Jean Elleviou, né le à Rennes et mort le à Paris , est un chanteur, comédien et librettiste français.

Biographie Fils de chirurgien, Jean ElleviouPrénom retenu par la plupart des encyclopédies, y compris modernes (cf. BNF. La biographie de Hoefer choisit néanmoins comme prénom principal « François »., refuse de suivre les traces de son père et s’enfuit pour Paris où il approche le monde des comédiens. Doté d’une voix bien timbrée, légère et souple de baryton, mais courte et encore mal dégrossie (qu'il devait plus tard travailler afin d'acquérir la tessiture d’un ténor), il réussit à obtenir un rôle qu’il s’apprête à jouer quand il est appréhendé par les forces de l’ordre qui le ramènent au logis paternelArchives municipales de Rennes Acte de baptême dressé le 02/12/1869 à la Paroisse Saint-Jean, cote GGStJe 14 1760-1771, vue 265 / 289. Il reprend ses cours de médecine et, au bout de quelques mois, on croit pouvoir le renvoyer à Paris pour qu'il y termine ses étudesDictionnaire de la conversation et de la lecture (1835), t. XXIV, , cité dans ..

Mais il prend rapidement son indépendance et débute le en tant que basse-taille avec la troupe de l'Opéra-Comique salle FavartEncore appelée Théâtre-Italien ou Comédie-Italienne, malgré le renvoi des chanteurs italiens en 1780. dans le rôle d’Alexis de l'opéra Le Déserteur de Monsigny. Progressant rapidement et ayant retravaillé sa technique, il aborde dès l'année suivante le répertoire de ténor avec Philippe et Georgette de Nicolas Dalayrac. Très bel homme, de taille élégante, de visage affable, et avec un chant , il plaît au public. Si comme son complice, le baryton Jean-Blaise Martin, il excelle dans les emplois burlesques, sa prestance lui permet aussi de camper les rôles très fréquents de capitaines de hussards, devant le représentant-type des jeunes officiers qui assistent aux spectacles. Il devient sociétaire de la troupe dès 1792.

D’esprit plutôt modéré, il ne sympathise guère avec les opinions politiques de la Révolution et, après la chute de Robespierre, 9 thermidor, il se rapproche des milieux réactionnaires, de sensibilité généralement royaliste, que les Conventionnels appelaient muscadinsÀ ne pas confondre avec les Incroyables et Merveilleuses, jeunes gens maniérés du Directoire qui, en les imitant, héritèrent de ce sobriquet. Leur but des muscadins était de constituer une force de harcèlement contre ce qu’on appelait alors « la queue de Robespierre », c’est-à-dire ce qu’il restait des Jacobins.. Il finira par être recherché par la police et devra disparaître quelque temps pour se faire oublier.

Lorsqu’il ne craint plus d’être inquiété, il reparaît salle Favart, avant que la troupe ne fusionne en 1801 avec celle du théâtre Feydeau. Il deviendra un sociétaire de la nouvelle compagnie et un de ses administrateurs. Pour se changer des rôles de comiques troupiers qui commençaient à lasser le public, il met toute son influence pour revenir peu à peu au répertoire ancien, plus sérieux et plus sensible, avec notamment les opéras de Grétry : Zémire et Azor, L’Ami de la maison (tous deux de ), Richard Cœur-de-Lion () et Pierre le Grand (). Elleviou, qui s’y montre sous un jour nouveau, voit sa renommée rebondir. Cependant, les critiques musicaux continuent à le comparer défavorablement à son prédécesseur, le fameux Clairval.

En , il crée ce qui deviendra un de ses rôles-fétiches : Joseph de Méhul. La maréchale Lefebvre aurait dit en le voyant : .

D'un caractère capricieux et irritable, le chanteur devient financièrement de plus en plus exigeantSelon la Revue et gazette musicale de Paris (1840), , il aurait demandé jusqu’à francs pour une année, un traitement qui lui fut refusé. . Il épouse une riche admiratrice lyonnaise qui le rend maître d’une petite fortune, et quitte définitivement la scène le , en pleine gloire, à seulement 44 ans, et part s’établir dans une vaste propriété qu’il avait achetée en région lyonnaise à Ternand, où il se consacre à l’agriculture.

En 1839, il est nommé chevalier de la Légion d'honneurUn extrait de baptême est annexé au dossier dans la base Léonore..

Élu maire de sa commune, puis conseiller général du Rhône, il meurt frappé d’apoplexie le à 73 ans, dans les locaux du journal Le Charivari. Présenté dans son cercueil au maire de Ternand, ville dont il fut lui-même maire, le , il y est inhumé plus de deux ans après sa mort.

Carrière vignette|Elleviou dans L'Irato de Méhul (1801) Sans avoir les moyens vocaux d'un Duprez ou l'accent d'un Rubini, jouant sur la partie vocale et la partie déclamée, Elleviou possédait l'art de ménager ses effets et désarmait la critiqueAuguste Thurner, Les Transformations de l'opéra-comique, 1865, .. On ne compte plus ses créations et les divers rôles où il s’illustra. Sa carrière sera jalonnée de nombreux succès. Il joua surtout dans des opéras-comiques, mêlant le chant et la comédie. Il est donné par les critiques comme un excellent comédien au talent flexible, assumant aussi bien les rôles comiques que les sérieux.

Il sera l’interprète de la plupart des compositeurs importants de l'époque dont François Adrien Boieldieu (Le Calife de Bagdad, Jean de Paris), Méhul (L'Irato ou l'Emporté), Nicolo et Henri Montan Berton. Mais c'est surtout les œuvres de Nicolas Dalayrac qui lui permettent d'accéder à la célébrité : Philippe et Georgette (), Gulnare (), Adolphe et Clara (), Maison à vendre () et Picaros et Diego ().

S'il figure comme compositeur dans l’en-tête de l’article biographique de Höfer, il semble que seuls ses livrets soient restés dans les mémoires : Le Vaisseau amiral (), musique de Berton ; Délia et Verdikan (), musique de Berton ; L’Auberge de Bagnères (3 actes, en collaboration avec C. Jalabert), musique de Charles Simon Catel.

Répertoire Le Déserteur de Monsigny, livret de Sedaine (reprise salle Favart, le ) : Alexis Sylvain, musique d'André Grétry, livret de Jean-François Marmontel (reprise salle Favart) : Sylvain Philippe et Georgette, musique de Nicolas Dalayrac, livret de Jacques-Marie Boutet de Monvel (création salle Favart, le ) : Philippe Paul et Virginie, musique de Rodolphe Kreutzer, livret d'Edmond de Favières (reprise salle Favart, le ) : Zabis Camille ou le Souterrain, musique de Dalayrac, livret de Marsollier (création salle Favart, le ) : Lorédan Tout pour l'amour ou Roméo et Juliette, musique de Dalayrac, livret de Jacques-Marie Boutet de Monvel (création salle Favart, le ) : Théobald Cécile et Julien ou le Siège de Lille, musique de Trial fils, livret de Joigny (création salle Favart, le ) : Un émigré Azémia ou le Nouveau Robinson, musique de Dalayrac, livret d'Auguste-Etienne-Xavier Poisson de la Chabeaussière (reprise salle Favart) : Prosper La Prise de Toulon par les Français, musique d'Auguste Lemière de Corvey, livret d'Alexandre Duval (création salle Favart, le ) Gulnare ou l'Esclave persane, musique de Dalayrac, livret de Marsollier (création salle Favart, le ) : Dely Le Prisonnier ou la Ressemblance, musique de Domenico Della Maria, livret d'Alexandre Duval (création salle Favart, le ) : Blinval Zoraïme et Zulnar, musique de François-Adrien Boieldieu, livret de Claude Godard d'Aucourt de Saint-Just (création salle Favart, le ) : Zulnar L'Opéra-Comique, musique de Della Maria, livret d'Emmanuel Dupaty et Joseph-Alexandre de Ségur (création salle Favart, le ) : Armand L'Oncle valet, musique de Domenico Della Maria, livret d'Alexandre Duval (création salle Favart, le ) : Florval Adolphe et Clara ou les Deux Prisonniers, musique de Nicolas Dalayrac, livret de Benoît-Joseph Marsollier (création salle Favart, le ) : Adolphe Le Trente et quarante ou le Portrait, musique d'Angelo Tarchi, livret d'Alexandre Duval (création salle Favart, le ) : Valcour Camille ou le Souterrain, musique de Dalayrac, livret de Marsollier (reprise salle Favart) : Alberti Beniowski ou les Éxiles du Kamtschatka, musique de Boieldieu, livret d'Alexandre Duval (création salle Favart, le ) : Valcour Le Calife de Bagdad, musique de Boieldieu, livret de Saint-Just (création salle Favart, le ) : Isauun Maison à vendre, musique de Dalayrac, livret d'Alexandre Duval (création salle Favart, le ) : Versac L'Irato ou l'Emporté, musique d'Étienne Nicolas Méhul, livret de Marsollier (création salle Favart, le ) : Lysandre Paul et Virginie, musique de Rodolphe Kreutzer, livret d'Edmond de Favières (reprise théâtre Feydeau, le ) : Paul Zémire et Azor, musique de Grétry, livret de Marmontel (reprise théâtre Feydeau, le ) Pierre le Grand, musique de Grétry, livret de Jean-Nicolas Bouilly (reprise théâtre Feydeau, le ) : Pierre Picaros et Diego ou la Folle Soirée, musique de Dalayrac, livret d'Emmanuel Dupaty (création théâtre Feydeau, le ) L’Ami de la maison, musique de Grétry, livret de Jean-François Marmontel (reprise théâtre Feydeau, le ) Richard Cœur-de-Lion, musique de Grétry, livret de Sedaine (reprise théâtre Feydeau, le ) Le Roy et le Fermier de Monsigny, livret de Sedaine (reprise théâtre Feydeau le ) Joseph de Méhul, livret d'Alexandre Duval (création théâtre Feydeau le ) : Joseph Jean de Paris, musique de Boieldieu, livret de Saint-Just (création théâtre impérial de l'Opéra-Comique le ) : Jean de Paris

Notes

Sources . Ferdinand Hoefer, Nouvelle Biographie générale, t. 7, Firmin-Didot, Paris, 1857, . . Joël-Marie Fauquet, « Jean Elleviou », Dictionnaire de la musique en France au , Fayard, Paris, 2003 . . .

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