Le Diario de Pernambuco est un journal quotidien paraissant à Recife, dans l'État fédéré du Pernambouc, au Brésil. Fondé le par le typographe Antonino José de Miranda Falcão, le Dario s'enorgueillit d'être le quotidien le plus ancien encore en circulation en Amérique latineD'aucuns considèrent le Jornal do Commercio de Rio de Janeiro comme le périodique le plus ancien d'Amérique latine, ce journal ayant en effet été fondé par Francisco Manuel Ferreira en 1824. Toutefois, il fut fondé sous le nom de Diário Mercantil, et ne prit son nom actuel que le , lorsqu'il fut acquis par le Français Pierre Plancher. Du reste, le site internet de Diários Associados présente le Jornal do Commercio comme ayant été créé en 1827 par Pierre Plancher.. À la naissance du journal, le Brésil venait d'accéder à l'indépendance, et la ville de Recife n'était pas même encore la capitale de la province de Pernambouc et ne le deviendra qu'un an et trois mois plus tard. Pendant ses près de deux siècles d'existence, le journal traversera donc toutes les périodes et partagera toutes les vicissitudes de l'histoire du Brésil et du Pernambouc.

Le Diario commença sa carrière comme un simple bulletin d'annonces, puis se développa progressivement, dans les décennies suivantes, en un journal quotidien au plein sens du terme, d'une part par un élargissement de sa formule éditoriale, qui s'enrichit bientôt de correspondances, de billets payants (les « articles sur demande », souvent polémiques et politiquement orientés), d'actualités nordestines et nationales (sur la base de dépêches d'agence à partir de 1874), d'articles de fond signés de l'équipe de rédaction, de rubriques littéraires, économiques, etc., enfin par l'arrivée de collaborateurs réguliers, et d'autre part, par une extension de sa zone de chalandise, grâce à des nouvelles en provenance des provinces voisines et à un réseau de courriers et de correspondants sur place.

D'abord de tendance nettement libérale sous le bouillant premier directeur Miranda Falcão, qui fit un séjour de en prison pour délit de sédition, le Diario se fera, après qu'il eut été racheté en 1835 par la firme Pinheiro & Faria, le soutien du pouvoir conservateur en place, posture politique qui lui vaudra notamment de se voir adjuger le marché de la publication des actes officiels, cela sans discontinuer pendant plus de , abstraction faite des périodes d'ostracisme correspondant en général aux périodes où le parti libéral était au pouvoir. Le journal deviendra même la propriété de l'homme politique Rosa e Silva entre 1901 et 1903. Néanmoins, le journal se déclara hostile à l'esclavage (non seulement dans des billets payants, mais aussi par ses éditoriaux) et se félicita de l'adoption en 1888 de la loi d'or portant abolition de cette institution. Cette position partisane, maintenue en dépit d'emphatiques protestations d'impartialité et de probité intellectuelle, portera le journal à soutenir d'âpres polémiques avec la presse d'opposition et sera cause aussi de quelques déboires, entre autres, sous la Première République, en , lorsque le siège du journal dans le centre de Recife fut cerné par une foule hostile, et une nouvelle fois en 1913, alors que par suite d'un changement de propriétaire le Diario venait de s'affranchir de toute allégeance partidaire et d'adopter une neutralité effective, au lieu de seulement oratoire. Le journal paiera son attitude critique envers le pouvoir en place dans les derniers mois de l'Estado Novo, période marquée en particulier par une fusillade lors d'une réunion publique devant ses locaux, où périt un étudiant.

Au plan rédactionnel et financier, le Diario passa par des hauts et des bas. Les années précédant la mise en faillite de représentent l'étiage dans l'histoire du journal ; les périodes fastes en revanche furent la décennie 1850, quand notamment l'intellectuel Antônio Pedro de Figueiredo y tenait une chronique hebdomadaire, ainsi que les années postérieures à la rénovation de 1934, où le journal bénéficia de la collaboration de quelques grandes plumes telles que Gilberto Freyre et Assis Chateaubriand.

Histoire Fondation et premières années Premier numéro

Le DiarioOn remarquera qu'en l'espèce, le mot diario, fidèle à la graphie ancienne, ne porte pas l'accent sur le a, comme le prescrit la norme moderne du portugais (diário). Dans cette langue, l'accent (aigu, grave ou circonflexe) sert essentiellement à marquer la place de l'accent tonique, encore que celui-ci ait souvent pour effet de modifier le timbre de la voyelle concernée (au contraire de l'espagnol, où seul l'accent aigu existe, et où cet accent n'a d'autre fonction que d'indiquer l'accent tonique — sans modifier la sonorité de la voyelle — ou de distinguer entre eux certains homophones). fut fondé le par le typographe Antonino José de Miranda Falcão, à son propre domicile, sis au de la rua Direita, et sera tout d'abord imprimé sur une seule feuille, comme bulletin d'annonces immobilières, de ventes aux enchères, d'objets perdus et trouvés, etc., au prix de 40 réisL'unité monétaire monétaire du Brésil au était le réis, à côté du milréis et du conto. Un milréis équivalait à mille réis et se notait 1$000, tandis que le conto était égal à 1000 milréis et se notait 1:000$000. Cf. Kim Richardson, Quebra-Quilos and Peasant Resistance: Peasants, Religion, and Politics in Nineteenth-century Brazil, thèse de doctorat soutenue à l'université Texas Tech de Lubbock en août 2008 et intégralement consultable en ligne), .. Sa présentation se fera, dans le journal lui-même, de la manière suivante :

Dans les premières années du journal, les articles de rédaction resteront rares, et le Diario n'accueillera que quelques billets polémiques. Le contenu du , constitué uniquement d'annonces légères et d'informations maritimes, ne suffisait même pas à remplir les quatre pages, la quatrième et une grande partie de la troisième étant en effet restées blanches.

Liberté de la presse Le , c'est-à-dire dans le numéro 25 de cette année, la première page s'ouvrait par un article intitulé Liberdade de Imprensa (« Liberté de la presse »), commençant ainsi :

Cet éditorial, après avoir occupé plus de deux pages, se terminait par la mention à suivre, et se poursuivra sur plusieurs éditions du journal. Cependant, adoptant désormais une formule plus large, la feuille publiait aussi, à côté de rares articles de la rédaction, des Variétés et des Correspondances, avec des signatures cryptées.

À partir de 1828, en même temps que le format augmentait à 30 x , le tarif de l'abonnement mensuel fut rehaussé à 640 réis. À côté du contenu habituel, l'on y trouvait déjà la reproduction des actes officiels. Le , la devise suivante (en français) vint à figurer à droite sous le titre : « Le Citoyen généreux, en servant la patrie, ne peut avoir le dessein de se rendre haïssable, ou méprisable, à ses yeux — Morale universelle », et sera par la suite maintenue jusqu'en .

Position politique du Diario et incarcération de Falcão En , le propriétaire du journal, Antonino Falcão, qui avait participé à une rébellion républicaine avortée en distribuant des bulletins séditieux et en organisant des réunions secrètes, pendant que d'autres individus se rendaient à l'intérieur de la province pour enrôler des partisans et faire acquisition d'armes, se trouvait en prison et dut rédiger sa Correspondance contre le prêtre conservateur Francisco Ferreira Barreto depuis sa cellule, puis la faire parvenir à son suppléant. L'année précédente déjà, selon l'hebdomadaire O Amigo do Povo (litt. l'Ami du peuple, édition du ), Antonino Falcão avait été inculpé par le procureur, le père Bernardo Luiz Ferreira, du chef de délit de presse, pour avoir injurié « le Haut Caractère, la Dignité, le Moral et la Personne de S. M. I., chef du Pouvoir exécutif », à travers quelques vers sans signature publiés dans son journal ; cependant, le tribunal, réuni le , décida de l'acquitter. Alors qu'il se trouvait encore en prison, où il était détenu comme subversif, Antonino Falcão réussit à envoyer une correspondance au Diario, qui parut dans l'édition du et à la fin de laquelle l'auteur lançait des vivats à la constitution, à l'empereur, à l'Assemblée législative, à la liberté de la presse, aux juges et aux étudiants de la faculté de droitF. A. Pereira da Costa indique, dans son Dicionário Biográfico de Pernambucanos Célebres, qu'Antonino Falcão « fut de nouveau traîné à la prison du fort du Brum, où il gémit pendant ». Cité par ..

Ayant ainsi pris une posture politique, le Diario se fit l'avocat des principes libéraux, polémiquant d'une part contre O Cruzeiro, lui aussi quotidien, et contre O Amigo do Povo, de publication hebdomadaire, tous deux rédigés par le curé, poète, journaliste et grand prédicateur Barreto, et partit en campagne contre les « principes subversifs » de la société secrète Coluna do Trono e do Altar (litt. Colonne du trône et de l'autel), que défendaient les deux journaux précités, et d'autre part contre le père José M. Falcão Padilha. Les critiques, s'exprimant avec âpreté tantôt dans les éditoriaux, tantôt dans les Communiqués ou dans les Correspondances, et soutenant l'indépendance et la constitution aux côtés de l'empereur Pierre et contre les absolutistes de la Coluna, visaient en même temps le président de la province, Tomás Xavier Garcia de Almeida, lequel écrivait aussi dans O Cruzeiro, usant pour cela d'un pseudonyme. La Coluna do Trono e do Altar dissoute par ordre du gouvernement impérial, le Diario poursuivit ses attaques contre le gouvernement provincial. Du reste, l'attitude du Diario, qui ne cessait de s'en prendre aux Colunas dispersées, valut à son propriétaire de sérieuses menaces de la part du lieutenant-colonel de cavalerie Francisco José Martins.

En 1831, le journal s'enrichissait parfois d'un supplément, de deux ou de quatre pages ou même davantage, pour pouvoir accueillir la masse grandissante des Correspondances. Dans le corps du journal étaient publiées sporadiquement des reprises du journal O Repúblico, qui paraissait à Rio de Janeiro sous la direction d'Antônio Borges da Fonseca.

Abdication de Pierre et régence L'abdication de Pierre , qui ne fut connue à Recife que près d'un mois plus tard, sera sujet à jubilation pour le Diario, qui publia dans le Supplément à son édition du , sur seulement quatre lignes, la note suivante : « Nous avons la satisfaction de faire savoir à nos chers concitoyens les heureux événements de la Capitale de l'Empire : l'opinion publique a triomphé. Bravo, Pernamboucains ! » Le lendemain, le journal publia la « Proclamation des représentants de la Nation brésilienne au Peuple du Brésil motivant la cause de la glorieuse Révolution accomplie au sein du gouvernement du Brésil le ». De son côté, Antônio Borges da Fonseca, rédacteur dO Repúblico, publia dans le Diario une succincte proclamation, intitulée Compatriotas, où l'on put lire : « Le parjure a abdiqué ; qu'il s'en aille en paix jouir du fruit de ses trahisons. (…) Je suis en extase : le plaisir cependant m'amène à des réflexions plus sérieuses. Que la constitution soit notre boussole, avec elle nous vaincrons tout. Prudence, concitoyens ! Modération, ordre et respect à tous nos chefs, et la patrie sera sauve ! ». Dans le numéro suivant était reproduite une allocution du président de la province à la troupe, allocution dans laquelle il recommandait « la plus grande subordination » aux supérieurs.