Auguste Plée (Paris, - Fort-Royal, aujourd'hui Fort-de-France en Martinique, ) est un naturaliste et explorateur français.

Envoyé à Porto-Rico par le Muséum d'histoire naturelle, il exerce sa profession avec ferveur et passion tout en menant des missions politiques non officielles aux États-Unis et au Brésil mais perd, sur des circonstances diverses, la confiance de ses maîtres. Envoyé comme explorateur pendant le régime monarchique, il a été victime d'une injustice qui frôle l'inhumain de la part des professeurs du Muséum qui l'ont oublié pour ne pas déplaire aux nouveaux maitres de la France à la suite des évènements de la Révolution française. Il continue pour autant et sans revenu sa mission et constitue une des plus belles collections du Muséum. Retrouvant la considération de ses maîtres, il meurt brutalement sans connaître la réhabilitation totale de son œuvre qui s'avère exceptionnelle.

Biographie

Débuts Né à Paris le de Pierre-Thomas et de M.-A. Vallée, il a deux frères, Thomas Louis Pierre (né en 1784) et Jean-Simon (né en 1790).

Il apprend très jeune le dessin et la botanique chez son oncle paternel, le graveur Pierre-Mathieu Plée avec son cousin François Plée et dès 1806, travaille au Dictionnaire de bibliographie française de Wilhelm FleischerSeuls deux tomes (A et B) vont paraître à Paris en 1811.. À l'école de médecine de Paris, il suit les cours de M. Richard et au Muséum, est élève de André Thouin, de René Desfontaines et de Antoine-Laurent de Jussieu. Il suit aussi les cours de dessin du peintre hollandais Gérard van Spaendonck comme l'indique un manuscrit de Plée conservé au Laboratoire de pharénogamie du Muséum. vignette|gauche|250px|Pierre Samuel du Pont de Nemours Avec son cousin François, Auguste Plée cherche à établir une nomenclature permettant de faciliter aux amateurs de botanique la reconnaissance des caractères des plantes pour les classifier. Les deux hommes font le projet de publier chaque mois des notices sur une dizaine d'échantillons de plantes de la région parisienne. Ils publient dès 1812 une étude sur les plantes des environs de Paris, dédiée à Jussieu. Quatre-vingts planches sortent alors entre 1812 et 1814. mais la collaboration s'arrête après une trentaine de gravures.

En 1807, Auguste épouse Anne André Louise Boing (née en 1787) dont il aura quatre enfants : une fille en 1808 qui mourra au bout de quelques mois, deux fils, Janus Pierre Eugène, né le , dont le témoin de baptême est Pierre Samuel du Pont de Nemours puis Léon le , qui deviendra journaliste et mourra le ., et une autre fille, Augustine, née le .

Il a des soucis d'argent dès 1811 et en offrant à Jussieu ses Herborisations artificielles, lui demande un emploi, en vain. En 1812, il publie Le Jeune botaniste. Entretien d'un père avec son fils sur la botanique et la physiologie végétaleParis, 2 vol, 1812, in-16 et planches en couleurs., ouvrage destiné aux enfants. Il soumet aussi à Jussieu un projet de bibliographie pour les botanistes avec tables alphabétique, analytique et chronologique.

Rallié à , grâce à son ami Pierre Samuel du Pont de Nemours, il entre dans l'administration comme chef de division aux hospices civils puis en dans le service du secrétariat général du Gouvernement provisoire comme chef de division et secrétaire particulier du Secrétaire général.

Le , il est nommé Inspecteur des JeuxBibliothèques nationales, Manuscrits, nouvelles acquisitions françaises (cité par Thésée).. Il rédige alors des rapports sur les maisons de jeux. Du Pont de Nemours écrit alors à François Guizot, secrétaire général de l'Intérieur pour lui trouver un emploi moins pénible exhortant qu'il est . Il écrit aussi au ministre de l'Intérieur François-Xavier-Marc-Antoine de Montesquiou-Fézensac pour le placer au secrétariat général d'un préfecture mais, avec le retour au pouvoir de Napoléon (1815) et le départ aux États-Unis de son protecteur, Plée, dont le poste est supprimé, se retrouve sans emploi et isolé. Il rédige plusieurs lettres dont au comte de Jaucourt, nouveau ministre de la Marine et au baron Pasquier, ministre de la Justice, en vain.

Le vignette|François-Xavier Donzelot, protecteur d'Auguste Plée. En 1819, il entre à l'école des voyageurs-naturalistes que le Muséum vient de créer (en février) après avoir réussi le l'examen d'entrée devant un jury composé de Georges Cuvier, André Thouin et René Just Haüy. Il reçoit alors le titre officiel de . Désigné pour la mer Noire par le ministre de l'IntérieurCelui-ci était chargé des affectations des voyageurs naturalistes., il est finalement envoyé à Porto Rico pour une mission scientifique mais surtout politique.

Pour préparer son voyage, il expédie un questionnaire au Muséum et y joint une modèle de titre circulaire de recommandation destiné à la protection des déplacements à l'étranger, conseillant au Muséum de s'en inspirer et d'en donner un à chaque voyageur, proposition qui n'est pas retenue par l'administration du Muséum. Les réponses à ses questions ne sont pas complètes. Il apprend qu'il portera la titre de Voyageur-naturaliste du gouvernement français, qu'il touchera cinq à six mille francs de traitement la première année, sans supplément et qu'il sera payé avec une année d'avance. Il ne reçoit pas de réponse sur les qui lui seront alloués et écrit de nouveau en ce sens au ministre de l'Intérieur qui lui accorde un supplément de .

Il touche pour son départ une indemnité de et obtient que son frère, âgé de , l’accompagne. Le , les deux hommes prennent la diligence de Vierzon et arrivent à Rochefort le suivant où l'hiver extrêmement froid retarde leur départ. Enfin, ils embarquent à bord de l' Expéditive le qui prend la mer le .

Les Antilles françaises Après un voyage de quarante-cinq jours marqué par une escale en Guadeloupe (), il arrive en Martinique le et y restera jusqu'au , le gouverneur de l'île, François-Xavier Donzelot, l'ayant chargé d'en compléter l'étude scientifique. Plée envoie alors au Muséum ses premières collections de poissons, crabes, reptiles, oiseaux... et un catalogue exhaustif des plantes de la Martinique. En , il évoque le fait de rapatrier en France son frère malade et effectue en six semaines le tour complet de l'île. Il adresse alors au ministère de l'Intérieur un Catalogue de tout ce qu'il a recueilli, composé de trois sections, la première de zoologie, la deuxième de botanique et d'agriculture, la dernière de minéralogie et de géologie. Il ajoute un supplément nommé Curiosités diverses. Le , son frère embarque sur l' Aréthuse avec quatre caisses numérotées de 1 à 4 renfermant les divers objets détaillés dans son Catalogue et quelques animaux vivants.

En , Plée expédie un deuxième Catalogue ainsi qu'une lettre-rapport au Muséum. Ce nouvel envoi comporte une caisse et trois barils renfermant une collection de poissons. Le naturaliste se plaint alors de l'insuffisance de ses subsides. En , le Muséum, tout en louant la qualité de ses envois, reconnaît l'insuffisance de son traitement. Le , Auguste Plée s'embarque sur la Junon, pour les États-Unis, chargé par Donzelot d'une nouvelle mission, celle d'aller chercher l’ambassadeur Hyde de Neuville et de l'amener à Rio où il vient d'être nommé. Le Muséum désapprouve totalement ce voyage improvisé, décidé sans son consentement et le destitue de sa mission primaire, chose qu'il n'apprendra qu'un an plus tard lors de son débarquement à Porto Rico (). La santé morale et physique de Plée ne s'en remettra pas.

Le voyage aux États-Unis Plée part alors de Fort-Royal () et arrive à Norfolk en Virginie le . Avant son départ, il a expédié une troisième livraison pour le Muséum et explicité les raisons de son périple dans une longue lettre. Son intention est aussi de gagner le Brésil. Il croit alors sincèrement rendre un grand service au Muséum en prenant part à cette mission, d'autant plus qu'une lettre du de la part du ministre de l'Intérieur, en réponse à une missive expédiée de Philadelphie le , lui montre que son projet n'est pas désapprouvé par le ministre.

À bord de la Junon, il mène, en tout cas, des travaux de thermométrie. Mathieu de Lesseps l'accueille à Philadelphie le puis, à partir du , il voyage à New York, Albany, Utica, Buffalo, les chutes du Niagara, le lac Ontario, le Saint-Laurent, Québec, le lac Champlain et revient à New York le . Malade, en convalescence chez Dupont de Nemours, il y apprend que, la révolution ayant éclaté, le voyage au Brésil est annulé, chose dont Donzelot avait prévenu le Muséum dès .

En juillet, il passe à Washington puis rejoint Norfolk où il entreprend de classer ses collections amassées durant le périple. Le , il envoie une nouvelle lettre au Muséum pour signaler qu'il est rentré le 11 d'une excursion au Canada et qu'il va bientôt embarquer sur la Junon pour se rendre à Porto Rico puis à Saint-Domingue. Il ajoute que ses collections se sont amplement développées et que des arbrisseaux de la Virginie qu'il a récoltés sont en route pour la France et s'étonne du silence du Muséum.

Ayant épuisé ses fonds, il demande, le , au Consulat de France, au compte du ministère de l'Intérieur et les obtient et cherche à faire acquérir un squelette de mammouth.

Aux États-Unis, il cherche à intéresser le baron Cuvier à ses travaux et lui décrit même le mammouth qui pourrait intéresser le Muséum ainsi que divers crânes qu'il a l'occasion de voir, conformément aux instructions de Cuvier.. Il ne recevra jamais de réponse.

Porto Rico vignette|Porto Rico à la fin du siècle De retour à Norfolk, il apprend que le Muséum a décidé de lui supprimer sa mission et, ainsi, ses revenus. Malgré tout, il refuse de rentrer en France et, ayant obtenu de Donzelot une autorisation de circuler librement sur l'île, se rend tout de même à Porto Rico où il arrive le en passant par Saint-Barthélemy où il reste une dizaine de jours et explore. Il expédie alors de Saint-Barthélemy ses récoltes par la frégate L'Africaine. Atteint par une maladie bilieuse, il gagne Saint Thomas où il se soigne puis rejoint Porto Rico par la corvette Sapho.

À Porto Rico, le gouverneur espagnol lui interdit d'abord de parcourir l'île et, d'une manière inexpliquée, le capitaine de la Sapho décide de débarquer finalement les caisses du naturaliste. Heureusement, un compatriote accepte de les conserver dans ses réserves mais le lieu s'avère humide et détériore une partie des objets. Plée, très faible, s'occupe alors de la conservation de ses objets et ne peut ainsi profiter d'une offre qui lui est faite de transporter ses découvertes en Martinique par la Duchesse de Berry. Il dresse la liste des vingt-trois caisses qu'il prépare. Cette récolte s'avère exceptionnelle avec plus de cinq mille plantes desséchées, une centaine d'espèces différentes de graines et fruits, cent-cinquante oiseaux dépouillés, de nombreux insectes, des ossements pétrifiés, des objets traditionnels locaux, des minéraux, des poissons conservés dans le rhum et le whisky, un grand phoque rapporté par le capitaine américain du navire Océan trouvé dans les Shetland-du-Sud, un raton laveur vivant, deux opossums mâle et femelle vivants, neuf tortues de terre vivantes, un couple d'écureuils vivants, etc.. En , il parvient à envoyer quelques caisses qui transitent par la Martinique et gagne la France par le Saint-Martin. En mars, Donzelot fait expédier les animaux vivants, à l'exception des opossums qui se sont échappés et de deux tortues qui sont mortes.

Rétabli, Plée explore avec acharnement le territoire pendant dix-huit mois. Il y est aussi, indirectement, sur demande de Donzelot, agent secret, avec mission d'y observer la situation politique. En Sierra Grande, il fait une récolte exceptionnelle de poissons et de plantes malgré le manque de vivres, récolte dont il embarque une partie en mai sur la Pomone, le capitaine du navire, Fleuriau, lui avance aussi .