Dédale (en grec ancien : ) est un personnage de la mythologie grecque. Cet Athénien était un descendant de la famille royale issue d'Érichthonios. Il est principalement connu pour être un inventeur, un sculpteur, un architecte, un forgeronLes dieux avaient donné à Pélée une épée magique forgée par Dédale. dont le talent était exceptionnel. Il est loué par beaucoup d’auteurs, latins et grecs pour son génie esthétique et son ingéniosité technique : il aurait été le premier à réaliser des statues des dieux qui avaient les yeux ouverts et des membres mobiles, une manifestation parfaite du mystère de la divinité. Son œuvre la plus célèbre est le labyrinthe qui a abrité le Minotaure et le nom commun « dédale » en est issu par éponymie.

Étymologie Le nom de Dédale s'identifie à l'adjectif daidalos « ingénieux » qui se rattache à la racine *delH1- « tailler à la hache, fendre »Jean Haudry, Le feu dans la tradition indo-européenne, Archè, Milan, 2016 , p. 322. Il signifie tantôt « artiste », « artistiquement travaillé » ou encore « l'Astucieux ». Le sens qui en résulte traduit l'ingéniosité et la dextérité qui caractérisent ce personnage.

Mythe antique Ascendance La tradition dominante fait de Dédale le fils d’Eupalamos (III, 15, 8). (entrée Πέρδικος ἱερόν). (39, 244 et 274).Tzétzès Chiliades (I, vers 492 à 497). (VI, v. 14), lui-même fils de Métion fils d’Érechthée, ce qui le rattache à la famille royale d’Athènes. Diodore inverse la filiation : Dédale est dit fils de Métion et petit-fils d’Eupalamos (IV, 76).. Pausanias lui attribue un père nommé Palamaon (IX, 3, 2).. Sa mère est chez Apollodore et Tzétzès.

À Athènes Dédale était un homme reconnu pour son ingéniosité et son talent artistique qu'il tenait soit de ses divins aïeux soit de sa mère. Il devint le précepteur de son propre neveu, Talos, fils de Perdix, eux aussi descendants d'Athéna. Bientôt l’élève dépassa le maître et inventa la scie et le compas. Dédale, jaloux, le précipita du haut de l’Acropole. Pris en flagrant délit au moment d’enterrer le corps, Dédale fut banni par l’Aréopage et trouva refuge en Crète à la cour du roi Minos.

Selon Ovide, dans les Métamorphoses, VIII (236-259), ce même neveu se nommait Perdix. Tout comme dans la version précédente, le jeune homme inventa la scie et le compas, et son oncle jaloux décida de le jeter du haut de la tour de Pallas, et prétexta un accident. Pour le protéger, et par pitié pour Perdix, la déesse Athéna le transforma en l'oiseau du même nom et poursuivit Dédale de sa colère.

En Crète : la génisse en bois et le Labyrinthe thumb|Dédale et Pasiphaé, fresque de la Villa des Vettii, Pompéi. La première requête faite à Dédale en Crète fut celle de Pasiphaé, la femme de Minos, le roi. Celui-ci avait décidé de sacrifier un magnifique taureau blanc à Poséidon, avant de se raviser. Pour punir Minos de son arrogance, Poséidon éveilla chez Pasiphaé une passion amoureuse pour ce taureau. Pasiphaé demanda alors à Dédale de lui créer une vache en bois, afin de se glisser à l'intérieur et ainsi s’accoupler avec le taureau, victime du leurre. De cette union naquit le Minotaure. C'est alors que Minos commanda à Dédale la création d’un labyrinthe pour y enfermer le monstre.

Le labyrinthe était terriblement complexe. La seule solution pour en ressortir vivant était de dérouler un fil de laine et de le suivre jusqu'à la sortie. Dédale donne la solution à Ariane, qui remet la pelote de laine à Thésée alors qu'il s'apprête à y entrer. Il s’en sert pour sortir du labyrinthe après avoir tué le Minotaure.

Dédale s'unit à une Crétoise qui donna naissance à son fils Iapyx.

La fuite de Crète thumb|Statuette en bronze représentant Dédale , Plaos, République de Macédoine. Quand Thésée retourna à Athènes, Minos fit enfermer Dédale et son fils, Icare, dans le labyrinthe. Condamné dans sa propre construction, Dédale eut l’idée de créer des ailes faites de plumes et de cire, afin que son fils et lui quittent le labyrinthe par les airs. Avant leur envol, Dédale conseilla à son fils de ne pas voler trop haut dans le ciel, la chaleur du soleil risquant de faire fondre la cire maintenant les ailes. Tandis que Dédale respectait ses propres conseils, Icare, au contraire, monta toujours plus haut, jusqu'à être si près du Soleil que celui-ci finit par faire fondre la cire. Ayant perdu ses ailes, Icare tomba dans la mer et depuis, cet espace maritime porte le nom de mer Icarienne. Dédale ensevelit le corps de son fils, reprit son vol, et finit par trouver refuge en Sicile auprès du roi Cocalos. Il consacra ses ailes à Apollon ou à sa mère pour lui pardonner son affront.

Au chant de l’Énéide, Virgile raconte à travers Énée cette histoire, représentée sur le temple d’Apollon à Cumes, , 13-41..

Une autre version de la fuite existe chez Pausanias, mais celle-ci est bien moins restée dans les esprits que la chute d'Icare. Dans cette tradition Dédale et son fils s’enfuirent de Crète par la voie des mers. Ils échappèrent à Minos en ajoutant une voile à leur navire, ce qui jusque-là ne s'était jamais fait. Ainsi, les soldats de Minos ne parvinrent pas à les rattraper, ne possédant que des vaisseaux à rames. Icare trouve là encore la mort dans ce périple, ne sachant bien entendu, pas gouverner. Emporté par les flots il échoua sur l’île de Samos, qui était alors sans nom. Héraclès trouva et reconnut son corps. Il lui fit une sépulture ce qui explique le nom donné à la mer qui longe l’île.

Version rationalisée chez Palaïphatos Selon les Histoires incroyables de Paléphatos, avant lui, les statuaires et les sculpteurs représentaient les pieds joints, et les bras alignés le long du corps. Dédale, le premier, représenta un pied décalé par rapport à l'autre afin de donner l'impression de mouvement, ce qui fit dire, par abus de langage, que ses sculptures marchaient (XXI). Paléphatos rejette aussi la possibilité qu’un homme puisse voler avec des ailes collées, et affirme donc que Dédale et son fils ont dû s’enfuir à bord d’un bateau à voile, qui donnait l’impression de voler sur l’eau, et que ce bateau fit naufrage, tuant Icare mais pas Dédale (XII). Enfin, il rejette la possibilité que Pasiphaé ait pu s’accoupler à un taureau avec l’aide de Dédale, et imagine donc une histoire adultérine entre elle et un homme nommé Taureau (II)..

La Sicile Rendu furieux par la fuite de Dédale, Minos décida de tout mettre en œuvre pour le retrouver. Pour cela, il eut alors l'idée de lancer un défi que seul un homme comme Dédale pouvait réussir. Il promit une forte récompense à celui qui réussirait à accrocher un fil au fond d'une coquille d'escargot. Pour relever le défi, Dédale eut l'idée d'accrocher le fil à une fourmi, cette dernière se faufilant ensuite dans la coquille.

Sachant qu'une personne avait réussi le défi en Sicile, Minos sut alors que Dédale s'y trouvait. Le roi Cocalos refusa cependant de le lui livrer, ce qui provoqua une guerre entre la Sicile et la Crète. Selon une tradition différente, Cocalos aurait tendu un piège à Minos. Il fit mine de l'inviter pour lui livrer Dédale et le convia à partager le bain de ses trois filles. Mais c'était Dédale qui avait fabriqué la baignoire et Minos mourut ébouillanté.

Dédale et les arts, les agalmata et les xoana thumb|Céramique à figures rouges représentant Thésée tirant le Minotaure hors du Labyrinthe (à droite).

Le rapport de Dédale aux arts est très fréquent dans les textes antiques. Une légende dit qu'il est l'inventeur de l'architecture et de la sculpture. Selon Aristote, c'est Euchiros, parent de Dédale, qui inventa la peinture en Grèce, Livre VII. Platon, dans son Ménon97d-98a, dit des statues de Dédale qu’elles sont . Les statues de Dédale semblaient être animées.. Dans l’Alcibiade majeur, il rappelle que Dédale est le patron des sculpteurs, qui le tenaient pour leur ancêtre commun121a ; 282a. Chez Apollodore de Damas, il est l’inventeur des agalma, statues qui représentent des dieux. Diodore lui attribue les progrès de la statuaire archaïque. Comme celle de Minos, l’existence de Dédale peut ne pas être une légende ; les sculptures auxquelles Platon fait référence, sont des xoana de l’art cycladique, c’est-à-dire, des statuettes qui à leurs prémices n’étaient que des corps rigides et symétriques. L’arrivée de Dédale y aurait insufflé le mouvement à ces idoles préhelléniques.

Ainsi Pausanias assimilait les daedala aux xoana, xoana (pluriel de xoanon), étant décrites comme des idoles primitives en bois, et sa parole n'a pas été remise en question jusque tout récemment. Mais on doit se défaire de cette idée reçue, car, comme l'a montré A. A. Donohue en 1988, les xoana sont une construction de PausaniasAlice A. Donohue, 1988, Xoana and the Origins of Greek Sculpture, Scolar Press, p. 138 et 188. Voir aussi: ..

Les sources citant des œuvres attribuées à Dédale sont à prendre avec d’extrêmes précautions. En effet les xoana étaient en bois et n’ont pas résisté au temps. Athènes revendique un siège pliant visible dans l’Érechthéion, très controversé. On lui accorde divers statues, bas-reliefs à travers la Grèce et même un autel en Libye.

, ouvrage faussement attribué à Aristote, 81, lire en ligne le texte grec, ainsi que sa traduction en anglais., décrit deux de ses statues, localisées sur les îles Électrides (à ne pas confondre avec les îles Électrides de la mer du Nord) :

Le rituel des Daidala Selon Pausanias le Périégète (au deuxième siècle de notre ère), les Daidala sont une « fête du feu » des Béotiens pendant laquelle les Grecs brûlaient une « branche de mai »Françoise Frontisi-Ducroux, Dédale. Mythologie de l'artisan en Grèce ancienne., nlle. éd, La Découverte, 2000. (Notez, compte-rendu critique dans . Les Daidala sont aussi une célébration du hiéros gamos, la réconciliation de Zeus et d'Héra où interviennent 14 statues de bois, daidala, ou xoana qui sont alors brûlées. Cette fête commémorait la réconciliation de Béotiens et des Platéens, qui eut lieu en 287 AEC..

Inventions attribuées à Dédale Selon l'Encyclopédie de Diderot, Dédale inventa la hache, le vilebrequin, ce que les Latins ont appelé perpendiculum, et que nous appelons nous le niveau ; la colle forte, l’usage de la colle de poisson, peut-être aussi la scie, car les uns en donnent l’honneur à son neveu, et les autres à lui-même..

Bâtiments et constructions attribués à Dédale (à part le Labyrinthe) Héphaistos, dans son autobiographie (Iliade 18400 et suivants), dit avoir réalisé de nombreux daidala avec une compétence intelligente qui est développée dans la description du bouclier d'Achille. On y rencontre la première mention de Dédale dans la tradition grecque : .

Analyses du mythe après l'Antiquité Études historiques

L'adjectif « dédalique », forgé sur ce nom, s'applique à un certain style de sculpture antique grecque qui correspond à l'époque orientalisante, dans la seconde moitié du pour ce qui est de ce type de sculpture. La « Dame d'Auxerre », en ronde-bosse, dégagée du mur, en est l'expression la plus complète, dans le type féminin, et devrait dater des années 650-625 AEC.