La prose signifie, dans le domaine musical, soit une forme de chant ancien, soit un genre de chant liturgique syllabique.
D'une part, il s'agit d'un chant, normalement chant liturgique, selon le texte en prose et donc le rythme verbal. La plupart des chants grégoriens furent composés en cette façon.
D'autre part, la prose est un chant équivalant à la séquence, normalement exécutée après l'alléluia mais parfois avant. En raison d'une confusion considérable, elles devinrent quasiment synonymes.
Il faut distinguer strictement ces deux catégories, le chant en prose et la prose, car, leurs caractéristiques sont presque opposantes.
Chant en prose Terme
Le terme prose se trouve, initialement, dans l'écriture de Quintilien, au , et signifiait « forme de discours non assujetti aux règles de la poésie ». Puis, au , l'emploi en tant qu'adjectif prosus, prosa, prosum fut établi pour le sens direct, sans détour. L'auteur était Avianus..
Donc, il s'agissait d'abord d'une forme de discours oral ou écrit. L'usage de prose dans la langue française apparut vers 1265, exactement avec cet emploi.
Le terme devint également celui du domaine musical, comme synonyme de in directum en latin, qui signifie la pièce chantée d'un bout à l'autre, sans reprises, sans refrain.Jean Claire, Saint Ambroise et le changement de style de la psalmodie, Traces importants de transformation de la psalmodie sans refrain en psalmodie avec refrain dans le Carême milanais (posthume) dans les Études grégoriennes, tome XXXIV 2006-2007, p. 14 - 15, Abbaye Saint-Pierre, 2007. Mais, on ignore quand cet emploi apparut.
En revanche, dans d'autres sens, le mot prose signifiait anciennement « psaume non canonique ou cantique chanté au par les fidèles en versets alternés (latin vulgaire et grec) avec des antiennes-refrains ». Puis, dans la première moitié du , celui-ci indiquait « hymne latine qui se chant aux messes solennelles après le graduel. ». Dans le contexte musical, il y a donc une ambiguïté considérable.
Chant grégorien
La plupart des chants grégoriens authentiques furent composés, aux IX et X siècles, sous influence de la Renaissance carolingienne, un grand mouvement culturel distingué de la latinité. D'où, sa composition se caractérisait d'une particularité, à la différence de la musique contemporaine : le texte est le premier, la musique, secondaire : « Le chant grégorien est une musique vocale, essentiellement liée à un texte. C'est le texte qui est premier ; la mélodie a pour but de l'orner, de l'interpréter, d'en faciliter l'assimilation. Car ce chant est un acte liturgique, une prière et une louange à Dieu. Ses mots sont sacrés ... ». Mais, le mouvement fit achever une immense cohérence entre la qualité musicale et la liturgie.
Par conséquent, le rythme du chant grégorien reste celui du latin duquel l'accentuation dirige la composition mélodique. On l'appelle souvent rythme verbal. Certes, pour la facilité de composition, les artistes carolingiens profitaient des formules mélodiques qui pouvaient adapter aux mots. Toutefois, chaque terme tenait une mélodie différente, selon la composition de ses syllabes. C'est pourquoi, dans le chant grégorien, il n'existe pas de refrain. Il s'agit exactement d'un chant en prose : « Variés dans ses formes musicales, le chant grégorien l'est également dans ses procédés de composition. Un très grand nombre de pièces nous apparaissent comme originales ; c'est-à-dire que leur ligne mélodique, dans son ensemble et souvent même dans ses détails, est unique et ne se trouve nulle part ailleurs ; il s'agit alors d'une exploitation artistique du texte sous son double aspect matériel et spirituel : l'agencement des mots et leur signification. ».
Les manuscrits peuvent présenter visiblement et plus facilement ce caractère grégorien. Ainsi, dans l'antiphonaire de Hartker (vers 1000), le meilleur antiphonaire grégorien, il y a 12 antiennes « Ô » dont 8 grandes antiennes romaines. Chaque antienne y possède sa mélodie particulière, étant donné que leurs textes sont différents, à l'exception de la syllabe « Ô » ayant la même mélodie et pour laquelle le notateur écrit les neumes identiquesIl est intéressant que le copiste ait attribué son neume un peu différent pour les quatre derniers syllabe « Ô » des antiennes de la liturgie locale. Ils manquent à vrai dire de lettre significative t .
Hymne en prose
Dans le répertoire du chant grégorien, l'hymne reste problématique. Ce genre du chant mesuré duquel le texte aussi est mesuré est en effet la contradiction de la grammaire musicale du chant grégorien. Celles qui sont actuellement chantées ne sont autres que les hymnes versifiées y compris celles de saint Ambroise de Milan, certainement composées par cet évêque au , telle lÆterne rerum Conditor.
En fait, il existait quelques hymnes grégoriennes en prose, dans le répertoire du chant grégorien le plus ancien, qui furent composées selon le style des antiennes.. Néanmoins, il semble que cette façon de composition ait été renoncée. De nos jours, il ne reste que trois hymnes en prose et en usage.. Toutes les trois demeurent nonobstant très importantes dans la liturgie.
L'origine de ces trois hymnes est non seulement très ancienne mais également remonte avant la composition du chant grégorien. D'ailleurs, leurs mélodies ne furent enregistrées qu'au IX ou , étant donné que les neumes n'existaient pas auparavant. C'est pourquoi on ne peut pas savoir facilement s'il y avait de modifications, lorsqu'elles furent intégrées dans le répertoire du chant grégorien. Quoi qu'il en soit, les hymnes grégoriennes les plus anciennes respectent la forme en prose, à la différence des hymnes ambrosiennes.
Gloria in excelsis Deo
Chantée le dimanche, lors de la célébration de la messe, la Gloria était initialement une hymne en prose réservée aux laudes : manuscrit Saint-Gall 20, Psalterium Gallicanum avec Cantica, dit Psautier de Wolfcoz (vers 820 - 830), folio 356 . Il s'agit du manuscrit le plus ancien de l'hymne grégorienne de Gloria.
Il existerait deux raisons pour lesquelles l'hymne Gloria restait en prose, malgré l'existence d'un grand nombre d'hymnes versifiées à partir du . D'une part, la Gloria se commence exceptionnellement avec un texte biblique. Selon Dom Daniel Saulnier de Solesmes, la mentalité des religieux médiévaux était différente de celle de nos jours : une fois écrit, le texte biblique devait être fixé, car il s'agit du texte sacré. Il semble que ce texte () ait empêché la transformation du texte en prose en chant mesuré. D'autre part, il est certain qu'il existait pareillement l'hymne Gloria byzantine en Orient. Des documents, tardifs, indiquent que le texte en grec remontrait au ou au moins au selon les documents sûrs. Si la version byzantine était originaire, la version en latin serait ses traduction et paraphrase.
En effet, dans plusieurs manuscrits grégoriens aux IX et X siècles, il existe une Gloria particulière, appelée par les musicologues Gloria A ou Gloria primus. Celle-ci se caractérise de sa composition mélismatique et était distinguée de versions suivantes, syllabiques et neumatiques. En raison de cette particularité, les spécialistes considèrent qu'il s'agit d'une œuvre issue de la musique byzantine. Comme le chant mélismatique ne peut pas être chant versifié, son texte doit être en prose. Il est assez probable que les versions grégoriennes actuelles succédèrent à ce prototype en gardant son texte.
Par ailleurs, cette hymne possède non seulement la même structure, en prose, avec la Te Deum, mais également les mêmes matériaux, partiellement. Il s'agit des versets XXIV, XXV et XXVI de la Te Deum (de Per singulos à peccato nos custodire). Ces éléments se trouvent dans quelques manuscrits en grec ainsi qu'en latin de la Gloria. Il est possible qu'il existât un lien intime.. La troisième partie de la Te Deum se compose des extraits du psaume, textes bibliques.
Les périodes de la composition de la Gloria in excelsis Deo en tant que chant monodique variaient énormément. Nonobstant, selon les mélodies enregistrées à partir du grâce aux neumes, toutes les Gloria dans le graduel romain du Saint-Siège respectent toujours la structure en prose, quelle que soit la période de composition : de la Gloria XV au jusqu'à la Gloria VIII (à droite) au ..
Te Deum
Cette hymne était faussement attribuée à saint Ambroise de Milan ainsi qu'à saint Augustin d'Hippone, et liée au baptême de ce dernier.
Toutefois, l'œuvre manque de refrain et de rime, caractéristiques typiques des pièces de saint Ambroise. D'ailleurs, au regard du triple Sanctus, le troisième possède une mélodie différente. Cette pièce est donc loin d'être hymne ambrosienne. Selon les études récentes et approfondies, analysant attentivement le texte et le mode employé, il devint évident que l'hymne avait successivement été composée, au moins par trois auteurs. Aujourd'hui, la dernière rédaction est attribuée à Nicétas de Rémésiana († 414 ?)p. 104 - 107 : Te Deum - Palaclitum Spiritum :louange trinitaire destinée au Père / corde-mère Ré, proche de la modalité archaïque ; Tu rex gloriæ, Christe - sanguine redemisti :louange au Christ rédempteur / corde-mère Ré, mais avec principaux degrés différents ; Æterna fac cum sanctisp. 107 : selon Dom Saulnier, Salvum fac populum tuum (sic) ; mais il est certain qu'à partir de ce verset Æterna fac cum sanctis, le mode se modifie. - non confundar in æternum :versets de psaumes. / corde-mère Mi. Per singulos dies ... : psaume 145 (144), verset II Dignare Domine ... : non biblique Miserere nostri Domine ... : psaume 123 (122), verset III Fiat misericordia tua, Domine, ... : psaume 33 (32), verset XXII In te, Domine ... : psaume 31 (30), verset II
Ainsi, en évitant des répétitions, les auteurs accrurent-ils cette hymne, avec de différents morceaux. Il s'agit parfaitement d'un chant en prose ou in directum en latin. Si l'on appelle sa structure centonisation ou rapiéçage musicale selon un jargon des liturgistes et des musicologues., il s'agit indiscutablement d'un chef-d'œuvre liturgique. Te Deum (ton simple) avec notation en quatre lignes, exécution par la Schola Sanctæ Scholasticæ(Il existe deux versions officielles, ton simple et ton romain, à savoir version ecclésiastique)Liturgie latine, mélodies grégoriennes, p. 111 et p. 115, Abbaye Saint-Pierre, Solesmes 2005.Il faut remarquer une formule dans la notation de cette exécution (La - si - Do), qui se trouve, par exemple, à « laudámus » au début ainsi qu'aux deux premiers « Sanctus ». Il s'agit des syllabes accentuées et importantes. La forme spécifique de ces notes est inspirée du neume sangallien, quilisma-pes, employé dans les notations anciennes. Ce neume exprime une preuve authentique du chant grégorien, et donc non chant ambrosien. Il est probable que cet ornement musical fut attaché, lorsque la Te Deum avait été ajoutée dans le répertoire grégorienIl est vrai que, d'après de nombreuses variantes de manuscrits, Dom Jean Claire de l'abbaye Saint-Pierre de Solesmes établit 5 groupes de version dont seul le ton ambrosien possède une structure musicale différente. Mais, faute de notations anciennes, il n'est pas certain que le ton ambrosien est plus ancien que d'autres tons grégoriens. (https://books.google.fr/books?id=IpR17quicsQC&pg=PA26).
Te decet laus
L'hymne Te decet laus est au contraire une louange très courte. Si saint Benoît de Nursie († 547) ne laissa aucun commentaire au regard de la composition, l'auteur peut être attribué, de nos jours, à ce fondateur de l'ordre de Saint-Benoîtp. 176 - 178. Le compositeur de celui-ci aussi profitait une ancienne hymne en grec et issue de la liturgie byzantine.. Dans sa règle de saint Benoît (vers 530), il précisait l'emploi des deux hymnes en prose :
D'où, ces hymnes en prose demeurent toujours très importante dans les offices solennels jusqu'ici.