Paterson est un film de Jim Jarmusch, sorti en 2016, avec Adam Driver et Golshifteh Farahani dans les rôles principaux. Il est présenté en sélection officielle au Festival de Cannes 2016.
Le film suit un chauffeur de bus qui écrit de courts poèmes inspirés de son quotidien. Il fait surgir la poésie de la routine, des rituels, des décors de sa ville, des objets familiers, des humains qui l'entourent et qu'il observe avec bienveillance.
Synopsis
vignette|alt=Les gorges d'une rivière, qu'enjambe un pont métallique. Derrière le pont, une chute d'eau.|gauche|upright=1|Le pont Chasm et les chutes de la rivière Passaic, à Paterson.
Le film montre sept journées de la vie de Paterson, chauffeur de bus vivant à Paterson, ville ouvrière du New Jersey. Il mène une vie réglée, paisible, harmonieuse.. Il se lève sans réveille-matin entre et , parfois à .. Il conduit son bus, observant l'animation des rues, captant amusé les conversations de ses passagers… et voyant des jumeaux partout, depuis que sa compagne a rêvé qu'elle en attendait. Il déjeune sur un banc, face au pont Chasm et aux chutes de la rivière Passaic. Il profite de cette pause pour écrire des vers dans son carnet secret. Car il rédige des poèmes inspirés de sa vie et de ses rencontres. Il décèle de la poésie dans la routine, dans les rituels et les décors, dans la banalité de menus incidents, dans les paroles des humains qu'il côtoie. Ses vers libres chantent . Le soir, Paterson retrouve sa maison, sa compagne Laura. Il va promener leur bouledogue, Marvin, s'arrête dans un bar où il croise des amis et boit une bière ..
Paterson est un calme, un taiseux. Il offre un contraste étonnant avec Laura., femme au foyer enthousiaste, cuisinière audacieuse, bouillonnante de créativité, obsédée de cercles et de noir et blanc qu'elle décline inlassablement dans la décoration du logis, dans les vêtements, dans les pâtisseries. Paterson doit manger des céréales circulaires chaque matin.. Parfois interloqué, parfois héroïque (il avale tant bien que mal la tourte aux choux de Bruxelles et au cheddar.), toujours bienveillant, il laisse Laura . Laura lui fait promettre de photocopier ses poèmes pour les soumettre à des éditeurs. Du bout des lèvres, Paterson promet.
Dans la ville, berceau de nombreux talents artistiques, chacun se sent artiste. : le chauffeur de bus est poète ; une écolière aimant Emily Dickinson l'est aussi ; un touriste japonais aussi ; Laura se disperse entre décoration, cuisine créative, musique et rêves de maternité ; Everett théâtralise ses déconvenues amoureuses ; Method Man martèle son rap avec conviction dans un lavomatique… Seul, Donny, le chef du dépôt des bus, ne veut voir que l'aspect prosaïque des choses, et se plaint tout le temps ..
Le samedi soir, Paterson et Laura sortent pour aller voir un film en noir et blanc. Au retour, ils découvrent que le bouledogue Marvin a manifesté sa contrariété en déchiquetant en menus morceaux le carnet secret contenant les poèmes que Paterson n'avait toujours pas photocopiés.
Le coup est rude pour Paterson. Le lendemain, dimanche, est son jour de repos. Profondément abattu, il éprouve le besoin d'aller prendre l'air, seul. Il s'assied là où il a coutume de déjeuner, devant le pont Chasm et les chutes, lieu de rêverie favori de son poète préféré, William Carlos Williams. Un touriste japonais engage la conversation. Il parle de l'École de New York, de Frank O'Hara, d'Allen Ginsberg, de Ron Padgett… Ce Japonais est un poète. Comme William Carlos Williams, il a consacré un recueil de vers à la ville de Paterson. Il demande à son interlocuteur s'il écrit lui-même des poèmes. Paterson répond fermement que non, qu'il n'est rien d'autre qu'un chauffeur de bus. Le Japonais exprime des doutes. Il offre à Paterson un superbe carnet vierge. Il prend congé. Paterson examine le carnet, l'ouvre, puis sort un stylo de sa poche. Un nouveau poème naît aussitôt.
Fiche technique vignette|alt=Portrait de trois quarts. Coiffure « rocker » des années 1950, cheveux blancs, lunettes de soleil, vêtu de noir.|redresse=1|Jim Jarmusch au festival de Cannes 2016.
Titre original : Paterson Réalisation : Jim Jarmusch Scénario : Jim Jarmusch Musique : Sqürl (Jim Jarmusch, Carter Logan, Shane Stoneback)Josué Morel, « Poétique du vernis », sur critikat.com, 20 décembre 2016 (consulté le 9 février 2017). Décors : Mark Friedberg Costumes : Catherine George Son : Robert Hein Photographie : Frederick Elmes Montage : Affonso Gonçalves. Production : Joshua Astrachan et Carter Logan (producteurs), Daniel Baur, Ronald M. Bozman, Jean Labadie et Oliver Simon (producteurs exécutifs) Sociétés de production : Amazon Studios, Animal Kingdom, Inkjet Productions, K5 Film, Le Pacte Sociétés de distribution : Le Pacte (France, en salles), Mongrel Media (Canada, en salles), Filmcoopi Zürich (Suisse, tous médias). Budget (estimation) : « Paterson », sur powergrid.thewrap.com (consulté le 9 mars 2017). Pays d'origine : , , Jef Costello, « Paterson », sur fichesducinema.com, 19 décembre 2016 (consulté le 9 février 2017). Langue originale : anglais Format : couleur - 1.85 : 1 - son Dolby SRD Genre : drame Durée : 118 minutes Dates de sortie : France, (Festival de Cannes 2016) ; (sortie nationale) Canada, (Festival international du film de Toronto) ; (sortie nationale) Allemagne, Belgique, AFP, « Une bande annonce pour le poétique Paterson de Jim Jarmusch », sur rtbf.be, 16 novembre 2016 (consulté le 6 février 2017). Espagne, Suisse romande, Suisse alémanique, « Paterson », sur cineman.ch, (consulté le 7 février 2017). États-Unis, Italie,
Distribution
Adam Driver : Paterson, conducteur de bus Golshifteh Farahani : Laura, compagne de Paterson Rizwan Manji : Donny, chef du dépôt des bus Dominic Liriano et Jaden Michael : les enfants parlant du boxeur Rubin « Hurricane » Carter Barry Shabaka Henley : Doc, le patron du bar Trevor Parham : Sam, copain de bar de Paterson Troy T. Parham : Dave, frère jumeau de Sam Brian McCarthy : Jimmy, un usager du bus, prétendu séducteur négligeant de pousser son avantage Frank Harts : Luis, copain de Jimmy, prétendu séducteur tout aussi peu réaliste Luis Da Silva Jr. : Blood, l'un des jeunes dans la voiture décapotable William Jackson Harper : Everett, amoureux éconduit Chasten Harmon : Marie, la jeune fille harcelée par Everett Cliff Smith, dit Method Man : Method Man, rappeur de lavomatique Kara Hayward : l'étudiante anarchiste Jared Gilman : l'étudiant anarchiste : la jeune poétesse Johnnie Mae : la femme de Doc Masatoshi Nagase : le poète japonais
Production
Genèse vignette|alt=Photo noir et blanc. Portrait de face, en costume trois pièces.|droite|redresse=1|William Carlos Williams vers 1920.
Jarmusch aime les poèmes courts de William Carlos Williams, prédécesseur des poètes de l'École de New York. En revanche, le long poème en cinq livres de cet auteur, Paterson, n'est pas un des préférés du cinéaste. Jarmusch le trouve , il ne comprend pas tout. Mais c'est ce poème qui lui donne l'idée d'un homme portant le nom de sa villeJim Jarmusch, interrogé par Nicholas Elliott le , « Paterson », sur la-coursive.com, Cahiers du cinéma, , octobre 2016.. Williams y parle en effet de la ville comme d'un homme :
Le réalisateur visite la ville de Paterson dans les années 1990. Il porte en lui le projet de film pendant une vingtaine d'années, prenant des notes. C'est en travaillant sur le documentaire Gimme Danger qu'il commence à écrire le scénario de Paterson. C'est un scénario :
À la fin de l'année 2014, Adam Driver et Golshifteh Farahani sont contactés pour les deux rôles principaux. La préproduction débute durant l'été 2015.
Tournage
Le tournage a lieu à la fin de l'année 2015. Il dure . Des prises de vue ont lieu dans la mesure du possible à Paterson (les trajets en bus, les chutes d'eau), mais, pour des raisons de crédit d'impôt, la plus grande partie du tournage doit se faire dans l'État de New York : dans le Queens (le bar de Doc), à Yonkers (la maison du couple, la panne de bus) et à (l'usine désaffectée).
La ville de Paterson
À une trentaine de kilomètres de New York, Paterson, , est une ville célébrée par les poètes William Carlos Williams (1883-1963) et Allen Ginsberg (1926-1997).
Ville ouvrière aujourd'hui en décrépitude« Synopsis », dossier de presse du film (consulté le 11 février 2017)., elle est décrite en interview par Jarmusch comme un lieu mal famé, où il y a . Mais le réalisateur ne cherche pas à en donner dans son film un portrait réaliste ni social. Il voit dans cette ville un . Certes, il en montre la diversité ethnique, les rues, l'ambiance visuelle, mais il l'idéalise. Le poète de l'École de New York Ron Padgett rappelle :
Poèmes du film vignette|alt=pan de mur blanc sur lequel est écrit le court poème|droite|upright=1|This Is Just To Say de William Carlos Williams, sur un mur, à La Haye.
Jarmusch parle des poèmes courts de William Carlos Williams comme de . Le film Paterson, dit Jarmusch,
Quatre personnages s'adonnent à la poésie. Au moins dix poèmes sont cités. Paterson lit à Laura le célèbre poème de Williams, This Is Just To Say (1934). Sept poèmes sont dus à Ron Padgett, dont trois écrits spécialement pour le film (Love Poem, Another One et Poem)On trouve les trois poèmes écrits pour le film dans « Poems from the film ‘Paterson’ », sur poetryschool.com, octobre 2016 (consulté le 12 février 2017).. Le poème attribué à la petite fille, Water Falls, est écrit par Jarmusch lui-même.
Bande originale I'm Still a Man (Lord Have Mercy), musique de Willie West, Leon Laudenbach, Jukka Sarapaa, Sami Kantelinen et Seppo Salmi, interprété par Willie West. Soltane Ghalbha, musique d'Anooshiravan Roohani, paroles de MohamadAli Shirazi, interprété par . Blue Mode, écrit et interprété par . Kieh Kieh Dar Mizaneh, chant traditionnel, arrangé par Javad Maroufi, interprété par Pouran. Untitled, écrit par Michael Santiago Render et El-P, interprété par Killer Mike sur l'album . The Whole Town's Laughing at Me, de Marshall Sherman et Ted Wortham, interprété par Teddy Pendergrass. Walk Through This World With Me, de Kaye Savage et Sandra Noreen Seamons, interprété par Tammy Wynette. Blue Lester, écrit et interprété par Lester Young. , de Carl Belew, Kenny Sowder et William S. Stevenson, interprété par Gary Carter. Margit Waltz, écrit et interprété par . I'm Still a Man, de Sami Kantelinen, Seppo Salmi et Jukka Sarapaa, interprété par Willie West. I've Been Workin' on the Railroad, interprété par Golshifteh Farahani. Trespasser, d'Arthur Lane, interprété par Bad Medicine.
Accueil Accueil critique L'accueil critique est globalement très positif : le site Allociné recense une moyenne des critiques presse de 4,1 sur 5 et des critiques spectateurs de 3,6 sur 5. Le site américain Rotten Tomatoes décerne une note moyenne de 8,6 sur 10, avec 93 % de bonnes critiques sur un total .. Gérard Delorme, Première : Jean Serroy, Le Dauphiné libéré : Aurélien Allin, sur cinemateaser : Catherine Balle, sur leparisien.fr : Barbara Théate, Le Journal du dimanche : Philippe Lagouche, La Voix du Nord : Jo Fishley, sur Bande à part (magazine) : Emily Barnett, Les Inrockuptibles : Nathalie Simon, sur lefigaro.fr : Mathieu Macheret, Le Monde : Aurélien Ferenczi, sur telerama.fr : Jacques Morice, sur telerama.fr : Simon Riaux, sur ecranlarge.com :
Box-office Le film a réalisé 399 812 entrées en France et 147 196 en AllemagneJP-Boxoffice.com ; page du film Paterson (2016) consulté le 21 février 2017..
Distinctions
Récompenses Palme Dog 2016. Meilleure interprétation canine, à titre posthume : Nellie Rhonda Richford, « Cannes: Nellie Takes Palm Dog Honor for 'Paterson' », sur hollywoodreporter.com, 20 mai 2016 (consulté le 7 février 2017)..