vignette|350px|Le chemin du salut, fresque d'Andrea di Bonaiuto, chapelle des Espagnols, basilique Santa Maria Novella, Florence.

Le salut de l'âme est l'un des thèmes fondamentaux du christianisme. Il permet l’accès au paradis. Son étude se nomme la sotériologie. Le salut, dans le christianisme, est associé au Christ, considéré comme le rédempteur de l'humanité ; ainsi la sotériologie est-elle liée à la christologie. Dans le catholicisme, il est offert par la grâce, les sacrements et les œuvres. Dans le protestantisme, il est offert par la foi et la grâce seulement.

Cette notion recouvre une grande variété de thèmes, qui ont été plus ou moins développés selon les périodes de l'histoire et selon les confessions chrétiennes.

Origines Ancien Testament L’Ancien Testament présente trois types d'expiation par procuration qui efface les péchés: l'offrande pascale, le système sacrificiel dans son ensemble, avec la Yom Kippour comme élément essentiel, et le concept d’un messie Serviteur envoyé de Dieu qui a été "blessé pour nos transgressions" et "a porté le péché de beaucoup"Luther H. Harshbarger, John Arthur Mourant, Judaism and Christianity; Perspectives and Traditions, Allyn & Bacon, USA, 1968, p. 289.

Nouveau Testament Le salut dans le Nouveau Testament est possible par la foi en Jésus-ChristTyron Inbody, The Faith of the Christian Church: An Introduction to Theology, Wm. B. Eerdmans Publishing, USA, 2005, p. 217. Différentes images, métaphores et catégories du salut, dans le Nouveau Testament, renvoient au Christ pour le renouvellement d’une relation avec DieuCharles Wackenheim, Raymond Winling, La Bonne Nouvelle du salut en Jésus-Christ. Sotériologie du Nouveau Testament. Paris, Éd. du Cerf, 2007, 527 p. Revue des sciences religieuses 82/2 (2008): 275-276..

Approche historique L'Antiquité : les pères de l'Église Clément d'Alexandrie Au , Clément d'Alexandrie, l'un des premiers chrétiens à maîtriser la philosophie classique antique, utilise de nombreuses images pour décrire le salut apporté par le Christ. Il utilise par exemple celle de la lumière qui donne l'intelligenceQu'elle inonde les hommes de sa lumière, et dissipe les ténèbres où ils sont ensevelis. Qu'elle leur tende une main amie, c'est-à-dire qu'elle leur rende l'intelligence (Protréptique, ch.1, §1, trad. Genoude, lire en ligne), ou de la musique qui adoucit les cœurs, apprivoise les animaux sauvages que sont les hommesEh bien ! toutes ces natures si féroces, toutes ces pierres si dures se sont amollies, sont devenues les hommes les plus doux. Et voilà l'œuvre de notre chantre céleste et de ses divins accords. (Clément d'Alexandrie, Protréptique, ch.1, §4, trad. Genoude, lire en ligne), et leur redonne la vieCeux qui étaient comme morts, ils n'avaient plus part à la véritable vie, n'eurent pas plutôt entendu ce chant céleste, qu'ils se sentirent renaître, et sortirent de leur tombeau (Protréptique, ch.1, §4, trad. Genoude, lire en ligne).

Athanase d'Alexandrie Au , Athanase d'Alexandrie décrit le salut comme étant le fait que Dieu, Père, Fils et Esprit habite en l'homme, déjà en cette vieEt, l’Esprit nous étant donné, - car le Seigneur disait : « Recevez l’Esprit Saint » (Jn 20,22), - Dieu est en nous ; voici en effet comment Jean a écrit : « Si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous. Nous connaissons que nous demeurons en lui et qu’il demeure en nous en ce qu’il nous a donné son Esprit. » (1 Jn 4,12). Et Dieu étant en nous, le Fils aussi est en nous, puisque le Fils dit : « Nous viendrons, moi et le Père, et nous ferons chez lui notre demeure. » (Jn 14,23). (Athanase, Lettre à Sérapion, trad. Lebon, Cerf, SC 15, 1947, §19, ).

Augustin Au , l'évêque africain Augustin d'Hippone développe le thème du salut dans son livre La Cité de Dieu. Ici aussi, le salut, exprimé en termes de régénération, commence au baptême et s'accomplit à la résurrectionCe que dit ici l’Apôtre commence maintenant en nous par le sacrement de la régénération, ainsi qu’il le témoigne ailleurs par ces paroles : « Tous, tant que vous êtes, qui avez été baptisé en Jésus-Christ, vous vous êtes revêtus de Jésus-Christ » (Ga 3,27) ; mais la chose ne s’accomplira entièrement que lorsque ce qu’il y a d’animal en nous par la naissance sera devenu spirituel par la résurrection; car, pour me servir encore des paroles de saint Paul : « Nous sommes sauvés par l’espérance » (Rom 8,24). (saint Augustin, Cité de Dieu, livre 13, ch.23, lire en ligne).

Par ailleurs, Augustin s'était opposé au moine britannique Pélage. Ce dernier soutenait que l'Homme a en lui la force de vouloir le bien et de pratiquer la vertu, une position relativisant l'importance de la grâce divine. Augustin refuse cette vision et déclare que Dieu est le seul à décider à qui il accorde (ou non) sa grâce. Les bonnes ou mauvaises actions de l'Homme (sa volonté et sa vertu, donc) n'entrent pas en ligne de compte, puisque le libre arbitre de l'Homme est réduit par la faute originelle d'Adam. Dieu agit sur l'Homme par l'intermédiaire de la grâce efficace, donnée de telle manière qu'elle atteint infailliblement son but, sans pour autant détruire la liberté humaineLouis Cognet, Le jansénisme, Que sais-je ?, .. L'Homme a donc un attrait irrésistible et dominant pour le bien, qui lui est insufflé par l'action de la grâce efficace. Mais le salut de l'âme après la mort ne vient que de la seule volonté de Dieu (Sola gratia).

Au Moyen Âge La théologie médiévale, dominée par la pensée augustinienne, laisse peu de place à la liberté humaine : Thomas d'Aquin tente cependant d'organiser autour de la pensée d'Augustin un système métaphysique permettant de concilier grâce et liberté humaineÉtienne Gilson, Le thomisme, Vrin, . Il lui faut tenir à la fois l'affirmation de l'action divine dans chaque action de l'Homme, et l'affirmation de la liberté de ce même Homme.

Le jansénisme Le jansénisme est issu d'un courant théologique s'inscrivant dans le cadre de la Contre-Réforme catholique, apparu dans les années qui suivent le concile de Trente mais qui puise ses sources dans des débats plus anciens, p. 10..

Cornelius Jansen, dit Jansenius, a écrit une somme théologique intitulée Augustinus. Il y affirme, en conformité avec la doctrine augustinienne de la sola gratia, que depuis le péché originel, la volonté de l'homme sans le secours divin n'est capable que du mal. Seule la grâce efficace peut lui faire préférer la délectation céleste à la délectation terrestre, c'est-à-dire les volontés divines plutôt que les satisfactions humaines. Cette grâce est irrésistible, mais n'est pas accordée à tous les hommes. Jansen rejoint ici la théorie de la prédestination de Jean Calvin.

Approche confessionnelle L'enseignement catholique Le salut peut être défini ainsi dans l’Église catholique : « Libération définitive du mal et du péché et communion complète avec Dieu. Dans l’Ancien Testament, le salut est espérance d’un sauveur annoncé. L’acte de salut par excellence est, pour la théologie et la vie spirituelle, la résurrection du Christ. Il se réalise sur la croix par le don total que Jésus fait de lui-même par amour. Ce salut n’est pas uniquement à venir, mais il est déjà accessible aujourd’hui, par la grâce de Dieu »Glossaire du site de la Conférence des évêques de France..

La dimension « négative » de l'enseignement catholique sur le salut l'explique comme la réparation du péché de l'homme. Par le péché originel, « l'homme a fait choix de soi-même contre Dieu »Catéchisme de l'Église catholique §398.. Après sa chute, l’homme n’a pas été abandonné par Dieu : l'homme étant incapable de se rapprocher de Dieu par lui-mêmePourquoi suis-je sauvé par la mort d’un homme, Jésus-Christ, il y a 2.000 ans ?, étant incapable de réparer une telle faute, Dieu a envoyé son Fils qui est l'instrument de la réconciliation : sa vie sur terre et son sacrifice sont le moyen pour Dieu de prendre le péché des hommes et de leur accorder possibilité d'accomplir la finalité de l'homme rappelé par Ignace de Loyola : « L'homme est créé pour louer, respecter et servir Dieu notre Seigneur ».

Deneken a montré comment, au , les théologiens catholiques ont critiqué une conception trop sacrificielle et juridique du salut par le Christ. Ils ont alors mis l'accent sur les figures du salut de l'Ancien Testament (prophètes...) et sur les autres aspects de la vie du Christ qui révèlent le salut qu'il apporteMichel Deneken, Le salut par la croix dans la théologie catholique contemporaine. 1930-1985, thèse de doctorat en science des religions. Strasbourg 2, 1986..

La dimension « positive » de la théologie catholique évoque le salut comme vision béatifique, adoption filiale, réconciliation avec Dieu, divinisation.

Doctrines protestantes

Luther En lisant l'Épître aux Romains, Martin Luther élabore la doctrine de la justification par la foi: « le juste vivra par la foi. Dieu ne réclame rien, au contraire, c'est lui qui donne, sa justice infinie est un don »Michel Péronnet, Le , Hachette U, 1981 .. Luther prend la formule dans un sens absolu qui l'amène à adopter la doctrine de la prédestination, car Émile Léonard, Histoire générale du protestantisme PUF, Tome 1, ..

Calvin Jean Calvin pense qu'en désobéissant à Dieu, l'homme est esclave du péché, il n'a plus qu'un « serf arbitre » ; il a gardé sa volonté, mais il a été dépouillé d'une volonté pour le bien. Citant Bernard de Clairvaux, Calvin déclare : « Vouloir est de l'homme. Vouloir le mal est de nature corrompue. Vouloir le bien est de grâce »Jean Calvin, Institution de la religion chrétienne, Vrin, Paris, 1957-1963 II, III, 5.. Calvin dénie à l'homme toute volonté de chercher Dieu. Dieu se penche vers les êtres humains et leur ouvre ses bras tel un père miséricordieux. Toute l'œuvre de justice et de justification est en Dieu. Continuant son raisonnement, Calvin pense que la foi elle-même vient de Dieu. Si Dieu fait tout et l'homme rien, c'est Dieu qui choisit. Les êtres humains ne choisissent rienAndré Dumas, article « Calvinisme », Encyclopaedia Universalis, DVD, 2007.. À peine mentionnée dans l'édition de 1536 de lInstitution, elle a pris peu à peu une place croissante dans les éditions suivantes. Le chrétien n'a plus aucune responsabilité dans son destin après la mort. Son destin est entre les mains du souverain divin à qui il doit s'abandonner en toute confiance.

Jacobus Arminius Jacobus Arminius pasteur néerlandais de l'Église réformée hollandaise a développé la notion d'arminianisme qui amènera à la fondation de la Fraternité remontrante Keith D. Stanglin, Thomas H. McCall, Jacob Arminius : Theologian of Grace, New York, OUP USA, USA, 2012, p. 190. Il prétend, contre la doctrine de Calvin sur la prédestination, que la détermination de la destinée de l'homme par Dieu n'est pas absolue. L'acceptation ou le refus de la Grâce par l'homme joue aussi son rôle dans la justification. Il défend le libre examen comme supérieur aux doctrines des Églises établies. D'abord nommés « arminiens », ses partisans soumirent une « remontrance » aux gouvernements et aux assemblées de Frise et de Hollande afin d'obtenir plus de tolérance à leur égard, en particulier de la part des gomaristes (du nom de François Gomar). D'où le nom de « remontrants ».

Position chrétienne évangélique