Masol est un site paléontologique et préhistorique des piémonts de l'Himalaya, au nord-ouest de l'Inde, dans l'État du Pendjab, à quelques kilomètres au nord de Chandigarh. Il est daté de la fin du Pliocène (sa limite supérieure à plus de 2,7 millions d'années et sa limite inférieure à 2,95 Ma). La reconnaissance de l'occupation préhistorique est fondée sur des traces de boucherie découvertes en 2009, 2011 et 2017, ainsi que sur l'identification d'un chopper extrait en place et à proximité. La datation et les différentes interprétations de ces découvertes mises en cause en 2017 ont été confirmées depuis

Situation géographique et géologique

Les formations fossilifères se situent dans la chaîne frontale des Siwaliks, précisément dans une petite boutonnière géologique creusée autour du dôme d'un petit anticlinal d'origine tectonique et accessible par un oued saisonnier (ou choe), le Patiali Rao. Ces formations riches en fossiles appartiennent à la Formation Masol d'une puissance de 170 mètres minimum et datée du Tatrot final, c'est-à-dire de la fin du Pliocène. Les couches paléontologiques s'observent sur une cinquantaine de mètres d'épaisseur seulement. Elles sont composées de sables grésifiés en alternance avec des limons, inclinés en direction du dôme. La Formation Masol est continuellement incisée par un réseau hydrographique formé de ravines et de ruisseaux, des fossiles sont visibles en place dans les sections naturelles mais la majorité est collectée sur les affleurements lessivés par les pluies de mousson. Ces limons et sables fossilifères sont connus des paléontologues depuis les années 1910, ils ont été étudiés par les géologues indiens dans les années 1960 qui leur ont donné le nom de zone Quranwala, attribuant les assemblages fauniques à la période de transition entre le Pliocène et le Pléistocène : « Sahni and Khan (1964) were the first to call these as “Tatrot beds”. » L'âge Pliocène final, reconnu par les géologues du Geological Survey of India, fut ensuite confirmé par paléomagnétisme dans les années 1990, situant le sommet de la zone Quranwala sous l'inversion Gauss-Matuyama, et sa base à au moins sous cette limite Tertiaire-Quaternaire, soit à plus de d'années. Comme dans tout site paléontologique, les fossiles sont récoltés régulièrement sur les affleurements fossilifères. Leur abondance à Masol s'explique par l'érosion intense due aux pluies de mousson, combinée à la tectonique des plaques en compression (surrection de la chaîne himalayenne), leur origine stratigraphique étant strictement limitée à la zone Quranwala, les milliers de fossiles collectés par les géologues-paléontologues sur ses affleurements, sont devenus une référence internationale pour la période de transition plio-pléistocène en Asie; les fossiles sont conservés dans les collections du département de géologie de l'Université Panjab de Chandigarh., leur âge géologique est de ce fait bien connu. Cette faune est composée en majorité d'espèces d'herbivores terrestres et aquatiques, comme le Stégodon et l'Hexaprotodon, vivant en bordure d'une ancienne rivière himalayenne ou de marais avoisinants.

L'équipe de terrain (géologie, paléontologie, prospections, fouilles) est composée par des chercheurs du Département Homme et environnement du Muséum national d'histoire naturelle., dirigée par la paléoanthropologue Anne Dambricourt-Malassé.en partenariat avec la de Chandigarh, fondée par le préhistorien indien Mukesh Singh., et deux géologues de l'Université Paris-Sud, Alina Tudryn et Julien Gargani (UMR 8148 CNRS). Depuis 2008, plus de 200 outils en quartzite (choppers, éclats, enclumes, nucléus, percuteurs) ont été collectés en 12 localités exclusivement fossilifères (et non pas dispersés de manière aléatoire sur les de sables et de limons depuis le lit de la rivière Patiali Rao jusqu'aux crêtes qui délimitent la boutonnière, la séquence sédimentaire fossilifère continue n'en formant que 40). Les artefacts se récoltent soit sur les limons fossilifères fraîchement érodés de l'année à la suite des pluies de mousson, soit dans leurs colluvions (mélanges des limons en cours d'érosion et des sables érodés qui les recouvrent). Le premier chopper in situ a été dégagé en 2017 dans les plus anciens limons fossilifères en place

La correspondance lithostratigraphique entre la limite Plio-Pléistocène supposée par les géologues, d'une part, et celle identifiée par le paléomagnétisme, d'autre part, a été testée. En effet, seule la limite lithostratigraphique était indiquée sur l'unique carte géologique de Sahni et Khan datant de 1968 et c'est elle qui permettait de mesurer la profondeur des vestiges d'activités anthropiques sous la transition Tertiaire/Quaternaire. Elle a été invalidée en 2017Magnétostratigraphie et contexte paléoenvironnemental du site pliocène de Masol (Inde). Cécile Chapon Sao, Alina Tudryn, Salah Abdessadok, Anne Dambricourt Malassé, Julien Gargani, Anne-Marie Moigne, Mukesh Singh, Dominique Cauche, Pierre Voinchet, Baldev Karir. In La transition Plio-Pléistocène : Données, mécanismes et impacts sur l'évolution de l'espèce humaine. Colloque de la Société Géologique de France et de l'Association Française pour l’Étude du Quaternaire, 23 novembre 2017, Paris. puis en 2023 par les nouvelles mesures du paléomagnétisme indiquant une polarité toujours normale (Gauss donc Pliocène) au-delà des limites de l'ancienne cartographie. Les traces de boucherie et le premier chopper en place sont donc plus profondément enfouis sous la limite Plio-Pléistocène que ne le laissait entendre la carte géologique, c'est-à-dire plus de sous cette limite qui reste à identifier.

Découvertes Matériel fossilifère

Quatre fossiles d'herbivores portant des traces de boucherie (section de tendons et percussion des os) ont été découverts en 2009, 2011 et 2017 par l'équipe franco-indienne (UMR 7194 CNRS/SAAR). Les traces sont caractéristiques de découpe de tendons et de fracture sur os frais, faites par des tranchants de pierre en quartzite. L'équipe a également trouvé des outils (galets taillés, choppers, éclats, enclumes, percuteurs, nucléus) dans, et sur les sédiments en cours d'érosion de la séquence la plus profonde de la zone Quranwala.. Tous les fossiles étudiés proviennent de cette petite formation géologique ; leur âge est donc supérieur à 2,6 Ma. Les recherches de terrain se poursuivaient sous le parrainage d'Yves Coppens jusqu'en 2022, dans le cadre de la "Mission préhistorique française en Inde", financée par le Ministère des affaires étrangères et du développement international (MAEDI) de 2012 à 2014, puis en 2017 et 2019 par l'UMR 7194 du CNRS et l'ambassade de France à New Delhi. Les analyses en laboratoires se poursuivent en France (UMR 7194 CNRS, GEOPS., CEREGE.) de 2018 à 2023.

La découverte a été publiée en 2016 sous forme de 10 articles en anglais, dans un numéro thématique "paléontologie et théorie de l'évolution" des Comptes-rendus de l'Académie des sciences de l' Institut de France, sous la direction d'Anne Dambricourt Malassé, avec une préface d'Yves Coppens.

La conservation des traces est suffisante pour être étudiée à très haute résolution. Leur étude sur les trois premiers fossiles a été réalisée grâce aux nouvelles techniques d'acquisition des images, à de hautes échelles de résolution, avec le microscope dynamique 3D du Centre de recherche et de restauration des musées de France (C2RMF) et la microtomographie de la plateforme AST-RX du Muséum national d'Histoire naturelle. Elles permettent de pallier les difficultés rencontrées jusqu'alors, lorsque la surface du fossile est usée, et elles ajoutent de nouvelles informations moins perceptibles à l’œil nu. L'imagerie a donc permis de vérifier l'origine lithique des traces. Celles d'un métapode découvert en 2011 sont très bien conservéeshttps://siwaliks-hominid.com/images/COVER%20PALEVOL.jpg. Elles sont bien visibles à l’œil nu, car elles sont profondes, rapprochées, superposées et se terminent par un grand éclatement de la surface de l'os et sa fracturation. Elles correspondent à des percussions. D'autres sur un tibia découvert en 2009 ont gagné en précision ; deux d'entre elles ont permis de constater des mouvements précis du poignet ; elles correspondent au détachement de ligaments. Celles d'un grand tibia de stégodon découvert en 2017 sont exceptionnellement bien conservées, car elles sont sur le périoste. Celui-ci s'érode en premier, ce qui peut expliquer la rareté des traces sur les anciens sites d'activités de boucherie.

L'origine intentionnelle des traces a donc été démontrée à l'aide de ces puissants microscopes., et leur état de conservation ne constitue donc pas un obstacle au diagnostic, comme le démontre leur description détaillée et illustrée par les imageries. Les références de l'étude des traces rappellent les articles dédiés à l'historique du site, et aux nouvelles mesures paléomagnétiques et à l'étude lithostratigraphique des localités réalisées au Muséum. Elles permettent de constater que la datation des fossiles est connue de longue date. Contrairement à de récentes affirmations précisément sans source bibliographique, l'âge des fossiles de la zone Quranwala est parfaitement bien daté de la fin du Pliocène, ces assemblages constituent une référence en Asie, et pour cette raison, l'âge des traces est reconnu par l'Académie des sciences de l'Institut de France.

En 2017, un total de 4 os fossilisés montre 21 traces de découpe ou de percussion. Le nombre de fossiles portant des traces n'étant pas un critère pour déterminer si elles sont intentionnelles, la provenance stratigraphique étant circonscrite à la zone Quranwala, les analyses ont conclu à des activités de charognage de type humain, à plus de 2,6 millions d'années, sur les berges des méandres de rivières provenant de l'Himalaya, après de puissantes inondations dues à la mousson et à l'origine des matières premières (galets de quartzite) transportées depuis les terrasses fluviales piémontaises.

Ces traces de découpages de tendons et de viande sont incontestablement artificielles, c’est-à-dire faites par un être qui a manipulé avec une main. Ça aussi c’est incontestable : par l’allure des incisions, par la section des incisions. L’étude a été très bien conduite. C’est extrêmement intéressant, extrêmement important. C’est une très belle découverte, une très grande découverte, faite par des gens de très grande qualité. Les résultats ont été vus et revus, contrôlés, revisités, et tout à fait sérieux.

Ces traces de boucherie indiquent que des hominines étaient présents à cette époque en Asie ; elles ne bouleversent pas l'âge pressenti de l'émergence du genre Homo, à 3 Ma au moins, mais le paradigme d'une première sortie d'Afrique à 2 Ma.

Matériel lithique