Le terme médiatique désigne le délai entre la prise de conscience en France d’abord dans les années 1970Danger ! Amiante, Collectif Intersyndical, Éditions Maspéro, 1977., puis dans les années 1990 du problème sanitaire causé par l’exposition à l'amiante et le délai de réaction des pouvoirs publics, confrontés au lobbying des industries de l’amiante. Il s'est écoulé plus d’un demi-siècle entre les premières études (1945) et l'interdiction de l'amiante en 1997 par le président Jacques Chirac. Les premières décisions adéquates (1977-1978) n'ont été prises qu'à la suite de la médiatisation (1975) des polémiques entre scientifiques tel Henri Pézerat et lobbyistes de l'amiante tel Marcel Valtat. Les pouvoirs publics et les industriels utilisent le synonyme, selon eux plus neutre, d' de l'amiante en France.

C’est l’inhalation des fibres d’amiante qui est dangereuse car elle produit une fibrose pulmonaire, l’asbestose, dans le cas de fortes expositions (travailleurs de l’amiante). L’amiante est également un cancérogène, en cause dans les cancers broncho-pulmonaires, et dans les cancers de la plèvre (mésothéliome ; ce dernier est considéré comme spécifique de l’amiante et sert de marqueur statistique). Les populations concernées sont les travailleurs de l’amiante, les travailleurs du bâtiment (amenés à intervenir dans des bâtiments contenant de l'amiante), et de façon plus générale les populations qui ont été exposées à l’amiante. Le rapport INSERM 1997. sur l’amiante a établi que : , mais la fréquence des pathologies qui y sont liées est fonction de la durée d’exposition, de la quantité d’amiante inhalée, et, hormis les fibroses, se matérialise longtemps après l’exposition (en ce qui concerne les cancers autour de ).

Le scandale de l’amiante a obligé les pouvoirs publics à engager de coûteux chantiers de désamiantage de bâtiments publics. Le coût n’est pas supporté par les industriels de l’amiante, mais par la collectivité publique.

Des procès ont lieu entre industriels et ouvriers. Selon un rapport du Sénat de 2005, l’utilisation de l’amiante est responsable de survenus entre 1965 et 1995 en France, et pourrait causer de à entre 2005 et 2025-2030Le drame de l'amiante en France : comprendre, mieux réparer, en tirer des leçons pour l'avenir, Introduction du Rapport d'information 37 (2005-2006) de MM. Gérard Dériot et Jean-Pierre Godefroy, fait au nom de la mission commune d'information, déposé le 26 octobre 2005..

Chronologie de la connaissance des risques de l’amiante en France Il faut noter que la toxicité de l'amiante est connue depuis l'Antiquité : Pline l'Ancien l'évoque chez les esclaves romains dès le .

De 1898 à 1994 1898 : en Angleterre, un inspecteur en chef des usines écrit dans son rapport annuel que les risques de l'amiante pour la santé sont Chief Inspector of Factories and Workshops, "Annual Report of the Chief Inspector of Factories and Workshops for the Year 1898", 1899.. 1906 : Denis Auribault, inspecteur départemental du travail à Caen, publie un rapport dénonçant la L'affaire de l'amiante, Roger Lenglet, Éditions La Découverte 1996.. 1919 : les compagnies d'assurances américaines et anglaises suppriment leur garantie pour les entreprises fabriquant des matériaux contenant de l'amianterapport Lepage 2007 commandé par Jean-Louis Borloo, ministre de l'environnement). 1929 : les différentes firmes européennes Eternit se réunissent en un cartel, la SAIAC (pour Sociétés Associées d'Industries Amiante-Ciment), qui centralise, entre autres, les informations scientifiques sur les dangers de l'amiante. 1945 : un tableau de maladies professionnelles dues à l'amiante est créé. Les employeurs ne peuvent prétendre ignorer les risques. Dès la fin des années 1950, le mésothéliome pleural et péritonéal était attribué au rôle cancérigène des fibres d'amiante, mais les organismes de sécurité sociale refusaient d'admettre cette pathologie parmi les maladies professionnelles, du fait qu'elle ne figurait pas au répertoire. 1951 : les frères Blandin créent un matériau à projeter sans amiante. Un flocage sans amiante est disponible et très largement utilisé en France en concurrence avec l'amiante, bien avant l'interdiction de l'amiante dans les flocages. 1964 : la Chambre patronale de l'amiante organise en mai le premier congrès international sur l'asbestose à Caen.. L'Académie des sciences de New York organise en octobre une conférence internationale sur les effets de l'amiante.. 1965 : premier cas recensé en France d'un mésothéliome (dont la seule cause connue est l'amiante). Les importations massives d'amiante continuent néanmoins durant trente ans encore (pour un total équivalant à par habitant). 1971 : les industriels américains du Nord et européens, qui développent des centaines d'applications de la fibre ignifuge, se réunissent à Londres le lorsque des études scientifiques pointent sa nocivité. Les pressions vont s'accroître à plus ou moins long terme, redoute l'organisateur de la conférence, 1975 : les journaux télévisés informent du risque de cancer lié à l'amiante, et du risque de décès, autour de l'actualité de Jussieu, menée entre autres par le chercheur Henri Pézerat. 1976 : une conférence du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) classe l'amiante comme « cancérigène avéré » pour l'homme. 1977 : le professeur Étienne Fournier, président de la commission des maladies professionnelles du Conseil supérieur de la prévention des risques professionnels, directeur du Centre antipoison Fernand-Widal à Paris, professeur de clinique toxicologique et membre de l'Académie nationale de médecine, patronne en 1977 le colloque « Amiante et cancérogenèse humaine », financé par chambre syndicale patronale de l'amiante, qui conclut que ces fibres ne sont cancérogènes qu'en association avec le tabagismePatrick Herman, « Dans l'enfer blanc de l'amiante (Un crime social parfait) », Le Monde diplomatique, avril 2002, . ; Marcel Valtat crée « Communications économiques et sociales » (CES), un des premiers cabinets français de lobbying spécialisés dans la défense de l'image des entreprises commercialisant des produits industriels toxiques dont l'amiante, cheville ouvrière de la minimisation de sa dangerosité (le décès de Valtat en 1993 marquera le début d'un déclin de l'efficacité de ce lobbying) ; Jean Bignon, pneumologue respecté, écrit à Raymond Barre, premier ministre : ; des décrets et arrêtés réglementent l'usage de l'amiante : le flocage à l'amiante, c'est-à-dire la projection de fibres d'amiante avec un liant faible à fin d'isolation thermique, ou le plus souvent de protection contre le feu de structures métalliques, est interdit dans les habitations (décret du ). Mais le décret d' sur la protection des travailleurs exposés aux poussières d'amiante définit une norme d'exposition tolérable dix fois supérieure à celle que le Royaume-Uni a adopté en 1969 ( d'air pour la crocidolite, variété la plus dangereuse de l'amiante). Janvier 1978 : le Parlement européen, dans une résolution, souligne le « caractère cancérigène » de l'amiante. Mars 1978 : un décret du , interdit les flocages contenant plus de 1 % d'amiante dans l'ensemble des bâtiments. L'évolution réglementaire de l'interdiction de mise sur le marché de produits contenant de l'amiante s'étalera jusqu'au , date à laquelle, seules quelques applications pour lesquelles les enjeux en matière de sécurité sont tels, que l'amiante n'a pas encore trouvé de remplaçant fiable. En 1982, l'« Association française de l'amiante » regroupant les industriels de l'amiante crée un Comité permanent amiante (CPA), qui regroupe patronat et syndicats, chargé de la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles. La paternité en revient à l'Institut national de recherche et de sécurité (INRS). Ce comité, , créé par Dominique Moyen, directeur général de l'Institut national de recherche et de sécurité, va orienter la politique sanitaire française pour l'amiante. Ce comité comprendra le professeur Jean Bignon et son successeur, le professeur Patrick Brochard, qui dira par la suite s'être fait piéger : pensait-on alors… . Ce comité, dont le financement sera entièrement dépendant des industries, comprendra aussi des délégués des principaux syndicats qui défendront longtemps l'usage de l'amiante au nom de la préservation de l'emploi. Pendant douze ans, la politique en matière d'amiante sera entièrement confiée à ce comité avec la complicité d'un État français singulièrement passif. 1986 : lorsque les États-Unis envisagent d'interdire l'amiante, la France intervient pour émettre un avis négatif, fondé sur un rapport du Comité permanent amiante. Et quand, poussée par l'Allemagne en 1991, la Communauté européenne s'interroge sur une interdiction pure et simple de l'amiante, le CPA procède de nouveau à un intense lobbying dans les couloirs de la Commission afin d'empêcher toute prohibition, avec le soutien du lobby canadien. En 1991, la Communauté européenne s'interroge sur l'interdiction mais la France, encouragée par un lobbying intensif du Comité Permanent Amiante, contribuera grandement à la situation. En 1992, dans une école de Pontoise, enseignants et parents découvrent la présence massive d'amiante dans les faux plafonds et s'inquiètent. Le maire ferme les classes et un instituteur prévient la CGT, qui renvoie sur le Comité Permanent Amiante. En 1994, la mort de six enseignants au lycée de Gérardmer (Vosges) relance le débat sur l'amiante et à Jussieu une nouvelle génération de chercheurs s'inquiète de la présence de l'amiante. Michel Parigot, responsable du Comité anti-amiante de Jussieu déclare : .

De 1995 à nos jours En 1995, les groupes d'opposition à l'amiante s'attachent à discréditer l'organisme et ses membres, menant une campagne efficace, envoyant des notes à tous les journaux sur le CPA. Certains membres du Comité permanent amiante sentant le vent tourner vont discrètement démissionner et les ministères annoncent quitter une structure où ils affirment n'avoir été qu'. Le comité disparaît fin 1995. Le Claude Allègre dénonce un « phénomène de psychose collective ». 1996 : . : Création en France de l'ANDEVA, Association Nationale DEs Victimes de l'Amiante., qui dépose plusieurs plainte contre X au pénal. Douze ans plus tard, ces plaintes n'ont pas abouti. L'association procure une aide aux victimes, notamment pour l'accès à la reconnaissance en maladie professionnelle et pour l'indemnisation devant les tribunaux. : Des sont ouvertes contre X pour et après des plaintes du comité anti-amiante de Jussieu et de deux enseignants. : , par le décret du relatif à l'amiante, pris en application du code du travail et du code de la consommation. La France est le huitième pays européen à le faire. Depuis 1996, avec des modifications en 1997, 2001 et en 2002, une réglementation s'imposant aux propriétaires d'immeubles bâtis crée des dans leurs locaux, à l'occasion notamment des transactions immobilières ou des démolitions. Dans certains cas exceptionnels où la population serait exposée au risque d'inhalation de fibres d'amiante, des travaux peuvent être imposés. 1997 : L'office parlementaire fustige en termes très durs le laisser-faire des pouvoirs publics. , résume Me Michel Ledoux, avocat d'Andeva (Association nationale de défenses des victimes de l'amiante). . Le gouvernement interdit l'amiante. : Pour la première fois, dans une affaire concernant les victimes de l'amiante. Le tribunal reconnaît la de la société Everite et de la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de Gironde. : L'Assemblée nationale adopte à l'unanimité un amendement gouvernemental accordant une retraite anticipée, dès , aux des établissements de manufacture de l'amiante et aux victimes.