Le siège d'Ostende, qui a lieu du au , est un épisode de la guerre de Quatre-Vingts Ans (1568-1648) entre les Provinces-Unies et la maison des Habsbourg d'Espagne, possesseur des provinces des Pays-Bas méridionaux (ou Pays-Bas espagnols), notamment le comté de Flandre où se trouve le port d'Ostende.
C'est probablement la bataille la plus sanglante de cette guerre et l'un des plus longs sièges de l'histoire.
Il se termine par la défaite des Provinces-Unies, obligées d'abandonner Ostende Les quinze grandes batailles "belges" qui ont changé l'Europe.
Contexte 250px|left|thumb|Ostende en 1601
L'insurrection des Pays-Bas sous le règne de Philippe II
En 1555, Charles Quint (1500-1558), souverain des Dix-Sept Provinces des Pays-Bas et par ailleurs roi d'EspagneAux Pays-Bas, il est duc de Brabant, comte de Flandre, comte de Hollande, etc., en tant que descendant des ducs de Bourgogne, notamment Charles le Téméraire. En Espagne, il est roi de Castille et roi d'Aragon en tant que descendant des Rois catholiques. Les Dix-Sept Provinces, qui font en principe partie du Saint-Empire (cercle de Bourgogne), ne font pas juridiquement partie du royaume d'Espagne., cède les Pays-Bas à son fils Philippe (1527-1598), à qui il cède la couronne d'Espagne en 1556.
En 1566, les tensions entre les habitants des Dix-Sept Provinces et Philippe II aboutissent à la révolte des Gueux, qui devient une guerre en 1568, sous la direction de Guillaume d'Orange-Nassau. En 1579, les villes et provinces insurgées se regroupent dans l'union d'UtrechtFormée en réponse à l'union d'Arras des provinces catholiques qui se retirent de l'insurrection et se rallient à Philippe II., qui, en 1581 proclame la déchéance de Philippe II (acte de La Haye), considérée comme le point de départ d'un nouvel État, les Provinces-Unies.
Mais la guerre continue. Le gouverneur général Alexandre Farnèse (1545-1592) réussit à reconquérir les provinces de Flandre et de Brabant jusqu'à Anvers, prise en . Les Provinces-Unies se trouvent alors réduites aux sept provinces du nord, notamment la Hollande.
En 1584, Guillaume d'Orange est assassiné par un agent espagnol. Dès 1585, son jeune fils Maurice de Nassau le remplace comme stathouder de Hollande et de Zélande. Après l'épisode Robert Dudley (1585-1587), Maurice devient commandant en chef de l'armée des Provinces-Unies.
En 1588, l'Armada espagnole lancée contre l'Angleterre, alliée des Hollandais, est vaincue. En 1589, le calviniste Henri de Navarre devient roi de France sous le nom de Henri IV. Philippe II, qui soutient depuis 1584 ses adversaires du roi de Navarre, regroupés dans la Ligue catholique, s'implique directement dans la guerre civile qui se déroule en France. Alexandre Farnèse intervient notamment à Paris en 1590.
La pression militaire sur les Provinces-Unies diminue. Maurice de Nassau reprend alors l'offensive et s'empare des villes de Bréda (1590), de Deventer (1591), de Groningue (1594), de Groenlo (1597), malgré ses échecs de 1595 (Huy, Groenlo).
En 1598, Philippe II est contraint de signer avec Henri IV, vainqueur de la Ligue, la paix de Vervins () et meurt quelques mois plus tard (). Son successeur sur le trône d'Espagne est son fils Philippe III (1578-1621).
Les Pays-Bas espagnols après la mort de (1598) Depuis 1595, l'archiduc Albert d'Autriche (1559-1621) est gouverneur des Pays-Bas au nom de .
Au moment où il signe le traité de Vervins avec la France (), décide de séparer la souveraineté sur les Pays-Bas et la couronne d'Espagne. Le , il publie un acte de renonciation par lequel la souveraineté sur les Pays-Bas est attribuée à sa fille Isabelle (1566-1633), sur le point d'épouser Albert d'Autriche. Le mariage a lieu le lendemain. L'acte de renonciation prévoit cependant qu'en l'absence d'héritier, les Pays-Bas redeviendront possession du roi d'Espagne, c'est-à-dire le fils le plus âgé de (ou son successeur).
Le , devient roi d'Espagne. Isabelle et Albert partent pour les Pays-Bas où ils arrivent en .
Sur le plan militaire, ils sont confrontés en 1600 à une offensive des Provinces-Unies visant à mettre fin à la guerre de course basée à Dunkerque. Maurice de Nassau remporte la bataille de Nieuport (), mais cette victoire reste sans lendemain. Albert décide alors de reprendre Ostende, seule ville du comté de Flandre sous contrôle des protestants, constituant un appui pour les offensives hollandaises, comme l'a montré la campagne de 1600.
La situation des Provinces-Unies vers 1600 Les Provinces-Unies ont opté dans les années 1585-1590 pour une forme républicaine de gouvernementEn 1581, elles avaient fait de François d'Anjou, frère de Henri III, le prince souverain des Pays-Bas, couronné duc de Brabant à Anvers en 1582. Après sa mort en 1584, aucun autre prince n'est désigné., mais la famille d'Orange-Nassau est tout de même au premier plan : Maurice de Nassau est le chef de l'exécutifLes Provinces-Unies ont pour texte fondamental l'acte de fondation de l'union d'Utrecht (1579), qui n'est pas une constitution, mais un accord politique entre des villes et des provinces insurgées. De ce fait, nombre d'institutions issues des Pays-Bas des Habsbourg continuent d'exister aux Provinces-Unies., détenant les fonctions de stathouder de Hollande, de Zélande, d'Utrecht, de Groningue, de Gueldre et d'Overijssel (6 provinces sur 7) et de commandant en chef (lieutenant général).
Le pouvoir législatif est détenu par les États provinciaux et par les États généraux, dont le porte-parole officiel, le grand-pensionnaire Johan van Oldenbarnevelt, nommé en 1586, joue un rôle important dans la conduite des affaires.
Dès les années 1590, les Provinces-Unies affirment leurs ambitions commerciales et coloniales à travers les nombreuses compagnies basées à Amsterdam, Rotterdam ou Middelbourg. L'état de guerre avec le roi d'Espagne se traduit par le blocus par les marins hollandais du port d'Anvers, auparavant le premier port d'Europe, tandis que les Espagnols s'efforcent de gêner le plus possible les navires des Provinces-Unies.
Un pas important est franchi en 1602 avec la fondation de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales qui, voulant s'établir dans une région dominée par les Portugais, liés à l'Espagne depuis 1580, déclenche en 1603 la guerre entre les Provinces-Unies et le Portugal (1603-1661), guerre qui est à l'origine de l'empire colonial néerlandais.
Situation d'Ostende left|250px|thumb|Le siège d'Ostende par les troupes espagnoles
Ostende, qui a reçu le statut de ville en 1285, compte environ seulement au milieu du , dont beaucoup sont occupés par la pêche. Mais elle occupe une situation stratégique dans le comté de Flandre, le long de la mer du Nord dans la région de Bruges.
Adhérant à la pacification de Gand (1576), puis à l'union d'Utrecht en 1579, elle échappe à la reconquête de la Flandre et du Brabant réalisée par Alexandre Farnèse de 1582 à 1585 (une tentative de siège en 1583 est abandonnée au bout de trois jours), alors que Bruxelles, Gand et Anvers sont obligées de se soumettre, après onze mois de siège pour Anvers.
De 1583 à 1590, Ostende est dotée de fortifications modernes (remparts bastionnés) par les États généraux, alors qu'elle n'avait aucune fortification du Moyen Âge, et devient un important port militaire. À partir de 1584, des raids maritimes ou terrestres ont lieu à partir d'Ostende contre les villes et campagnes environnantes. Durant les années 1590, plusieurs forts sont construits par l'armée espagnole pour empêcher ces incursions dévastatrices (Oudenburg, Plasschendaele, Snaaskerke).
Seule possession de la république des Provinces-Unies en Flandre, Ostende est utilisée en 1600 comme base pour l'offensive contre Dunkerque, qui s'achève avant terme malgré une victoire relative à Nieuport. L'armée de Maurice réussit à évacuer le comté de Flandre en s'embarquant à Ostende.
La reprise de cette ville est donc un enjeu stratégique pour les Pays-Bas espagnols. .
250px|thumb|Plan d'Ostende en 1617
Occupant une superficie de moins d'un kilomètre carré, la ville est divisée en deux parties séparées par un canal. L'ensemble fortifié est protégé à l'est par le canal de , large, profond et navigable, qui sert d'entrée pour le commerce maritime, à l'ouest par le qui en temps normal n'est pas navigable, mais dont le tirant d'eau peut être ajusté grâce à des écluses situées dans la ville. Au sud, se trouve un réseau de ruisseaux et de marais difficilement praticables. Au nord, l'ouverture sur la mer du Nord permet à marée haute d'amener renforts et approvisionnement.
Les forces en présence left|upright|thumb|Albert d'Autriche 120px|thumb|Maurice de Nassau
Malgré la présence dans les deux camps de nombreux personnels de santé, barbiers, médecins et pharmaciens, le nombre élevé de victimes après une bataille a vite dépassé les capacités du personnel médical. Face aux blessures, l'amputation est la solution la plus couramment employée. Transmise par une mauvaise hygiène, les infections et la peste provoquent plus de décès que les combats.
En plus des épées, poignards, lances, pistolets et fusils qui étaient fréquemment utilisés à l'époque, les protagonistes utilisèrent abondamment les explosifs et les grenades à main ainsi que l'artillerie, ce qui n'était pas encore d'usage courant pour l'époque.
L'armée espagnole Les tercios de l'Empire espagnol peuvent être considérés comme l'élite des armées de l'époque, assurant l'hégémonie militaire de l'Espagne au et pendant une partie du siècle suivant. La qualité de l'organisation et une discipline stricte les rendait très efficaces. Sans tenir compte des non-combattants de l'arrière, des routards, des fonctionnaires, des hommes d'affaires et des prostituées qui accompagnaient la troupe, à certains moments de ce long siège, le nombre de soldats espagnols engagés à Ostende se situait entre et hommes.
Les tercios étaient composés de soldats recrutés dans tous les domaines des Habsbourg : Espagnols, Portugais, Italiens, Allemands, Wallons, Suisses, Bourguignons, ainsi que des Irlandais et Flamands fidèles à l'Espagne et des mercenaires d'origines diverses. Le pape Clément VIII, qui soutenait la cause catholique des assaillants, envoya argent et conseillers militaires. , un chroniqueur de l'époque, définit le siège comme . Environ périssent noyés quand les défenseurs de la ville ouvrent les vannes pour inonder les fossés. Après l'échec de cet assaut, les soldats espagnols se mutinent pour protester contre le trop grand nombre de disparus, accusant leurs supérieurs de les amener à une mort certaine. Albert d'Autriche fait exécuter plusieurs protestataires pour réprimer l'émeute.
La défense d'Ostende
La ville dispose de fortifications apparemment imprenables, .
En mer, la supériorité des Hollandais rend un blocus total impossible. Pendant toute la durée du siège, la ville continue de recevoir des renforts et des approvisionnements par voie maritime.
Le nombre de soldats de la garnison varie de à hommes. Les défenseurs sont très tôt renforcées par un contingent anglais, extrait des troupes envoyées aux Pays-Bas par Élisabeth pour l'armée de Maurice de Nassau, et par des compagnies venues de Berg-op-Zoom.
Ils sont aussi et par les principautés allemandes protestantes.
Le commandement de la place, qui est au départ aux mains du gouverneur Charles van der Noot, passe dès , conformément à une exigence de la reine Elisabeth, à l'Anglais Francis Vere, qui a combattu à Nieuport.
Le siège left|120px|thumb|Francis Vere
Mise en place et début Le , entre et , commandés par l’archiduc Albert d'Autriche, mettent le siège devant Ostende. Les défenseurs comptent à , parmi lesquels . À la mi-juillet, Sir Francis Vere, officier anglais, héros de la bataille de Nieuport, est nommé par les États généraux des Provinces-Unies pour commander la défense de la ville en remplacement du gouverneur Charles van der Noot.