Les ambulances chirurgicales automobiles, ACA (aussi appelées Autochir.), étaient, pendant la Première Guerre mondiale, des hôpitaux chirurgicaux mobiles français destinés à opérer les blessés au plus près du champ de bataille. Elles ont fonctionné pendant toute la durée du conflit sur le front occidental et comportaient chacune plusieurs camions. L'ensemble se montait en trois heures et a permis d'établir jusqu'à 14 salles d'opération à Verdun.
Elles sont parfois appelées ou ..
Développement et mise en place
Origines du dispositif vignette|Modèle Boulant, sur châssis d'autobus parisien Schneider, 1912.|alt=Photographie en noir et blanc d'un camion auquel est appendu une tente en toile.
L'abondance et la gravité des blessures causées par les obus n'était pas anticipée avant la guerre.. L'organisation des soins du champ de bataille était alors consacrée à l'évacuation rapide des blessés vers les hôpitaux de l'arrière, rapidement dépassés dès les premiers temps de la guerre. Malgré tout, pour certains, le principe d'une automobile chirurgicale autonome dotée de tous les dispositifs nécessaires était acquis depuis 1912. En , le médecin-général Mignon déclarait qu'« un blessé grave devra demeurer sur place, dans une ambulance sur la zone des armées, sur le terrain de la lutte… Les grands blessés resteront là quinze jours, deux mois s'il le faut. Ils ne prendront la route du territoire qu'au début de leur convalescence. »
En 1912, l'ingénieur Paul Boulant, de la société de construction mécanique du Havre (Schneider et Cie). En 1903, Eugène Brillié crée la société des automobiles Eugène Brillié qui faisait construire les modèles de sa conception par les ateliers du Havre de Schneider & (anciens Ateliers d’artillerie des Forges et Chantiers de la Méditerranée, acheté par Schneider et en 1897). Cette marque proposait alors des voitures de tourisme et des voitures utilitaires. Schneider prend progressivement possession de la Société Brillié. Schneider abandonne la fabrication des véhicules de tourisme mais développe les utilitaires. En 1906, la Société Brillié livre les premiers autobus parisiens à la compagnie générale des omnibus (CGO).
Les installations du Havre ne sont pas adaptées et les fabrications sont réparties dans d’autres usines Chalon et Champagne-sur-Seine. En mars 1914, Schneider apporte son activité automobile à la « Société d’outillage mécanique et d’usinage d’artillerie » (Somua)., avait ainsi conçu une « salle d'opération mobile », présentée et expérimentée aux manœuvres du Service de santé militaire de Paris. C'était une ambulance sur châssis Schneider, comprenant trois compartiments : à l'avant, autoclave et stérilisation par ultra-violet ; au centre, salle d'opération de sur ; à l'arrière : vestiaire, réservoir d'eau de 200 litres, lavabo, filtre et caisse à linge sale. Le prototype resta exposé au Val-de-Grâce et des commandes furent passées par la Russie en 1913. Cette ambulance, restée unique en France, tomba aux mains des Allemands lors de la bataille de Charleroi..
Mise en place
Une première version est mise en place au début de la guerre, à l'initiative du chirurgien Maurice Marcille et avec le concours financier de la duchesse d'Uzès et du prince OrloffL'œuvre des Formations Chirurgicales Franco-Russes, placée sous la présidence d'honneur de Madame Isvolsky, de Monsieur Aristide Briand et présidée par la duchesse d'Uzès, se donne pour but de fournir à l'armée des salles d'opérations permettant d'opérer près du front. Cette œuvre soutient activement les travaux de Marcille...
En , l'ambulance chirurgicale expérimentale mise sur pied et dirigée par Marcille aidé par son ami François Henri Hallopeau part de Paris le et fonctionne près d'Hesdin, à dix kilomètres de la ligne de feu. Du 14 au , 70 blessés sont opérés ; l’expérience est réussie, mais est arrêtée prématurément, peut-être à cause du caractère particulier de Marcille, décrit par son ami G. Duhamel, et de ses mauvaises relations avec l’autorité militaireGeorges Duhamel, dans La Pesée des âmes (Lumières sur ma vie, IV) dépeint ainsi Marcille « Une légende fermentait à l'entour de ce personnage. Il avait conquis sa femme par enlèvement, prouesse dont on avait fait un refrain et que tout Paris avait chanté. C'était, pour tous ceux qui l'avaient approché, l'homme des plaisanteries violentes, des gestes saugrenus, des lubies, des inventions cocasses ». Duhamel présente Marcille comme un chirurgien dangereux et emporté, sujet à des crises de fureur en cours d'opération envers les assistants comme envers l'opéré, et qui menace de le faire fusiller quand il lui demande plus de courtoisie « Et comme je ne disais rien, il leva sur moi un regard injecté de sang, obstiné, naïf quand même : " J'en ai le droit..." ». Marcille se lève aussi en pleine nuit pour changer les pansements des blessés, les réveillant sans raison en criant « je suis le maître ! j'ai tout pouvoir ici ! ». Selon Duhamel, l'inventeur était fou mais « l'invention non point folle, et parfaitement opportune et appropriée aux actions d'une guerre moderne ». citations de Larcan 2008, p.137-141.. Officiellement, l'expérience est jugée désastreuse, des accusations graves étant portées contre le comportement et la probité professionnelle de son concepteur.
Toutefois, les premiers résultats sont publiés par François Henri Hallopeau. et Marcille (La Presse Médicale, ). Jules Abadie avait publié la semaine précédente, dans la même revue, une autre étude pour une automobile chirurgicale le .. Le , la Société de Chirurgie des hôpitaux de Paris recommande la généralisation et l'utilisation plus rationnelle des formations Marcille.
Le Grand Quartier Général reste très critique envers Marcille, mais ce dernier, par ses soutiens politiques, obtient le principe d'une seconde expérimentation qui sera toutefois dirigée par un autre que lui.
A la fin , Antonin Gosset, médecin-major de classe, eut ainsi la charge de la forme définitive des Autochirs, sous la tutelle du Service de santé des armées. Après trois semaines de tests, du au à Sainte-Menehould, puis au Château de Salvange, le rapport positif de Gosset est envoyé au ministre de la guerre, le .
Le , le nouveau dispositif est présenté au public autorisé et à la presse. Le service de santé est largement félicité, Gosset est encensé et Marcille totalement oublié. Cependant, ce dernier reste attaché au dispositif en tant que « ingénieur », continuant à soumettre des plans détaillés sous contrôle étroit de l'administration centrale.
Financement Les premières auto-chirs furent créées avec l'aide financière de donateurs privés, et inaugurées avec éclat par Alexandre Millerand, ministre de la guerre. Marie-Louise Heine-Fould, épouse de l'ancien député Achille Fould, a fait don au Service Santé d'une salle d'opération mobile avec tout son matériel qui a été installée et a fonctionné au Claon, ambulance 8/5, Armée.. Le coût important du dispositif a par ailleurs freiné les débuts de son développement..
Le personnel était choisi par la direction du service de santé et la faveur d'être nommé à une autochir était très courue. Les plus grands parmi les chirurgiens de Paris et de province les commandèrent : Alexis Carrel, Jacques de Fourmestraux, Antonin Gosset, Raymond Grégoire, Georges Lardennois, Charles Lenormant, René Leriche, Massabuau, Pierre Mocquot, Robert Proust, Renon, Charles Viannay.
Répartition géographique des Auto-chirs
Le , la première Auto-chir fut mise en service à Sainte-Menehould, près de la ligne de feu. Elle était alors sous le commandement d'Antonin Gosset, les autres médecins-chefs de la numéro 1 furent Charles Jean Lenormant (petit-fils de l'archéologue Charles Lenormant), Robert Proust (frère de l'écrivain), et Thevenot.
L'Auto-chir 2 resta sous le commandement d'Henri Rouvillois. jusqu'en 1918. Elle fonctionne dans quatre régions, en Artois, à Houdain, lors de l'offensive du printemps 1915 ; puis à Marcelcave, près de Villers-Bretonneux, quand se déclenche l'attaque de la Somme ; au Chemin des Dames, à Courlandon, d'avril à juin 1917, où elle est plusieurs fois bombardéeSylvain Blondin, Eloge de Henri Rouvillois, ., enfin en 1918, sur le front de l'Aisne, à Senoncourt-les-Maujouy.
L'Auto-chir 3 sous le commandement de Raymond Grégoire de 1915 à 1918 et l'Auto-chir 21 sous celui de Pierre Duval, puis de Lefilliartre..
En , il y avait neuf autochirs au front. Il y aura en tout vingt-trois autochirs modèle 1915. Les autochirs numérotées à partir de 30 correspondent à un nouveau modèle 1917, beaucoup plus lourd, nécessitant de 24 à 36 h de montage. À partir de , chaque division fut épaulée d'un « Groupe de stérilisation et d’opération » plus mobile, surnommé « Petite Chavasse. » Les ambulances non spécialisées ont alors eu le rôle de tri et de transport des blessés jusqu'aux auto-chirs..
Constitution d'un Autochir Types de véhicules vignette|Camion de transport.|alt=Vue de côté d'un camion équipé de civières où sont allongés des blessés en uniforme. thumb|L'autoclave équipant les ambulances chirurgicales.|alt=Photographie d'un grand autoclave blanc cylindrique. L'autochir A1 se composait de cinq camions Berliet type CBA (3,5 t), deux camionnettes (1,5 t) et quatre véhicules sanitaires Renault.
Il y a trois camions techniques (A, B, C) : Le camion A est le camion de stérilisation (autoclaves, bouilloires, étuves , chauffe-linge.. alimentés par un générateur à vapeur). Il contient aussi les radiateurs de chauffage central et les paniers de chirurgie (instruments et vêtements). Le camion B est le camion de radiologie (appareil et chambre noire). Le camion C contient les panneaux démontables d'une salle d'opération, la pharmacie, et le groupe électrogène.
Les deux autres camions portent la literie. Les deux camionnettes transportent le personnel et le matériel administratif. Les quatre véhicules sanitaires transportent les infirmiers, ils sont utilisés pour évacuer les blessés en période d'activité.
Une fois en place, le pavillon opératoire rectangulaire fait 15 m de long sur 5 m de large. Il est constitué de panneaux interchangeables en contreplaqué, chacun muni d'une fenêtre avec des carreaux en mica. La toiture est une toile verte imperméable, le plafond est un vélum blanc. Le pavillon comporte deux salles d'opérations à deux tables chacune, et une alvéole de nettoyage-préparation. Les deux camions de stérilisation et radiologie sont reliés à ce pavillon par un couloir. L'ensemble se monte en trois heures, et en moins de deux avec l'entraînement.
Par la suite, s'ajouteront diverses tentes et baraques. L'autochir A3 à Verdun a ainsi pu abriter 300 blessés dans quatorze salles d'hospitalisations.
Accompagnement
Une ambulance « nourricière » est accolée à une ACA. Exemple, l'ambulance numérotée 5/17 est « jumelée » à l'autochir n° 2 et lui servira de « nourrice » jusqu'à la fin de la guerre. Son rôle est de soulager l'autochir en la dispensant des tâches administratives à l’entrée : enregistrement, récupération des papiers, objets personnels, armes, et de la préparation du blessé avant une intervention en général lourde, déshabillage, lavage, réchauffage éventuel, injections, désinfection...
Après l’opération, la nourricière récupère le blessé pendant quelques jours de façon que l’équipe chirurgicale puisse le revoir et conseiller utilement l’équipe médicale de la nourricière. Dans la pratique, une ambulance se retrouve affectée comme nourricière d’une ACA pour une période plus ou moins longue et le tandem se déplace alors conjointement, convoi routier très imposant..
Format définitif