Ginette Kolinka, née Cherkasky le à , est une autrice française, survivante du camp de concentration et d'extermination d'Auschwitz-Birkenau. Ginette Kolinka est, à partir des années 2000, passeuse de mémoire de la Shoah..

Biographie Famille et origines Ginette Cherkasky naît le dans une famille juive athée.. Elle a cinq sœurs aînées et un frère cadet, Gilbert, né le .

Son père, Léon Cherkasky, d’origine ukrainienne., né à Paris le , est tailleur et dirigeant d’un petit atelier de fabrication d’imperméables dans le quartier du Faubourg du Temple. Sa mère, Berthe Fairstin, née le à Pitești en Roumanie, est femme au foyer.

Dans les années 1950, elle se marie avec Albert Kolinka (1913-1993), avec qui elle a un fils, Richard Kolinka., batteur du groupe de musique Téléphone, dont les premières répétitions du se dérouleront dans sa cave.. Elle est la grand-mère de l'acteur Roman Kolinka (fils de Richard et de l'actrice Marie Trintignant).

Jusqu'aux années 1990, elle est marchande foraine au marché de la Porte de la Villette à Aubervilliers.

Enfance et déportation Elle passe sa petite enfance dans le puis à Aubervilliers avec ses parents, ses cinq sœurs et son frère..

La Seconde Guerre mondiale bouleverse sa famille quand son oncle et son beau-frère sont arrêtés en 1941.

À partir de 1942, la législation des lois anti-juives contraignent davantage les membres de sa famille : son père doit céder son atelier, tandis que ses sœurs ne peuvent plus travailler et que le port de l'étoile jaune est imposé à tous les membres de la famille leur interdisant de fait l'accès à de très nombreux lieux publics comme les parcs ou les piscines.

En , sa famille fuit son domicile en raison de son arrestation imminente. On accuse une de ses sœurs de cacher un individu communiste. Ils rejoignent alors la zone libre et trouvent refuge à Avignon (Vaucluse), où ils se font passer pour une famille d'origine russe et de confession chrétienne orthodoxe.

Le , à dix-neuf ans, elle est arrêtée avec son père, Léon CherkaskyVoir, Klarsfeld, 2012., son jeune frère de douze ans, Gilbert Cherkasky, et son neveu de quatorze ans, Georges Marcou, par la Gestapo à la suite d'une dénonciation.. Sa mère, malade, se reposait à l'étage. On ne sait pas pourquoi les agents de la Gestapo ne sont pas montés. Leur dernière adresse est au 72 rue Joseph Vernet à Avignon. D'abord incarcérée à la prison d'Avignon puis à celle des Baumettes à Marseille, la famille est ensuite internée au camp de Drancy. Un mois plus tard, la famille est déportée par le convoi du 13 avril 1944. en direction du camp d'Auschwitz-Birkenau. C'est le même convoi que Simone Veil.

Dès l'arrivée du train, son père ainsi que son frère sont gazés. Ginette, quant à elle, est sélectionnée pour le travail et rejoint le camp des femmes. Son neveu, faisant plus âgé, est également sélectionné.

À la fin de la guerre, Ginette Kolinka apprendra sa mort dans les camps.

Tatouée sur son avant-bras sous le numéro 78599, elle décrit les conditions terribles de survie dans le camp, ses règles de fonctionnement avec les fouilles quotidiennes, la violence des kapos chargées de maintenir l'ordre, le travail forcé, les souffrances physiques et psychiques endurées comme le froid, la faim omniprésente, la saleté et la puanteur engendrées par des conditions terrifiantes de promiscuité et d'hygiène dégradée dans les baraquements et l'avilissement permanent déployé par le service concentrationnaire pour affaiblir les personnes déportées et parvenir à leur disparition programmée au prix d'une déshumanisation constante.

D' à , elle est déportée dans les camps de Bergen-Belsen et de Theresienstadt.. Au camp de Bergen-Belsen, elle travaille dans une usine de pièces d'aviation. Elle y contracte le typhus.

En , elle change de camp par le train dans des conditions difficiles mais, à son arrivée, le camp est libéré, et elle est donc accueillie par les Alliés et rapatriée à Lyon avant de rejoindre Paris le pour retrouver les membres de sa famille qui ont survécu. : sa mère et quatre de ses cinq sœurs.

Âgée de 20 ans, elle pèse alors 26 kg.

Témoin et rescapée de la Shoah Pendant quarante ans, elle tient un étal de bonneterie sur un marché d’Aubervilliers avec son mari, Albert Kolinka, qu'elle a rencontré en juillet 1952. En juillet 1953, elle donne naissance à son enfant, Richard Kolinka, qui deviendra par la suite le batteur du groupe de rock Téléphone.

Longtemps, elle ne souhaite pas transmettre son histoire et l'horreur de la Shoah en disant qu'elle ne veut pas .

"Je ne parle jamais de ce qui s'est passé là-bas. Comment donner des détails sur ce que vous avez vécu lorsque les vôtres ne sont pas revenus ?"

Mais peu à peu l'envie de parler lui vient. Elle est notamment sollicitée en 1997 suite à la sortie du film en 1993, la liste de Schindler par la fondation, l'USC Shoah Foundation, créée par le réalisateur américain, Steven Spielberg, en 1995 pour témoigner et conserver la mémoire de la déportation auprès du grand public.

Au début des années 2000, veuve, elle pousse la porte d’une association d’anciens déportés, l'Union des Déportés d'Auschwitz ou UDA.. Ginette Kolinka devient alors une ambassadrice de la mémoire qui sillonne la France pour raconter son vécu aux jeunes générations dans les lycées et les collèges.

En 2003, elle est également sollicitée pour accompagner pour la première fois, les classes d'élèves lors de voyage à destination du camp de Birkenau. Elle va également d’établissement en établissement scolaire pour parler de la Shoah et sensibiliser les jeunes à la dure réalité des camps de concentration et d'extermination.

En , elle publie son livre de témoignage de rescapée des camps, intitulé Retour à Birkenau et coécrit avec la journaliste Marion Ruggieri, qui est vendu à plus de 80 000 exemplaires.

Elle est l'une des participantes du documentaire La Case du siècle : Les Filles de Birkenau (2024).

Prise de position politique

Dans le cadre des élections législatives françaises de 2024, Serge Klarsfeld déclare que s'il était confronté à un duel entre La France insoumise et le Rassemblement national, il voterait, « sans hésitation », pour le candidat RN, et nie les accusations d'antisémitisme portées contre l'extrême droite, accusant ce qu'il classe à l'extrême gauche d'être actuellement véritablement antisémite en revanche. Il est fortement critiqué par Ginette Kolinka, qui lui répond notamment que c'est bien en raison de la présence de l'extrême droite au pouvoir qu'elle a été déportée, témoignant de son inquiétude et de son incompréhension face à ce point de vue politique, tout en exprimant dans le cadre de ses engagements mémoriels qu'elle regrette l'oubli de l'histoire, sa déformation et la recrudescence des comportements antisémites en rapport avec le conflit israélo-palestinien. Elle ne croit pas dans ce contexte que l'extrême droite puisse jamais sincèrement défendre les Juifs et être plus ouverte que le camp progressiste.

Distinctions

Décorations Le , Ginette Kolinka est nommée au grade de chevalier dans l'ordre national de la Légion d'honneur, au titre de . puis est faite chevalier de l'ordre le .. Elle est promue au grade d'officier le au titre de puis est faite officier le . Elle est promue au grade de commandeur dans l'ordre le au titre de .

Le , Ginette Kolinka est nommée directement au grade de commandeur dans l'ordre national du Mérite, au titre de ..

Depuis le , Ginette Kolinka est commandeur de l'ordre des Palmes académiques. Sa médaille lui est remise le par la ministre de l'Éducation nationale Najat Vallaud-Belkacem.

Depuis le , elle est également commandeur de l'ordre des Arts et des Lettres.

Hommages et reconnaissances Ginette Kolinka a reçu la médaille de citoyenne d'honneur de la Ville de Roanne le . Une rue porte son nom dans le centre-ville de la commune.

Le , le conseil départemental de la Haute-Garonne a attribué au nouveau collège de Seysses le nom de « Ginette Kolinka ».. L'inauguration de la plaque associée a eu lieu le .

À partir du , la cour-jardin du collège parisien Victor-Hugo (rue Barbette) devient un jardin public. Durant les vacances scolaires, elle est ouverte tous les jours ; en période scolaire, elle est ouverte les week-ends et les jours fériés. Cette cour-jardin prend le nom de Ginette Kolinka« Cour-jardin Ginette Kolinka », paris.fr, consulté le 27 juillet 2026..

Publications .

Adaptation Retour à Birkenau de Ginette Kolinka et Marion Ruggieri, adaptation théâtrale par la compagnie A ContraTempo dans une mise en scène d'Emily Lombi, avec Capucine Derval dans le rôle de Ginette Kolinka. Ginette Kolinka d´Aurore d'Hondt, BD sur la vie de Ginette Kolinka, éd Des ronds dans l'O - 2023. Adieu Birkenau : Une survivante d'Auschwitz raconte, Ginette Kolinka, Jean-David Morvan, Victor Matet, Efa, Cesc, Roger Sole , Albin Michel, 2023. Ginette Kolinka, contre la haine, Catel Muller , La Sirène, 2026.

Notes et références

Voir aussi

Bibliographie Serge Klarsfeld. Le Mémorial de la déportation des Juifs de France. Beate et Serge Klarsfeld: Paris, 1978. Nouvelle édition, mise à jour, avec une liste alphabétique des noms.FFDJF (Fils et Filles des Déportés Juifs de France), 2012.

Liens externes

Christophe Lehousse, « Le dégoût de ceux qui ont dénoncé, pas de la France », sur liberation.fr du (consulté le ). « L'horreur de la déportation raconté par Ginette Kolinka », sur lepetitjournal.net (consulté le ). Témoignage vidéo, 2015 (à voir sur YouTube) : partie 1 et partie 2.

Catégorie:Naissance en février 1925 Catégorie:Naissance dans le 11e arrondissement de Paris Catégorie:Personnalité française née d'un parent roumain Catégorie:Survivant de Bergen-Belsen Catégorie:Survivant de la Shoah en France Catégorie:Survivant de la Shoah en Pologne Catégorie:Survivant de la Shoah en Allemagne Catégorie:Survivant de la Shoah en Tchécoslovaquie Catégorie:Survivant français de la Shoah Catégorie:Survivant de Theresienstadt Catégorie:Prisonnier au camp de Drancy Catégorie:Survivant d'Auschwitz Catégorie:Officier de la Légion d'honneur promu en 2018 Catégorie:Commandeur des Palmes académiques Catégorie:Témoin français de la Shoah Catégorie:Passeur de mémoire Catégorie:Commandeur de l'ordre national du Mérite Catégorie:Commandeur des Arts et des Lettres Catégorie:Centenaire française