Arius ou Arius d'Alexandrie (grec ancien : ), né dans les années 250 en Cyrénaïque et mort en 336 à Constantinople, est un presbytre, théologien et ascète chrétien dont le ministère se déroule à Alexandrie et dont la pastorale innovante est à l'origine de la doctrine qui porte son nom, l'« arianisme ».

La querelle au sujet de la Trinité, engendrée par ses positions durant le , a durablement influé sur le christianisme en contribuant à en définir le symbole de Nicée-Constantinople tandis que l'arianisme est devenu, pour les nicéens majoritaires, l'archétype de l'hérésie.

Biographie Malgré l'importance du personnage dans l'histoire du christianisme antique et du rôle que sa doctrine y a joué, la biographie d'Arius est obscure et composée d'éléments souvent contradictoires selon qu'ils émanent de ses détracteurs ou de ses soutiens.

Origines Arius est né dans les années 250. Selon plusieurs chercheurs il serait né aux alentours de 256 ou un peu plus tard, vraisemblablement en Cyrénaïque dont le clergé et la population lui seront d'un constant soutien, dans la Pentapole de LibyeElle comprenait les cinq villes de Cyrène, Bérénice, Arsinoë, Apollonia et Ptolémaïs, dans le nord-ouest de la Cyrénaïque., peut-être à Ptolémaïs. Il est possible qu'il ait reçu à Antioche ou Nicodémie l'enseignement de Lucien d'Antioche à l'instar d'Eusèbe de Nicomédie et d'autres personnalités du christianisme orientalau nombre desquelles Astérios, Theognis de Nicée, Maris de Chalcédoine, Athanase d'Anazarbe, Antoine de Tarse, Léontios d'Antioche, Alexandre… cf. mais les indices d'une telle formation restent ténus et il est possible qu'Arius ait cherché à associer son nom à celui de personnalités ecclésiastiques prestigieuses. Les influences de l'aristotélicien Anatole de Laodicée, en Syrie, voire de son élève le néoplatonicien Jamblique, à Antioche ou Apamée, sont également parfois évoquées.

Arius apparaît clairement dans l'Histoire à Alexandrie au cours de la deuxième décennie du . Avant l'année 313, son parcours alexandrin reste largement hypothétique : il serait présent dans la ville depuis les premières années de la persécution des chrétiens qui, initiée par Dioclétien, dure environ dix ans, de 303 à 313, décennie durant laquelle il aurait montré du courage dans l'assistance à la communauté opprimée.

Durant cette période, il est ordonné diacre par l'évêque Pierre d'Alexandrie qui, fuyant la persécution, voit ses prérogatives en matière d'ordination reprises par Melitios de Lycopolis, ce qui crée un différend juridictionnel, dans lequel Arius aurait pris parti pour Melitios, une accusation rapportée par certains de ses détracteurs mais qui semble douteuse. Arius, excommunié par Pierre, se serait ensuite réconcilié avec son successeur Achillas qui l'aurait alors ordonné « presbytre ». D'après certains commentateursThéodoret de Cyr (h.e. I.2, 6.14-18) et Philostorge (h.e. I.3, 6.8-10), Arius et Alexandre d'Alexandrie se seraient portés candidats à la succession d'Achillas, une compétition qui, tournant à l'avantage du second, serait à l'origine de la rivalité des deux hommes.

Ministère alexandrin vignette|L'empereur Constantin Ier brûlant les livres ariens, manuscrit (v. 825), Bibliothèque capitulaire de Vercelli. Le texte indique : Le thème de l’« ambition déçue » est récurrent dans la littérature des polémiques chrétiennes et il apparaît qu'après sa nomination, Alexandre accorde à Arius l'autorité pour « exposer les Écritures », ce qui permet de faire remonter l'activité pastorale d'Arius au plus tard en 313. Déjà dans la force de l'âge, celui-ci se voit confier la communauté chrétienne du nom de « Baucalis » probablement dans le quartier de l’emporion, au sein de laquelle, par son allure austère, son ascétisme et sa science, il gagne une grande considération ainsi qu'une réputation de directeur de conscience qui, combinées à ses qualités de prédicateur et de dialecticien, lui confèrent popularité et autorité.

Il a, en outre, pris l'habitude de mettre ses réflexions théologiques en vers et de les psalmodier à son auditoire qui retient facilement ces cantiques, un moyen efficace de vulgariser et diffuser ses idées reprises par des matelots, des artisans et des voyageurs. Cela singularise son ministère dans une ville qui connait une émulation entre différents prédicateursÉpiphane de Salamine cite des prebytres alexandrins du nom de Kollouthos, Karpones et Sarmatas qui attirent également des fidèles « selon l'éloge et l'inclinaison qu'ils suscitaient » ; cf. . Ainsi, d'après Épiphane, il reçoit l'allégeance d'un certain nombre de presbytres et de diacres alexandrins, et d'une communauté de vierges vivant dans l'ascèse, qui s'attachent à sa paroisse ainsi que d'évêques comme celui de Ptolémaïs, Secundus de Ptolémaïs.

C'est fort de cette popularité, probablement vers 318 ou 319, à une époque où il n'existe pas de dogme formel concernant l'articulation entre les trois « personnes » de la Trinité, qu'une divergence doctrinale apparaît avec l'évêque Alexandre, particulièrement au sujet des relations entre le Père et le Fils. Les positions d'Arius vont générer un courant chrétien appelé « arianisme » dont l'influence perdure dans certaines régions jusqu'au voire au et qui deviendra l'archétype de la « déviation chrétienne » et de l'hérésie.

Doctrine d'Arius Les sources De l'enseignement d'Arius, il ne demeure que les extraits, relatés par des tiers qui sont souvent des adversaires théologiques à ses idées , ses propres écrits ayant été perdus ou détruits. Ces fragments sont loin de représenter la pensée systémique d'Arius et, même dans le cas où ces extraits auraient été correctement transmis, on ne peut ni assurer qu'il s'agit de ses propres priorités théologiques, ni le nier.

Il existe trois textes relativement complets que l'on peut attribuer directement à Arius : une confession de foi adressée à Alexandre d'Alexandrie et signées d'Arius et de onze de ses partisans, datée d'environ 321, ensuite une missive adressée par le presbytre à Eusèbe de Nicomédie datée de la même époque, enfin une confession de foi adressée en 328 ou 335 à Constantin par Arius et son disciple Euzoios. S'y ajoutent une quarantaine de vers « d'un raffinement et d'une concision qui dénotent un penseur de métier », rapportés par AthanaseSynodis, 15 et Orationes Contra Arianos I, 5-6 et constituant le reliquat d'un plus vaste mélange de prose, de vers et de chansons, aujourd'hui disparu, intitulé Thalie (en grec : , « Banquet »).

La doctrine

À Alexandrie, Arius professe une doctrine que l'on peut résumer en quatre propositions principalesGrégory Woimbée, Leçons sur le Christ, Introduction à la christologie, Artège, 2013, p. 215. : le Dieu unique est non engendré : tout ce qui est en dehors de lui, est créé ex nihilo de par sa volonté ; le Logos est un intermédiaire entre Dieu et le monde, antérieur au monde matériel mais non éternel : il fut un temps où le Logos n'existait pas, où seul Dieu existait ; le Logos est donc crééÉmile Bréhier. Histoire de la philosophie. Tome 1, livre III, ch. 1, p. 466., il est engendré mais cet engendrement doit s'entendre comme une filiation adoptive (Dieu inspire le Logos, le Christ, le Fils de l'Homme mais il est une créature naturelle et mortelle que Dieu a « pris sous son aile » : Arius tente ainsi, d'une part, de relayer les idées de Celse sur la conception adultérine du Christ, sans s'attaquer directement à sa conception virginale, et d'autre part à se protéger d'un engendrement du Christ par le Père dans un acte physiologique (voir concile d'Antioche, ci-après) ; le Logos est alors faillible par sa nature, mais sa droiture morale l'a gardé de toute chute : il est inférieur à Dieu, mais il est si parfait qu'aucune autre créature ne peut lui être supérieure.

La « crise » arienne Alexandre d'Alexandrie et son secrétaire et fils spirituel Athanase d'Alexandrie professent d'autres théories en ce temps où le débat christologique est animé. La christologie d'Alexandre professe que « Le Fils est une incarnation du Dieu d'Israël ». Cette divergence entre l'évêque Alexandre et Arius, simple prêtre, aboutit vite à un rapport de force : Arius soutient que le « Fils » ayant été créé par le « Père », a pris naissance et n'est donc pas éternel, établissant ainsi une hiérarchie dans la relation Père-Fils, incompatible avec la doctrine d'Alexandre selon laquelle le Fils, éternel, immuable et de même nature que le Père, préexistait de toujours à son incarnation, et existera pour toujours après celle-ci.

Alexandre convoque donc un premier concile régional qui réunit sa centaine d'épiscopes en 318. Arius y est excommunié après avoir refusé de signer une profession de foi qui correspondait à une rétractation totale de sa théologie.

Synode de Bithynie Arius se réfugie en Bithynie où il reçoit le soutien de l'évêque Eusèbe de Nicomédie, ville alors capitale de la Préfecture de Dioclétien dont dépendait Alexandrie. Proche de la cour dioclétienne, Eusèbe jouit d'une réputation d'érudit qu'il met dans la balance pour légitimer la doctrine d'Arius à une époque où le débat théologique est chose normale, aucune dogmatisation n'étant encore intervenue. Eusèbe motive d'autres prélats et, en vue d'atteindre un compromis, convainquent Arius d'écrire une profession de foi. Arius maintient la supériorité du Père sur le Fils et la non-éternité de ce dernier.

Ses vues sont déclarées acceptables par le concile de Nicomédie et l'excommunication prononcée précédemment par le concile d'Alexandrie est levée. C'est la première fois que le concile local d'une Eglise locale lève l'excommunication prononcée par une autre : procédure qu'interdira, en 325, le premier concile de Nicée.

Tentatives de solution de la crise Ossius de Cordoue L'empereur Constantin qui s'intéresse depuis longtemps au christianisme, garde auprès de lui un conseiller chrétien aux affaires spirituelles, Ossius de Cordoue, l'un des rares théologiens occidentaux de l'époque. Il le mandate pour enquêter sur les « querelles alexandrines ».

On est certain qu'il rencontra Alexandre et possiblement Athanase. On pense qu'il ne rencontra pas Arius car cela aurait pu être considéré comme une offense au puissant évêque. Toutefois, il s'embarque pour Antioche où Arius s'est réfugié. Il arrive pour la préparation du dans laquelle il compte bien intervenir.

Concile d'Antioche En 325, Ossius propose à Arius un troisième brouillon de profession de foi, qu'il a probablement préparé avec Alexandre et Athanase, et qui est un compromis plus favorable à ceux-ci qu'à Arius, mais sans imposer à ce dernier une rétractation totale : Dieu est Dieu, unique créateur éternel, mais il n'y a qu'un seul Seigneur : son fils Jésus-Christ (en quoi la seigneurie se déplace du Père vers le Fils) ; Jésus est fils unique engendré et non créé ; Il existe depuis toujours, dès avant son incarnation (« engendrement » : on reconnaît l'influence de la théologie de Jean) ; Il est immuable et inaltérable (en quoi on reconnaît l'influence du néo-aristotélisme) ; Il est l'image non de la « volonté » (puisqu'il n'est pas « créé ») mais de l'existence même du Père.

S'ajoutent à la profession de foi une série d'anathèmes, c'est-à-dire de malédictions portées sur ceux qui seraient d'un avis différent. C'est la première fois que ce type de condamnation est utilisé.

Du fait de la présence d'Ossius, envoyé de l'empereur, de nombreux évêques ariens se sont excusés, Paulin de Tyr par exemple. Or Antioche est la métropole d'une région très étendue : la Cappadoce, le Liban avec Tyr, la Syrie, l'Arabie et les marches de la Perse. Ce territoire est vaste, mais ne compte pas encore énormément de chrétiens : les cultes antérieurs, dont beaucoup sont initiatiques, et le judaïsme sont encore très présents.