La bataille de Saint-Quentin () est une victoire espagnole sur la France. Par cette victoire d'Emmanuel-Philibert de Savoie, lieutenant général du roi Philippe II d'Espagne, sur les troupes du roi de France, Henri II, aux ordres du connétable de Montmorency, qui y est capturé, Saint-Quentin passe aux Espagnols. La route de Paris est ouverte. Mais l’armée de Philippe II, pourtant forte de , ne marchera finalement pas sur la capitale des rois de France.

La résistance des Saint-Quentinois conduits par Gaspard de ColignyOn l’appelait aussi Gaspard II de Coligny, comte de Coligny, seigneur de Chastillon-sur-Loing, chevalier de l'ordre du roi, gouverneur et lieutenant-général de la ville de Paris, de l'Isle de France, de Picardie et d'Artois, colonel général de l'infanterie et amiral de France., parvenu dans la ville dans la nuit du au avec armésLui prêtaient main-forte : le baron Nicolas d'Amerval, Monsieur Théligny, Monsieur de Gibercourt et Jean V de Caulaincourt., fut héroïque et dura dix-sept jours, mais le massacre qui eut lieu sous ses murs laissa sa trace dans l’histoire.

La ville de Saint-Quentin, capitale du Vermandois, située à la croisée des chemins est-ouest et nord-sud, prospérait à l’époque de son pèlerinage réputé et de son commerce (blé, draps, guède…). Elle fut emportée d'assaut et s’abîma dans le sang et dans les flammes. Cependant la bataille de Saint-Quentin préfigure par plusieurs aspects la guerre moderne. Tout d’abord par l’utilisation d'un feu intense d’artillerie et d’armes à feu portatives concentrés sur une armée prise au piège, visant à l’anéantir alors qu’elle est immobilisée, démoralisée par une feinte stratégique et épuisée par une marche forcée et des contre-marches. De plus, la multiplicité des nationalités combattantes : si une grande partie des troupes qui combattirent à Saint-Quentin sous le drapeau espagnol étaient d’origines espagnole et italienne (provenant surtout de régiments napolitains), on comptait aussi dans l’armée de Philippe II bon nombre de soldats flamands et anglais, ainsi que de nombreux mercenaires (lansquenets en particulier) qui s’étaient engagés des deux côtés. Moderne, aussi par les conséquences d'un pareil massacre : il laisse les belligérants épuisés, au point que le vainqueur est incapable de pousser son avantage. Moderne enfin ; la crise morale et la prise de conscience humaniste chez le vainqueur ; l’hécatombe à Saint-Quentin fut telle que le roi le plus puissant de l’époque, Philippe II d’Espagne, prit amèrement conscience des souffrances que la guerre fait endurer aux hommes, voulut en laisser témoignage, et décida de modérer les ambitions héréditaires de sa lignée.

L’offensive du duc de Savoie Le contexte vignette|Monument de la Bataille de Saint-Quentin (1557) de Corneille Theunissen en cette même ville, place du 8 octobre 1870. La bataille de Saint-Quentin est un épisode majeur du long affrontement qui opposa la France et les Habsbourg.. Déjà dévastateur pour l’Europe sous François et Charles Quint, l’affrontement se poursuit sous leurs successeurs Henri II et Philippe II. En 1555, lors de l’avènement du Habsbourg (son père l’empereur Charles-Quint a abdiqué en sa faveur et s’est retiré dans un monastère), le Valois règne depuis dix ans déjà. Tous deux sont rois catholiques opposés au protestantisme montant et leurs argentiers les préviennent que leurs ressources et leurs crédits s’épuisent. C’est une belle occasion de faire la paix ; elle se perd pourtant : Henri II suit les conseils des Guise, partisans de la guerre. En 1552, après avoir désavoué les résolutions du Concile de Trente, il avait envahi les Trois-Évêchés de Metz, Toul et Verdun, terres d’Empire. Ensuite la France, victorieuse en 1554 à Renty, perd la ville de Sienne en 1555 et la trêve de Vaucelles (1556) est signée entre la France et l’Espagne. Mais la trêve est bientôt rompue : Henri II laisse François de Guise monter une expédition en Italie : le duc, glorieux d’avoir conservé Metz à la France, veut faire valoir ses droits au trône de Naples et est appelé au secours par le pape Paul IV qui est aux prises avec les Espagnols.

Le pape Paul IV facilite même l’entrée des troupes françaises en Italie, afin de menacer les possessions espagnoles : le Milanais, et surtout Naples. Mais les Espagnols, commandés par le duc d'Albe, barrent la route aux Français et isolent le Pape, ce qui entraîne l'ouverture d'un procès d'excommunication contre Felipe II, (dans lequel le pape n'a pas prononcé de sentence, puisque le duc d'Albe est entré à Rome avant cela et a conclu la paix avec le pontife, qui a accepté, une fois le résultat de la bataille de Saint-Quentin connu, toute aide de la France devenant impossible).

Ensuite, les opérations se déplacent sur la frontière entre la France et les Flandres. Afin de pouvoir mener la guerre, Ruy Gomez de Silva réussit à recruter et trouve des crédits substantiels. Philippe II, de son côté, rend visite en Angleterre à sa seconde épouse, Marie Tudor, et obtient d’elle et d'armes (commandés par lord Pembroke) qu’il envoie en Flandres lors de son retour à Bruxelles, début . L'armée qui se concentre à Bruxelles est donc composée de (tant Espagnols qu’Italiens, Flamands et Anglais) et de , appuyés par 80 pièces d'artillerie. Le commandement en est remis aux mains d’Emmanuel-Philibert, duc de Savoie, ferme et fidèle allié de l'Espagne (des années auparavant, le duc s'était mis au service de Charles-Quint quand le roi de France avait dépouillé sa famille de son duché savoyard).

Début du siège de Saint-Quentin le 2 août L'offensive commença au début d’août par une feinte d'Emmanuel-Philibert : afin d’attirer de ce côté le gros des troupes ennemies, il laissa croire aux Français qu'il envahirait d'abord la Champagne et commença par mettre le siège devant la place forte de Guise au nord-est de la Picardie. En fait, il se dirigea vers Saint-Quentin, autre localité de Picardie, sur les bords de la Somme. L’impact sur les Français devait être décisif : Saint-Quentin n’était qu’une petite ville mal protégée par son enceinte médiévale, même si au début du , deux grosses tours d’artillerie avaient été construites et que des boulevards avaient été récemment aménagés pour améliorer sa défense. Elle ne disposait que de quinze pièces d'artillerie et n’était défendue que par les inexpérimentés et mal armés de la milice communale, dont les meilleurs éléments appartenaient aux quatre compagnies bourgeoises formées de notables, grands et petits archers, arquebusiers et canonniers (soit 80 hommes?) et la compagnie du capitaine François du Breil (dit Breil de Bretagne), gouverneur de la place (mais elle était presque entièrement partie à Bohain). Avant l’arrivée de l’ennemi, 100 gendarmes et 150 archers de la compagnie du Dauphin commandés par Théligny étaient rentrés dans la place ainsi que quelques nobles de la région. Le , l’assaut des Espagnols emporta le faubourg d’Isle au sud, une centaine de maisons mal défendues par des fossés et quelques batteries. Les Français envoyèrent en toute hâte un renfort : seule une poignée d'hommes (300 gendarmes et 250 fantassins), sous le commandement de l’amiral Gaspard de Coligny, réussirent à s’introduire dans la ville assiégée pendant la nuit du . Derrière ces renforts accourait à marche forcée le reste de l'armée française : , et 18 canons, sous le commandement du Connétable de Montmorency, l’oncle de Coligny. Le frère de Coligny, d'Andelot, chercha à s’introduire dans la ville assiégée avec , mais une embuscade du comte de Mansfeld, un fidèle de Philippe II, fit échouer sa tentative.

La bataille de la Saint-Laurent - 10 août 1557 thumb|droite|Monument commémoratif du lieu de la Bataille de Saint-Quentin situé sur la D1 près de Montescourt-Lizerolles. L’erreur française Le , jour de la Saint-Laurent, Montmorency décida d’avancer sur Saint-Quentin : il voulait que son avant-garde traverse la Somme en barques et renforce rapidement les assiégés, pendant que le gros de ses troupes se regrouperait temporairement dans un bois voisin, le bois de Montescourt.

Cependant, Montmorency, qui méprisait le duc de Savoie et ne lui reconnaissait aucune compétence militaire, décida soudain de modifier ses plans : il ordonna à ses troupes de quitter l’abri du bois et de se déployer en lignes parallèles pendant que l’avant-garde traversait la rivière. C’était une imprudence : les Espagnols pouvaient traverser la Somme par le pont de Rouvroy et surprendre les Français en pleine manœuvre. Mais le connétable pensait que ce pont était trop étroit pour que les Espagnols puissent y passer rapidement. Le contingent de troupes françaises de commandés par d'Andelot qui devait atteindre Saint-Quentin attend les barques qui arrivent avec un retard de deux heures, en nombre insuffisant. Sous le poids des hommes, les barques s’embourbent et chavirent. Une partie de la troupe réussit à traverser la rivière, mais elle fut reçue sur la rive gauche par les arquebusiers espagnols, dont le feu les décima : quelque 300 Français seulement réussirent à atteindre la ville, et le général d’Andelot fut blessé.

L'armée française est décimée Pour compliquer encore la situation, les chevau-légers flamands du comte d'Egmont se mirent à harceler le flanc gauche des Français, obligeant une fois de plus Montmorency à faire retraite vers le bois, pendant que les cavaliers français de Nevers contenaient difficilement l'attaque espagnole.

Le pont sur la Somme, pont d'importance stratégique, était certes étroit, mais pas autant que le pensait le connétable, et les troupes du duc de Savoie réussirent à le traverser rapidement. Les Espagnols construisirent même un autre pont, fait de barques et de madriers. Leurs troupes purent alors traverser la Somme encore en plus grand nombre, pendant que les chevau-légers d'Egmont manœuvraient pour échapper à la contre-attaque de cavalerie de Nevers et allaient attaquer Montmorency, totalement isolé, jusque dans le bois.

Pris à la gorge, le connétable ne put qu’accepter le combat à l'endroit même et il fit déployer ses troupes du mieux qu’il put. Pendant qu'Egmont continuait à harceler l’arrière-garde française, l’infanterie de Philippe II s’était déployée et avançait d’un seul front. Le duc Emmanuel-Philibert commandait le centre, l’aile droite était sous Mansfeld et Hornes, et l’aile gauche sous Aremberg et Brunswick. Les deux ailes se jetèrent sauvagement sur les Français. Ceux-ci, déjà inférieurs en nombre, décimés par le feu roulant des arquebusiers espagnols, tombaient par files entières. La boucherie fut si effrayante que mercenaires allemands qui devaient combattre du côté français se rendirent comme un seul homme, pendant que d’autres soldats tournaient les talons et se débandaient en grand nombre. Seul le centre résistait et recevait avec stoïcisme le feu de l'artillerie ennemie. Montmorency, voyant que tout était irrémédiablement perdu, se lança dans la mêlée pour y trouver une mort honorable. Il n’y réussit pas : un cavalier espagnol nommé Pedro Merino le fit prisonnier, et reçut pour ce haut fait une récompense de ducatsPedro Merino en San Quintín (I) / Francisco R. de Uhagón.

Philippe II poursuit le siège de Saint-Quentin qui tombe le 27 août thumb|right|400px|Vue de la prise de Saint-Quentin en 1557. Gravure sur bois publiée dans la Cosmographie de Sebastian Münster (édition de 1598)