vignette|291x291px|Dessin de Bernard Naudin sur l'enfer des pénitenciers militaires paru dans L'Assiette au beurre (1905). Biribi est un terme officieux qui désigne, non un lieu unique, mais un ensemble de compagnies de discipline et d'établissements pénitentiaires qui étaient stationnés en Afrique du Nord, alors colonie française, et destinés à recevoir les militaires réfractaires ou indisciplinés de l'armée française. Dans ces bagnes, les soldats effectuaient des travaux de force soumis à un régime très dur. Son nom dérive du jeu de hasard de Biribi, importé d'Italie en France au début du .
Histoire Les compagnies de discipline apparurent en 1818, dans le cadre de la loi Gouvion-Saint-Cyr, après la chute du Premier Empire, et se développèrent avec le début de la colonisation française en Afrique du Nord..
Avec le passage en Algérie des ateliers de travaux publics, des ateliers du boulet et l'installation des maisons centrales pour détenus militaires, les centres disciplinaires pouvaient accueillir jusqu'à avec une pointe de à la fin de la Première Guerre mondiale. Y régnait une justice militaire arbitraire, pouvant infliger des sanctions corporelles inhumaines comme la « crapaudine » (rester couché sur le ventre, les poignets liés au chevilles ) ou le « silo » (une fosse où le prisonnier croupissait nu).
Les soldats affectés au corps de discipline militaire étaient partagés en trois catégories :
Les "exclus", ayant commis une faute avant le service militaire. Ils étaient exclus de l'armée, mais le ministère de la guerre en disposait néanmoins pour les travaux forcés. Les "joyeux", ayant également été condamnés avant le service et n'étant pas autorisés à servir dans une unité régulière; à la place, ils étaient affectés aux bataillons d'Afrique. Les "camisards", ayant commis des fautes répétées pendant leur service et affectés à des compagnies de discipline dans les régions reculées d'Afrique du nord. Tout camisard, après avoir fait son temps dans une compagnie disciplinaire, devait terminer son service aux bataillons d'Afrique.
En 1848, Amable de Saint-Hilaire, dit Villain de Saint-Hilaire, dramaturge et sous-intendant militaire à la retraite publie Appel à la justice du peuple. Révélations complètes et appuyées de preuves authentiques du régime disciplinaire d'une partie de l'armée d'Afrique : le silo, la flagellation, la barre, le clou, la crapaudineAppel à la justice du Peuple. Révélations complètes et appuyées de preuves sur les barbaries disciplinaires d'une partie de l'armée d'Afrique, Paris, Smith, 1848. Journal de l'imprimerie , Bibliographie de la France, Paris, Pillet aîné, p. 610, .
En 1896, le quotidien L'intransigeant publie des témoignages concordants, qui seront repris en 1900 dans des articles documentés de La Revue blanche, sur les tortures et les meurtres infligés impunément aux disciplinaires malgré l'article 16 du décret du qui dispose que tout châtiment physique est formellement interdit. En argot militaire, le tourniquet désigne le Conseil de guerre. En 1900 et 1901, la Ligue antimilitariste publie trois affiches dénonçant des meurtres commis contre des détenus de Biribi.
Biribi a notamment été rendu célèbre par le livre de Georges Darien, Biribi, discipline militaire, publié en 1890En ligne sur In Libro Veritas (2006)., par la chanson que lui consacra Aristide Bruant, À Biribi (1891), et par les reportages plus tardifs qu'en firent les écrivains Jacques Dhur, Les bagnes militaires. Arbitraire et cruauté (1906), et Albert Londres. Publié en 1924 dans Le Petit Parisien (puis en volume sous le titre Dante n'avait rien vu), le reportage d'Albert Londres contribua à attirer l'attention du grand public sur cette institution et participa ainsi à la réforme des pénitenciers militaires français. vignette|355x355px|Photo parue dans La Vie illustrée montrant le supplice de la crapaudine (1902). En ouverture de son livre, Albert Londres, définit Biribi comme suit : Biribi disparaît en même temps que l'Afrique du nord accède à l'indépendance. En 1956, quand la Tunisie devient indépendante, le 3e bataillon d'Afrique est relocalisé en Algérie puis à Djibouti où il est dissout le , marquant la fin définitive des bataillons d'Afrique. La compagnie spéciale d'Afrique du nord doit également évacuer l'Algérie à l'indépendance, avant d'être dissoute en Savoie en 1976.
Au combat Parmi les unités disciplinaires, toutes n'étaient pas destinées à faire le coup de feu. C'était par exemple le cas des "exclus", dont le casier judiciaire, en plus d'inspirer la méfiance de l'armée, les rendaient indignes de porter une arme. Les "camisards", en revanche, considérés comme récupérables, étaient en théorie des combattants qui suivaient une formation au maniement des armes et pouvaient servir de force d'appoint dans les campagnes de pacification. Mais la plupart du temps, ils étaient employés pour des travaux tels que la construction de routes.
Les bataillons d'Afrique, au contraire, étaient pleinement considérés comme des unités combattantes et participaient aux campagnes au même titres que les autres unités. Les bataillons d'Afrique ont entre autres participé à la conquête de l'Algérie, la guerre Franco-Chinoise et la Grande guerre. Au cours des nombreux engagements auxquels ils ont pris part, les bataillons d'Afrique ne se sont pas montré moins combattifs ou professionnels que les autres unités de l'armée française. Les "joyeux" se sont en effet illustrés en de nombreuses occasions telles le siège de Mazagran, la défense de Cherchell (1840) et le combat de la Maison du Passeur (fin 1914, en Belgique).
Les centres Biribi a plusieurs maisons centrales : Au Maroc : Dar-Bel-Hamrit (Dar Bel Amri).
En Algérie : Bossuet, Orléansville (El Asnam ou Chlef) Douéra, Bougie (Béjaia) Aïn Beïda.
En Tunisie : Teboursouk Foum Tataouine
Annexes Bibliographie Feriel Ben Mahmoud, Bat d'Af, la légende des mauvais garçons, Mengès, 2005. Biribi : L'Assiette au beurre du - dessins de Bernard Naudin. « Biribi, du mythe à la réalité » : conférence à l'École de Guerre du . Aristide Bruant, « À Biribi », in Dans la rue. Chansons et monologues vol. 2, Paris, 1889-1895. [Il existe différents enregistrements de cette chanson dont un par Les Quatre Barbus dans leur disque Chansons Anarchistes et par Marc Ogeret dans "Ogeret chante Bruant"] Georges Darien, Biribi, discipline militaire, Paris, Le Serpent à plumes, coll. « Motifs », 1998. [Première édition : Paris, Savine, 1890] Dominique Kalifa, Biribi: histoire d'un non-lieu de l'imaginaire français, in John West-Sooby (ed), Nowhere is perfect, Newark, University of Delaware Press, 2008, .
. Claude Liauzu, « Biribi et l'opinion française », Politique aujourd'hui, n°1-2, janvier-, p. 31-41. Albert Londres, Dante n’avait rien vu, Paris, Le Serpent à plumes, coll. « Motifs », 1999. [Première édition : Paris, Albin Michel, 1924] .
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Filmographie Daniel Moosmann : Biribi, 1970.
Théâtre Benoît Liothier dénonce Biribi dans une pièce titrée Aux Travaux. Elle est jouée en 1912 devant près d’un millier de personnes à Roanne par le groupe artistique stéphanois avant d’être interdite par le sous-préfet.
Articles connexes Bagne Unité disciplinaire Émile Aubin
Références
Biribi Catégorie:Histoire militaire de la France Catégorie:Colonie pénitentiaire en France Catégorie:Ancienne prison en France