Le est un volcan de la cordillère des Andes, un des plus élevés de Colombie. Il culmine à d'altitude. Comme son nom l'indique, il est recouvert de glaciers, lesquels entourent le cratère Arenas et sont en phase de régression rapide. Issu d'un volcanisme de subduction, le a connu de fréquentes éruptions pliniennes au cours de l'Holocène. Celle de 1985 a été l'une des plus meurtrières de l'histoire en rasant notamment la ville d'Armero. En effet, le mélange de cendres et d'eau de fonte provoque régulièrement des lahars dévastateurs. Le volcan est désormais en constante observation afin de protéger au mieux les centaines de milliers de personnes vivant dans les vallées à ses pieds.
La montagne a été gravie pour la première fois en 1936. Sa faune et sa flore, qui comportent plusieurs espèces endémiques de la cordillère Centrale, sont protégées au sein du parc national naturel de Los Nevados.
Toponymie En espagnol, l'adjectif signifie « enneigé » ; par substantivation, un désigne plus particulièrement, en Amérique, une montagne couverte de neiges éternelles nevado dans le Dictionnaire de la langue espagnole de l'Académie royale espagnole.. Le est également appelé et General Data Los Nevados, Natural National parks of Colombia (la « table de Herveo »). À l'époque précolombienne, il était nommé Kumanday Vic Camp, How volcanoes work - The Nevado del Ruiz eruption, soit la « montagne blanche », ou Tabuchía, c'est-à-dire la « chandelle » ou le « feu », mais encore Tama, le « doyen » ou le « grand-père » Generalidades del Nevado del Ruiz, INGEOMINAS - Observatorio Vulcanológico y Sismológico de Manizales. Il est surnommé le « lion endormi » 1985: Volcano kills thousands in Colombia, British Broadcast, .
Géographie Situation thumb|gauche|upright=1.5|Carte topographique. Le est un volcan situé en Colombie, à la limite des départements de Caldas et Tolima, à à l'ouest de Bogota et au sud-est de Manizales. L'océan Pacifique s'étend à à l'ouest. La montagne se trouve dans la cordillère des Andes, plus précisément au sein de la cordillère Centrale, et fait partie d'une chaîne volcanique composée de six édifices principaux qui, du sud au nord, portent le nom de Cerro Machín, Nevado del Tolima, Nevado de Quindio, Santa Isabel, et Cerro Bravo Richard S. Williams Jr., Jane G. Ferrigno, Ruiz-Tolima Volcanic Massif (Cordillera Central), United States Geological Survey, Jean-Claude Thouret, A. Murcia, R. Salinas, , Stratigraphy and quaternary eruptive history of the Ruiz-Tolima volcanic massif, Colombia. Implications for assessement of volcanic hazards, Symposium international géodynamique andine: résumés des communications, Paris, 1990, pages 391–393.
Topographie thumb|left|Image radar par satellite du montrant le cratère Arenas à proximité du sommet.
Le s'élève à d'altitude. Il s'agit d'un stratovolcan de taille moyenne, grossièrement conique, composé de strates de coulées de lave solidifiées et de dépôts de téphras, avec un sommet relativement plat recouvert d'un glacier de moins de . L'édifice moderne est constitué de cinq dômes de lave, tous compris dans la caldeira de l'édifice ancestral : le Nevado del Cisne, l'Alto de la Laguna, l'Alto la Pirana, l'Alto de Santano et la Olleta. Ce dernier, sur le versant sud-ouest du volcan, est désormais inactif mais a pu entrer en éruption depuis le début de notre ère. L'ensemble couvre une surface de et s'étend sur d'est en ouest Dennis S. Mileti, Patricia A. Bolton, Gabriel Fernandez, Randall G. Updike, The Eruption of Nevado Del Ruiz Volcano Colombia, South America, November 13, 1985, Commission on Engineering and Technical Systems (National Academy Press), Washington DC, 1991, page 92 . Le sommet principal abrite le cratère Arenas qui mesure un kilomètre de diamètre et de profondeur. La partie supérieure du volcan a des pentes raides, avec des inclinaisons de 20 à 30° ; le relief de la partie inférieure s'adoucit avec des pentes d'environ 10°. Les piémonts s'étendent pratiquement jusqu'au fleuve Magdalena au nord et la rivière Cauca à l'ouest Dennis S. Mileti, Patricia A. Bolton, Gabriel Fernandez, Randall G. Updike, The Eruption of Nevado Del Ruiz Volcano Colombia, South America, November 13, 1985, Commission on Engineering and Technical Systems (National Academy Press), Washington DC, 1991, page 5 . Sur les deux versants principaux du sommet, des escarpements montrent l'avancée maximale d'anciens glissements de terrain Colombia Volcanoes and Volcanics, United States Geological Survey.
Hydrographie thumb|Photo prise à bord de la Station spatiale internationale montrant les glaciers entourant le cratère Arenas au sommet.
Les glaciers du se sont formés il y a plusieurs milliers d'années et sont en phase de retrait quasi continu depuis le dernier maximum glaciaire. De BP, la calotte locale occupe environ dans le chaînon du Ruiz-Tolima. Vers BP, alors que les glaciers sont déjà en phase de retrait, ils couvrent encore . Au cours du petit âge glaciaire, qui dure de 1600 à 1900 environ, ils occupent approximativement Jean-Claude Thouret, Thomas Van der Hammen, Barry Salomons, Étienne Juvigne, « Paleoenvironmental Changes and Glacial Stades of the Last 50,000 Years in the Cordillera Central, Colombia », Quaternary Research (1), 1996, pages 1–18.
Depuis, les glaciers ont reculé encore sensiblement en raison du réchauffement climatique. En 1959, leur superficie a chuté à . Depuis l'éruption de 1985, qui a détruit 10 % de la calotte sommitale, elle a encore diminué de moitié pour passer de 17- selon les estimations à en 2003. Les glaciers, qui atteignaient d'altitude en 1985, sont remontés à voire d'altitude en 2007.
La calotte locale a une épaisseur moyenne d'environ . Elle atteint dans certaines parties du plateau sommital et au niveau du glacier Nereides, sur le versant sud-ouest. Les glaciers du versant septentrional et, dans une moindre mesure, du versant oriental sont ceux qui ont le plus fondu lors de l'éruption de 1985 ; ils ne dépassent plus d'épaisseur J. Ramirez, J.-C. Thouret, J.L. Naranjo, C.A. Vargas, F. Valla, Nevado del Ruiz, Colombia, 20 years after: Evolution of the ice cap, re-assessment of volcano-snow interactionprocesses that feed lahars, Geophysical Research Abstracts , 2005, pages 1–2. La calotte recouvrant le plateau sommital pourrait cacher une caldeira. En effet, cinq dômes entourant le sommet ont émergé à la suite du retrait des glaciers.
L'eau de fonte des glaciers alimente directement la rivière Cauca et le fleuve Magdalena, respectivement au pied des versants occidentaux et orientaux. Le ruissellement provenant de ces glaciers et de ceux des volcans alentour est une source d'eau potable pour une quarantaine de villes en aval. Les autorités et les scientifiques colombiens sont préoccupés par l'approvisionnement des villes dans le cas où les glaciers viendraient à fondre complètement María Isabel García, The Thawing of the Peaks, .
Géologie Le se situe à la limite de la plaque sud-américaine, à l'aplomb de la zone de subduction de la plaque de Nazca. Il fait partie de la ceinture de feu du Pacifique Walter Sullivan, Plate Under a 'Ring of Fire', The New York Times, . L'arc volcanique se trouve à l'intersection de quatre failles, dont certaines sont actives Cristian Huggel, Jorge Luis Ceballos, Bernardo Pulgarín, Jair Ramírez, Jean-Claude Thouret, Review and reassessment of hazards owing to volcano–glacier interactions in Colombia, Annals of Glaciology , 2007, pages 128–136. Comme c'est fréquemment le cas pour le volcanisme de subduction, le est susceptible de produire des éruptions pliniennes, de type explosif, avec des nuées ardentes qui peuvent faire fondre la neige et les glaciers au sommet et entraîner des lahars dévastateurs.
thumb|Vue du cratère sommital fin novembre 1985.
Le volcan naît il y a 1,8 million d'années, au début du Pléistocène. Trois phases éruptives ont été identifiées au cours de son histoire : ancestrale, ancienne et actuelle. Durant la phase ancestrale, entre 1,8 et 1 million d'années BP, un complexe de larges stratovolcans se met en place. Entre 1 et 0,8 million d'années BP, ils s'effondrent partiellement sur eux-mêmes, formant une vaste caldeira de de diamètre. Durant la phase ancienne, entre et , un nouveau complexe de larges stratovolcans apparaît, incluant le « ancien », le Nevado del Tolima, le Nevado de Quindio et le Santa Isabel. De nouveau, entre et , des caldeiras sommitales explosives se forment. La phase actuelle commence il y a et voit le développement du présent édifice par le biais de l'apparition de dômes de lave constitués d'andésite et de dacite à l'intérieur de l'ancienne caldeira.
Climat Entre et d'altitude, le climat de la montagne se caractérise par des températures comprises entre 6 et tout au long de l'année et des précipitations cumulées de . Entre et d'altitude, les températures chutent entre 0 et tandis que les précipitations annuelles sont de l'ordre de . Au-delà de ces altitudes se trouve l'étage nival : les températures sont fréquemment négatives et les précipitations tombent généralement sous forme de neige. Sur le versant occidental, le gradient thermique adiabatique est de tous les contre sur le versant oriental.
Faune et flore thumb|Photo d'un Ours à lunettes (en captivité au parc zoologique et botanique Bararida de Barquisimeto au Venezuela).
Le est globalement recouvert d'une faible végétation en raison de son altitude et l'épaisseur de la forêt diminue au fur et à mesure que le sommet se rapproche. Sur les piémonts, des forêts mésiques se développent, abritant des arbres de de hauteur. Entre celle-ci et la limite des arbres, les pentes de la montagne sont couvertes de forêts naines, avec des spécimens de de haut. Au-delà, dans la zone du Páramo, la végétation est dominée par des herbes à tussack et des espèces d’Espeletia J. Orlando Rangel-Ch., Aída Garzón-C., Region of Los Nevados Natural National Park, in S.D. Davis, V.H. Heywood, O. Herrera-MacBryde, , Centres of Plant Diversity: A Guide and Strategy for Their Conservation. Volume 3: The Americas, Cambridge, World Wide Fund for Nature, International Union for Conservation of Nature and Natural Resources, 1997 . La région abrite des espèces boisées appartenant aux familles de Rubiaceae, Leguminosae, Melastomataceae, Lauraceae et Moraceae. Les plantes à fleurs sont représentées par les familles de Polypodiaceae, Araceae, Poaceae, Asteraceae, Piperaceae ou encore Orchidaceae.
Parmi les animaux présents sur les flancs du volcan figurent le Tapir des montagnes () et l'Ours à lunettes (), tous deux menacés. Le Toui à front roux (), le Colibri casqué () et sont des espèces endémiques de la cordillère Centrale. En tout, la montagne abrite d'oiseaux endémiques de Colombie, dont 14 confinées à la région autour du . Quinze d'entre elles sont considérées comme menacées.
Histoire Histoire éruptive Le est le second volcan le plus actif de Colombie après le Galeras. La plus ancienne éruption identifiée, au cours de l'Holocène, date de BP. D'autres éruptions se sont produites vers , en 850 av. J.-C., vers , vers , vers , en 1350, en 1541 (incertaine), en 1570, en 1595, en 1623, en 1805, en 1826, en 1828 (incertaine), en 1829, en 1831, en 1833 (incertaine), en 1845, en 1916, du au , du au . Une nouvelle éruption le n'a pas été confirmée. La quasi-totalité de ces événements a consisté en une éruption initiale au niveau du cratère principal suivie d'une explosion phréato-magmatique avec émission de nuées ardentes. Elle a été accompagnée de glissements de terrain, de lahars et de la destruction partielle des dômes de lave. L'intensité des éruptions au cours des derniers milliers d'années tend toutefois à diminuer et les dépôts pyroclastiques sont moins volumineux qu'au cours du Pléistocène.