Fives, anciennement la Compagnie de Fives-Lille, est un groupe d'ingénierie industrielle international implanté dans et actif dans plusieurs secteurs parmi lesquels le ciment, l'acier, le verre, l'aluminium, l'aéronautique, l'automobile, la logistique et les machines-outils. Le groupe a réalisé un chiffre d'affaires de et employait près de en 2023.

Parmi ses réalisations historiques, Fives-Lille a fabriqué certaines des premières locomotives à vapeur produites en France, des moteurs d'avions français pendant la Première Guerre mondiale, les ascenseurs de la tour Eiffel, la gare d'Orsay et le pont Alexandre-III.

Histoire L'histoire du groupe Fives prend racine dans celles des sociétés Cail et Fives-Lille créées au .

Histoire de Cail (1812-1958) De la distillation du sucre aux locomotives à vapeur (1812-1881) Le chimiste Charles Derosne, l'un des premiers en France à fabriquer le sucre de betterave en le blanchissant à l'aide de noir animal, fonde en 1812 un atelier de chaudronnerie pour la fabrication d'appareils de distillation au 7 rue des Batailles (à l'emplacement de l'actuelle avenue d'Iéna) à Chaillot. Les appareils de la Société Ch. Derosne sont rapidement employés par les raffineurs de sucre dans le nord de la France et à l'étranger. Jean-François Cail entre dans l'entreprise de Derosne en 1824 comme apprenti. Une relation se crée entre les deux hommes et, le , il est associé de la nouvelle Société Ch. Derosne et Cail, qui rassemble une cinquantaine d'ouvriers. L'entreprise prend de l'ampleur et s'agrandit pour atteindre , l'usine s'étendant jusqu'au quai Debilly.

vignette|gauche|Usine Cail de Chaillot. La Société Ch. Derosne et Cail diversifie ses activités en s'engageant dans la construction de machines à vapeur pour locomotives, puis de locomotives et la fabrication de ponts métalliques. Le siège social de l'entreprise est situé au 46 quai Debilly. En Schneider Frères et Cie passe commande de huit chaudières tubulaires pour ses locomotives destinées à la Compagnie du chemin de fer de Saint-Étienne à Lyon et à celle du Paris à Versailles par Saint-CloudCharles Contassot, Historique des fabrications des locomotives aux usines du Creusot ; AFB 2003 ; page 27. En 1844, la société ouvre un atelier à Denain. En , la Compagnie des chemins de fer du Nord passe commande de huit locomotives de vitesse. Pour concrétiser ce premier marché, Derosne et Cail organise en six mois leurs ateliers, avec à Chaillot des ateliers d'outillage et de montage et à Denain et Grenelle des ateliers de forge, fonderie et chaudronnerie. Ainsi jusqu'à 25 locomotives à la fois étaient montées à l'usine de Chaillot, à partir des éléments fabriqués à l'usine de Grenelle sur l'autre rive de la Seine ouverte en 1846, chaudières avec leurs tubes de laiton, roues avec leurs bandages et essieux. Après montage, elles étaient peintes et vernies à Chaillot puis transportées jusqu'à la ligne de ceinture sur des chariots de 16 à 18 tonnes tirés par des dizaines de chevaux. L'usine de Chaillot continuait en parallèle la fabrication de matériels sucriers, chaudières servant à l'évaporation et à la cuisson des jus, et construisait diverses machines pour les réseaux ferroviaires.

vignette|right|Locomotive construite par les Anciens Établissements Cail en 1889 et préservée au CFBS En 1846, à la mort de Charles Derosne, Jean-François Cail lui succède. L'entreprise qui avait acquis en 1846 la licence d'exploitation de l'ingénieur anglais Thomas Russel Crampton était en mesure de produire en 1848 quatre locomotives par semaine soit plus que les plus grands établissements anglais.. À la révolution de 1848, Jean-François Cail abandonne la direction de son entreprise et l'usine de Grenelle est choisie le pour expérimenter une forme d'autogestion ouvrière qui fut un échec. La production chuta de 68 locomotives en 1848 à 35 en 1849 et aucune ne fut livrée en 1850.

À la suite de ces difficultés économiques, la Société Ch. Derosne et Cail disparaît et est remplacée par la Société J.F Cail & Cie. Cette dernière reprend les actifs de la précédente. C'est alors la plus grande entreprise industrielle de Paris possédant une usine de montage de locomotives et un bureau d'études au siège dans le quartier de Chaillot et d'autres usines dans le quartier de Grenelle sur l'autre rive de la Seine, à Denain, Valenciennes, Douai et Bruxelles. L'usine de Chaillot, qui emploie près de , détruite par un incendie dans la nuit du 24 au , n'est pas reconstruite, son activité étant transférée aux ateliers de Grenelle.

En , la Société J.F Cail & passe un accord de coopération avec la nouvelle Société Parent, Schaken, Caillet et , devenant deux mois plus tard Participation JF Cail, Parent, Schaken, Houel et Caillet, Paris et Fives-Lille. Cet accord expire en .

En 1870, la Société J.F Cail est en liquidation. La Nouvelle Société J.F Cail la remplace. Son fondateur Jean-François Cail meurt l'année suivante. La guerre de 1870, la concurrence de l'industrie allemande et le décès de Jean-François Cail viennent mettre en difficulté l'entreprise.

vignette|Plaque de constructeur SFCM anciennement Cail, de 1921. La Société J.F Cail & disparaît en 1883, remplacée par la Société anonyme des Anciens Établissements Cail avec un capital de . Plusieurs banques participent alors à sa constitution : le Crédit lyonnais, la Banque de Paris et des Pays-Bas et le Comptoir national d'escompte de Paris. Le est constituée une nouvelle Société Anonyme des Anciens Établissements Cail, avec un capital réduit à de francs réparti en de . Son siège social se trouve à Paris, de Grenelle. Le personnel est de . Elle fabrique des appareils frigorifiques et des torpilleurs, tout en maintenant l'activité liée au matériel ferroviaire, aux sucreries et à l'outillage lourd.

locomotives sont fabriquées les sociétés Cail entre 1845 et 1889, des ponts comme le pont d'Arcole, l'ascenseur du troisième étage de la tour Eiffel, le théâtre des Bouffes-du-Nord, la charpente métallique de la gare du Musée d'Orsay..

Des difficultés pour les établissements Cail (1898-1958) Les Anciens Établissements Cail sont remplacés par la Société française de constructions mécaniques (SFCM) en 1898, société anonyme au capital de constituée le . Le siège social se trouve à Paris, 21 rue de Londres, puis 14 rue Cambacérès. La direction générale est elle au 28, rue de Lille à Douai et par la suite à Denain (Nord). L'entreprise est redressée par Louis Le Chatelier.

Les usines se situent à Denain et Douai dans le nord de la France et les fonderies à Albert dans la Somme. L'usine de Denain possède une superficie de et emploie . Dans l'entre-deux-guerres, une nouvelle organisation du travail est mise au point (approvisionnement, formation des ouvriers, contrôle des résultats). L'entreprise continue de se diversifier en fabriquant des laminoirs et du matériel sidérurgique.

Histoire de Fives-Lille (1861-1958) vignette|Vue des usines à Fives-Lille et visite de Napoléon III en 1867. La société Parent, Schaken, Caillet et , spécialisée dans la construction de voies de chemin de fer et locomotives, est fondée le par Basile Parent et Pierre Schaken. Les ateliers se trouvent à Fives (Lille) sur un terrain de 10 hectares et à Givors dans le Rhône. En 1854, Basile Parent et Pierre Schaken obtiennent un premier contrat de durée six ans de la part de la Compagnie du chemin de fer du Grand Central et louent les ateliers d'Oullins.

Un an après son installation, l'usine de Fives compte déjà 1000 ouvriers. Quatre ans plus tard, en 1865, le site abrite 95 forges, 500 machines-outils, 1 500 salariés et peut produire jusqu'à 80 locomotives par an. Il est le premier constructeur français de matériels ferroviaires.

vignette|Locomotive du Bousquet 6.122 de la Compagnie des chemins de fer du Nord. Dès 1861, les deux sociétés Cail et Fives-Lille forment une coentreprise : la « participation Cail, Parent, Schaken, Houel, Caillet, à Paris et Fives-Lille ».. Cette coopération conduit à la réalisation de locomotives, ponts, viaducs, charpentes métalliques.

Le , la société devient la société à responsabilité limitée Compagnie de Fives-Lille. Son capital est de 6 millions de francs et son siège social se trouve à Paris, 64 rue Caumartin. Une partie de la production des roues et essieux de wagon a lieu à Givors dans le Rhône. Le , l'entreprise est transformée en la société anonyme « Compagnie de Fives-Lille pour constructions mécaniques et entreprises »... En 1868, la Compagnie Fives-Lille, dans l'usine de Givors augmente sa capacité de production et produit des charpentes métalliques, des ponts en fer.

Quand la participation prend fin en 1870, la société Fives-Lille ajoute à ses activités la construction de matériel de sucrerie, secteur qui avait été réservé à Jean-François Cail et Charles Derosne.

En 1877, la société Fives-Lille a de nombreuses agences à l'étranger : en Russie, en Autriche, en Italie, en Espagne et Portugal, en Egypte, aux Antilles, à Maurice, à Bourbon, à Java et au Brésil. La société subit la crise économique qui s'installe en France après le krach de la bourse de Paris en 1882. Le secteur des constructions mécaniques et métalliques est en effet très impacté avec une importante baisse de la demande en matériel ferroviaire. Fives-Lille se lance alors dans la construction de lignes ferroviaires complètes dans des régions du monde non dotées du ferroviaire. Elle y acquiert une renommée grâce à ses ouvrages d'art d'une grande technicité.

Dès la fin du , Fives-Lille promeut le développement de l'expertise en machines à vapeur et en ingénierie à Lille ; elle soutient l'école des ouvriers chauffeurs mécaniciens et contribue à la formation des élèves-ingénieurs de l'Institut industriel du Nord, devenu aujourd'hui École centrale de Lille.

En , les nouveaux ateliers de Fives-Lille peuvent mettre en chantier 80 locomotives par an. Ils produisent les machines du Transsibérien. Ils fournissent en même temps l'artillerie lourde des cuirassés Léon Gambetta et Jules FerryCent ans de vie dans la région, Tome 1 : 1900-1914, La Voix du Nord éditions, 1998, page 39.

De 1861 à 1905 sortent des ateliers de Fives plus de 2000 ponts de chemin de fer, une centaine de ponts routiers, des gares de chemins de fer, plus de 2000 locomotives. Elle tient sa renommée internationale à quelques ouvrages emblématiques : une ligne du métro parisien, les ascenseurs hydrauliques de la tour Eiffel, la gare d'Orsay, le pont Alexandre-III. À l'international, elle a notamment réalisé deux ponts sur le Nil en Égypte, des machines à vapeur en Guyane, des usines sucrières en Australie et est intervenue également en Espagne, en Hongrie, en Roumanie ou au Brésil.

L'industrie d'armement occupe pendant les guerres l'usine de Lille. Elle emploie, en 1914, environ qui rejoignent l'usine de Givors avant l'occupation de la ville par les troupes allemandes. L'usine se développe et à la fin de 1918, le site de Givors emploie plus de . Dans l'entre-deux-guerres, la firme enclenche les démarches de diversification afin de retrouver une rentabilité. En 1933, la Compagnie de Fives-Lille diversifie son activité dans le domaine de la cimenterie en absorbant les Établissements Dalbouze et Brachet.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, l'usine de Lille est réquisitionnée par l'occupant allemandLa Voix du Nord du vendredi ,p. 16 Lille et la métropole.. Elle va devenir une cible stratégique pour les alliés, en raison de sa production de matériel ferroviaire utilisé par les Allemands. L'usine va faire l'objet d'un spectaculaire attentat en , agencé par le capitaine Michel, nom dans la résistance de Michel Trotobas, et sera paralysée pendant deux moisCent ans de vie dans la région, tome 3 : 1939-1958, La Voix du Nord éditions, hors série du 17 juin 1999, p. 43.

En 1950, lors de la grève des dockers de 1949-1950, ses locomotives partant vers la Guerre d'Indochine sont bloquées sur le Port de Dunkerque.