est un ouvrage sur la distillation de Giambattista della Porta, qu'il publia à l'orée de sa vie, en 1608. Il se présente comme une reprise et extension du chapitre 10 de son œuvre principale Magia naturalis.

C'est le point d'aboutissement de plus d'un siècle de publication de traités de distillation. Mais alors que ses prédécesseurs qui exerçaient pour la plupart une profession médicale, avaient pour seule préoccupation la production de remèdes purifiés par la distillation, Della Porta élargit le champ d'application des produits distillés à la parfumerie et la cosmétique. Ses descriptions précises de production d'eaux florales et d'huiles essentielles sont contemporaines du développement de la culture des fleurs à parfum en Italie et dans le midi de la France et de la profusion de parfums utilisés par la noblesse.

Les traités de distillation du Les techniques de distillation apparues dans la partie orientale de l'Empire romain chez les alchimistes gréco-égyptiens (comme Zosime de Panopolis) furent perdues dans la partie occidentale de l'Europe durant le Haut Moyen Âge mais récupérées et développées à Byzance puis dans l'Empire musulman. Elles revinrent en Italie à partir du par l'intermédiaire des traductions des œuvres médico-alchimiques de l'arabe en latin. Du , la distillation fut utilisée par les apothicaires et les chirurgiens pour distiller la matière médicale galénique (plantes médicinales, animaux et minéraux) pour produire des remèdes.

Dans la mouvance de l'alchimie de Johannes de Rupescissa, on assiste à partir de la fin du à une floraison de traités de distillation effectués dans un cadre médical. La distillation de la matière médicale intéresse de plus en plus les médecins car elle était conçue comme une technique d'extraction de la partie pure, thérapeutiquement efficace des remèdes, de la partie impure et toxique. En 1476, le médecin Michael Puff, fait circuler le manuscrit Büchlein von den ausgebrannten Wässern, un traité novateur sur les vertus des « eaux brûlées ». Ce premier traité sera suivi tout au long du d'une multitude de travaux (désormais imprimés) sur les techniques et les applications de la distillation. L'ouvrage de l'apothicaire strasbourgeois Hieronymus Brunschwig, intitulé Liber de arte distillandi de simplicibus (1500) décrit de manière détaillée les ustensiles de distillation et liste 305 notices sur les distillats de substances végétales et animales et leurs indications thérapeutiques. Ces travaux inspireront toute une série de recherches semblables comme Coelum philosophorum (1525) de Philipp Ulsted, le Trésor des remèdes secrets (1552) de Conrad Gesner, le Polychymia de Kaspar Wolf (sous le pseudonyme de D. Euchyon) l'ami de Gesner ou Quatre livres des secrets de médecine et de la philosophie chymique (1573) de Jean Liébault. Della Porta est le point culminant de la tradition des ouvrages de distillation avec la caractéristique essentielle d'élargir le champ d'application de la distillation de la pharmacologie à la parfumerie et la cosmétique.

Comme tous les auteurs de la Renaissance, Della Porta fit des œuvres composées essentiellement de compilations et de citations d'auteurs classiques. L'étude des phénomènes fantastiques « magiques » fut la préoccupation constante de toute sa vie. La chasse aux phénomènes merveilleux commencée à l'adolescence, donna matière à publication à l'âge 23 ans, d'un premier ouvrage de compilations de Magia naturalis (en latin) en quatre livresun livre équivaut de nos jours à un chapitre, et à une réédition en 20 livres à l'âge de 54 ans puis à la reprise du chapitre sur la distillation, sous la forme d'un nouvel ouvrage en 9 livres sur la distillation De distillatione libri IX en 1608, à l'âge de 73 ans. La version française Des distillations publiée à Strasbourg date de 1609.

Avec constance, Della Porta chercha à justifier les phénomènes magiques en montrant qu'ils pouvaient se comprendre si on les replaçait dans un ensemble de relations secrètes et de sympathies occultes liant les phénomènes par des analogies et correspondances. Toutefois certaines de ses études sont manifestement inspirées par la nouvelle rationalité scientifique qui était en train d'émerger avec Galilée. La deuxième édition de Magia naturalis affiche son souci de s'appuyer sur des observations précises quand il aborde l'étude des miroirs et des lentilles optiques, les forces magnétiques des aimants et la distillation.

L’œuvre Della Porta avait une conception plus claire du processus de distillation et des produits obtenus que n’importe lequel de ses contemporains. Son originalité tient moins à sa conception des appareils à distiller qu'à sa compréhension des phénomènes et à ses distinctions claires des différents types de distillats (eau florale et huile essentielle).

Sa présentation des différents produits de distillation est originale et provient manifestement de l'expérience tirée de nombreux travaux menés dans son atelier avec l'équipe d'artisans qu'il employait. Dans cet ouvrage de la maturité, fait alors qu’il avait plus de 70 ans, il affiche un plus grande confiance en ses expérimentations qu'aux textes classiques qu'il considérait auparavant comme la source de toute vérité.

La distillation Comme tous ses prédécesseurs, il adopte une définition de la distillation plus large que celle que nous utilisons de nos jours {| style="border:1px solid #7ba05b;" cellspacing="2" cellpadding="2" align="center"

|La distillation est la résolution en vapeur sous l’action de la chaleur des parties humides qui se transforment en liquide lorsqu’elles rencontrent du froid et un resserrement. (De Distillatione, Livre I, chap. 2)

Cette notion de « distillation » peut se comprendre au sens actuel et alors elle se fait au moyen d'un alambic placé sur un foyer, ou elle peut se comprendre dans un sens plus large et alors elle se fait avec des appareils qui n'ont pas de nom mais que nous allons décrire rapidement.

Les alambics de l'époque sont constitués d'une « chaudière » formée d'un fourneau de briques et de chaux, comportant un foyer sur lequel on disposait d'un récipient (nommé le vaisseau, la fiole, l'ampoule, la cucurbite) rempli du substrat à traiter (des plantes, du vin, du vitriol, etc.), surmonté d'un chapiteau, récipient globuleux prolongé par un long tuyau de décharge, délivrant goute à goutte le distillat dans une fiole (ou réceptacle). Le terme générique pour le produit de la distillation (le distillat) est à cette époque « eau ».

Aux techniques traditionnelles de distillation par ascension et par descente, Della Porta en rajoute une troisième inspirée par son souci de chercher des relations entre le monde des techniques et celui des plantes : {| style="border:1px solid #7ba05b;" cellspacing="2" cellpadding="2" align="center"

|Il y a trois sortes de distillation, comme il y a trois sortes de mouvements: une se dirigeant tout droit vers le haut, la seconde s'inclinant vers le bas, la troisième légèrement en pente, comme couchée. Et ceci provient d'une propension particulière de la nature des herbes. En effet, certaines, d'un esprit plus subtil et ténu, se portent tout droit vers le haut; d'autres faites d'une manière terrestre et plein de lie, sont attirées vers le bas, d'autres d'une espèce intermédiaire tendent à se présenter de manière inclinée. (Livre I, chap. 4) |} Et ces trois types de techniques sont ensuite divisées chacune en quatre sous-types correspondant à la nature de la substance qui transmet la chaleur entre la source de chaleur (le feu, le crottin etc.) et la cucurbite. En bon humaniste imprégné de culture classique, Della Porta distingue les médiums ayant la nature de la terre, de l'eau, de l'air et du feu, les quatre éléments de la philosophie naturelle (correspondant à des milieux à l'état solide, liquide, gazeux et l'état plasma).

1. Distillation per ascensum (avec un alambic) par le feu : flammes lèchent le fond de la cucurbite, pour une extraction complètes des huiles et eaux fortes par la terre : la chaleur du foyer est transmise par de la cendre dans laquelle est placée la cucurbite par l'air : la chaleur du foyer est transmise par l'air ou la vapeur d'eau, enfermé dans un dôme sur lequel repose une multitude de cucurbites (voir figure ci-dessous) par l'eau : la cucurbite, placée dans une coupe remplie d'eau de source, est chauffée au bain-marie. Distillation per ascensum par l'air Distillation au bain-marie Le fourneau est en général une maçonnerie d'environ un mètre de haut (2 à 3 pieds) comportant un foyer (à charbon ou bois) pouvant chauffer une ou plusieurs cucurbites. Les cucurbites et les chapiteaux sont faits de verre, de terre cuite ou de métal (cuivre, plomb, etc.). Ils sont encore à cette époque de taille modeste et relativement fragiles. Pour éviter que les verreries n'éclatent, elles sont lutées (couvertes d'un enduit d'argile et de crin) et chauffées lentement par l'intermédiaire d'un bain-marie à l'eau ou à la cendre.

Pour distiller efficacement, il est important de disposer d'un système de refroidissement des vapeurs (en les faisant passer par exemple dans un serpentin enroulé dans un bac d'eau fraîche). Bien qu'aucun système de refroidissement ne soit décrit dans cette partie de l'ouvrage, Della Porta en mentionnera plus bas pour la distillation des eaux-de-vie ou des huiles essentielles.

2. Distillation per descensum, se fait avec deux récipients au long col placés l'un au-dessus de l'autre, le supérieur contient le substrat à « distiller » (retenu par une grille) et l'inférieur sert à récupérer les « huiles » lourdes s'écoulant vers le bas. Della Porta utilise ce dispositif pour la pyrogénation des bois (de cade, de gaïac, etc.), comme il développe le sujet dans le livre sixième, intitulé De l'extraction d'huile à partir des Bois. La cucurbite supérieure est chauffée par quatre moyens: par le feu: pour extraire l’huile des bois, il faut un feu très vif. La cucurbite de terre cuite ou de cuivre, placée la tête en bas, pleine au 2/3, dont le col est bouché avec une pelote de fils de fer ou de laiton, et embouchée dans un vase de réception. L’« eau » s’écoule d’abord puis lorsqu’elle cesse de couler, l’« huile » descend alors dans le vase de réception. par la terre: l'ampoule supérieure est placée dans de la cendre chaude par l'air: l'air chaud assure un chauffage encore plus léger par l'eau: le feu placé au-dessus du couvercle, chauffe l'eau du bain-marie Distillation per descensum par le feuDistillation per descensum par l'eau 3. Distillation per inclinationen pour « les matières qui montent ou descendent difficilement et ne se dirigent que par cette voie ». La cucurbite est inclinée si bien que le vase de réception est à peu près à la même hauteur.

par le feu, le vase de réception doit être refroidi par des linges ou éponges humides, le feu doit brûler sans interruption pendant quelques jours, l'huile et les eaux couleront. Technique utilisée pour les eaux-fortes et le vitriol par la terre, feu allumé au-dessous et au-dessus de la cornue ou luth par l’air par l’eau Della Porta rajoute deux chapitres sur la distillation par la chaleur du soleil ou de matière en putréfaction.Distillation par d'autres sources de chaleur'par la chaleur du soleil, est utilisée pour obtenir des remèdes pour les yeux, pour produire des parfums qui redoutent par-dessus tout d'être brûlés par d'autres sources de chaleur: crottin, fumier de vache, chaux vive, marc de raisin, pulpes d'olives qui restent après extraction de l'huile.