Le demi-solde est un officier du Premier Empire, retiré des cadres d’active par la Restauration. Le nom vient du fait que, n’étant plus employé de manière active mais en disponibilitéMais pouvant être rappelé sous les drapeaux le cas échéant, à la demande de l’État., sa solde est alors réduite de moitié. Menant une vie souvent misérable, la carrière brisée parfois en pleine jeunesse, le demi-solde symbolise le mécontentement d’une partie de la population de l’époque.
Étymologie et définition vignette|Le demi-solde de Nicolas Toussaint Charlet.|gauche Les demi-solde () sont des officiers mis à la retraite d’office en 1814, après la première abdication de l’Empereur, par l'ordonnance du : plus précisément, selon l’article 16 de cette ordonnance, ils sont mis en disponibilité car ils peuvent être rappelés sous les drapeauxExtrait de l’article 16 : « Tous les autres officiers, sans, distinction de grade, y compris ceux qui reviendront des prisons de guerre après l'organisation effectuée, seront admis à jouir, dans leurs foyers, d'un traitement égal à la moitié des appointements d'activité. » ; l’article 17 de l’ordonnance détaille le mode de rappel sous les drapeauxExtrait de l’article 17 : « Les officiers à la suite et ceux en non-activité concourront, avec les officiers titulaires, pour les emplois de tous les corps qui pourront être créés par la suite. ». Celle-ci va réduire les effectifs de l’armée française de plus de cent régiments d'infanterie (sur plus de deux cents) et de trente-huit de cavalerie (sur cent deux).. Les officiers placés en demi-solde en raison de leur non-activité, sont de fait déclassés, privés de commandement et d'affectation et retournent à la vie civile. Ils gardent en revanche leur grade militaire. En fait, leur salaire est bien souvent en dessous de la moitié de celui perçu durant leur période d'activité, d’où leur sentiment de déclassement.
Par analogie, le demi-solde désigne une personne arbitrairement ou injustement exclue d'un mouvement auquel elle avait activement participé.
La demi-solde (nom féminin, pluriel les demi-soldes) est la solde perçue par un militaire en état de non activité. Cette solde est la moitié de la période active.
Destinée Après la première abdication de l'Empereur en , le roi a la maladresse de multiplier les demi-solde tout en recréant une « garde » et une « maison » dont tous les éléments n'ont porté le sabre que dans les rangs des cours européennes, coalisées contre la « République qui s'est donné un Empereur » ; ceux-ci reprennent du service actif souvent avec de hauts grades.
Des hommes surveillés Les demi-solde sont vingt mille recensés en 1815, treize mille en 1819, cinq mille en 1823 et plus que trois mille en 1830 à la fin de la Restauration. Dans le même temps, trois cent mille soldats de l'Empire ont été licenciés purement et simplement.
Commission de classement Une commission est chargée « d'examiner la conduite des officiers de tout grade ayant servi l'usurpateur » ; elle siège jusqu'en 1817 et classe les officiers dans quatorze catégories qui déterminent leur sort (demi-solde, mise à la retraite, démission plus ou moins spontanée, surveillance à domicile, exil).
Ceux des officiers qui ont repris du service pendant les Cent-Jours de 1815 feront l’objet de deux types de mesures : la demi-solde pour les « moins engagés » politiquement auprès de l’Empire, l’exil pour les autres. Les exilés sont classés « très mauvais sujets », mais cela ne les empêchera pas de revenir au service de la France, notamment pour l’expédition d'Espagne de 1823.
L'assignation à résidence Les demi-solde sont assignés à résidence, avec approbation du préfet et doivent recevoir son autorisation pour exercer une activité quelconque. Ils n’ont pas le droit de recevoir un passeport, ni celui de posséder une arme, même de chasse, sauf dérogation spéciale. Toujours placés sous l’autorité militaire, ils doivent solliciter l’autorisation de se marier. Leur courrier est ouvert et éventuellement censuré, au départ et à l’arrivée. Ils doivent se présenter à la gendarmerie de leur arrondissement de résidence tous les quinze jours, et font l’objet d’une surveillance constante de la police, mais surtout d’un rapport trimestriel sur leur conduite, leurs fréquentations, leurs activités, leurs visiteurs
Le retour à la vie civile Lorsque meurt, la royauté ne craint plus grand-chose. Les demi-solde vont revenir à la vie civile par force, souvent dans leurs emplois antérieurs. Commis voyageur est un emploi très prisé car c’est le seul qui puisse briser l’ordre d’assignation à résidence de ces officiers, et il permet de retrouver d’anciens camarades, éventuellement de mener complot contre la Restauration. Mais ces proscrits ne peuvent retourner dans leurs lieux de naissance, car leur lieu d’assignation est soumis à l’autorisation du préfet, qui préfère le plus souvent les voir ailleurs.
L'historien Jean Vidalenc, l'auteur des Demi-solde, étude d'une catégorie sociale démontre à contre-courant des idées reçues, que nombre d'individus de la Grande Armée acceptent aisément le retour à la vie civile et que beaucoup, par exemple, une fois mis à la retraite définitive, en profitent pour se marier ; le versement régulier de leur pension intéresse nombre de veuves ou de filles d'artisans, de boutiquiers ou de petits propriétaires.
Le même auteur constate que les demi-solde se diluent aisément dans un retour à la terre, dans l'industrie et l'artisanat ou encore dans les emplois administratifs. Une majorité sait lire et écrire, dans une société où le nombre des illettrés est supérieur à la moitié de la population, les postes dans l'administration souvent privés de personnel pendant les guerres, s'ouvrent alors largement aux officiers en retraite, et au mépris des règlements, aux demi-solde proprement dits (ils n'ont pas, du moins au début, permission d'exercer un métier). Ainsi, une majorité d'officiers de l'armée impériale ont témoigné d'un loyalisme réel au retour de la vieille monarchie et seulement quelques centaines d'entre eux ont en réalité été victimes d'une épuration politique.
Le retour au service La situation des demi-solde n'est pas définitive aux yeux de l'administration militaire qui les a toujours sous sa dépendance. Un certain nombre de ces officiers reprend du service, rappelle Jean Vidalenc.
Nécessité matérielle faisant loi et ne sachant pas toujours exercer d’autre métier, nombreux sont ceux qui demanderont très tôt leur réintégration dans l’armée, longtemps et avec constance. La solde de par mois pour un capitaine confirmé les oblige de fait à rechercher une rémunération plus forte.
Nombreux aussi sont les officiers bonapartistes « de circonstance ». Ils ont exercé le métier des armes, mais ne se sont pas du tout sentis concernés par la politique ou l’Empereur. Ceux-là sont les premiers à demander leur réintégration dans l’active. Ils forment la majorité des demi-solde de 1814. Après Waterloo, c’est différent. Les moins chauds se sont souvent débrouillés soit pour ne pas participer à la bataille, soit pour se replier bien vite, tout de suite après, vers l’armée de la Loire, et tenter d’échapper à la vindicte royaliste. Là, les demi-solde sont moins nombreux, mais les exilés en grand nombre.
Le retour des Bourbons marque la fin des longues guerres révolutionnaires commencées en 1792. Par conséquent débute un temps d'inactivité pour une société militaire qui a tourné à plein régime pendant presque quinze ans, et qui justifiait alors de son nombre imposant. Le rétablissement de la paix et le délabrement des finances concourent à la diminution de l'armée devenue inutile, d'où la mise en inactivité d'un très grand nombre d'officiers du premier Empire.
Plus tard, la loi Gouvion-Saint-Cyr, si discutée à la Chambre des députés, redonnera à la France en une armée d'environ . Cette nouvelle législation permettra à quantité de demi-solde d'être réincorporés dans l'armée.
Conditions de vie Les officiers déclassés de l'Empire touchent une solde réduite, d'ailleurs très inégale, qui leur permet tout juste de vivre décemment. Ces militaires à la demi-solde sont tenus de s'installer dans le département d'assignation et touchent chaque mois leur demi indemnité au chef-lieu d'arrondissement.
Leurs conditions de vie sont assez misérables. Souvent élevés par la Révolution, ayant servi l’Empereur, longtemps militaires, ces officiers ne disposent pas nécessairement de fortune personnelle et beaucoup répugnent à servir un roi. Le roi a rogné la solde, n'en donne que la moitié à ceux qui ne lui plaisent pas. La liste des admis à la solde de non-activité est longue.
Bon nombre d'anciens officiers de Napoléon, dont la compétence professionnelle première est le métier des armes ouvrent pour améliorer leurs revenus des salles d'escrime (qui sont autant de lieux de ralliement des bonapartistes et des nostalgiques de l'Empereur). Ceci, combiné aux tensions politiques de la Restauration, provoque une recrudescence des duels (interdits mais cependant très fréquents). Bien entendu, ces salles d'escrime sont l'objet d'une surveillance attentive des « mouchards » de la police..
Lieux de rencontre Inactifs, désœuvrés, ruminant leur rancœur, les fidèles se retrouvent alors près de l'Opéra et surnomment l'actuel boulevard des Italiens, le « boulevard du Retour de l'Île d'Elbe ».
La tradition vestimentaire des demi-solde Non employés, les demi-solde n’ont plus droit au port de l’uniforme. Mais c’est souvent tout ce qui leur reste.
La redingote vignette|Homme portant une redingote de demi-solde (manteau long pincé à la taille) et un chapeau claque, boulevard des Italiens, Paris, 1833. On les retrouve souvent en longue redingote civile, de couleur bleu impérial, gris moyen ou verte ; elle est pincée à la taille.. Fermée par des boutons en tissu de même couleur, la redingote est souvent élimée (un peu par provocation : regardez ma misère…) mais elle permet de camoufler plus ou moins les restes d’un uniforme qu’ils portent dessous. Ils portent encore le ruban de la Légion d’honneur, ce qui les fait remarquer de loin.
Le chapeau haut de forme dit bolivar Le port du chapeau de forme, type bolívar, en feutre noir ou marron, se voudrait civil, mais puisqu’ils le portent tous, cela peut être interprété comme un signe caractéristique.
Le bâton noueux Enfin, le gros bâton noueux (canne lisse ou spiralée, souvent plombée) représente une bonne arme que l’on ne peut interdire. Elle se révèle d’une efficacité redoutable dans les rixes qui les opposent souvent à n’importe qui : agents royalistes ; policiers en tenue ou en civil ; anti-bonapartistes de tous poils un peu bruyants en leur présence.
L'uniforme militaire sous la redingote Les habits sous la redingote sont des pièces d’uniforme militaire : la garde impériale, bien sûr, a été frappée la première et avec le plus de sévérité, en particulier les chasseurs à cheval qui côtoyaient Napoléon tous les jours et lui fournissaient sa protection la plus rapprochée. Le gilet vert chasseur à col, à brandebourgs et bord de col jaune passé (neuf c’était en tissu d’or ) est fermé par des boutons or ; la culotte chamois clair est rentrée dans des bottes hongroises noires. Le tout doit être usé et vieilli mais entretenu (avec les moyens du bord) et propre.
Contraste avec les soldats du roi Le Ministre des Finances refuse aux officiers de l'Empire leur solde entière alors qu'il puise largement dans les caisses pour payer, loger, vêtir les , chouans, émigrés, soldats de la Maison du roi. Louis XVIII a laissé créer autour des Tuileries, comme jadis à Versailles, la Maison du roi, avec des compagnies de mousquetaires et de chevau-légers, Corps des Gardes de la porte et Gardes de Monsieur, régiments de Suisses
Pour les demi-solde mieux vaut alors s'éloigner de Paris, puisque le roi n' a plus confiance en eux.