Les Hazaras ou Hazâras (en dari : ; en hazara : ) sont une minorité ethnique vivant en Afghanistan et au Pakistan, avec une importante diaspora (ils résident principalement dans le Hazaradjat) aux origines incertaines.
Ils vivent principalement dans le centre de l'Afghanistan, au Pakistan, en Iran et au Tadjikistan, et dans une moindre mesure dans une petite partie du Turkménistan. Ils parlent des dialectes du persan, notamment le dari et le hazara.
Le peuple Hazara est facilement identifiable car il est d'origine mongole et présente des traits asiatiques......
Des origines obscures On se perd en conjectures sur les origines de la population hazâraSur les Hazâras en général, voir , origines qui n'ont pas été entièrement reconstituées. L'hypothèse suivant laquelle ils seraient les descendants de soldats de Gengis Khan, généralement admise en raison de l'utilisation de quelques mots mongols dans leur vocabulaire, est séduisante, mais, dès 1962, la mettait sérieusement en doute. Des études linguistiques et ethnologiques récentes ont confirmé que Schurmann était dans le vraiVoir .Voir une étude ethnologique : ..
Une troisième théorie, la plus acceptée sur le plan académique, soutient que les Hazaras sont un groupe hétérogène. Ce n'est pas tout à fait incompatible avec la descente des forces mongoles militaires. Ainsi, les Mongols Nikoudari se sont installés en Perse orientale et mélangés avec les populations indigènes, puis une seconde vague composée principalement de Djaghataï, provenant de l'Asie centrale, a été suivie par d'autres turco-mongoles, associées aux Ilkhanides (chassés de Perse) et aux Timourides, qui se sont tous installés dans le Hazarajat et mélangés avec la population persanophone locale, formant alors un groupe distinct.
Langue Les Hazaras parlent le hazara, un dialecte persan avec quelques mots d'origine turqueLa seule étude d'ensemble (en dari) sur le « hazâragi » est due à Châh Ali Akbar Châharetânî, Qâmus-e lahja-e dari-e hazâragi (« Vocabulaire du dialecte dari-hazâragi »), Kaboul, (1361 H)..
Les Hazaras représentent environ 10 % de la population afghane. Suivant certaines sources, ils formeraient plus d'un tiers de la population de Kaboul. Ils occupent principalement le centre de l'Afghanistan, dans les hautes vallées dominées par les sommets de l'Hindou Kouch, mais on dénombre six groupes autour de ce noyau central, répartis dans les zones ou districts suivants : Koh-e Bâbâ, Cheikh Ali (entre Bâmiyân et Doāb), Badakhchan, Aimak, Taïmanis et Berberis (au sud-est de Mechhed).
Ils sont presque tous chiites duodécimains, à l'exception d'un petit groupe à l'ouest de Dochi qui se rattache à l'ismaélisme, et de quelques populations sunnites. De nombreux Hazaras sont chrétiens et la plupart des chrétiens d'Afghanistan sont des Hazaras. Les chrétiens Hazara sont pour la plupart convertis au christianisme, mais beaucoup ont toujours été chrétiens. Les chrétiens Hazara vivent principalement en Europe et les chrétiens Hazara en Afghanistan, en Iran et au Pakistan gardent leur religion secrète....
La principale ville du Hazaradjat est Bâmiyân, siège du gouvernorat de la province du même nom. Bâmiyân est célèbre pour les bouddhas géants creusés dans la falaise, qui ont été détruits par les talibans en 2001.
Distribution géographique thumb Diaspora Selon l'anthropologue Alessandro Monsutti, la migration serait le mode de vie traditionnel du peuple Hazara, à en juger par des migrations saisonnières et historiques qui n'ont jamais cessé et ne semblent pas être dictées uniquement par des situations d'urgence telles que la guerre.
Outre les principales populations de Hazaras à Quetta (Pakistan), où beaucoup ont atteint des positions socialement élevées, et en Iran, il existe des communautés en Australie, Nouvelle-Zélande, au Canada, aux États-Unis, au Royaume-Uni et dans les pays d'Europe du Nord tels la Suède et le Danemark. L'Australie compte de nombreux étudiants, aux côtés d'une population d'origine afghane qui y a migré soit sous un statut de réfugié, soit grâce à des visas de travail.
Hazaras au Pakistan
redresse|vignette|Le général Muhammad Musa.
Initialement, les Hazaras qui exerçaient des travaux saisonniers subalternes en Inde, se rendaient au Pakistan pendant les mois d'hiver pour travailler dans les mines de charbon, la construction de routes lors de l'expansion britannique dans le Sind, le Baloutchistan et au Khyber Pakhtunkhwa. La première trace des Hazaras dans les limites du Pakistan actuel remonte à 1835, dans une compagnie de sapeurs ayant participé à la guerre anglo-afghane. On en retrouve d'autres dans des fermes agricoles du Sind et lors de la construction du barrage de Soukkour. Par la suite, une partie d'entre eux s'est installée définitivement dans le pays.
Au Pakistan, la plupart des Hazaras vivent dans et autour de Quetta, la capitale de la province de Baloutchistan, ainsi qu'à Karachi, Hyderabad et Sanghar. Ils forment une communauté assez prospère ayant contribué au commerce local, occupé des postes élevés au sein du gouvernement du Baloutchistan, ainsi qu'au sein du gouvernement fédéral. Ils sont également représentés dans les services de police locaux. Cependant, des cas récurrents de discrimination et de violence sectaire perpétrées contre eux ont été rapportés Gunmen kill 11 in Pakistan sectarian attack samaa.tv, 31 juillet 2011 Massacre in Mastung foreignpolicy.com, 21 septembre 2011. Six cents membres de leur communauté pakistanaise auraient été tués entre 1999 et 2011, selon des responsables locaux HazaraPakistan's Tiny Hazara Minority Struggles To Survive Abubakar Siddique et Khudainoor Nasar, 4 octobre 2011, Radio Free Europe Radio Liberty.
Haider Ali Karmal Jaghori, un penseur politique hazara au Pakistan a fortement contribué à l'étude de l'histoire politique du peuple hazara dans ce pays. Le Hazara le plus notable au Pakistan a été le général Muhammad Musa, qui a servi comme commandant en chef de l'armée pakistanaise de 1958 à 1966. Un autre Hazara notable, Hussain Ali Yousafi, était le président du Parti démocratique Hazara "Hussain Ali Yousafi, chairman of the Hazara Democratic Party'" BBC News, 26 janvier 2009.
Une économie de subsistance thumb|Cultures dans la vallée de Bâmiyân (2005). Au fond, la falaise avec la niche vide du grand Bouddha. Dans les hautes vallées du Hazâradjat, les terres arables sont rares, les pâturages médiocres, et les hivers rigoureux sont interminables. Les rendements de blé de printemps, récolté fin août début septembre sont très faibles, de l'ordre de 3,5 quintaux à l'hectare. Dans les terres les plus hautes, on sème plutôt de l'orge. Les paysans hazâras élèvent surtout des moutons et des chèvres, qui sont conduits à la belle saison dans des pâturages d'altitude.
Les productions agricoles sont transformées et consommées sur place. L'équilibre alimentaire est fragile dans ces régions enneigées six mois par an : .
La laine des moutons est filée à la main par les femmes, qui confectionnent des vêtements d'hiver, des tapisseries de laine, ainsi que des étoffes épaisses pour couvrir le sol (qui se vendaient en abondance à Kaboul). Les femmes sont également d'habiles brodeuses (plastrons pour les robes, bourses et pochettes, ceintures, napperons, sacs, etc.) Les artisans hazâras excellent dans la fabrication de bijoux (colliers, parures, bracelets, amulettes).
Discrimination et persécution vignette|Manifestation en faveur des Hazaras à Islamabad, en 2013.
Les Hazâras n'apparaissent vraiment dans l'histoire qu'au quand des témoins occidentaux rapportent qu'ils sont méprisés et parfois réduits en esclavage par d'autres ethnies. Un chef ouzbek, Mourad Beg, se livre ainsi, au vu et au su de tous, au trafic d'esclaves hazâras pour se procurer des armesVoir Alexander Burnes, "Description of Bokhara", Journal of the Royal Asiatic Society of Bengal, May 1833, repris dans le tome II de ses Travels into Bokhara (...), London, John Murray, 1834, 3 vol. Voir aussi : Vartan Gregorian, The emergence of Modern Afghanistan. 1880-1946, Stanford University Press, 1969, .. Vers 1839, Alexander Burnes signale que les Hazaras pratiquent le troc avec les Ouzbeks, échangeant parfois leurs enfants contre des vêtements ou d'autres marchandises de première nécessitéAlexander Burnes, Cabool. Being a Personal Narrative of a Journey to, and Residence in that City in the years 1836,7, and 8, London, John Murray, 1842, (consultable en ligne : .. À la fin du , le médecin anglais de l'émir Abdur Rahman Khan (qui gouverne l'Afghanistan de 1880 à 1901) rapporte qu'à Kaboul un esclave mâle hazara se vendait une couronne (one crown), une femme 15 shillingsJohn A. Gray, At the Court of the Amir. A Narrative, London 1895 (cité par Vartan Gregorian)....
Mal aimés, les Hazâras l'étaient à cause de leur attachement au chiisme dans un environnement très majoritairement sunnite (et l'on retrouvera cette animosité plus tard, entre 1998 et 2001, lorsque les Talibans prendront le contrôle du Hazârajat, ou Hazaradjat). Ils étaient aussi méprisés par les autres ethnies en raison de leur extrême pauvreté qui les contraignait à l'exil et à accepter les tâches les plus humbles et les plus pénibles.
La situation de sujétion dans laquelle se trouvaient les Hazâras les poussa à se révolter en 1888 contre la tutelle qu'entendait leur imposer Abdur Rahman. L'« émir de fer » obtint sans difficulté des oulémas sunnites une fatwa déclarant les Hazâras Mohammed Hassan Kakar, A Political and Diplomatic History of Afghanistan (1863-1901), E.J. Brill, éd. 2006 (cet ouvrage reprend la thèse de doctorat de l'auteur, consacrée à Abdur Rahman, soutenue à Oxford.)… La répression ordonnée par l'émir en 1891-1893 fut terrible, mais devant la résistance qu'on lui opposait, il finit par accepter de négocier, mais en position de force : . Cette situation renforça encore l'état de sujétion dans lequel allaient demeurer ces populations, qu'elles vécurent dans le Hazâradjat ou dans d'autres régions d'Afghanistan en dépit de la suppression officielle de l'esclavage dans le royaume en 1895.
L'exode vers les villes s'accentua encore à partir des années 1930. Les Hazâras y exerceront les métiers les plus pénibles. À Kaboul notamment, ils assureront encore longtemps le ramassage des ordures ménagères, le transport de marchandises sur les charrettes à bras appelées « karachis », deviendront hommes de peine, les plus chanceux exerçant de petits métiers ou se louant comme domestiques. On estimait, dans les années 1990, que les Hazâras représentaient près du tiers de la population de Kaboul.
Le droit à l'éducation ne leur fut réellement ouvert, avec parcimonie, qu'à partir des années 1950 ou 1960, leur permettant d'accéder à certaines professions libérales et à des postes dans la fonction publique. Il fallut toutefois attendre 1978 et le régime communiste pour que deux Hazâras, Abdelkrim Missaq et Sultan Ali Kistmand, fassent partie d'un gouvernementCette nomination hautement symbolique, survenant après le coup d'État communiste, n'était évidemment pas sans arrière-pensées de la part des dirigeants pachtouns. Ce qui n'empêcha nullement les populations du Hazâradjat d'entrer en rébellion contre le nouveau régime dès l'année suivante..
Bien que la constitution afghane de 2004 garantisse l'égalité des droits pour tous ses citoyens, dans la réalité les Hazaras sont encore discriminés dans la société et la fonction publique. Peu de personnalités Hazaras sont présentes aux postes importants.
Les Hazaras sont victimes de diverses attaques terroristes, commis par des groupes armés notamment Daëch et les talibans. Facilement reconnaissables par leur visage asiatique, ils font souvent l'objet d’enlèvements durant leurs trajets entre les grandes villes. En , une maternité gérée par MSF à Dacht-Barchi (un quartier majoritairement Hazara) a été la cible d'une attaque de Daëch durant laquelle ont perdu la vie dont , cinq nouveau-nés et deux enfants.