(en danois et norvégien : ), né le au château de Copenhague et mort le au palais de Christiansborg, est un roi de Danemark et de Norvège. Membre de la maison d'Oldenbourg (dans la lignée aînée des descendants de Christian ), il règne sur le royaume de Danemark et le royaume de Norvège du à sa mort. Il est le cinquième roi de Danemark de la période dite de la monarchie absolue.
Le règne de marque une sorte d'âge d'or. En dépit de ses faiblesses personnelles, le roi a la sagesse de s'entourer de ministres compétents, inspirés par la philosophie des Lumières. Sous leur direction, son règne pacifique devient une période de prospérité et d'innovations, tant économiques que sociales et artistiques.
Famille
Il est l'unique fils et l'aîné des deux enfants survivants de et de Sophie-Madeleine de Brandebourg-Culmbach. Sa sœur Louise (1726 – 1756) est la première des trois épouses du duc (1727 - 1780).
Mariage et descendance
Il épouse en 1743 Louise de Grande-Bretagne (1724 – 1751), cinquième fille et dernier enfant de et de Caroline d'Ansbach. De cette union naissent : Christian (1745-1747) ; Sophie-Madeleine de Danemark (1746 – 1813), épouse en 1766 le roi de Suède (1746 – 1792) ; Wilhelmine-Caroline de Danemark (1747 – 1820), épouse en 1764 l'électeur (1743 – 1821) ; (1749 – 1808), roi de Danemark en 1766-1808, épouse en 1766 sa cousine germaine Caroline-Mathilde de Hanovre, fille posthume de Frédéric de Galles et sœur de George III de Grande-Bretagne : parents de (1768-1839 ; roi en 1808-1839) ; Louise de Danemark (1750 – 1831), épouse en 1766 le landgrave Charles de Hesse-Cassel (1744 – 1836), fils de de Hesse-Cassel. La benjamine de leurs six enfants, Louise-Caroline, épouse en 1810 Frédéric-Guillaume de Schleswig-Holstein-Sonderbourg-Glücksbourg, chef d'une branche cadette des rois de Danemark de la Maison d'Oldenbourg, branche issue d'Alexandre, fils de Jean, lui-même dernier fils de au siècle : d'où dix enfants, dont leur fils puîné , roi de Danemark en 1863-1906, père lui-même de - (roi en 1906-1912 ; d'où et de Norvège) et de - de Grèce.
Veuf, il se remarie en 1752 avec Juliane-Marie de Brunswick (1729 – 1796), fille du duc et d'Antoinette de Brunswick-Wolfenbüttel, belle-sœur du roi de Prusse et cousine germaine de l'impératrice Marie-Thérèse.
Cinq enfants sont nés de cette union :
Frédéric, prince héréditaire de Danemark (1753 – 1805), régent de Danemark en 1772-1784, épouse en 1774 Sophie-Frédérique de Mecklembourg-Schwerin (1758 – 1794), fille de Louis de Mecklembourg-Schwerin, d'où cinq enfants, dont (officiellement ; en) - (roi de Danemark en 1839-1848 ; père de , roi en 1848-1863) ; le prince - Ferdinand ; et - Louise-Charlotte, épouse du landgrave Guillaume de Hesse-Cassel-Rumpenheim (fils de Frédéric et neveu du landgrave Charles ci-dessus) : Parmi les six enfants de Louise-Charlotte et du landgrave Guillaume, leur fille - Louise de Hesse-Cassel épouse en 1842 son cousin issu de germain Christian IX ci-dessus, roi en 1863-1906 ; et leur fils - Frédéric de Hesse-Cassel continue la lignée des landgraves de Hesse-Cassel-Rumpenheim, aussi landgraves de Hesse (-Cassel) en 1875 et grands-ducs de Hesse (-Darmstadt) et du Rhin en 1968.
Enfants illégitimes
On lui connaît plusieurs enfants illégitimes : Frédéric, prince de Danemark (1743 – 1805) ; Ulrich (1751 – 1752) ; Friederika Margareta (1748 – 1822), épouse de Johann Friedrich Von Lutzaie ; Anna Maria (1749 – 1812), épouse de Peter Fehrmann, puis de Peter Van Meulangracht ; Sophie Charlotte (1750 – 1779), épouse d'Henri Origny.
Biographie
Premières années Naissance et famille
vignette|droite|Lieu de naissance du prince Frédéric, le château de Copenhague, juste avant sa démolition en 1731.
Le prince Frédéric de Danemark et de Norvège est le premier enfant du prince héritier Christian et de son épouse la princesse Sophie-Madeleine de Brandebourg-Culmbach. Il voit le jour entre 10 et 11 heures du soir le au l'ancien château de Copenhague, situé sur l'île de Slotsholmen au centre de Copenhague. Il est d'ailleurs le dernier prince danois à naître dans ce château surchargé et vétuste, datant de la fin du , et dont les murs ont commencé à céder et à se fissurer. La démolition du château de Copenhague commence alors en 1731 pour faire place à une résidence royale plus contemporaine, le premier palais de Christiansborg en style baroque, d'où régnera Frédéric en son temps. Portant le nom de son grand-père, le roi , le prince nouveau-né est baptisé le lendemain dans la chambre de la princesse héritière par l'aumônier du roi Christen Lemvig.
En tant que seul fils du prince héritier, il est destiné dès sa naissance à régner. Une sœur cadette meurt en bas âge en 1724, sa seule sœur survivante, la princesse Louise, naît en 1726. Sept ans après sa naissance, le , son grand-père le roi meurt et le père de Frédéric monte sur le trône et devient le roi , Frédéric lui-même devenant prince héritier.
Éducation et formation du prince héritier
vignette|redresse|gauche|Le prince Frédéric enfant portant l'Ordre de l'Éléphant.
Le roi et la reine Sophie-Madeleine sont profondément dévoués au piétisme, un important mouvement religieux protestant, qui insiste sur la nécessité d'une piété personnelle et sur le sentiment religieux individuel qu'ils jugent préférables à la connaissance de la stricte orthodoxie doctrinale. Frédéric reçoit par conséquent une éducation strictement religieuse. Déjà à l'âge de sept ans, il obtient sa propre cour, dirigée par le noble allemand Georg Wilhelm von Söhlenthal. Söhlenthal est un ardent partisan des Frères moraves et sa maison est le centre du piétisme à Copenhague. Il partage sa profonde piété religieuse avec Christian VI, et pendant un certain temps, il est le conseiller du roi sur les questions ecclésiastiques. Cependant, Söhlenthal ne réussit pas à influencer le développement spirituel du prince héritier dans le sens souhaité, car il était un personnage trop doux et faible, et en 1738, il est démis de ses fonctions de hofmeister.
vignette|droite|Le palais de Christiansborg, la nouvelle résidence royale achevé en 1740.
L'enseignement du prince héritier est plutôt déficient. La supervision générale de l'éducation du prince héritier est placée entre les mains du conseiller secret Iver Rosenkrantz, un noble danois finement instruit qui jouissait de la confiance de et dirigeait également les chancelleries allemande et danoise depuis l'accession du roi au trône. Cependant, il n'a aucune influence sur l'enseignement proprement dit. Rosenkrantz est un partisan de l'orthodoxie luthérienne traditionnelle, tandis que Christian VI devient de plus en plus un partisan du piétisme et perd confiance en Rosenkrantz. L'enseignement du prince héritier est donc entièrement mis en œuvre dans l'esprit piétiste allemand qui prévaut à la cour. Comme ses ancêtres à la cour royale alors principalement germanophone de Copenhague, il ne maîtrise que mal la langue danoise et parle mieux l'allemand que le danois toute sa vie. Néanmoins, sa mère l'appelle ironiquement "Der Dänische Prinz" ("le prince danois" en allemand) parce qu'il parle occasionnellement le danois. Le jeune prince a un certain intérêt pour la numismatique, mais à part cela, il montre peu d'intérêt culturel ou intellectuel.
vignette|redresse|gauche|Le prince Frédéric adolescent portant l’ordre de l'Union parfaite. Portrait par Andreas Møller, vers 1740.
Le prince Frédéric montre déjà enfant qu'il a un caractère complètement différent de celui de ses parents. Il est de nature douce et gentille, de bonne humeur et accessible à tous, et souhaite voir ses sujets heureux. Contrairement à ses parents timides, que l'on voit rarement en dehors des palais, il aime passer du temps en public et s'entend bien avec des gens de tous horizons. Malgré son éducation dans un foyer strictement piétiste, il n'est pas lui-même saisi du mouvement pieux. Bien que connaissant certainement les sentiments religieux, Frédéric grandit en hédoniste qui sait apprécier les plaisirs de la vie tels que la chasse, le vin et les femmes. Glissant peu à peu dans la débauche, Frédéric commence à mener un style de vie libertin marqué par l'alcoolisme et le satyrisme. Entouré de flatteurs, le prince et ses compagnons fréquentent les tavernes et bordels de la ville à tel point que le pieux roi envisage pour un moment le faire mettre sous tutelle. Cependant, les conseillers sages du roi s'y opposent, car ce sera une violation de la Lex Regia () de 1665, la constitution absolutiste du Danemark et de la Norvège. En plus, la monarchie sera gravement compromise en admettant que le futur roi est inapte à régner.
vignette|redresse|droite|Adam Gottlob Moltke, futur favori du roi. Portrait par Carl Gustaf Pilo (1760). Il sera de la plus haute importance pour l'avenir du prince héritier et de ses royaumes qu'il obtienne comme page de chambre déjà en 1730 Adam Gottlob Moltke, un jeune noble de dix-neuf ans du Mecklembourg qui avait onze ans de plus que le prince. Moltke avait été page chez son père avant de devenir roi, et le roi et la reine s'appuient sur les capacités de Moltke pour apprendre au nouveau prince héritier à se contrôler, et en 1743 il est promu chef de sa cour. Cependant, Moltke, ne fait rien pour contrôler ni l'appétit sexuel de Frédéric ni sa consommation d'alcool, mais en retour une relation de confiance à vie s'établit entre les deux hommes, qui devient cruciale après l'ascension de Frédéric au trône.
En 1740, il est confirmé et obtient comme héritier du trône dès lors un siège au Conseil d'État secret, son enseignement se poursuivant jusqu'à sa . Alors que la Suède se trouve confrontée à une crise de succession en 1743 à la suite du décès de la reine Ulrique-Éléonore de Suède), et qu'il est évident qu'aucun héritier légitime n'est à attendre, le prince héritier Frédéric a de grandes chances d'être élu héritier du trône en Suède. La paysannerie élit unilatéralement le prince héritier Frédéric, et en Dalécarlie, les paysans déclenchent même une rébellion, la rébellion dalécarlienne ou stora daldansen () pour imposer son élection. Cependant, à la suite du traité d'Åbo en 1743, qui met fin à la guerre russo-suédoise de 1741-1743, Adolphe-Frédéric de Holstein-Gottorp est nommé héritier du trône à la place du prince héritier Frédéric, sous la pression de l'impératrice russe .
Premier mariage
vignette|redresse|gauche|Le roi avec sa famille, la reine Sophie-Madeleine, le prince héritier Frédéric et la princesse héritière Louise. Le château de Hirschholm est visible en arrière-plan. Peinture par Marcus Tuscher, vers 1744.
Dans l'espoir que le fait de se marier tôt atténuera les excès du prince héritier, les plans de son mariage sont précipités. En 1743, un accord d'un mariage dynastique entre le prince Frédéric et la princesse Louise de Grande-Bretagne, plus jeune fille du roi et de Caroline d'Ansbach, est conclu. Le mariage est proposé par la Grande-Bretagne. À cette époque, une compétition a lieu entre la France et la Grande-Bretagne pour nouer une alliance avec le Danemark-Norvège. En Grande-Bretagne, protestante, ayant l'avantage de pouvoir conclure une alliance par mariage avec les royaumes jumeaux également protestants de l'autre côté de la mer du Nord, l'idée est née entre les ministres britanniques d'organiser un mariage entre la princesse Louise avec le prince héritier Frédéric. Le gouvernement danois pour sa part y était favorable, alors que le père de Frédéric, le roi , initialement était réticent à l'idée. Mais lorsqu'il voit la possibilité que le mariage conduise à un soutien britannique aux plans visant à faire du prince héritier Frédéric l'héritier du trône suédois, il a changé d'avis. Après avoir vu un portrait de la princesse et après avoir été informé de sa gentillesse, le prince héritier lui-même s'est lui aussi déclaré prêt à épouser la princesse britannique.