Quatre livres de secrets de médecine et de philosophie chymique est un ouvrage de remèdes distillés du médecin Jean Liébault publié en 1573.

Il se place dans la filiation du Livre de la Distillation de Hieronymus Brunschwig de 1500, puis de ceux de Philipp Ulstad (1525) et de Conrad Gesner (1552) et marque le début de l'influence de la médecine chimique paracelsienne en France.

Médecine galénique et médecine chimique Médecine distillatoire En 1500, le premier manuel de distillation de matières médicales, publié par l'apothicaire strasbourgeois Hieronymus Brunschwig, propose de remplacer les formes galéniques des plantes médicinales (et de la matière médicale) par des formes distillées sans déroger à l'orthodoxie galénique. L'ouvrage connut un grand succès et fut non seulement réédité de multiples fois dans plusieurs langues européennes, mais servit aussi de modèle à une série d'ouvrages dans la même veine tout au cours du . Sur ce modèle, on peut citer le médecin allemand Philipp Ulstad qui publia Coelum philosophorum seu de secretis naturae liber (Fribourg, 1525), et le naturaliste suisse Conrad Gesner qui publia un Thesaurus Euonymi Philiatri De remediis secretis (en 1552 à Zurich puis à Lyon de 1554-1559).

En France, le médecin Jean Liébault publia en 1573 une adaptation en français d'une œuvre posthume de Gesner, augmentée de nombreuses observations personnelles, de compilations et de recettes obtenues de ses confrères. Il s'appuya sur la deuxième partie de l'ouvrage de Conrad Gesner, Thesaurus De remediis secretis (qui ne fut pas publiée du vivant de l'auteur), pour concevoir une œuvre de compilations personnelles, sortie sous le titre de Quatre livres des secrets de médecine et de la philosophie chymique. Il indique précisément qu'après avoir lu .

Déjà en 1554, était paru en français une traduction de la première partie de Thesaurus Euonymi Philiatri De remediis secretis, sous le titre de Trésor des remèdes secrets par Evonyme Philiastre traduit par l'érudit Barthélemy Aneau et contenant des informations très semblables sur les techniques de distillation et les indications des matières médicales distillées.

Distillation et médecine chimique Les médecins universitaires du début du se montraient convaincus que la médecine devait être celle des Anciens, dominée par Galien, et libérée des scories médiévales. Cependant à côté des grands textes médicaux de l'Antiquité, les humanistes de la Renaissance avaient trouvé de nombreux textes philosophiques, notamment d'inspiration platonicienne et alchimiste qui allaient infléchir leur pensée. L'alchimie intéressait les médecins non pas dans la perspective d'une vaine recherche de la transmutation des métaux mais pour les moyens qu'elle leur offrait d'extraire des substances la partie la plus subtile et la plus efficace sur le plan thérapeutique.

Deux voies de pénétration des techniques (al)chimiquesà cette époque alchimie et chimie sont quasi-synonymes. Ils renvoient tous les deux à une pratique visant à transformer la matière mais le terme de chimie est utilisé en médecine pour à se démarquer de lalchimie qui renvoie aux techniques de fabrication de l'or. Depuis le , l'« or alchimique » désigné généralement un or faux ou falsifié, produit frauduleusement par les moyens de l'alchimie à laquelle recouraient de nombreux faussaires. Et le terme « alchimique » en est venu à avoir une valeur péjorative. Voir dans la médecine commencèrent à se dessiner : une voie douce avec Brunschwig (1500) Ulstad (1525) et Gesner (1552) qui à l'intérieur du galénisme, proposent de remplacer les formes galéniques de la matière médicale par des formes distillées ; une voie radicale avec Paracelse, qui repoussait l'autorité d'Hippocrate et Galien, et s'appliquait à fonder une nouvelle médecine en cherchant des explications chimiques à une large gamme d'observations. Les paracelsiens pensaient que la préparation chimique des médicaments modifiait les substances d'origine et les rendaient beaucoup plus efficaces que les mélanges d'herbes traditionnels des galénistes. Ils prônaient l'usage internes des produits de la distillations, des minéraux et des métaux (certains assez toxiques comme le mercure, l'arsenic, le plomb et l'antimoine). En France, la prescription de l'antimoine déclencha en 1566 une « querelle de l'antimoine » qui perdura une centaine d'années.

Liébault publie son ouvrage peu après que la Faculté de médecine de Paris ait condamné l'usage interne de l'antimoine. Bien que se revendiquant d'Hippocrate et Galien, il indique dans la préface, tous les bénéfices que la thérapeutique peut tirer des préparations obtenues par distillation : . La distillation est donc supposée amoindrir la toxicité du mercure, du vitriol er de l'antimoine.

Liébault commence par rappeler quelques définitions classiques de la distillation, puis passe en revue les diverses techniques de distillation per ascensum, per descensum, par bain-marie, au soleil, dans le crottin etc. À l'époque la notion de « distillation » est beaucoup plus large que maintenant (comme nous allons voir ci-dessous). Il examine quelques techniques de refroidissement des vapeurs soit immédiatement au niveau du chapiteau (Livre I, chap. 5) soit au niveau du tuyau de décharge en la faisant passer dans un bac d'eau froide (livre II, chap. 2; Livre III, chap. 3 et chap. 17 pour un serpentin). Les techniques de refroidissement, connues depuis le , quoique jouant un rôle essentiel pour la production d'eau-de-vie, n'ont retenu l'attention des distillateurs que très lentement et progressivement.

Les « eaux distillées »

Liébault à la suite de Brunschig et de Gesner, défend l'idée d'utiliser les distillats de plantes médicinales comme remède. Ainsi la distillation de la tormentille (ou potentille dressée) donne un distillat médicinal fort utile : {| style="border:1px solid #7ba05b;" cellspacing="2" cellpadding="2" align="center"

|. Eau de tormentille est bonne pour les ulcères, chancres, fistules & plaies intérieures, même les douleurs des mamelles & du membre viril, elle guérit l’hydropisie, clarifie les yeux sur tous les autres médicaments oculaires, appaise les fiebvres. (Quatre Livres, Livre II, chap.2) |} tout comme la distillation de nombreuses substances organiques (œufs, tortue, perdrix, serpent, chapon, sang ou excréments humains, etc.). Un grand nombre de ces distillats médicinaux sont des recettes d'Antoine Fumanel, médecin de Véronne (Livre II).

Alors que Brunschwig ne distinguait pas clairement dans le distillat, la fraction huileuse (non miscible à l'eau) de la phase aqueuse, Gesner avait commencé à indiquer (dans Trésor des remèdes secrets, 1554) comment mettre de côté cette fraction très odorante que l'on appelle de nos jours huile essentielle.

Dans le présent ouvrage, Liébault consacre le livre II, aux « eaux distillées » et le livre III, aux « huiles ». Les eaux distillées sont obtenues par « distillation », de plantes non aromatiques comme la chélidoine, les fraises, l'oseille, la tormentille, la fleur de sureau, etc. ou de substances organiques (vipères, grenouilles, etc.). Quand parmi ces eaux distillées, on trouve des distillats de plantes aromatiques, on ne doit pas oublier que la « distillation » avait peu à voir avec ce qu'on attend de nos jours. Ainsi leau de fleurs de Romarin (plante aromatique) est obtenue par une « distillation » que l'on qualifierait de nos jours de « dégradation-macération » (Livre II, chap. 3).

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|. Emplissez une bouteille de fleurs de rosmarin, enfoncez dans du sable jusqu'à la moitié, & l'y laisser un mois entier ou plus, jusqu'à ce que les fleurs soient converties en eau. Puis mettez la au Soleil l’espace de quatre jours, elle s’espoissira, & aura la vertu de Baulme. Elle conforte le cœur, cerveau et tout le corps, elle fortifie la mémoire, oste les taches de la face & des yeux, si on en instille seulement une goutte dans l’œil par deux ou trois fois. (Livre II, chap.3). |} Il remarque toutefois que « Autre eau des fleurs de Rosmarin de vertu admirable » peut aussi être obtenue par distillation des fleurs dans l'alambic (sans mentionner de substances huileuses surnageant).

Il propose aussi des distillats d'assemblage de plantes. Comme les eaux thériacales des célèbres professeurs de médecine Rondelet et Jacques Sylvius. La première s'obtient par distillation d’un assemblage d’oseille, camomille, pouliot, chiendent, chardon bénit, trempés dans du vin blanc (Livre II, Chap.9). Plusieurs recettes « d'eaux composées » appelées Elixir sont aussi produites par distillation d'un grand nombre de plantes.

Les « huiles » La distinction n’est pas faite entre les diverses substances d’aspect huileux, hydrophobes. Les « huiles » peuvent désigner aussi bien des lipides (ou corps gras comme l’huile d’olive) que des terpénoïdes surnageant dans les distillats, à savoir des substances odorantes et volatiles comme l’huile essentielle de lavande.

Dans le livre III, chap. 4, est indiqué La manière de distiller les huiles à l'eau bouillante : broyez la substance à distiller dans de l'eau, laissez macérer, puis faite bouillir dans un alambic comportant un système de refroidissement à l'eau froide. . Il présente aussi une autre technique de séparation de l'huile de l'eau par un système s’apparentant au vase florentin (chap. 6).

Dans le chapitre suivant, est présentée une technique d'extraction de corps gras par pression (conçue comme une « distillation »). Ainsi au chapitre 5, a-t-on La manière d'extraire les huyles au Pressoir (chap. 5) et au chapitre 13, l'extraction de l'huile de baies de laurier ou de genévrier.

Dans ce livre III, se succède donc la présentation de diverses « huiles » suivant des procédés de fabrication divers. Avec la lavande aspic (ou aspic), l'huile essentielle en est extraite par hydrodistillation et une « eau » est obtenue en laissant macérer dans un récipient placé dans le sable (conçu comme une forme de distillation par le sable).

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|. Faites tremper l'aspic premièrement en vin, puis le distiller: l'huyle en sort la première, veu [vu] qu'autrement l'eau en est separee par distillation sur l'arene. (Livre III, Chap. 12)

Liébaut propose la fabrication de multiples d'huiles et de baumes pour les plaies et les ulcères profonds. Il rappelle l'opinion de Paracelse, de ne jamais mettre dans les plaies, les baumes préparés par distillation.

Malgré les nombreuses références respectueuses à Galien, ce texte marque l'influence grandissante de la médecine paracelsienne : non seulement les remèdes Chymiques obtenus par distillation prennent la place des préparations galéniques de plantes médicinales mais il s'engage même sur le terrain risqué des médicaments métalliques. Eau-de-vie

Le livre IV chapitres 1 à 4, s'arrête longuement sur les eaux-de-vie qu'il définit d'emblée ainsi : {| style="border:1px solid #7ba05b;" cellspacing="2" cellpadding="2" align="center"

|L'eau qui est distillée de vin pur ou de lie de vin, est appelée par aucuns [certains] eau de vie, parce qu'elle soutient la vie et retarde la vieillesse. |}