El-Harrach (anciennement Maison-Carrée) est une localité d'Alger en Algérie.
Simple lieu-dit sur la route de la capitale algérienne au milieu du , un petit village de colonisation française s'y crée spontanément dans les années 1840, jusqu'à devenir d'Algérie au début des années 1950. La localité fut ensuite absorbée par l'agglomération algéroise à laquelle Maison-Carrée est rattachée administrativement en 1959 en tant que arrondissement. Le territoire historique d'El-Harrach est partagé entre plusieurs communes et arrondissements de la wilaya d'Alger, ses faubourgs constituant certains des quartiers les plus populaires et populeux de la ville.
Histoire
Périodes anciennes La plus ancienne trace d'une présence humaine aux alentours de la localité d'El-Harrach a été consignée par un scientifique français dans le quartier de Belle-Vue, au début des années 1930. Il s'agit d'un instrument préhistorique découvert près de l'embouchure de Oued El Harrach, se présentant sous la forme d'une petite hache en pierre polie et dont la datation remonterait au NéolithiqueArticle : « Hache polie de l'embouchure de l'Harrach », in Bulletin de la Société archéologique, historique & géographique du département de Constantine, édition d'octobre 1933..
Sinon, l'archéologie n'a jamais mis au jour de vestiges sur le site d'El-Harrach ou dans ses alentours immédiats, et rien ne peut donc indiquer une origine antique pour la ville elle-même. Certes, dans sa Description générale de l'Afrique, le chroniqueur espagnol Luis del Marmol Carvajal (1520-1600) affirme que « La ville de Sasa (?), que Ptolémée appelle Tipaso [Tipaza], est détruite et ses édifices se voient au levant d’Alger, sur les bords de la Méditerranée sarde, à l’O. de la cité de Métafuz [Matifo]. Cette ville a été de plus de . Son emplacement était joint à la rivière qu’on appelle Huet el-Harrax [Oued El-Harrach] ; quelques-uns prétendent qu’elle a été édifiée avant Alger par les anciens africains. Elle fut détruite ensuite par le peuple de Mozgane [Beni Mazghanna] qui sont des gens plutôt basanés que blancs, ayant leur principale population en Libye d’où ils sont devenus puissants dans cette province d'Alger et en furent les maîtres avant que les Romains entrassent en Afrique. Ce sont des Berbères africains parlant une langue qu’ils appellent Mozgana ou Mozabia qui est au contraire et différente de celle que parlent les autres africains. Finalement, cette cité détruite et les écrivains disent qu’elle est plus ancienne qu’Alger et quelques-uns l'appellent le Vieil-Alger » L. Marmol, Descripción general de África, sus guerras y vicisitudes, desde la fundación del mahometismo hasta el año 1571, Tome II, et certains auteurs postérieurs ont repris l'information telle qu'elleFerdinand Denis, Fondation de la Régence d'Alger, volume II, 1837.. Mais, il s'agit manifestement d'une erreur car, dès 1875, le Français Albert Devoulx fait remarquer que Marmol ne faisait que reprendre une fausse information du géographe maghrébin Hassan b. Mohammad al-Wazzân (dit Léon l'Africain, v. 1494 - v. 1554) qui, dit-il, « prenant Alger pour Caesarea [Cherchell], attribue la dénomination de Sasa, qu'il prend on ne sait où, aux ruines de Tipaza, changée par lui en Tipaso »Société historique algérienne, Revue africaine, tome XIX, , .. Néanmoins, si le texte de Marmol sur une prétendue origine antique du site et de la vile, il nous permet de constater que le nom de Oued El-Harrach était déjà en usage au . Il s'agit de la plus ancienne mention du nom car, un siècle plus tôt, Léon l'Africain ne le cite pas dans son ouvrage sur la description du Maghreb, bien que certains aient cru l'identifier dans le passage où il indique qu'à l'Est d'Alger « se voient des moulins sur un petit fleuve, qui sert à toutes les commodités de la cité, tant à boire qu'à autre chose »Léon l'Africain, De l'Afrique, contenant la description de ce pays, tome I, . Trad. de Jean Temporal, 1830., alors qu'il s'agit là, plus probablement, du Oued Kheniss (act. Oued Kniss) qui coule à une distance plus proche des murs d'Alger et qui est donc plus susceptible de servir de source d'eau pour les usages courant de ses habitants.
Période ottomane Après l'installation des frères Barberousse à Alger dans les années 1514-1516, et la création de la Régence ottomane en 1519, Alger se transforme subitement en acteur majeur dans l'histoire du Maghreb et de la Méditerranée, et c'est aussi à partir de ce moment que le site de la future ville de Maison-Carrée/El-Harrach commence à faire son apparition dans les sources historiques, essentiellement au rythme des expéditions chrétiennes, qui vont mener de manière assez régulière des flottes et des armées européennes devant les murs et les bastions qui entouraient la capitale algérienne, faisant alors apparaitre la position d'El-Harrach comme un des principaux points stratégique de la région algéroise.
1541 thumb|Portrait (v.1547) équestre de Charles V, dit Charles Quint, empereur du Saint-Empire et roi d'Espagne. – L'empereur Charles Quint décide de prendre personnellement la tête d'une grande expédition en vue de soumettre la ville d'Alger dont la puissance n'avait cessé de croître et qui constituait désormais une sérieuse menace pour ses domaines et son commerce en Méditerranée. Toutefois, si les effectifs étaient beaucoup plus importants que pour la précédente expédition espagnole, c'est pratiquement un scénario identique qui allait se répéter : le débarquement (environ ) se fera encore une fois près l’embouchure de l'oued El-Harrach, sur sa rive gauche et, trois jours plus tard, l'empereur et sa garde établissaient de nouveau leur camp sur les hauteurs de Koudiet Essaboune. Alger, défendue à ce moment par le beylerbey Hassan Agha (1535 à 1543), se retrouva encerclée et se voyait pratiquement perdue vu la taille du corps expéditionnaire. Mais, comme par miracle, une nouvelle grosse tempête éclate dans la nuit du et emporte quelque de la flotte impériale. Au petit matin du , les défenseurs profitent de l’épais brouillard et de la pluie battante pour surprendre une partie de l’armée espagnole qu'ils parviennent à bousculer alors que, pendant ce temps, l'amiral génois Andrea Doria avait retiré ce qui restait de sa flotte à l’abri derrière le cap Matifou, de l'autre côté de la baie et, craignant d'être lui-même coupé de la mer et capturé par les Algériens, Charles-Quint ordonne une retraite générale pour rejoindre ce qui restait de la flotte à Matifou.
Les conditions météorologiques difficiles rendaient le mouvement des troupes très difficiles et les impériaux furent ainsi poursuivis et harcelés par les unités algéroises et par la cavalerie des tribus makhzen alliées tout au long du trajet. Les rives de l'oued El-Harrach sont atteintes le alors que cours d'eau était en crue. Mais, le danger imminent obligea les Espagnols à traverser à gué (le franchissement a dû avoir lieu soit sur la plage au niveau de l'embouchure soit plus en amont, là où se situe le pont de nos jours). On raconte que l'Empereur lui-même dut traverser entre deux lignes de mousquetaires avec l'eau qui lui arrivait aux aisselles. En tout, les assaillants auraient laissé plus de et disparus rien que sur la route entre Tafourah et le lieu-dit Oued El-Harrach et, le , ce sont seulement qui vont quitter Alger vivants, laissant à la ville une réputation d'invincibilité et une légende qu'elle entretiendra pour les trois siècles qui vont suivre.
Les chefs de la Régence tirèrent certaines leçons de ces deux expéditions, et prirent soin de fortifier immédiatement la colline de Koudiet Essaboune en y érigeant une importante forteresse (act. Fort l'Empereur, juste à côté de l'Hôtel El Aurassi). Par contre, rien ne permet d'affirmer que des dispositions particulières furent prises dès cette époque du côté d'El-Harrach, et le fait que l'armée espagnole eut traversé à gué laisse croire qu'il n'existait pas encore de pont permanent à cet endroit. On pourrait donc supposer que le site d'El-Harrach devait être encore totalement vierge au milieu du 1581 Séjournant plusieurs fois à Alger entre 1578 et 1581, le moine espagnol Diego de Haedo décrit la ville et ses alentours en citant notamment « l'immense et fertile Motija (Mitidja) qui est coupée dans sa partie médiane par une grande rivière prenant naissance dans les montagnes éloignées vers le Sud. Sur cette rivière, il existe un grand nombre de moulins dont la ville d'Alger fait usage sur ses moutures pendant toute l'année »D. Haëdo, Topographie et Histoire générale d'Alger, Trad. Monnereau et Adrien Berbrugger, 1870. Là, la position de la rivière au milieu de la Mitidja, sa longueur notable et l'éloignement de ses sources vers le Sud ne laisse aucun doute sur son identification avec Oued El-Harrach. On note aussi que, comme avec Léon l'Africain au siècle précédent, l'existence de nombreux moulins à eau sur les rives des oueds de l'Algérois.
: un point de passage 1697 Le dey d'Alger, Hadj-Ahmed Pacha b. Hadj-Mosly (1695 à 1699), fait bâtir un pont de pierre (qanatra) sur l'emplacement de l'actuel « Pont Blanc » d'El-Harrach.
Emporté par les eaux ou fortement endommagé quelque temps plus tard, cet ouvrage est la toute première construction humaine attestée par des sources historiques sur le site de la future ville d'El-Harrach.
: une position militaire 1710 Le bey Mustapha Bouchelaghem, gouverneur de l'Ouest et jusque-là favori du dey Baba-Ali Chaouche Pacha (1710 à 1718), se révolte et tente un coup de force contre Alger. Ses troupes seront toutefois écrasées sur les rives de l'oued El-Harrach où il fut lui-même capturé et décapité. L'endroit exact de l'affrontement n'est pas connu, mais s'il eut lieu sur la route d'Alger, il est très probable que ce soit sur le site actuel de la ville d'El-Harrach, ce qui expliquerait par ailleurs la fortification du lieu quelques années plus tard. 1721 Sur ordre du dey Mohamed b. Hassan Pacha (1718 à 1723), un fortin est bâti sur la colline (appelée alors Drâa' El-Harrach) surplombant oued El-Harrach à l'endroit où il était traversé par le pont de pierreRevue Africaine , mars-avril 1874, . Surnommé Bordj el-Qanatra, l'ouvrage était conçu, en premier lieu, pour la surveillance de l’accès au pont et donc à la route d’Alger (Trîq el-Soltân), mais il servira aussi de dépôt d'armes et de munitions pour un détachement de cavalerie mis sous le commandement de l'Agha des Arabes (équivalent du ministre de l’intérieur dans le régime de la régence d'Alger), d’où l'autre nom qu'on lui donnera plus tard : Bordj l'Agha. vignette|Gravure () illustrant la vue de Bordj l'Agha, dit la Maison carrée, par un officier français aux alentours de 1832.|alt=|centré 1725 - Dans une lettre datée de ce jour, le médecin et naturaliste français Jean-André Peyssonnel qui était de passage dans la régence d'Alger, signale l'existence du Bordj d'El-Harrach et donne quelques informations sur sa consistance et sur sa place dans le système de défense de la baie d'Alger à cette époque : « La rade est défendue par plusieurs forts. On trouve du côté de l’E., à quatre lieues de distance de la ville, un fort de vingt pièces de canon, bâti sur le point du Cap Matifou, qui défend le mouillage qu'il y a de ce côté-là. Au fond de la rade, près de la rivière de l’Arache, il y en a un autre à peu près de même force ; on en trouve un troisième à un quart de lieue de la ville, et un quatrième près de la porte de Bab-Azzoun, au Sud de la ville »Jean-André Peyssonnel, Relation d'un voyage sur les Côtes de Barbarie, Librairie de Gide, 1838.. 1736 Le dey Ibrahim b. Ramdane Pacha (1731 à 1745) ordonne d'importants travaux de reconstruction sur le pont d’El-Harrach. Le fait est commémoré par une inscription en langue arabe placée sur le parapet du pont et qui demeura en place jusqu'aux premières décennies du avant d'être remise au musée des Antiquités d'Alger où elle se trouve encore de nos jours. 1775