L'expulsion des Allemands de Tchécoslovaquie après la Seconde Guerre mondiale fait partie d'une série d'évacuations et d’expulsions d'Allemands d'Europe centrale et orientale pendant et après la Seconde Guerre mondiale.
Pendant l'occupation allemande de la Tchécoslovaquie, les groupes de résistants tchèques, se fondant sur la terreur nazie pendant l'occupation, exigèrent l'expulsion des Allemands de Tchécoslovaquie. La décision d'expulser les Allemands fut adoptée par le gouvernement tchécoslovaque en exil qui, à partir de 1943, demanda le soutien des Alliés à cette proposition.Československo-sovětské vztahy v diplomatických jednáních 1939–1945. Dokumenty. Díl 2 (červenec 1943 – březen 1945). Praha. 1999. .. L'accord final pour l'expulsion de la population allemande ne fut toutefois obtenu que le , à la fin de la conférence de Potsdam.
Dans les mois qui suivent la fin de la guerre, des expulsions « sauvages » eurent lieu de mai à . Le , le président tchécoslovaque Edvard Beneš appela à une véritable épuration ethnique, une « solution finale de la question allemande » (en tchèque : konečné řešení německé otázky) qui devait être résolue par l'expulsion, à vrai dire : la déportation, des Allemands de souche de la Tchécoslovaquie.. Les expulsions furent exécutées sur ordre des autorités locales, la plupart du temps par des groupes de volontaires armés. Cependant, dans certains cas, elles furent engagées ou poursuivies avec l'aide de l'armée régulièreBiman, S. - Cílek, R.: Poslední mrtví, první živí. Ústí nad Labem 1989. .. Plusieurs centaines de milliers de personnes moururent de façon violente lors de l'expulsion et beaucoup périrent de faim et de maladie. L'expulsion se déroula du à octobre de cette année. On estime que 1,6 million d'Allemands de souche furent expulsés vers la zone américaine de ce qui allait devenir l'Allemagne de l'Ouest et que furent déportés vers la zone soviétique dans ce qui allait devenir Allemagne de l'Est..
Les expulsions prirent fin en 1948, mais les Allemands n’avaient pas tous été expulsés. Les estimations du nombre d’Allemands de souche non-expulsés varient d'environ Piotr Eberhardt, Ethnic Groups and Population Changes in Twentieth-Century Central-Eastern Europe: History, Data, Analysis, M.E. Sharpe, 2002 . à Die deutschen Vertreibungsverluste. Bevölkerungsbilanzen für die deutschen Vertreibungsgebiete 1939/50, Herausgeber: Statistisches Bundesamt - Wiesbaden. - Stuttgart: Verlag W. Kohlhammer, 1958.
En 1958, le gouvernement ouest-allemand estima le nombre de morts à environ , un chiffre qui est repris dans la littérature historique depuis lors Alfred M. de Zayas: A terrible Revenge. Palgrave/Macmillan, New York, 1994-Page 152.. Des recherches récentes menées par une commission conjointe d'historiens allemands et tchèques en 1995 conclut que l’estimation de à avait été surévaluée et fondée sur des renseignements erronés. Ils conclurent qu’au moins avaient péri et que ce nombre pouvait s’élever jusqu'à un maximum de en supposant que certains décès n'avaient pas été déclarés. La Commission statua également que les archives allemandes indiquaient confirmés, dont . Les archives tchèques indiquaient , dont inexpliqués ou de suicides.Haar, Ingo (2009). "Die deutschen "Vertreibungsverluste": Forschungsstand, Kontexte und Probleme". In Mackensen, Rainer (in German). Ursprünge, Arten und Folgen des Konstrukts "Bevölkerung" vor, im und nach dem "Dritten Reich": Zur Geschichte der deutschen Bevölkerungswissenschaft. VS Verlag. p. 371. . Hoensch, Jörg K. und Hans Lemberg, Begegnung und Konflikt. Schlaglichter auf das Verhältnis von Tschechen, Slowaken und Deutschen 1815 - 1989 Bundeszentrale für politische Bildung 2001 ..P. Wallace (March 11, 2002). "Putting The Past To Rest", Time Magazine. Accessed 2007-11-16.. Le service de recherche de l’Église allemande fut en mesure de confirmer la mort de pendant les expulsions de Tchécoslovaquie ( de morts violentes, dans les camps d'internement et 907 comme travailleurs forcés en URSS) Spiegel, Silke. ed. Vertreibung und Vertreibungsverbrechen 1945-1948. Bericht des Bundesarchivs vom 28. Mai 1974. Archivalien und ausgewählte Erlebnisberichte. Bonn: Kulturstiftung der deutschen Vertriebenen. (1989). . Page 47.
Plans visant à expulser les Allemands des Sudètes thumb|right|Districts tchèques dont la population ethnique allemande représentait 20 % ou plus en 1934 (rose), 50 % ou plus (rouge) et 80 % ou plus (rouge foncé) en 1935 À la conférence de paix de Paris, le professeur à l’université d’Harvard Archibald Cary Coolidge présenta son rapport à la délégation américaine proposant la séparation des Sudètes de la Bohême et de la Moravie, car il apparaissait peu judicieux de forcer 3,5 millions d'Allemands à rester sous la domination tchèque, en violation du principe d'auto-détermination. À la suite des accords de Munich de 1938 et de l'occupation de la Bohême et de la Moravie par les forces hitlérienne en , Edvard Beneš entreprit de convaincre les Alliés pendant la Seconde Guerre mondiale que l'expulsion était la meilleure solution. Presque aussitôt les troupes allemandes occupaient les Sudètes en , Edvard Beneš et plus tard, le gouvernement tchécoslovaque en exil poursuivirent une double politique : la restauration de la Tchécoslovaquie sur ses frontières d'avant Munich et le retrait, via une combinaison de rectifications de frontières mineures et d’un transfert de population, de la minorité allemande pour rétablir l'intégrité territoriale de l'État. Bien que les détails changèrent avec l’opinion publique britannique et de l'opinion officielle et sous la pression des groupes tchèques de résistance, les objectifs généraux du gouvernement tchécoslovaque en exil restèrent les mêmes pendant toute la guerre.
La politique d'avant-guerre de protection des minorités était maintenant considérée comme inutile et contre-productive (et les minorités elles-mêmes étaient considérées comme source de troubles et d'instabilité), car elle conduisait à la destruction du régime démocratique et de l'ensemble de l'État tchécoslovaque. Par conséquent, les dirigeants tchécoslovaques décidèrent de changer le caractère multi-ethnique de l'État en un État comprenant 2 ou 3 groupes ethniques (les Tchèques, les Slovaques et les Ruthènes initialement aussi). Cet objectif devait être atteint par l'expulsion de la majeure partie des membres de la minorité et l'assimilation du restant. Puisque presque toutes les personnes d'origine allemande et magyare avaient acquis la citoyenneté allemande ou hongroise pendant l'occupation de la Tchécoslovaquie, l'expulsion pouvait être légalisé comme le bannissement d’étrangers (en allemand : Ausweisung).
Le , après que les plans pour l'expulsion des Allemands des Sudètes devinrent connus, Wenzel Jaksch (un social-démocrate allemand des Sudètes en exil) écrivit une lettre à Edvard Beneš pour protester contre ces plans.
Au départ, seuls quelques centaines de milliers d’Allemands des Sudètes devaient être affectés, et ceux qui étaient perçus comme ayant été déloyaux envers la Tchécoslovaquie et qui, selon Beneš et l'opinion publique tchèque, avaient agi comme une « cinquième colonne » d’Hitler. En raison de l'escalade des atrocités nazies dans la Tchécoslovaquie occupée, les exigences du gouvernement tchécoslovaque en exil, des groupes tchèque de résistance et également de la grande majorité des Tchèques pour l'expulsion concernèrent de plus en plus d'Allemands, sans enquête individuelle pour conclure à leur culpabilité individuelle. La seule exception fut à d'origine allemande « anti-fascistes » et les Allemands ayant une importance cruciale pour les industries furent autorisés à rester en Tchécoslovaquie. Les Tchèques et leur gouvernement ne voulaient pas que l’avenir de la Tchécoslovaquie fût grevée par une importante minorité allemande.
Pendant l'occupation allemande de la Tchécoslovaquie, en particulier après les représailles nazies pour l'assassinat d’Heydrich, la plupart des groupes de résistance tchèques demandèrent que la solution finale de la question allemande fût résolue par déportation ou expulsion. Ces demandes furent adoptées par le gouvernement en exil qui, à partir de 1943, demanda le soutien des Alliés à cette proposition. L'accord final pour le transfert de la minorité allemande ne fut cependant pas accordé avant le à la fin de la conférence de Potsdam. Le rédacteur de l'article XIII du communiqué de Potsdam concernant les expulsions, Sir Geoffrey Harrison, écrivit le à Sir John Troutbeck, chef du département allemand du Foreign Office : (FO 371/46811, publié en fac-similé dans Nemesis à Potsdam de A. de Zayas, ).
Allemands en Tchécoslovaquie à la fin de la guerre vignette|droite|200px|Des Allemands des Sudètes obligés de passer devant les corps de juives fusillés par les troupes SS à Volary (au total furent torturées à mort en ce lieu).|alt=Une file de civils passe devant des corps de femmes alignés au sol ; des soldats américains portant des brassards marqués d'une croix les regardent.
Développer une image claire de l'expulsion des Allemands de Tchécoslovaquie est difficile en raison des conditions chaotiques qui existaient à la fin de la guerre. Il n'y avait pas de gouvernement central stable et la tenue de dossiers était inexistante. Plusieurs des événements qui se produisirent pendant la période étaient spontanés et locaux plutôt que d'être le résultat de directives politiques coordonnées d'un gouvernement central. Parmi ces événements spontanés, l'enlèvement et la détention des Allemands des Sudètes furent déclenchés par le fort sentiment anti-allemand au niveau local et organisé par les responsables locaux.
Selon la commission Schieder, les dossiers de rationnement des coupons alimentaires indiquent dans les Sudètes occupée en , qui comprenait des Tchèques ou d'autres non-Allemands. En outre, la plupart des quelque Allemands des Carpates de Slovaquie furent évacués sur ordre d’Himmler dans la région Bohême-Moravie juste avant la fin de la guerre. Durant les mois d’avril et de , environ 1,6 million d'Allemands de Silésie polonaise fuirent devant l’avancée des forces soviétiques et devinrent des réfugiés en Bohême-Moravie. Ainsi, selon les estimations allemandes, il y avait 4,5 millions de civils allemands présents en Bohême-Moravie en ..
Chronologie des expulsions Vu de Londres et de Moscou, les hommes politiques tchèques et slovaques en exil suivirent l’armée soviétique avançant et poussant les forces allemandes vers l'ouest, pour retourner sur le territoire de l'ex-Première République tchécoslovaque. Beneš proclama le programme du gouvernement tchécoslovaque nouvellement nommé le , dans la ville de Košice au nord-est de la Tchécoslovaquie. Il incluait l'oppression et la persécution des non-tchèques et des populations non-slovaques de la République tchécoslovaque partiellement restaurée. Après la proclamation du programme de Košice, la population allemande et hongroise vivant dans l'État tchécoslovaque renaissant furent soumises à diverses procédures judiciaires : révocations de citoyenneté, confiscation de biens, condamnation aux camps de travaux forcés, et nomination des gestionnaires gouvernementaux dans les entreprises et exploitations agricoles détenues par des Allemands ou des Hongrois, processus appelées par euphémisme « reslovaquisation ».
Rôle de l'armée tchécoslovaque