La bataille de la BicoqueLes Italiens appellent la bataille de Novare du , victoire du maréchal autrichien Joseph Radetzky sur les troupes du royaume de Sardaigne (« Piémont-Sardaigne »)., du , au début de la sixième guerre d'Italie, oppose dans la région de Milan une armée franco-vénitienne commandée au nom de François par Odet de Foix, vicomte de Lautrec, et celles de l'empereur Charles Quint et du pape Léon X, commandées par Prospero Colonna, qui remporte la victoire. Lautrec, ayant perdu une grande partie de son infanterie, est contraint de se replier en Vénétie, laissant ses adversaires maîtres du duché de Milan.
Cette bataille tire son nom d'un lieu-dit Le terme italien signifiait : « petit château établit sur une hauteur ». Aujourd'hui, en français comme en italien, ce terme est devenu péjoratif., aujourd'hui dans les quartiers du nord-est de MilanÀ l'époque à la campagne, Bicocca fait aujourd'hui partie de la commune de Milan, près de Sesto San Giovanni..
Pris de vitesse par les Impériaux à la fin de 1521 et dissuadé par là-même de marcher directement sur Milan, Lautrec regroupe ses forces pour tenter de couper les lignes de communication de Colonna. Mais les mercenaires suisses au service de la France, n'ayant pas perçu leur solde, exigent un affrontement immédiat, contraignant Lautrec à attaquer les positions retranchées de Colonna dans le parc de La Bicoque. Les piquiers suisses marchent à travers champs sous un tir d'artillerie nourri en direction des positions ennemies lorsqu'ils sont bloqués par un chemin inondé surplombé d'un glacis. Déjà décimés par les tirs des arquebusiers espagnols, ils sont obligés de se replier. Par ailleurs, une charge de la cavalerie française destinée à déborder l'aile de Colonna se solde par un échec. Les Suisses décident d'abandonner la campagne et repartent dans leurs cantons quelques jours plus tard, tandis que Lautrec se replie avec les débris de son armée en territoire vénitien.
Cette bataille marque la fin de la domination des fantassins suisses sur les champs de bataille des guerres d'Italie, avec la progression de colonnes compactes de piquiers privés de tirs d'appui, ainsi que le début d'une série d’engagements où le rôle des armes à feu devient décisif.
Contexte Le début de la sixième guerre d'Italie En 1521, Charles Quint est à la fois empereur, chef de la maison de Habsbourg (possesseur des principautés autrichiennes), roi de Castille et roi d'Aragon, occupant la plus grande partie de la Navarre, souverain des Pays-Bas, comte de BourgogneLe (ou la) comté de Bourgogne, qui est alors dans l'Empire, correspond à la Franche-Comté, sans Besançon, qui est une ville libre. La capitale est Dole. Les Pays-Bas et le comté de Bourgogne forment le cercle impérial de Bourgogne. : ses possessions encerclent le royaume de France.
En Italie, François occupe le duché de Savoie et détient depuis 1515 le duché de Milan (traité de Viterbe, à la suite de la victoire de Marignan), dont le gouverneur est le vicomte de Lautrec, maréchal de France. De son côté, Charles Quint détient le royaume de Naples, convoité par les rois de France depuis Charles VIII, et le royaume de Sicile, possessions anciennes de la couronne d'Aragon.
Le conflit entre Charles Quint et François , qui a en vain tenté d'être élu empereur, éclate en 1521 sur plusieurs fronts : en Espagne, l'armée franco-navarraiseLa Basse-Navarre est détenue avec le titre de « roi de Navarre » par la maison d'Albret, à cette date : Henri II de Navarre, qui est aussi comte de Foix et vicomte de Béarn. de Guillaume Gouffier de Bonnivet s'empare notamment de Fontarrabie ; dans le nord du royaume, les Français attaquent Luxembourg et les Néerlandais conduits par Henri de Nassau répliquent à Ardres, Aubenton et Mézières ; en Italie, une grande opération est lancée contre le duché de Milan par la coalition réunissant Charles Quint, le pape Léon XJusqu'au décembre ; Adrien VI, un Néerlandais (Adriaan Floriszoon) proche de Charles Quint, à partir de janvier 1522. et la famille Sforza.
La guerre pour le duché de Milan thumb|320px|Situation politique de l'Italie : les duchés de Savoie et de Milan sont sous domination française et la république de Venise est alliée à la France. Les principautés autrichiennes et le royaume de Naples sont des possessions de Charles Quint, qui est allié au pape, chef temporel des États pontificaux. La république de Florence et les autres États changent régulièrement de camp.
Une puissante armée issue des États pontificaux, menée par le marquis de Mantoue Frédéric II, renforcée par des troupes espagnoles venues du royaume de Naples et de contingents plus modestes d'autres principautés italiennes, se concentre près de MantoueOman, Art of War, 174. sous le commandement de Prospero Colonna. Une force d'appoint formé de contingents souabes convoqués en Italie par Charles Quint traverse le territoire vénitien par la vallée du Mincio sans rencontrer d'oppositionOman, Art of War, 174–175. L’incapacité apparente des Vénitiens à interdire le passage à l’ennemi à travers leur territoire suscitera par la suite la colère des Français. et s'installe à Valeggio sul Mincio.
Les troupes de Colonna quittent alors Mantoue et entrent en territoire milanais. Mais pendant quelques mois, Colonna mène une tactique de guérilla contre les garnisons françaises, mettant le siège devant quelques villes, mais évitant toute bataille rangée. À l’automne 1521, les forces de Lautrec, qui ont entrepris la mise en place d'une ligne défensive entre l’Adda et Crémone, sont affaiblies du fait de nombreuses désertions, particulièrement parmi les mercenaires suissesOman, Art of War, 175. Oman cite des sources contemporaines mentionnant seulement Suisses encore à leur poste pour un recrutement initial de ..
Colonna saisit l'occasion et franchit l’Adda à Vaprio, à à l'est de Milan ; Lautrec, manquant d’infanterie et considérant que la campagne de l'année en cours est terminée, se replie sur MilanOman, Art of War, 175–176.. Mais Colonna n'a pas l'intention de renoncer à l'avance qu'il a prise. Dans la nuit du , il attaque la ville par surprise, débordant les défenseurs vénitiens qui gardent les remparts. Après quelques combats de rues désespérés, Lautrec se retire à Crémone avec Oman, Art of War, 176. Les forces restantes de Lautrec se composent de et de ..
Au mois de , les Français perdent Alexandrie, Pavie et CômeOman, Art of War, 176. Côme tombe après avoir été assiégée ; les deux autres villes se soulèvent et chassent les garnisons françaises.. François II Sforza, commandant des renforts venus d'Allemagne, contourne l'armée vénitienne à Bergame et fait sa jonction avec Colonna à Milan. Lautrec a entre-temps obtenu le renfort de piquiers suisses, de quelques contingents vénitiens et de compagnies françaises commandées par Thomas de Foix et par Pedro Navarro. Il s'est également assuré les services du condottiere Jean des Bandes NoiresOman, Art of War, 176. Jean, qui était encore récemment au service des États pontificaux, dénonce son contrat (sa condotta) au motif qu’il ne s'est engagé qu’avec le précédent pape, Léon X, et non avec son successeur, Adrien VI.. Les Français attaquent Novare et Pavie, espérant ainsi attirer Colonna dans une bataille rangéeHackett, Francis the First, 249 ; Oman, Art of War, 176–177.. Colonna quitte Milan et établit une place forte dans le monastère de Certosa au sud de la ville. Considérant que cette position serait trop difficile à prendre, Lautrec préfère attaquer les lignes de ravitaillement de Colonna en effectuant des chevauchées entre Milan et Monza, barrant ainsi les routes entre le Milanais avec les AlpesOman, Art of War, 176–177..
Mais Lautrec doit alors faire face aux exigences des mercenaires suisses, qui forment l'essentiel des effectifs de l'armée française et qui n'ont pas reçu de solde depuis leur arrivée en Lombardie. Les capitaines suisses, représentés par , exigent que Lautrec attaque l’armée impériale, faute de quoi les mercenaires repartiraient vers leurs cantons d'origine. Lautrec se résout alors à regret à faire marcher ses troupes vers le sud, en direction de MilanArfaioli, Black Bands, 10; Hackett, Francis the First, 249 ; Oman, Art of War, 177–178..
Préparatifs thumb|right|Plan de la bataille. Les mouvements des troupes de Lautrec sont marqués en bleu ; ceux des Impériaux, commandés par Colonna, en rouge.
Le camp retranché de Colonna à la Bicoque Pendant ce temps, Colonna déplace ses troupes dans un nouveau camp fortement retranché : le parc du manoir de La Bicoque, à environ au nord de Milan.
Ce parc contrôle la route de Milan à Monza et Bergame, le long de laquelle a été creusé un grand fossé, qui protège le parc à l'est. Il ne peut être franchi que par un seul pont (de pierre), situé à quelque distance au sud des jardins. Du côté ouest, le parc est à l'abri d'une vaste étendue marécageuse. Le côté nord est bordé par une route et dresser une levée en terre au sud de cette route. Son artillerie, mise en batterie sur des plates-formes en débord de cette levée, peut ainsi à loisir balayer le glacis au nord, ainsi qu'une partie de la route elle-mêmeHall, Weapons and Warfare, 175 ; Oman, Art of War, 178–179. Oman signale que les descriptions du glacis au nord des jardins diffère d'une source à l'autre, certaines évoquant une route en déblai tandis que d’autres parlent d’un fossé..
Organisation des troupes de Colonna Le flanc nord des jardins fait moins de de longueur, ce qui permet à Colonna d'y disposer ses troupes en rangs compacts.
Juste en contrebas des remparts, quatre rangs d’arquebusiers espagnols, commandés par Fernando de Àvalos prennent position. Ils sont appuyés par des piquiers espagnols et des lansquenets souabes commandés par Georg von FrundsbergOman, Art of War, 178–179 ; Taylor, Art of War, 51–52.. Le gros de la cavalerie impériale se tient à l'extrémité sud des jardins, loin en arrière de l'infanterie ; un corps de cavalerie à part protège le pont au sud-estOman, Art of War, 179 ; Taylor, Art of War, 125. Oman pense que d'Avalos et les autres capitaines espagnols gardent en mémoire le fiasco qui avait résulté de la précipitation des chevaliers à la bataille de Ravenne dix ans plus tôt, et adoptent cette disposition pour se prémunir d'une répétition..
Au soir du , Lautrec dépêche en éclaireurs sous les ordres du sieur de Pontdormy afin de reconnaître les positions ennemies. Cette patrouille constate que la position est barrée par des fossés inondés et est inexpugnable de ce côté, informations qui ne dissuadent cependant pas les capitaines suisses de leur projet d'attaqueOman, Art of War, 179..
Colonna, averti de l'arrivée des Français, envoie des messagers vers Milan pour demander des renforts ; Francesco Sforza rallie le camp le matin suivant avec , faisant sa jonction avec la cavalerie de Colonna près du pont de pierreOman, Art of War, 179. Ces contingents de Milanais sont composés de 400 chevaliers et de . Oman décrit des hommes en uniforme ; il pense qu'il s'agit essentiellement de membres des milices urbaines..
Dispositif de l'attaque française Arrivant de Crémone située au sud-est de Milan, les troupes françaises s'installent pour la plus grande part au nord du camp de Colonna.
Le gros des troupes d'assaut est constitué par deux colonnes de fantassins suisses (de à chacuneArfaioli, Black Bands, 11 ; Hall, Weapons and Warfare, 175; Oman, Art of War, 179–180. Arfaioli estime le contingent des colonnes suisses à , Oman à . Hall et Oman indiquent que les sapeurs commandés par Pedro Navarro accompagnent les Suisses, pour permettre la mise en batterie de l’artillerie.), appuyées par de l’artillerie de campagne. Ces colonnes doivent s'emparer du rempart nord du camp de Colonna.