L'église Saint-Quentin est une église catholique paroissiale située à Nucourt, en France. Comme pour beaucoup d'autres églises vexinoises, le plan rectangulaire d'apparence simple et la relative homogénéité des élévations extérieures, imputable à la réfection d'une bonne partie de fenêtres, cachent en réalité un édifice complexe d'une grande diversité stylistique. L'église de Nucourt se singularise surtout par son implantation loin de toute habitation, et par ses deux clochers issus de deux époques différentes. Le clocher-porche occidental, inachevé, est de style Renaissance, et date de 1560 environ. Le clocher en bâtière central est de style gothique primitif, et date des alentours de 1175. Il peut être considéré comme l'archétype des clochers gothiques du Vexin. Sa base et le croisillon sud sont un peu antérieurs, et constituent les parties les plus anciennes de l'église. Sinon, l'on distingue principalement la nef de trois travées accompagnée de deux bas-côtés, qui sont encore influencés par le style flamboyant tardif mais appartiennent déjà à la Renaissance, et le chœur gothique de deux travées accompagnée de deux chapelles, qui ont été bâtis sous trois campagnes distinctes entre 1210 / 1220 et le début du . Tout le vaisseau central est à deux niveaux d'élévation, mais complètement dépourvu de fenêtres latérales. Plus que pour son architecture, qui n'atteint pas le même niveau que pour les églises les plus abouties de la région, l'église Saint-Quentin est remarquable pour son grand retable en pierre de la fin du premier tiers du . Comme la majorité des retables de l'époque, il illustre la Passion du Christ, mais il a été sculpté par un artiste d'une dextérité hors du commun, et séduit tant par la vérité des gestes et attitudes des personnages, que par la profusion du décor et la plasticité des scènes, qui n'a rien à envier aux retables de bois. Les panneaux peints qui formaient jadis les volets du retable ont malheureusement dû être mis en dépôt pour des raisons de sécurité. Ils sont dédiés au martyre de saint Quentin, patron de l'église. Celle-ci a été classée aux monuments historiques par arrêté du ., et bénéficié d'une restauration pendant la seconde moitié du . Elle est aujourd'hui affiliée au secteur paroissial Vexin-Ouest avec siège à Magny-en-Vexin, et n'accueille plus que deux ou trois messes dominicales anticipées par an, le samedi à 18 h.
Localisation
L'église est située en France, en région Île-de-France et dans le département du Val-d'Oise, dans le Parc naturel régional du Vexin français, près de la limite avec le département de l'Oise, sur la commune de Nucourt, à un kilomètre au nord-ouest du village, complètement isolée des habitations, au milieu du cimetière. L'on peut faire le tour de l'édifice. Il est à noter la présence de deux autres monuments historiques sur le cimetière, en l'occurrence la croix de cimetière en pierre du ., classée depuis 1963, et la sépulture de Jacques comte de Monthiers, classé depuis 1938..
Historique thumb|left|Approche par le sud.
La date de fondation de la paroisse n'est pas connue avec certitude. L'abbé Vital Jean Gautier avance l'année 1249, qui est toutefois d'une génération postérieure à la date d'achèvement de la première église gothique. L'église est dédiée à saint Quentin, martyr en 303 dans la ville éponyme, dans le Vermandois. Sous l'Ancien Régime, Nucourt relève du doyenné de Magny-en-Vexin, de l'archidiaconé du Vexin français avec siège à Pontoise, et de l'archidiocèse de Rouen. Le collateur de la cure est l'archevêque de Rouen., et l'église n'a donc jamais appartenu à une abbaye ou un prieuré. Louis Régnier écrit à ce sujet : .. — La Révolution française apporte le rattachement au nouveau diocèse de Versailles, qui regroupe l'ensemble des paroisses du département de Seine-et-Oise. En 1966, Nucourt change une seconde fois de diocèse avec la création du nouveau diocèse de Pontoise, qui correspond au territoire du département du Val-d'Oise alors en voie de constitution. Nucourt ne constitue depuis longtemps plus une paroisse indépendante. Le village est aujourd'hui affilié au secteur paroissial Vexin-Ouest avec siège à Magny-en-Vexin, et l'église Saint-Quentin n'accueille plus que deux ou trois messes dominicales anticipées par an, le samedi à 18 h, ainsi que quelques célébrations particulières.. thumb|Vue depuis le sud-ouest. thumb|Vue depuis l'ouest ; à droite, la croix de cimetière classée monument historique.
Aucun document connu ne renseigne sur les différentes campagnes de construction de l'église, même pas celles du . Les parties les plus anciennes de l'église sont le clocher en bâtière central, qui s'élève à la croisée du transept, et le croisillon sud. Selon Louis Régnier, le clocher devrait dater de 1175 environ. Pour Bernard Duhamel, il représente le prototype de tous les clochers gothiques du Vexin français, dont Auvers-sur-Oise, Cléry-en-Vexin, Grisy-les-Plâtres, Jouy-le-Comte, Vétheuil, etc.. En tenant compte de l'évolution habituelle des petites églises rurales du Vexin, le transept devait faire suite à une nef unique, et la base du clocher devait former la première travée du chœur liturgique, et être suivie par une abside à l'est. Vers 1210 ou 1220, le chœur actuel de deux travées vient remplacer son ancêtre roman. Quelques années plus tard, au second quart du , une chapelle de deux travées est ajoutée au nord du chœur, et encore au moins d'une cinquantaine d'années plus tard, au début du un second collatéral d'également deux travées au sud du chœur. Cette chapelle appartient donc à la période gothique rayonnante. Dans le contexte de sa construction, les deux fenêtres au chevet du vaisseau central et de la chapelle du nord sont repercées, et munies d'un remplage. La tourelle d'escalier au chevet est bâtie à la même occasion..
Vers la fin des années 1530, la fabrique s'adresse à un maître-maçon de renom, Jean Grappin de Gisors, pour fournir les plans d'une nouvelle nef flanquée de bas-côtés. Selon Louis Régnier, la date de 1451 qui se lit sur le premier pilier au sud de la nef doit être « apocryphe », mais la bonne date pourrait être 1541. L'architecture est encore marquée par le style gothique flamboyant... Les arcades autour des deux croisillons, la voûte du croisillon nord, et les fenêtres des deux croisillons et du collatéral sud, sont refaites à la même époque.. En revanche, le clocher-porche plaqué devant la façade vers 1560 environ, affiche clairement le style de la Renaissance. Loin de constituer un chef-d'œuvre, la tour porte néanmoins elle aussi la signature artistique de Jean Grappin. Construite au rabais, elle demeure inachevée. Enfin, la base du clocher gothique est revoûtée en 1609, date inscrite sur l'arc-doubleau oriental, grâce à la générosité du curé Étienne Legay. La clé d'arc du doubleau occidental porte en effet l'inscription . Du daterait également la vaste toiture unique qui recouvre les trois vaisseaux. — L'église Saint-Quentin est classée aux monuments historiques par arrêté du , et bénéficie d'une restauration lors de la seconde moitié du .
Description Aperçu général thumb|Plan de l'église.
Orientée à peu près régulièrement, avec une nette déviation de l'axe vers le nord-est du côté du chevet, l'église répond à un plan cruciforme qui s'inscrit dans un rectangle, et se compose d'un clocher-porche dont l'intérieur forme le narthex ; d'une nef de trois travées accompagnée de deux bas-côtés ; d'un transept non débordant dont la croisée sert de base au clocher gothique ; et d'un chœur de deux travées accompagné de deux collatéraux ou chapelles, soit dix-huit travées au total. La chapelle du nord est dédiée à la Vierge Marie, et celle du collatéral sud, au Sacré-Cœur de Jésus. Les trois vaisseaux se terminent par un chevet plat. Une tourelle d'escalier cylindrique flanque le chevet à l'intersection entre le vaisseau central et le collatéral sud. Il n'y a pas de sacristie à proprement parler, mais un réduit derrière le retable du maître-autel, et la dernière travée du collatéral sud est séparée de la travée précédente par une clôture en bois, et du chœur, par des rideaux. L'ensemble de l'église est voûté d'ogives. Le vaisseau central est à deux niveaux d'élévation, avec l'étage des grandes arcades et un étage de murs hauts aveugles, qui est moins important dans les travées orientales. Le narthex communique avec la nef par un arc-doubleau, et est voûté à la même hauteur. Les bas-côtés de la nef, les croisillons et les chapelles latérales du chœur sont à un seul niveau d'élévation. L'on accède à l'église par le portail occidental du clocher-porche, ou par une petite porte dans la première travée du bas-côté nord. Le couronnement du clocher-porche n'a jamais été construit. Les trois vaisseaux sont recouverts ensemble par une vaste toiture unique à deux rampants, avec un pignon en façade et un autre pignon au chevet. Seul le clocher gothique émerge de la toiture.
Intérieur Narthex et nef thumb|upright|Nef, vue vers l'est. thumb|upright|Nef, élévation nord. thumb|upright|Nef, vue vers l'ouest.
La largeur de la nef entre les piliers correspond à la largeur extérieure du clocher-porche. Elle est dépassée deux fois et demi par la hauteur sous le sommet des voûtes, ce qui confère au vaisseau un aspect élancé propre aux édifices gothiques antérieurs à la guerre de Cent Ans. Également de facture gothique sont les voûtes d'ogives en arc brisé et les grandes arcades du nord, dont le profil est caractéristique de l'architecture flamboyante des premières décennies du . Les ogives, doubleaux et formerets accusent le même profil prismatique, qui se compose d'une arête saillante se présentant par un coin émoussé, qui est flanquée des deux côtés par un listel et une doucine, dégagée d'un bandeau en arrière-plan. Ce profil correspond plus particulièrement aux années 1540, soit l'extrême fin de la période gothique, quand les moulures perdent leur acuité, et quand les filets saillants cèdent leur place à des coins émoussés, doucines et quarts-de-rond. Les différentes nervures s'interpénètrent avant de retomber sur des culs-de-lampe. Comme les clés de voûte, qui sont des disques agrémentés de cabochons ou pendentifs assez ordinaires, ceux-ci appartiennent déjà à la Renaissance. Ils sont de deux types différents. Le premier type est réservé aux quatre angles de la nef. Au nord, la forme et les motifs ornementaux évoquent une clé de voûte pendante de la Renaissance, aux trois quarts engagée dans les murs. Devant la partie haute de la corbeille, se détache une tête d'homme barbu. Au sud, la forme évoque davantage un chapiteau avec tailloir, frise et astragale. Un petit génie nu sculpté en haut-relief est appliqué devant la frise, qui reste sinon lisse. L'astragale repose sur une tête joufflue avec des feuillages en guise de cheveux, évoquant un homme vert. Le second type de cul-de-lampe est réservé aux retombées des nervures au droit des murs latéraux. Au nord, ce sont des chapiteaux pour moitié engagés dans les murs. Au-dessus du tailloir, se profilent deux volutes corinthiennes schématisées entre trois petites têtes, soit une de face et une de chaque côté, près du mur. Sous chacune des deux volutes, un petit génie nu, dans une posture accroupie, est appliquée devant la corbeille. La surface restante de la corbeille est sculptée de feuilles d'acanthe. L'astragale repose ici sur une tête d'enfant. Au sud, les culs-de-lampe au droit des murs sont sculptés beaucoup moins fermement, et le tailloir est seulement esquissé. Des personnages grotesques en buste se substituent aux génies. Ils émergent de volutes de feuillages. L'astragale repose sur un homme vert, comme dans les angles..