Le sélénium natif est une espèce minérale naturelle, corps simple métalloïde, très rare de formule chimique , correspondant à l'élément chimique sélénium noté Se. Le minéral sélénium appartient à la classe minéralogique des éléments natifs, en particulier dans le vaste groupe des métalloïdes natifs.
Historique de la description et de l'appellation À la suite de la découverte de l'élément Te et du nouvel élément Se, dédié à la lune et analogue au soufre S, parmi les divers résidus soufrés, laissant une boue dans les chambres de plomb, au cours des anciens procédés de fabrication d'acide sulfurique, les minéralogistes l'ont cherché dans la nature et l'ont découvert sous forme d'aiguilles gris noir en 1828, souvent associé au soufre natifBerzélius a mis en évidence à l'usine de Grispholm avec le chimiste directeur technique, Johan Gottlieb Gahn avant 1817 l'élément qu'ils nommèrent sélénium à partir de l'analyse du corps simple, soit une poudre rouge qui se déposait dans les chambres de plomb. Le nom sélénium a été choisi en 1818 pour sa ressemblance avec le tellure, élément déjà bien connu pour sa chimie de base par le chimiste suédois. Lors du grillage des pyrites sélénifères, il se forme en faible partie de l'acide sélénieux qui est réduit ultérieurement dans la chambre de plomb par l'acide sulfureux majoritaire. Il apparaît alors des flocons rouges ou rougeâtres très légers de sélénium, qui forment ensuite par agrégation des dépôts embarrassants de poudre rouge.
Le soufre natif des îles Lipari contient en proportion notable du sélénium, ainsi le sélénium natif est parfois associé au soufre natif.
Le topotype américain est le district minier de Grants, comté McKinley au Nouveau-Mexique.
Cristallographie et cristallochimie La maille de son système cristallin est trigonale. Les cristaux naturels en aiguilles gris-noir peuvent être étudiés à l'œil nu. Il forme un groupe homosymétrique avec le tellure natif.
Le sélénium natif correspond à la forme allotropique du corps simple sélénium la plus stable et la plus dense à température ambiante, appelée Se gris métal par les chimistes. Sa structure se caractérise par des chaînes hélicoïdales de Se presque sans fin, avec n indice de polymérisation par liaisons covalentes très grand. Il s'agit d'un solide covalent étendu, à l'instar du tellure natif ou du carbone diamant.
Ces liaisons covalentes expliquent sa densité relativement faible, par rapport à de vrais corps simples métalliques, plus compactes dans l'empilement atomique (facteur de compacité facilement doublé), comme le fer natif ou tellurique, ou le cuivre natif.
Propriétés physiques et chimiques, toxicologie Purifié par le chimiste, le corps simple Se se présente communément comme une poudre grisâtre. Elle est facilement fusible et distillable, elle fond entre et , l'ébullition se produit avant . La vapeur jaune se condense en gouttelettes brun-noir. La densité de vapeur, mesurée par Henri Sainte-Claire Deville et Louis Troost est de l'ordre de 7,67 à , elle décline lentement pour atteindre 5,7 à .
Le corps simple sélénium est polymorphe. Fondu et refroidi (trempé) rapidement, il prend un aspect amorphe, à cassure vitreuse et brillante, de densité 4,3. En réalité, le sélénium de structure amorphe et non cristalline est au minimum trimorphe, avec ce sélénium Se rouge léger de densité 4,26 (poudre rouge du commerce) et le Se noir plus dense des amas compressé en masses grises ou noires de densité 4,28, enfin les Se noirs, en poudre amorphe ou en amas vitreux compactées provenant de la trempe du Se liquide. Ce corps mauvais conducteur de la chaleur et de l'électricité est brun noirâtre par réflexion, mais rouge par réflexionL'indice de réfraction est inférieur à 3 (sélénium gris le plus dense), de l'ordre de 2,92.. La poudre amorphe rouge, parfois noirâtre, du commerce est insoluble dans l'eau, relativement soluble dans le sulfure de carbone, le benzène et le diiodométhane, l'acide sulfurique concentré. gauche|vignette|Sélénium polymorphe : Se noir, Se gris et Se rouge
Mais ce sélénium amorphe et/ou vitreux, typique du commerce, caractérisé par des cycles est instable : lentement à température ambiante, il se transforme en sélénium cristallin, gris métallique, à cassure grenue, de densité maximale 4,8. La transformation s'opère lentement à partir de et elle est déjà assez rapide passé et surtout vers . Mais si un chauffage est opéré vers , la matière en transformation exothermique s'échauffe de plus en plus jusqu'à . Cette transformation peut être rapprochée de celle qui forme à partir du soufre amorphe le soufre mou. Le Se semi-conducteur parfois bleu-gris est insoluble dans l'eau et l'éthanol, très peu ou quasi-insoluble dans le sulfure de carbone, mais soluble dans l'acide sulfurique fort ou le chloroforme. La conduction électrique du sélénium natif augmente sensiblement lorsqu'il est éclairé ou placé à la lumière du jour.
Il existe encore deux autres sélénium cristallins rouges métastables, caractérisés par deux réseaux monocliniques possibles et par des cycles , de densité intermédiaire 4,5. Il se transforme en sélénium cristallin, gris métallique vers . ils sont toujours insolubles dans l'eau et soluble dans les acides forts oxydants tels que l'acide sulfurique et l'acide nitrique. Ils sont déjà moins ou peu solubles dans le sulfure de carbone.
En résumé, pour obtenir le Se en chaîne hélicoïdale sans fin, il faut chauffer le sélénium Se vitreux du commerce, puis laisser la matière refroidir lentement. En revanche, la dissolution dans le disulfure de carbone permet de cristalliser les cycles Se en prisme oblique à base rhombe après une lente évaporation du solvant CSCette opération a été décrite par le chimiste Eilhard Mitscherlich.. La matière obtenue correspond aux deux formes cristallines monocliniques rouges, décrites ci-dessus.
Le sélénium liquide est toujours très visqueux. Il a été prouvé qu'il s'agit d'un mélange de cycle Se et de longues chaînes polymérisée de Se, décrites Se avec n entier grand de l'ordre de 1000 et plus, et qu'en conséquence théorique, le Se pur ne pourrait exister qu'à l'état solide.
Le sélénium chauffé brûle dans l'air, encore mieux dans le gaz oxygène, avec une flamme bleue. Il se dégage l'anhydride sélénieux SeO avec des odeurs désagréables. gauche|vignette|Combustion du Se chauffé dans un tube à essai Les acides oxydants à chaud, comme l'acide nitrique, engendre l'anhydride sélénieuxLa réaction analogue avec le soufre donne l'acide sulfurique. Voilà une entorse à l'analogie généralisatrice des éléments S et Se. Pour obtenir l'acide sélénique, liquide très acide avide d'eau, il faut des conditions oxydantes plus drastiques, calcination avec KNO en présence de sels de plomb, puis lavage..
Se polymorphe + HNO aq liquide concentré → SeO dissous sous forme d'acide sélénieux ou dégagé sous forme de gaz
L'anhydride sélénieux est une poudre ou masse solide volatile, très soluble dans l'eau. En solution, l'acide sélénieux est réduit par le zinc ou le fer métal, l'acide sulfureux ou HS par barbotage, la décomposition laisse un sélénium pulvérulent rouge, nommé « fleur de sélénium. » C'est l'équivalent en solution aqueuse de la réaction de décomposition typique dans la chambre de plomb en phase liquide/gaz de l'anhydride sélénieux (impureté) avec l'acide sulfureux (produit intermédiaire) qui laisse apparaître des flocons rougeâtres très léger (fleur de Se). Ces flocons sont mouillables par le sulfure de carbone. Avec ce solvant en faible quantité, l'opérateur obtient des paillettes cristallines gris acier.
Analyse, distinction Le sélénium peut être très pur. Une impureté fréquente et notable est le soufre. Le sélénium natif contient souvent des traces de soufre, de tellure.
Il existe des associations sélénium et tellure, dites selen-tellurium en anglais et en allemand.
Les associations avec les métaux portent le nom traditionnel de séléniures. Notons, parmi ces minéraux rares, la clausthalite comme séléniure de plomb, la berzélianite, la klockmannite et l'umangite parmi les séléniures de cuivre, la naumannite comme séléniure d'argent, la tiemannite comme séléniure de mercure, la penroséite comme séléniure de nickel, la palladséite comme séléniure de palladium, ou encore l'eucaïrite comme séléniure mixte d'Ag et de Cu ou la hakite comme sulfo-séléniure de Hg, Cu, Ag et Sb. La lehrbachite, séléniure mixte de plomb et de mercure du type , est considérée comme un mélange de clausthalite et de tiemannite.
Il existe aussi la guanajuatite , un séléniure de bismuth et la paraguanajuatite, un sulfo-séléniure de bismuth.
La matière séléniée, comme le sélénium natif, peut être identifiée par une attaque à l'acide sulfurique concentré à chaud. L'acide sélénieux produit est ensuite réduit par en Se rouge.
Se polymorphe ou dans ses combinaisons + HSO aq liquide concentré à chaud → HSeO + dérivés à base de S oxydés
Toxicité Il s'agit d'un oligoélément à l'état de traces ou de micro-quantités, mais une forte dose est toxique pour les centres nerveux, irritante et agressif pour les muqueuses et peut causer de graves lésions cutanées et des œdèmes pulmonaires. Il est recommandé de ne pas être exposé à une teneur en sélénium natif ou ses composés de d'air.
Ce bio-élément (à très faible dose) intervient notamment dans la stabilisation cellulaire et son rôle attesté contre le vieillissement donne lieu à une intense propagande commerciale.
Gîtologie Le sélénium, à l'instar du soufre natif qu'il accompagne, est présent dans les vapeurs des fumerolles et leurs dépôts de sublimation à relativement basses températures. Les solutions contenant des minéraux ou composés organiques à base de sélénium peuvent subir des processus d'oxydo-réduction qui laissent des précipités de Se natif dans les grès faillés, cas assez fréquent dans les plateaux du Colorado.
Il peut être produit naturellement lors des feux de mines de charbons à partir des diverses pyrites. vignette|Sélénium natif dans les grès du Colorado, avec un stylo pour l'échelle, collection minérale de l'université Brigham Young à Provo, Utah
Il peut accompagner les minerais uranifères, notamment avec la guilleminite, une sorte d'oxy-sélénite hydraté d'uranium et de baryum.
Minéraux associés Tellure natif, soufre natif, pyrite, chalcopyrite, arsénopyrite, ferrosélite, zippéite, métatyuyamunite, métarossite, montroséite, corvusite, clausthalite (séléniure de plomb), berzélianite (berzéline, séléniure de cuivre), umangite (idem), klockmannite (idem), eucaïrite (séléniure d'argent), tiemannite (séléniure de mercure), penroséite (séléniure de nickel), palladséite (séléniure de palladium), hakite (sulfo-séléniure de Hg, Cu, Ag et Sb)
Gisements relativement abondants ou caractéristiques Allemagne mine Anna, Alsdorf, Nord-Rhénanie-Westphalie Dépôts uranifère de Ronneburg, Gera, Thuringe Argentine Los Llantenes Bolivie mine Pacajake, Hiaco, 24 km au nord-est de Colquechaca, district de Potosi Chine district minier de Yutangba district, près de Enshi, province de Hubei Italie Vésuve, Campanie États-Unis Mine United Verde, Jerome, comté de Yavapai, Arizona. Mine Darwin, Californie mine Peanut, Bull Canyon, district Uravan, comté Montrose, Colorado mine Willard et carrière d'or, Nevada mine 23 du parc minier, district minier de Thompsons, comté Grand, Utah Mexique mine Bambolla, à 12 km de Moctezuma, désert de Sonora Tchéquie Kladno
Usages Il s'agit d'un minéral de collection. Le sélénium du commerce est extrait des boues produites lors du raffinage du cuivre, du nickel et du plomb.