Carl Friedrich Georg Spitteler, né le à Liestal et mort le à Lucerne, est un écrivain suisse allemand, lauréat du prix Nobel de littérature de 1919.
Biographie Carl Spitteler naît le à Liestal près de Bâle. Il commence des études de droit puis de théologie qui l'amènent à devenir pasteur, mais il renonce rapidement à ce poste. Il s'expatrie à Saint-Pétersbourg comme précepteur (1871-1879) avant de revenir au pays où il enseigne dans une école de jeunes filles à Berne.
Spitteler s’établit à La Neuveville entre 1881 et 1885 en tant que professeur d’allemand, de latin et de grec au Progymnase de La Neuveville au bord du lac de Bienne. Si l’enseignement est alors un travail alimentaire, il cherche à dépasser la rigidité des programmes scolaires et prend à cœur de sensibiliser les élèves à des sujets littéraires et à éveiller leur curiosité.
Il épouse en 1883 la hollandaise Maria Op den Hooff, une ancienne élève. Après avoir quitté La Neuveville, Spitteler gagne sa vie comme critique littéraire et feuilletoniste dans plusieurs quotidiens suisses. Résidant d’abord à Bâle, puis, dès 1892 à Lucerne, où il demeurera jusqu'à la fin de sa vie, avec sa femme et ses deux filles Anna et Marie-Adèle.
Il est l'auteur de poèmes à la fois pessimistes et héroïques, dont le plus célèbre demeure son poème épique Printemps olympien (Olympischer Frühling) publié en 1905.
Il reçoit le Prix Nobel de littérature en 1919, à l'âge de 75 ans.
Il meurt à Lucerne le .
Ancrages suisses romands Sa vie durant il entretient de nombreuses relations épistolaires et amicales avec des membres de l’intelligentsia, notamment de Suisse romande. Parmi eux, Victor Gross, docteur, archéologue et notable, Philippe Godet, homme de lettres neuchâtelois dont Spitteler avait admiré l’« Histoire littéraire de la Suisse française » (1890) et Gonzague de Reynold, fondateur, notamment, de la revue La Voile latine et de la Nouvelle Société helvétique.
Spitteler revient notamment à La Neuveville en 1912, à l’occasion du bicentenaire de la naissance de Jean-Jacques Rousseau, organisé par la section locale de la Société jurassienne d'émulation, événement lors duquel il prononça un discours sur l’héritage de Rousseau.
Par ses études en droit, uniquement ébauchées, puis en théologie, les compétences linguistiques de Carl Spitteler sont nombreuses. L’allemand bien sûr, mais aussi le grec, le latin et l’hébreu. Le français aussi, qu’il pratique quotidiennement à Saint-Pétersbourg, puis à La Neuveville. Il possède également des connaissances en italien, renforcées par divers séjours effectués en Italie, et très vraisemblablement en hollandais pour avoir épousé Maria Op den Hooff.
Bien que la production littéraire de Spitteler soit en allemand, le vaudois Maurice Muret le décrit comme un auteur romand ; son style et son inspiration sont issus des grands classiques grecs et latins. Muret vouait une grande admiration à Spitteler, et chercha à faire intégrer ses textes dans les programmes scolaires de Suisse romande.
Engagement politique En dehors des poèmes et des romans que Spitteler écrit, il publie des récits, des critiques musicales et théâtrales et des essais sur l'actualité littéraire et culturelle dans de nombreux journaux suisses mais aussi allemands et autrichiens..
Le , il prend position pour la neutralité, le respect des minorités et l'unité du pays alors que la Suisse se divise de plus en plus entre pro-allemands et pro-français.. Dans le cadre de l'assemblée générale de la section zurichoise de la Nouvelle Société helvétique, il prononce un discours intitulé Unser Schweizer Standpunkt (Notre point de vue suisse) traduit peu après en français, en italien et romanche.
Son discours qui vise à entériner les passions pour des nations étrangères présente notamment la distinction entre les voisins et les frères comme suit : « Tous ceux qui vivent au-delà de nos frontières sont nos voisins, et, jusqu’à nouvel ordre, nos chers voisins ; tous ceux qui vivent en deçà sont plus que des voisins, ce sont des frères. Or, la différence entre voisin et frère est immense. Même le meilleur voisin peut, suivant les circonstances, tirer sur nous à boulets, tandis que le frère, dans la bataille, combat à nos côtés. On ne saurait donc imaginer différence plus considérable. »Carl Spitteler, Notre point de vue Suisse, 1915, cité par : Bibliothèque Nationale Suisse, Dossier pédagogique pour les classes des degrés secondaire I et II, "Sous le feu des propagandes, la Suisse face à la première guerre mondiale", en ligne : https://www.mfk.ch/fileadmin/user_upload/03_Vermittlung/Didaktische_Materialien/sous_le_feu_des_propagandes_dossier_web.pdfÀ l'image de Ferdinand Hodler, qui avait âprement critiqué le bombardement de Reims par les Allemands, Carl Spitteler subit de vives critiques de la part de l'Allemagne et de la Suisse alémanique, qui affichaient alors des sympathies pro-allemandes. Son principal lectorat lui tourne donc le dos pendant la guerre.
Postérité Alors que sa notoriété avait presque disparu dans son pays, lors de sa visite en Suisse en 2017, le président chinois Xi Jinping cite un extrait du poète en préambule du texte adressé aux médias suisses : le plus grand bonheur est de .
Le fonds d'archives de Carl Spitteler se trouve aux Archives littéraires suisses à Berne, à la Bibliothèque centrale de Zurich et au de Liestal.
Le centenaire de la remise du Prix Nobel est célébré officiellement partout en Suisse en 2019. Plusieurs événements lui sont consacrés, dont une exposition au Dichter- und Stadtmuseum de Liestal (Poesie und Politik), au Musée d'Art et d'Histoire de La Neuveville (Un point de vue neuvevillois. Spitteler en Suisse romande) et au Centre interrégional de perfectionnement à Tramelan (Spitteler l'essentiel).
Imago Il s'agit d'une des œuvres de Spitteler les plus connues et traduites en français.
Le héros est à la fois poète, mégalomane et naïf, et il est prêt à n'importe quoi pour les beaux yeux d'Imago. Il déteste et aime la société classique de son époque.
Histoire d'amour impossible à sens unique, le récit semble en partie autobiographique. L'Imago de Spitteler est le Tasse de Goethe, celui-ci reflétant son véritable et impossible amour pour de Stein. Imago était un des livres favoris de Freud. Il impressionne tellement le créateur de la psychanalyse qu'en 1913 celui-ci donne ce nom de Imago à la première revue psychanalytique... Dans Imago, et dans l'esprit du héros de Carl Spitteler, se joue la poursuite compliquée d'une chimère, ainsi que diverses interactions et considérations multiples avec la raison et la morale. Ces sujets étaient d'un grand intérêt pour l'étude de la pensée et des pulsions humaines selon les théories alors en vogue et en monologue intérieur.
Œuvre Mariquita, paru en feuilleton dans le Bund en 1880, Prometheus und Epimetheus, 1881 Extramundana, 1883 Ei Ole, 1887 Samojeden, 1887 Hund und Katze, 1887 Olaf, 1887 Bacillus, 1888 Das Bombardement von Åbo, 1889 Schmetterlinge, 1889 Der Parlamentär, 1889 Das Wettfasten von Heimligen, 1890 Friedli der Kolderi 1891 Gustav 1892 Litterarische Gleichnisse 1892, essais Der Ehrgeizige 1892 Jumala. Ein finnisches Märchen 1893 Balladen 1896, poésie Der Gotthard 1897 Conrad der Leutnant, 1898 Lachende Wahrheiten, 1898, essais Olympischer Frühling (4 volumes) 1900 - 1906 : I. Die Auffahrt II. Hera die Braut III. Die Hohe Zeit IV. Ende und Wende Olympischer Frühling, 1905, épopée Imago, 1906 Gras- und Glockenlieder, 1906 Die Mädchenfeinde, 1907 Meine frühesten Erlebnisse, 1914, biographie Prometheus der Dulder, 1924
Notes et références
Bibliographie
Amoruso, Caroline, « Rencontres au sommet : Hodler et Spitteler », in Ferdinand Hodler. Documents inédits : Fleurons des Archives Jura Brüschweiler, Genève : Éditions Notari, 2018, p. 134-149. Bohnenblust, Gottfried, Carl Spitteler : le poète et sa patrie, Neuchâtel : Éd. du Griffon, 1945. Leuenberger Stefanie, Spitteler. Un idéaliste très réaliste, Gollion: Infolio, 2019. Lüscher, Caroline (ed.), Helvétique équilibre. Dialogues avec le Point de vue suisse du Prix Nobel de littérature 1919, Genève : Éditions Zoé, 2019.
Mantovani, Mattia (dir.), Il Gottardo, Locarno: Armando Dadò Editore, 2017. Stauffacher, Werner, « Carl Spitteler en Suisse romande », in Études de lettres, 1977, no. 4, Philologie et littérature allemande, p. 69-84. Vallotton, François, Ainsi parlait Carl Spitteler : genèse et réception du « Notre point de vue suisse » de 1914, Mémoire de licence, Lausanne : Section d'histoire Université de Lausanne, 1991. Von Matt, Peter, Theisohn, Philipp, Leuenberger Stefanie, (Hg.), Carl Spitteler: Erzähler, Denker, Redner. Ein Lesebuch, Zürich: Nagel&Kimche, 2019.
Liens externes Fonds Carl Spitteler dans la base de données Helveticarchives et inventaire en ligne (EAD) aux Archives littéraires suisses
Site du centenaire de la remise du Prix Nobel: https://www.spitteler.ch/fr.html
Catégorie:Écrivain suisse du XIXe siècle Catégorie:Écrivain suisse du XXe siècle Catégorie:Écrivain suisse d'expression allemande Catégorie:Écrivain de langue allemande Catégorie:Poète suisse allemand Catégorie:Poète suisse du XIXe siècle Catégorie:Poète suisse du XXe siècle Catégorie:Épistolier suisse Catégorie:Épistolier du XIXe siècle Catégorie:Épistolier du XXe siècle Catégorie:Correspondant de Nietzsche Catégorie:Lauréat suisse du prix Nobel Catégorie:Lauréat du prix Nobel de littérature Catégorie:Étudiant de l'université de Zurich Catégorie:Personnalité liée à la ville de Bâle Catégorie:Naissance en avril 1845 Catégorie:Naissance à Liestal Catégorie:Décès en décembre 1924 Catégorie:Décès à Lucerne Catégorie:Décès à 79 ans