutsi et de nombreux dignitaires supposés tutsi font inscrire la mention hutu sur leur carte d'identité. Habyarimana couvre plusieurs assassinats de dignitaires de la première république, ce qui empire la défiance des régions du sud du pays. Au sein des régions, de très fortes tensions naissent entre « terroirs » ou régions naturelles.
Négociations d'août 1990 Depuis plusieurs années, les renseignements rwandais sont au courant de préparatifs militaires du côté de réfugiés tutsi en Ouganda. En août 1990, les présidents rwandais et ougandais se rencontrent pour des négociations organisées par les organisations internationales. Le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés établit une liste de réfugiés rwandais volontaires, qui doivent tous être accueillis au Rwanda. Des accords sont signés entre les présidents rwandais et ougandais, préparant des postes ministériels et militaires pour les forces des réfugiés en Ouganda.
Première phase (1990-1993) Invasion d'octobre 1990