thumb|vue aérienne du barrage d'Itaipu le 22/09/2013. L'hydroélectricité au Brésil se situe en 2024 au mondial quant à la production avec 9,1 % de la production mondiale, derrière la Chine et devant le Canada, et au quant à la puissance installée avec 7,6 % du total mondial, derrière la Chine et devant les États-Unis. Elle fournissait 55,4 % de la production d'électricité du pays en 2024 (60,2 % en 2023, 63,1 % en 2022) ; cette part dépassait 80 % à la fin des années 1990 et jusqu'en 2011, mais a été fortement réduite par des sécheresses depuis le début des années 2000, au point que la production hydroélectrique brésilienne a baissé de 16 % entre 2011 et 2015 et n'a jamais retrouvé depuis le niveau de 2011.
La centrale d'Itaipu est la puissante du monde, après celle des Trois-Gorges en Chine, et la centrale de Belo Monte, achevée en 2019, est la puissante.
Près de 60 % du potentiel estimé est exploité ou en construction. La plupart des barrages hydroélectriques se trouvent au nord-ouest, dans le bassin amazonien, loin des zones les plus densément peuplées. Des milliers de kilomètres de lignes de transport à haute tension ouest-est ont été construites pour relier ces capacités aux régions côtières énergivores.
Histoire L’État brésilien a créé en 1945« Le bassin du São Francisco : sujet des programmes de développement du Semi-aride » la Compagnie hydroélectrique de la vallée du rio San Francisco, afin de s'intéresser au potentiel hydrique (pour l’énergie et l’irrigation) du « fleuve de l’unité nationale » reliant le Nordeste au Sudest« Le défi de la transition énergétique en Amazonie brésilienne », par Céline Broggio, Marcio Cataia, Martine Droulers et Sébastien Velut, revue Vertigo de décembre 2014 , mais l'installation des équipements hydroélectriques au Brésil a commencé dans les années 1950 et s'est poursuivie en lien avec l'installation de puissantes industries d'aluminium. La majeure partie des barrages a été réalisée dans le sud et le sud-est du pays, mais la réalisation de quelques-unes des plus grandes usines électriques a eu lieu au nord, dans la vaste région de l'Amazonie. Le barrage de Coaracy Nunes, en Amapá sur le rio Araguari, qui s’étire sur dans une vaste plaine affichant une très faible dénivelée, deviendra la première centrale hydroélectrique d’Amazonie, à environ de Ferreira Gomes et de Macapá, mais pour une puissance totale de seulement . Après une phase d'étude commencée en 1956, la phase initiale de la construction est lancée au début des années 1970 et il est achevé en 1975.
L’État du Pará suit en particulier le modèle qualifié de « monohydroélectrique intégré » sur les plans industriel et énergétique, dans le contexte d’un marché mondial de l’aluminium en pleine expansion. Entre 1969 et 1972, des travaux d’inventaire sont coordonnés par le « Comité des études énergétiques en Amazonie » du ministère des Mines et de l’Énergie, sous le gouvernement militaire. Selon les nombreuses informations recueillies, beaucoup d'affluents de l'Amazone sont propices à l'équipement hydroélectrique, à une distance de , contrairement à une croyance répandue, grâce à des dénivelés et des enrochements profonds. Une holding national, Eletrobras, est créée le pour coordonner le programme d’énergie électrique de la région amazonienne. Les routes ouvertes dans les années 1970, d’est en ouest et du sud au nord, l’ont été au milieu de la forêt pour croiser les fleuves amazoniens aux endroits où il serait possible de réaliser des barrages, afin de faciliter l’installation et la diffusion de l’énergie"LE FLEUVE, UN INSTRUMENT DU DEVELOPPEMENT DURABLE", Rapport aux Ministère de l’Equipement (PUCA) et Ministère de l’écologie, 2006 .
Eletrobras fut chargé d’équiper les rapides d’Itaboca par le barrage de Tucuruí, sur la portion du fleuve Tocantins large de , entre les localités de Tucuruí et Marabá dans la partie orientale du Pará. Construit à partir de 1975, il fut inauguré en 1982 sous les militaires. Aux onze turbines pour la première tranche (1984), s'ajouteront les onze autres pour la seconde (2007). Il couvre une zone estimée à hectares, dans laquelle personnes furent recensées en 1975. L'ouverture du chantier fit doubler cette population, par la création de quasi-villes pour les milliers d’ouvriers.
L'étape suivante fut en haute Amazonie, avec le barrage de Samuel () sur le rio Jamari à de Porto Velho et le barrage de Balbina (), édifié au début des années 1980 dans la municipalité de Presidente Figueiredo, sur la rivière Uatumã, dans l'état de l'Amazonas pour alimenter la ville de Manaus, à . Ces deux barrages ont commencé à produire de l’électricité en 1989, mais furent souvent présentés comme une suite d’erreurs techniques: emplacements mal choisis, topographie trop plane, dimensions gigantesques ( à Samuel et à Balbina) causant l'ennoiement de vastes zones forestières, pour un dénivelé et un débit insuffisants à donner une grande puissance aux usines.
Le barrage de Balbina, en particulier, n’a jamais produit le quart de l’électricité espérée, tout en inondant quatre fois plus de terres que prévu"Grands barrages et climat: l’arbitrage infernal du Brésil", par Anne Denis, dans Slate du 6.12.2015 . Le barrage de Santo Antônio produira plus d’électricité que le barrage de Samuel pour une surface submergée inférieure d’un tiers.
L’opposition à ces barrages, qui ont aussi servi aux entreprises minières implantées dans ces régions, a été relativement étouffée car ils ont été construits sous la dictature. Elle n’en a pas moins donné naissance au MAB (Mouvement national des personnes atteintes par les barrages), coalition nationale des différents groupes locaux et régionaux de résistance.
Plus récent, le barrage d'Itaipu, situé sur le Rio Parana, dont l'électricité servira surtout à Sao Paulo, à , a lui aussi anéanti le cadre de vie des populations locales. Ces grands barrages ont aussi détruit la biodiversité des zones inondées, et accéléré la déforestation via l’ouverture de vastes voies d’accès.
L'État brésilien a ensuite tenté d'atténuer les critiques par la création de barrages «au fil de l’eau», c’est-à-dire sans aucune retenue, ou bien accessibles qu’en bateau ou en hélicoptère, entourés d’une zone de protection où tout déboisement est interdit, ou encore par des normes plus sévères, sous forme programmes sociaux et de développement imposés aux barragistes, comme à Belo Monte, où Norte Energia a financé le réseau d’égouts de la ville d’Altamira ou la construction de nouveaux logements pour les populations déplacées.
La part de production hydroélectrique a culminé à 95 % de la production d’électricité du pays en 1995 et représentait encore près de 82 % avant 2001, part qui est revenue à 65 % en raison des sécheresses qui ont touché plusieurs régions de l'est, en particulier les états de São Paulo, Rio de Janeiro, Minas Gerais, Bahia et Pernambouc.
La grande sécheresse de 2001 a entraîné des coupures de courant massives et des restrictions sur une grande partie du territoire et contraint le pays à adopter des mesures de rationnement de l'électricité pendant huit mois, puis étendre son réseau de transport et déployer des centrales au gaz, pour améliorer la résilience du réseau aux changements climatiques 2016 Hydropower Status Report (Rapport 2016 sur l'état de l'hydroélectricité), Association internationale de l'hydroélectricité (IHA), juillet 2016., qui pourraient d’ici 2024 représenter 15 % de la production d’électricité du pays. Le Brésil n'en pas moins poursuivi la construction d’une ligne à haute tension entre 2010 et 2014 sur la rive gauche de l’Amazone.
Le potentiel hydroélectrique du sud du Brésil étant quasi saturé, c’est en Amazonie, zone ultra fragile, que se concentrent les nouveaux projets, notamment sur le rio Tapajós, dernier affluent de l’Amazone encore vierge d’équipements, dont le bassin a jusqu’ici été préservé de la déforestation. Le pays a par ailleurs été confronté à la pire catastrophe écologique de son histoire, après la rupture de deux barrages miniers de la compagnie Samarco, contrôlée par les groupes miniers Vale et BHP Billiton, le , dans le Minas Gerais, causant le déversement de dizaines de milliers de mètres cubes de boues toxiques dans le rio Doce. L’accident a fait et .
Potentiel hydroélectrique Le potentiel hydroélectrique du Brésil est de loin le plus important du continent : son potentiel brut théorique était estimé en 2013 par le Conseil mondial de l'énergie à et son potentiel économiquement exploitable à , dont plus de 50 % sont déjà exploités ( en 2011) ; les projets en cours de construction fin 2011 totalisent avec une production moyenne estimée à ; les projets à l'étude totalisent avec une production moyenne estimée à . Le potentiel économiquement exploitable de la petite hydraulique (< ) est évalué à , dont (56 %) déjà exploités en 2008 ; les projets y ajouteraient World Energy Resources 2013 - Hydro, page 5.16, Conseil mondial de l'énergie, 2013..
Le vaste potentiel hydroélectrique du Brésil est concentré dans le bassin du fleuve Amazone au Nord, alors que la demande d’électricité est surtout concentrée dans les agglomérations de la côte sud-est, où a commencé le développement de l'hydroélectricité à grande échelle au milieu du . Compte tenu des énormes distances entre ces régions, cette disparité a posé d’importants défis pour l’infrastructure de transport de l’électricité.
Production hydroélectrique
Selon l'Association internationale de l'hydroélectricité (IHA), la production hydroélectrique du Brésil s'est classée en 2024 au mondial avec , soit 9,1 % de la production mondiale, loin derrière la Chine (30,4 %) et devant le Canada (7,7 %)..
Sa part dans la production d'électricité du pays atteint 55,4 %..
Selon l'Agence internationale de l'énergie, la production hydroélectrique brésilienne s'est élevée en 2023 à , soit 60,2 % de la production d'électricité du pays Energy Statistics Data Browser - Electricity generation by source, Brazil, 1990-2023, Agence internationale de l'énergie, 21 décembre 2023. ; avec les importés d'Itaipu, cette production est en fait de , soit 61,4 % de l'approvisionnement du pays en électricité Energy Statistics Data Browser - Electricity imports vs. exports, Brazil, 1990-2023, Agence internationale de l'énergie, 21 décembre 2023..
La centrale binationale d'Itaipu (Brésil-Paraguay) produit selon les précipitations par an (minimum : en 2021, maximum : en 2016) ; en 2023 : ., équivalant à 10,1 % de la production d'électricité du Brésil en 2021 et 11,9 % en 2023. Sur les vingt turbines de la centrale, dix produisent pour le Brésil et dix pour le Paraguay ; mais comme la production réservée au Paraguay est supérieure à la consommation d'électricité du pays (), l'excédent ( sur en 2022) est exporté au Brésil Energy Statistics Data Browser - Paraguay : Electricity 2021, Agence internationale de l'énergie, 21 décembre 2023..
+ Production hydroélectrique au Brésil Année Production (GWh) Variation Part prod.élec. 2007 84,0 % 2008 -1,2 % 79,8 % 2009 +5,8 % 83,9 % 2010 +3,1 % 78,2 % 2011 +6,2 % 80,6 % 2012 -3,0 % 75,2 % 2013 -5,9 % 68,5 % 2014 -4,5 % 63,2 % 2015 -3,7 % 61,8 % 2016 +5,9 % 65,8 % 2017 -2,6 % 62,9 % 2018 +5,9 % 64,7 % 2019 +2,3 % 63,5 % 2020 -0,4 % 63,0 % 2021 -8,5 % 55,3 % 2022 +17,7 % 63,1 % 2023 -0,3 % 60,2 % 2024 -3,0 % 55,4 % on remarque que la production a reculé de 16 % entre 2011 et 2015.
La production hydroélectrique du Brésil s'est classée en 2023 au mondial avec , soit 10,2 % de la production mondiale, loin derrière la Chine (27,2 %) et devant le Canada (8,5 %). Sa part dans la production d'électricité du pays atteint 67 % 2024 World Hydropower Outlook (pages 37-40, 48-51, 92-93), Association internationale de l'hydroélectricité (IHA), 12 juin 2024..