Nísyros ou Nissiros (en ) est une île grecque située dans le Sud de la mer Égée. Elle fait partie du groupe d'îles de la région administrative du Dodécanèse, dont la principale est Rhodes.
Géographie D'une superficie de avec un sommet de son origine est volcanique. C'est même le plus jeune volcan de la mer Égée dont la dernière éruption, hydrothermale (ou phréatique), date de 1888. La caldeira du volcan a un diamètre de quatre kilomètres et présente deux cratères. L'île est entourée de quatre îlots eux aussi d'origine volcanique : Gyali, Pergoussa, Pachiá, et Strongyli Kasou. Presque au centre de Nissiros, sur le plateau Lakki, s’ouvre le cratère du volcan éteint, Polybotes (diamètre et profondeur ). L’odeur du sulfure d'hydrogène est très marquée et le paysage est souvent qualifié de lunaire.
La capitale et le port de Nissiros est Mandraki, situé au nord-ouest au pied d’une colline abrupte. La blancheur de ses maisons forme un contraste saisissant avec l’obscurité de la terre volcanique. Au sud de l’île, le village de Nikia se perche sur la crête d’une colline, au-dessus du niveau de la mer. Ses maisons blanches avec leurs portes et fenêtres vivement colorées et leurs toits de tuiles ponctuent la campagne verdoyante. Nissiros a beaucoup de belles côtes : à Mandraki, Hochlaki, Agia Irini, Avlaki.
Histoire
Une légende veut que, lors de la guerre entre dieux et géants, Poséidon ait détaché un rocher de Kos pour écraser Polybotès formant ainsi une île. Nissiros est citée dans Iliade d'Homère dans le Catalogue des vaisseaux du deuxième chant (676-680) comme apportant avec Kos, Kalymnos, Kassos, et Karpathos, trente vaisseaux sous le commandement de Phidippe et Antiphos à l'armée grecque menée par Agamemnon et Achille.
L'île est conquise au début du par les chevaliers de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, comme le reste du Dodécanèse, qui édifient un château au-dessus de la petite ville. Elle est donnée en fief à plusieurs familles.
L'île est conquise comme ses voisines par les Ottomans, à partir de 1522.
Construite en 1600, une chapelle consacrée à la Panayia Spiliani (Notre Dame de la Caverne) est liée à beaucoup de traditions et enferme une belle icône du .
Les Italiens occupent l'archipel en 1912, puis les Britanniques, avant son rattachement à la Grèce en 1947.
Économie Les sources chaudes de l’île, connues depuis l’Antiquité et toujours actives aujourd’hui, se trouvent à Loutra ( de Mandraki). D'importantes exploitations minières sont en activité sur l'îlot volcanique de Gyali où est extrait la pierre ponce (ainsi que de l'obsidienne) dans une carrière qui couvre un tiers de sa surface et qui a plus de cinquante ans d'activité.
Pali, un pittoresque village de pêcheurs se trouve à l’est de Loutra. L’intérieur de l’île montre une campagne luxuriante, plantée d’oliviers, d’arbres fruitiers, de figuiers et de vignes. Nissiros fait partie des îles du Dodécanèse qui ne sont pas auto-suffisantes en eau. Elle reçoit de l'eau tous les ans (et surtout l'été à cause de la saison touristique) depuis Rhodes, pour un coût moyen de le mètre-cubeArticle sur I Kathimeriní du ..
Volcanologie
Volcan actif de la mer Égée (éruption phréatique en 1888) et potentiellement dangereux (alerte sismique en 1996-1997), Nisyros a fait l'objet de très nombreuses études volcanologiques (plusieurs centaines de publications scientifiques). En 2025, l'île rejoint la liste des géoparcs de l'Unesco.
Contexte géodynamique L'île de Nisyros (ou Nissiros) appartient à l'arc volcanique sud-égéen, dont elle constitue l'extrémité orientale. Presque entièrement formée de matériaux éruptifs, elle fait partie d'un district volcanique comportant également les îles de Kos, Gyali, Paehia, Pergoussa et Strongyli, actif depuis environ 3 millions d'années, et résultant, comme les ensembles plus occidentaux (Kolombo, Santorin, Milos, Égine, Méthana), de la subduction de la plaque africaine sous la micro-plaque égéenne... L'activité hydrothermale de l'île est connue depuis l'antiquité mais l'étude volcanologique moderne de Nisyros ne débute véritablement qu'avec les travaux de DiPaola en 1974., puis de Vougioukalakis. qui montrent les trois stades principaux de la construction de l'île : l'édification d'un stratovolcan, puis la formation d'une caldera accompagnée de plusieurs éruptions pliniennes et du déferlement de deux nappes de ponces et enfin, l'intrusion de plusieurs dômes dans la caldera et au sud-ouest de celle-ci.
Unités volcano-stratigraphiques vignette| redresse=2| Carte géologique de l'île de Nisyros.. Simplifiée par Jules Rhin.
vignette|Vue du mur oriental de la caldeira de Nisyros, limitant à l'est la plaine de Lakki ; les reliefs à gauche de la photographie appartiennent aux dômes rhyodacitiques post-caldeira. Au fond, le village d'Emborio. vignette|gauche|Superposition des formations pyroclastiques à la pointe de Pali.. Un paléosol est visible entre les ponces supérieures (3) et les ponces inférieures(4);l'avalanche de débris de Vunari affleure sous la brèche (1):
Une étude exhaustive a été menée au début des années 2000 par une équipe de l'université de LausanneHunziker, J.C. et Marini, L., éds., 2005, The Geology, Geochemistry, and Evolution of Nisyros Volcano (Greece). Implications for the Volcanic Hazards. mém. Geology vol. 44, 192 pp., complétée en 2018 par une importante monographie publiée par Elsevier Dietrich, V.J. et Lagios, E., éds., Nisyros Volcano: The Kos - Yali - Nisyros volcanic fields. Springer Intern. Pub., 339 pp.. Les travaux de Lausanne sont fondés sur une approche stratigraphique précise basée sur la notion « d'unités limitées par des discordances » (UBSU = Unconformity Bounded Stratigraphic Units), elle est accompagnée d'une carte géologique à l'échelle du 1/, sur laquelle sont distinguées 36 unités volcano-stratigraphiques regroupées en 8 systèmes principaux. Cette carte diffère des autres documents cartographiques, principalement fondés sur la lithologie. L’utilisation des UBSU comme base de la cartographie volcanologique prête le flanc à la critique, notamment du fait de la très faible extension des unités considéréesKi Hong Chang, 1975, Unconformity bounded stratigraphic units. GSA Bull., 86 (11), 1544-1552. Mais dans le cas précis de Nisyros, cette méthode apporte une vision chronologique qui échappe à la cartographique strictement lithologique, en l’absence de datations. La succession chronologique de 8 unités permet de reconstituer l'histoire éruptive du volcan.
L'unité de Kanafia, qui affleure au sud-ouest de Mandraki, comporte des basaltes en coussins (pillow lava) et des hyaloclastites typiquement sous-aquatiques. Ceci amène à souligner qu'une partie importante des formations volcaniques de l'île se sont mises en place sous la mer et ne sont donc toujours pas visibles aujourd'hui. L'unité de Kremasto est constituée de laves aériennes basalto-andésitiques et andésitiques et de pyroclastites andésitiques. L'unité de Kato Lakki a la particularité de comporter des dépôts lacustres à composante volcanique abondante, ainsi que des lapillis et pyroclastites andésitiques. L'existence de lacs témoigne sans doute de la formation d'une ou plusieurs petites caldeiras, ou de cratères assez vastes pour accueillir des cuvettes lacustres. L'unité de Lies montre des coulées, lapillis, dépôts pyroclastiques et déferlantes de composition basalto-andésitiques, mais aussi la première apparition, dans l'histoire connue du volcan, de produits riches en silice, à savoir des coulées dacitiques et rhyolitiques, ainsi que des dômes rhyolitiques.
L'unité de Fournia est caractérisée par d'importants dépôts épiclastiques remaniant les formations volcaniques antérieures et témoignant d'une vigoureuse phase d'érosion. Ils sont accompagnés par des coulées basaltico-andésitiques et des dômes-coulées dacitiques. Les deux unités suivantes ne forment en réalité qu'une seule UBSU (Kardia), mais elles ont été distinguées, car certaines des formations qui les caractérisent sont associées à l'effondrement de la caldeira que l'on connait aujourd'hui. La sous-unité de Loutra comporte à sa base des débris d'avalanche liés à l'écroulement de dômes dacitiques, puis une coulée andésitique, la dernière de l'histoire de Nisyros. Puis intervient l'épanchement des ponces rhyolitiques inférieures, conséquence d'une puissante éruption plinienne. La sous-unité de Pali débute par des coulées de débris surmontées, sur le flanc est de l'île, par d'épaisses coulées rhyolitiques (aussi appelées formation de Nikia). Une nouvelle éruption plinienne de grande envergure donne lieu à l'épanchement des ponces rhyolitiques supérieures. L'unité de Profitis Ilias débute par des coulées de débris remaniant les ponces supérieures et recouvertes par un fin niveau de ponces vésiculées en provenance de Yali. Puis, dans la caldeira de Lakki, maintenant totalement effondrée, et partiellement sur sa bordure sud-ouest, se mettent en place une série de dômes et de dômes-coulées rhyodacitiques. La dernière unité, celle de Gorceix, regroupe les dépôts et les cratères hydrothermaux, postérieurs à l'histoire éruptive connue, qui occupent la partie sud de la plaine de Lakki. Cette stratigraphie permet de souligner la complexité volcanologique de l'architecture de Nisyros qui a vu le développement, au cours du temps, d'un grand nombre d'appareils et de bouches éruptives. donnant une image plutôt complexe, mais réaliste, de l'édification d'un stratovolcan.
Géochronologie La stratigraphie donne une très bonne idée de la succession des épisodes volcaniques et de l'évolution progressive de la composition des matériaux éruptifs, depuis des roches pauvres en silice, basaltes et andésites, jusqu'à des roches au contraire très riches, telles que les rhyolites. Cependant, elles ne disposent d'aucun âge précis, aucune méthode radiochronologique n'ayant fourni de résultats précis. Les âges des formations volcanique de Nisyros ne sont approximativement connus qu'à partir des données de la téphrochronologie en mer. ou à terre., notamment sur l'île de Lesbos et sur la côte occidentale de l'Anatolie.. Le volcanisme de Nisyros est ainsi postérieur à l'éruption du Plateau de Kos, c'est-à-dire à 161 ky. La nappe des ponces supérieures de la seconde éruption plinienne aurait été mise en place AP.. et les dômes post-caldeira ont fait intrusion après la deuxième nappe de ponces de Yali datée à AP.. L'activité hydrothermale s'est poursuivie depuis cette époque, avec de nombreuses éruptions et explosions phréatiques. Les dernières se sont produites en 1871-1873, puis en 1887.
Pétrographie, géochimie et pétrogenèse vignette|Représentation schématique des réservoirs magmatiques ayant alimenté les éruptions de Nisyros. βh= basaltes hydratés; βa= basaltes andésitiques; a= andésites; d= dacites; r= rhyodacites et rhyolites; f= fractionnement des assemblages conduisant à l'enrichissement en silice des liquides; mm= mélanges de magmas; co= convection; flèches ac= assimilation/contamination. Dessin de Jules Rhin, simplifié d'après Dietrich et PopaDietrich, V.J. et Popa, R.-G., 2018, Petrology and Geochemistry of lavas and Pyroclastics. In: Dietrich, V.J. et Lagios, E., éds., Nisyros Volcano: The Kos - Yali - Nisyros volcanic fields. Springer Intern. Pub., 103-144..